00:00Des mains arrachées par des grenades policières, des coups de genoux violents,
00:05une adolescente de 17 ans éborgnée par une grenade lacrymogène.
00:09Depuis le début de la mobilisation lycéenne fin septembre,
00:13les signalements de violences policières s'accumulent
00:16et les enquêtes confiées à l'IGPN se multiplient.
00:20Mais alors comment la police des polices mène-t-elle ces investigations ?
00:24On fait le point.
00:25Dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN à la suite du week-end du 17 octobre partout en France.
00:32Parmi elles, une adolescente de 17 ans a perdu définitivement son œil gauche à Mulhouse.
00:39Selon ses amis, elle ne faisait que passer par le centre-ville.
00:43Le 5 octobre à Lens, puis le 17 octobre à Saint-Etienne,
00:48deux lycéens ont eu une main arrachée à cause des grenades lancées par les forces de l'ordre.
00:53Le travail de l'IGPN va être de reconstituer les faits
00:57et de définir dans quelle mesure ces grenades ont été lancées.
01:02Parfois, l'IGPN enquête sur des coups directs de policiers.
01:06Le 8 octobre, toujours à Paris, un homme a reçu un violent coup de genou
01:10par un policier sur la place de la Bastille.
01:13Une enquête a été ouverte pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique.
01:18Moi, ce que je veux vous dire, c'est que ce geste, ce n'est pas un geste technique.
01:21Donc après, effectivement, il faut expliquer les circonstances
01:25et il faut expliquer comment on a pu en arriver là.
01:27Est-ce que ça fait 14 heures qu'il travaille ?
01:29Est-ce qu'il court depuis 14 heures ?
01:30Ce policier, je parle.
01:32Est-ce qu'il a reçu des crachats ?
01:35Ce n'est pas excusable, bien sûr.
01:36Et ça permet de contextualiser l'affaire.
01:38Pour enquêter, l'IGPN va devoir regrouper les témoignages,
01:42mais aussi décrypter toutes les vidéos prises pendant les manifestations.
01:46C'est une enquête policière classique, puisqu'on se déplace sur les lieux.
01:49On essaie de recueillir les témoignages des uns et des autres.
01:52On identifie, via les réseaux sociaux, la plupart du temps,
01:55les personnes qui étaient présentes.
01:57Et on fait un travail de fourmi.
01:58C'est-à-dire, on peut entendre jusqu'à une centaine de personnes
02:00pour savoir qui a vu quoi et comment est-ce qu'on en est arrivé là.
02:03On décortique les faits, je n'allais pas dire minute par minute, mais presque.
02:07Les policiers de l'IGPN vont recueillir à la fois des témoignages,
02:13mais surtout, et de plus en plus, c'est l'utilisation des caméras piétons.
02:18Aujourd'hui, la plupart des policiers disposent d'une caméra piétons,
02:22et en particulier les policiers qui utilisent par exemple
02:25un lanceur de balle de défense, où c'est obligatoire.
02:27Après, il faut recontextualiser.
02:29S'il ne suffit pas juste de sortir une vidéo où un policier va lancer une grenade en cloche,
02:34on va essayer de croiser plusieurs vidéos pour essayer de reconstituer le fil un peu de l'action
02:38pour pouvoir ensuite se faire une opinion.
02:40Avant les manifestations du 17 octobre,
02:42l'IGPN avait été saisie pour 36 enquêtes depuis le début du mouvement lycéen.
02:48Aujourd'hui, sur les 36, on a 4 affaires qui portent sur des blessures mutilantes.
02:54Voilà, 4 affaires.
02:55On a 6 affaires de blessures significatives.
02:58Ça fait une dizaine d'affaires sur les 36.
03:00Pour le reste, on est beaucoup sur des coups, des insultes, des suspicions d'agressions sexuelles.
03:05L'IGPN peut mener deux types d'enquêtes.
03:07Une administrative, pour des faits portant atteinte à l'institution,
03:12ou judiciaire, pour tout ce qui concerne la société civile.
03:15Elle est lancée par exemple quand un policier profère des injures discriminatoires ou racistes,
03:20ou lorsqu'il commet des violences volontaires sur un citoyen.
03:2442% des effectifs de l'IGPN travaillent sur ces missions d'investigation.
03:29Cela représente 112 enquêteurs sur les 264 agents de l'IGPN.
