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  • il y a 3 heures
Dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, Sir Winston Churchill et le Général de Gaulle, qui avaient eu l'occasion de s'affronter et de se rejoindre à maintes reprises durant les quatre années du conflit, se sont retrouvés sur un autre champ de bataille à l'insu de tous : celui de la mémoire.
Chacun a écrit ses souvenirs de guerre de son côté, en sachant que l'autre en faisait autant au même moment. Un duel de mémorialistes à fleurets mouchetés, qui ont voulu s'inscrire dans l'Histoire. Tous deux ont livré un témoignage de première main mais ont aussi produit une œuvre littéraire majeure du XXe siècle.
Riche d'archives et de tournages sur les lieux intimes d'écriture de ces ouvrages en France et en Angleterre, ce documentaire raconte dans quelles conditions De Gaulle et Churchill ont écrit leurs Mémoires et relate l'affrontement littéraire et de points de vue qu'ils se sont livrés. L'écrivain Pierre Assouline porte un regard croisé et original sur ces Grands Hommes de lettres, sur deux styles littéraires, deux visions parfois opposées.

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Transcription
00:19À quoi pense-t-il Charles de Gaulle en regardant passer le cercueil de Winston Churchill
00:25à quelques mètres de Lui, le jour de ses funérailles nationales à la cathédrale Saint-Paul de Londres, le 30
00:33janvier 1965.
00:38Il est vrai qu'ils se sont tant aimés, ou plutôt admirés, détestés, réconciliés, violemment fâchés à nouveau, avant de
00:48se retrouver à jamais.
00:50Ils se sont affrontés en chefs de guerre, en alliés, en politiciens, en négociateurs, en chefs d'État, en camarades
00:58de tant de combats,
01:00et finalement, le dernier mais pas le moindre, ils se sont affrontés en écrivains.
01:06De véritables écrivains, mais rivaux, à l'heure de publier leur mémoire de guerre,
01:12et de graver, dans le marbre de la postérité, chacun à sa façon, sa propre version de leur histoire commune.
01:32C'est l'un de ces endroits devenus historiques où je ressens comme nulle part ailleurs la présence des morts.
01:42Difficile de pénétrer dans la boisserie de Charles de Gaulle,
01:45sa gentille aumière de Colombais-les-de-Églises dans la Haute-Marne, sans ressentir qu'elle est habitée.
01:53Toute sa personnalité, son caractère, transparaissent ici, dans chacun des meubles, dans chaque bibelot,
02:00dans chaque gravure, dans sa bibliothèque, et dans le choix de conserver des livres de jeunesse,
02:05ce qui ne peut laisser insensible l'écrivain en moi.
02:10Un peu plus loin, là, dans cette table de bridge, sur laquelle il faisait régulièrement, en fin de journée, des
02:16réussites.
02:18« Ma discipline d'oisiveté », comme il disait.
02:21Tout est resté en l'état, dans sa simplicité même.
02:24Il est mort à quelques mètres de son bureau, là où, ivre de son esseulement, il ne conçoit pas d
02:32'écrire autrement.
02:33Sa haute silhouette arc-boutée sur son bureau, son stylo à encre glissant sur la rame de papier,
02:40isolé de la rumeur du monde, sa fenêtre donnant sur l'apreté de la campagne champenoise.
02:49Un écrivain est un solitaire.
02:51Charles de Gaulle n'a pas à forcer sa nature.
02:55La présence de son ami Winston Churchill est assurée par son portrait trônant parmi les grands de ce monde,
03:01et surtout par ses mémoires, à portée de sa main.
03:08La publication simultanée de leur mémoire de guerre, à la charnière des années 40 et 50, a été un événement
03:16mondial.
03:17Ils y ont fait œuvre d'écrivains.
03:20Cela paraît inimaginable avec le recul, mais Churchill a même été couronné de la récompense suprême, le prix Nobel de
03:28littérature.
03:31Mais des deux, était-ce le bon lauréat ?
03:35Pour en juger, il ne faut pas seulement s'arrêter à leur statut de chef de guerre, ce qu'ils
03:40ont été sur le front,
03:41mais revenir aux œuvres elles-mêmes, et surtout à la dimension humaine de ces deux écrivains-soldats.
