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  • il y a 9 heures
Zoom sur les spécificités du système d'irrigation marocain : les khattaras avec Kenza Alaoui.

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Transcription
00:00Sciencez-nous, comme chaque matin aussi avec vous, Kanzar El-Aoui.
00:03Et on va s'intéresser ce matin au système d'irrigation marocain qui est vieux de plusieurs siècles.
00:09Imaginez bien avant les technologies dont on dispose bien entendu aujourd'hui.
00:14Système capable d'acheminer de l'eau sans pompe, uniquement grâce à la gravité.
00:19Le plus étonnant, c'est que les chercheurs utilisent des images satellites aujourd'hui
00:24pour tenter de retrouver les traces de ces réseaux qui sont enfouis sous terre.
00:28Alors, comment fonctionnaient d'abord ces installations ?
00:32Et est-ce que la science peut encore apprendre des choses de cette technique ancestrale ?
00:37Alors, ce système, Rachid, il porte un nom. Il s'appelle les Khtara.
00:41Et pour comprendre leur ingéniosité, il faut d'abord imaginer quelque chose.
00:45Comment faire circuler de l'eau sur plusieurs kilomètres dans une région aride, sans moteur, sans électricité
00:51et sans même avoir besoin de la pomper ?
00:53Une Khtara est une galerie souterraine conçue pour capter l'eau présente dans le sous-sol,
00:58notamment celle des nappes phréatiques, puis la cheminée vers des terres à irriguer.
01:03Concrètement, les constructeurs creusaient une galerie légèrement inclinée
01:06qui rejoignait une zone où nos souterraines étaient accessibles.
01:09Cette galerie suivit une pente douce jusqu'à un point de sortie situé plus bas.
01:14L'eau pouvait alors s'écouler naturellement sous l'effet de la gravité.
01:17Et autour de cette galerie, on retrouve des puits verticaux, visibles à la surface
01:22et parfois alignés sur plusieurs kilomètres.
01:24Ils servaient à creuser le tunnel, à évacuer les déblés, à renouveler l'air
01:28et plus tard à entretenir l'installation.
01:32Bon, alors si j'ai bien compris, on parle de véritables infrastructures hydrauliques,
01:36pas seulement d'ailleurs des tunnels creusés comme ça au hasard,
01:40mais à partir de quand les Marocains ont-ils utilisé ce système ?
01:44Et quel rôle a-t-il joué dans le développement des villes et des oasis, bien sûr ?
01:49Alors, les Khtara ont notamment joué un rôle majeur dans l'histoire hydraulique de Marrakech et de sa région.
01:55La date exacte de leur apparition au Maroc reste discutée selon les régions et les travaux historiques.
02:01Mais à Marrakech, les premières installations documentées remontent au début du XIIe siècle
02:05sous le règne des Almoravides.
02:07Un ingénieur nommé Oubayad Allah Ben Yunus est associé à la diffusion de cette technique dans la ville.
02:14Ces galeries permettaient d'acheminer l'eau vers les jardins, les vergers, les palmerés et certaines zones habitées.
02:19Elles ont ainsi contribué à rendre cultivables des terres où l'eau était une ressource rare.
02:24Et leur fonctionnement reposait aussi sur une organisation collective.
02:27Il fallait entretenir les galeries, retirer les sédiments, réparer les passages endommagés,
02:32répartir l'eau entre les usagers.
02:34On peut comparer ça à un réseau routier, souterrain dédié à l'eau.
02:37Il ne suffisait pas de construire la route, il fallait la maintenir praticable et organiser la circulation.
02:43Ici, ce sont les écoulements d'eau qu'il fallait préserver et partager.
02:47Et l'ampleur du réseau était considérable.
02:49Selon les données historiques apportées par le chercheur Mohamed El-Faiz,
02:54567 retaras étaient recensés dans la région de Marrakech en 1970,
02:59dont environ 500 encore en fonctionnement à cette époque.
03:02Mais ce système a progressivement reculé,
03:05notamment avec le développement des puits équipés de pompes,
03:08les transformations agricoles, le manque d'entretien et la baisse du niveau des nappes.
03:12Lorsqu'une pompe prélève trop d'eau, le niveau de la nappe peut descendre sous celui de la galerie.
03:17L'artara ne reçoit plus alors suffisamment d'eau pour fonctionner.