03:34Lorsqu'il s'agit d'une enquête judiciaire, l'IGPN est saisie par un citoyen, avec une plainte,
03:40ou par un procureur, un juge d'instruction, ou un magistrat.
03:44Lorsqu'il s'agit d'une enquête administrative, l'IGPN peut être saisie par le ministre de l'Intérieur,
03:50par le préfet de police, ou par le directeur général de la police nationale.
03:55L'IGPN ne sanctionne pas elle-même, elle rend ses conclusions et les transmet aux autorités compétentes,
04:01c'est-à-dire à la hiérarchie du mis en cause ou à la justice.
04:05Je crois que l'usage de la force est visé dans 322 des 1007 enquêtes dirigées par l'IGPN.
04:13Même si c'est en baisse, ça reste quand même des chiffres qui sont importants.
04:18C'était 428 en 2024 et 519 en 2023.
04:22L'année la plus importante, c'est évidemment l'année des Gilets jaunes, où vous étiez quand même sur des
04:26records à 868.
04:28Mais ces investigations peuvent prendre du temps.
04:31Ça peut être extrêmement long. Pourquoi ?
04:33Parce qu'il faut retrouver par exemple la compagnie républicaine de sécurisation,
04:37les agents qui ne sont pas forcément basés, je vous dis, par exemple s'il y a eu des violences
04:41à Paris,
04:42qui ne sont pas basés à Paris, donc il faut pouvoir les faire revenir, il faut une autorisation, etc.
04:46Donc ça peut prendre du temps et généralement on n'entend pas un policier mais plusieurs.
04:50On croise, on les rappelle pour confirmer, affirmer des orientations, donc ça peut prendre plusieurs mois.
04:56L'IGPN est souvent critiquée pour son manque de transparence et sa clémence envers les policiers.
05:0210% des enquêtes pénales impliquant des policiers sont traitées par l'IGPN.
05:07Les autres enquêtes sont confiées à des cellules de déontologie.
05:11Elle dit, la CEDH, qu'en principe, il ne peut pas y avoir des collègues directs qui enquêtent sur des
05:18policiers.
05:18Et là, c'est la situation qu'on observe avec ces cellules de déontologie,
05:22puisqu'on se place à l'échelle départementale, donc à une toute petite échelle géographique.
05:26Et donc on a une proximité hiérarchique et une proximité culturelle entre collègues qui est très très forte
05:30et qui fait qu'en fait, en pratique, ces enquêtes, elles ne peuvent pas aboutir.
05:34C'est impossible de faire des enquêtes dans des conditions d'indépendance avec cette organisation.
05:39Elle est dirigée depuis 2025 par le magistrat Stéphane Ardouin.
05:43Il est le deuxième magistrat à occuper ce poste.
05:46Historiquement, l'IGPN a été dirigée par un policier pour des policiers.
05:51Il y a aujourd'hui des policiers qui font l'objet d'enquêtes, de sanctions administratives,
05:55de sanctions pénales et d'exclusion de la police.
05:58Donc j'ai toujours tendance à penser que l'IGPN, même s'il faudrait peut-être renforcer ses effectifs
06:04et peut le rendre peut-être un peu plus indépendant, ne couvre pas les policiers.
06:08Selon le rapport annuel de l'IGPN, en 2025, 715 agents ont été entendus en qualité de suspect dans le
06:15cadre de procédures judiciaires.
06:1782 agents ont été déférés devant l'autorité judiciaire et 9 agents ont été écroués.
06:24L'ONU a pris la parole et s'est dite inquiète face aux violences lors des manifestations lycéennes en France.
06:31Nous suivons avec précaution les incidents liés aux manifestations d'élèves et aux blocages de lycées en France,
06:36dont certains ont dégénéré en violence.
06:38Nous appelons chacun à veiller à ce que ces mouvements restent pacifiques
06:41et à ce qu'il n'y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces
06:45de l'ordre.
06:46Il ne faut pas être dans la sévérité avec des lycéens.
06:48Évidemment, pour ceux qui jettent les objets sur les policiers et les gendarmes, pour le coup, ça reste inacceptable.
06:53En tout cas, pour ceux qui commettent des actes de délinquance, c'est inacceptable, c'est une fermeté qui doit
06:58s'appliquer.
06:58Mais c'est une minorité de tous ces lycéens qui se mobilisent dans leur bon droit.