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Chaque matin, Ombline Roche vous raconte l'histoire qui se cache derrière un artiste. Un rendez-vous incontournable pour mieux apprécier l'œuvre de son auteur. Aujourd'hui, la partition de Georges Moustaki.

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00:04On y est, Omblin Roche. Votre partition, il y a 53 ans, le poète rêveur et voyageur George Moustaki se
00:13produisait sur l'une des scènes les plus mythiques de New York.
00:17Oui Alexis, la scène du Carnegie Hall où sont passés avant lui, Louis Armstrong, Billie Holiday, Edith Piaf, dont il
00:23a été l'un des amoureux, Charles Aznavour en 63, ou encore les Beatles.
00:45Cet enfant de la Méditerranée a parcouru le monde entier, un poète épris de liberté qui a nourri ses chansons,
00:50de toutes les cultures qu'il a pu croiser sur son chemin, Japon, Corée, Mexique,
00:55et puis l'Amérique, George Moustaki raconte, c'est jubilatoire de voir son nom à New York sur la prestigieuse
01:01façade du Carnegie Hall, c'était donc le 28 octobre 1973.
01:04Pour avoir si souvent dormi, avec ma solitude, je m'en suis fait presque une amie, une douce habitude, elle
01:21ne me quitte pas d'un pas, fidèle comme une ombre.
01:28Parmi tous ces voyages, un pays a compté plus que les autres.
01:32Oui, le Brésil, le Brésil l'a toujours fasciné et étonné aussi, fils de libraire.
01:36George Moustaki a d'abord rêvé du Brésil dans les livres en lisant Mar Morto, la mère morte du romancier
01:42George Amado.
01:43Pour quelle occasion s'y rentre-il enfin ?
01:45Pour le Festival international de la musique brésilienne à Rio de Janeiro en 1972, il fait la connaissance de Chico
01:52Buarque, l'auteur de Esamos Atta Diferente,
01:54de l'immense Gilberto Gil, mais aussi de celui qui deviendra son ami, Tom Jobim.
02:16Cet homme Jobim qui initie Georges Moustaki à la Bossa Nova ?
02:20Absolument, une grande passion est en train de naître, elle ne va jamais s'arrêter, la Bossa Nova, cette musique
02:25complexe.
02:25Du Chopin avec la pulsation, dit-il, et je le cite à nouveau, Georges Moustaki, c'était des érudits qui
02:31faisaient de la musique populaire, du jazz, mêlés au fado et au rythme noir.
02:35Il apprend donc les codes de la Bossa Nova ?
02:37Oui, sur sa guitare, et il joue avec ses légendes brésiliennes, il chante avec eux, et dès son retour en
02:41France,
02:42Georges Moustaki écrit et enregistre l'album Déclaration avec sa version de Aguas de Marceau de Tom Jobim.
03:04Cette chanson de Tom Jobim la compose dans la campagne brésilienne au bord d'un chemin en construction en mars
03:091972, le début de l'automne au Brésil.
03:12Inspiré par une puissante averse, en admirant le paysage, il commence à chantonner, pardon pour l'accent,
03:18Epau e Pedra e o Fimo do Caminho.
03:21Pas mal, pas mal.
03:22C'est un bâton, c'est une pierre, c'est le bout du chemin.
03:25Il l'enregistre avec la chanteuse, on l'entend Elise Regina.
03:28Georges Moustaki, immédiatement sous le charme, l'adapte en français, les « et » en portugais deviennent des giboulets de
03:34« c'est », c'est le souffle du vent,
03:37c'est un oiseau dans l'air, c'est tout ce qu'on attend, c'est Tom Jobim d'ailleurs
03:40qui l'encourage à la chanter.
03:42C'est les eaux de mars sur Europe 1.
03:44Un pas, une pierre, un chemin qui chemine, un reste de racine, c'est un peu solitaire, c'est un
03:52éclat de verre,
03:53c'est la vie, le soleil, c'est la mort, le sommeil, c'est un piège entre-ouvert, un arbre
03:59millénaire, un nœud dans le bois,
04:02c'est un chien qui aboie, c'est un oiseau dans l'air, c'est un tronc qui pourrit, c
04:07'est la neige qui fond, le mystère profond,
04:10la promesse de vie, c'est le souffle du vent au sommet des collines, c'est une vieille ruine, le
04:18vide et le néant,
04:20c'est la pique qui jacasse, c'est la verse qui verse des torrentes à l'égresse, ce sont les
04:26eaux de mars,
04:27c'est le pied qui avance, un pas sûr, un pas lent, c'est la main qui se tense, c
04:33'est la pierre qu'on lance, c'est un trou dans la terre,
04:36un chemin qui chemine, un reste de racine, c'est un peu solitaire, c'est un oiseau dans l'air,
04:44un oiseau qui s'oppose,
04:46le jardin qu'on arrose, une source d'eau claire, une écharde, un clou, c'est la fièvre qui monte,
04:52c'est un conte à bon compte, c'est un peu rien du tout, un poisson, un geste, c'est
04:58comme du livre à genre,
05:00c'est tout ce qu'on attend, c'est tout ce qui nous reste, c'est du bois, c'est
05:05un jour, le bout du quai,
05:07un alcool trafiqué, le chemin le plus court, c'est le cri d'un hibou, un corps ensommeillé,
05:14la voiture rouillée, c'est la boue, c'est la boue, un pas, un pont, un crapaud qui croasse,
05:22c'est un chaland qui passe, c'est un bel horizon, c'est la saison des pluies, c'est la
05:28fonte des glaces,
05:29ce sont les eaux de mars, la promesse de vie.
05:58Une pierre, un bâton, c'est Joseph et c'est Jacques,
06:02un serpent qui attaque, une entaille au talon, un pas, une pierre, un chemin qui chemine,
06:09un reste de racines, c'est un peu solitaire, c'est l'hiver qui s'efface,
06:15la fin d'une saison, c'est la neige qui fond, ce sont les eaux de mars, la promesse de
06:21vie,
06:22le mystère profond, ce sont les eaux de mars, dans ton coeur tout au fond.
06:33Les eaux de mars, dans la partition sur Europe 1, Georges Moustaki, amoureux du Brésil,
06:37la gouasse des marceaux de Tom Jobim, élu en 2001, meilleure chanson brésilienne de tous les temps.
06:42Vous nous avez fait voyager en Blinroche ce matin et ça fait du bien.

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