03:21Aujourd'hui, il y a les technologies qui sont assez développées
03:25et les chercheurs peuvent notamment utiliser des images satellites
03:28pour tenter de retrouver ces réseaux, même lorsqu'ils ne sont plus en activité.
03:33Alors comment est-ce qu'ils peuvent repérer comme ça une infrastructure
03:37qui se trouvent sous terre, en tout cas enfouies en grande partie ?
03:41Alors c'est tout l'intérêt des recherches menées grâce à la télédétection,
03:46une méthode qui permet d'observer la surface terrestre à distance,
03:49notamment à partir d'images satellites.
03:52Et dans les cas d'Ertara, les chercheurs cherchent des indices visibles depuis la surface,
03:56par exemple des alignements réguliers, de dépression,
03:59de petits cratères qui correspondent aux anciens puits verticaux creusés le long des galeries.
04:04Pris séparément, ces reliefs peuvent sembler anodins,
04:06mais lorsqu'ils se succèdent sur une même ligne,
04:09ils peuvent révéler le tracé d'un réseau hydraulique enfoui.
04:12Imaginez que vous regardiez une immense carte vue du ciel
04:15et que vous aperceviez une série de points alignés dans le désert.
04:19A première vue, ce ne sont que des marques dans le paysage,
04:21mais leur espacement et leur alignement peuvent raconter l'histoire d'un tunnel souterrain.
04:26En 2023, une étude scientifique consacrée à la distribution à l'état d'Ertara au Maroc
04:31a justement évalué l'efficacité de cette méthode.
04:35Et lors de sa première phase de cartographie,
04:37les chercheurs ont identifié 2751 branches réparties dans 430 localités dans plusieurs régions du pays.
04:45Et parmi ces branches, 598 ont été classées comme actives,
04:502023 comme inactives et 130 comme indéterminées.
04:53Ces chiffres constituent un premier état des lieux
04:56et non un recensement définitif de toutes les retaras du Maroc.
04:59Surtout, une image satellite ne suffit pas à confirmer qu'une galerie fonctionne encore,
05:04ni à mesurer son débit ou le niveau de la nappe phréatique.
05:07Les observations doivent être complétées par des vérifications sur le terrain.
05:12Oui, donc il faut retrouver ces réseaux.
05:14Oui.
05:14Ça, c'est l'objectif.
05:16C'est en tout cas une première étape, très certainement.
05:20Mais est-ce qu'il est possible d'aller encore plus loin ?
05:23C'est-à-dire, est-ce que ce savoir-faire ancien peut encore apporter à la fois des réponses
05:30et peut-être aussi des solutions au stress hydrique, à la sécheresse ?
05:34Alors, les retaras le peuvent, mais elles ne sont pas une solution miracle à la crise de l'eau.
05:38Leur débit reste limité par la disponibilité de la ressource
05:42et elles ne peuvent pas fonctionner durablement si la nappe phréatique s'épuise.
05:47Mais elles présentent des principes intéressants pour réfléchir à la gestion de l'eau dans les régions arides.
05:52Utiliser la gravité lorsque le relief le permet, limiter l'exposition de l'eau à l'évaporation,
05:58adapter les ouvrages aux caractéristiques du terrain
06:00et organiser collectivement l'entretien et le partage de la ressource.
06:04La recherche actuelle permet aussi de mieux localiser les réseaux oubliés,
06:08d'évaluer leur état et de comprendre pourquoi certains ont été abandonnés
06:12alors que d'autres continuent de fonctionner.
06:14L'enjeu n'est donc pas de reproduire partout un système vieux de plusieurs siècles,
06:18il est de comprendre ce qui a permis à ces installations de fonctionner,
06:22mais aussi les limites auxquelles elles se sont heurtées.
06:24Parce qu'en matière de gestion de l'eau, regarder vers le passé
06:27ne signifie pas forcément revenir en arrière.
06:30Cela peut aussi permettre de mieux comprendre les ressources dont l'on dépendant
06:34et les moyens de les préserver.
06:37En tout cas, c'est une belle chose et une très très bonne chose
06:40d'aller regarder ce que faisaient nos anciens,
06:41qui étaient peut-être plus malins que ce qu'on peut faire aujourd'hui avec nos technologies.
06:46Merci beaucoup Kenza, allez où c'était Science & Book ?

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