03:49Il faut aussi reconsidérer ces mémoires de guerre d'un point de vue littéraire, en bénéficiant du recul du temps.
03:5670 années se sont écoulées depuis la parution de ces livres, qui ont connu un succès considérable à l'époque.
04:02Et on le sait bien, on gagne toujours à séparer les livres du bruit qu'ils font.
04:16Pour comprendre pourquoi leurs mémoires demeurent un témoignage essentiel,
04:21il faut d'abord traverser la campagne anglaise si chère à Sir Winston.
04:25Car la volonté des deux auteurs de s'inscrire aussi comme écrivains dans notre mémoire,
04:32nous invite à les juger aussi comme tels.
04:37Transportons-nous donc dans ces manuscrits, là où ceux-ci sont protégés des regards indiscrets,
04:43à l'égal de documents explosifs, aux archives entreposées dans un bâtiment à l'université de Cambridge.
04:50Un chercheur gagne toujours à se reporter aux documents originaux.
04:56Même s'il n'a pas affaire à des manuscrits, mais à des tapuscrits,
05:01la graphie de l'auteur en marge sont tremblées parfois.
05:05L'importance de ses corrections, la nature de ses remords, ses rajouts et ses suppressions, tout cela compte.
05:13« Allez lire, je croirai l'entendre parler. »
05:18C'est le cas lorsqu'il évoque le départ de De Gaulle pour Londres le 17 juin 1940.
05:24Difficile de ne pas en faire son miel.
05:34Dès que l'appareil commence à rouler, De Gaulle sauta dedans et claqua la porte.
05:40L'avion prit son envol, tandis que policiers et fonctionnaires français restaient bouche bée.
05:46Dans ce petit avion, De Gaulle emportait avec lui l'honneur de la France.
05:52Lorsqu'il raconte à son tour le même événement, De Gaulle est plus sec et plus lapidaire.
05:58Le départ eut lieu sans romantisme et sans difficulté.
06:10Pour comprendre un écrivain, ses manuscrits ne suffisent pas.
06:13Son style littéraire est en harmonie avec son style de vie.
06:16Il faut se rendre sur ces lieux, le visiter dans le motif,
06:21comme on le dirait d'un peintre en pleine nature,
06:24à Chartwell, dans le Kent.
06:32Winston Churchill offre une toute autre image de l'écrivain au travail quand on va chez lui.
06:43Il privilégiait, lui aussi, ses séjours au vert, dans son domaine plein d'animaux,
06:48un endroit extrêmement chaleureux et attachant aux yeux de tout anglophile,
06:53décors que l'on jurait Churchillissime.
06:58Après tout, la vie est trop courte pour être petite.
07:05Cette folie, car c'en est une,
07:08eut égard au coût de son entretien,
07:09a été en partie financée par certains de ses amis,
07:13quelques hommes riches et puissants de son premier cercle.
07:17Pour l'autre partie, par les revenus de ses nombreux écrits,
07:21dans la presse ou en librairie.
07:24Non qu'il eut la plume facile,
07:25c'est simplement qu'il était, disons, organisé.
07:30Son œuvre a donc été nourrie par une passion pour la chose politique,
07:34comme chez peu d'écrivains,
07:36ce qui témoigne qu'être un homme d'action n'empêche pas de produire.
07:40Oui, mais à quel prix ?
07:43En tant que écrivain, je peux vous parler de la difficulté et les dangers de écrire un livre.
07:55Je l'ai écrit un très grand nombre de livres.
07:58Je pense que dès le temps que j'étais 25 ans,
08:01j'ai écrit autant de livres que Moseille.
08:06J'ai écrit un livre, c'est un aventure.
08:09J'ai commencé à commencer, c'est un toy et un amusement,
08:14et ensuite c'est un mistress,
08:17et ensuite c'est un master,
08:20et ensuite c'est un tyrant.
08:39Pour dominer cette bête,
08:41il a sa méthode.
08:43Les six volumes consacrés à la Seconde Guerre mondiale,
08:46écrits entre 1948 et 1954,
08:50n'y échappent pas.
08:52Il n'écrit pas vraiment,
08:54mais dicte depuis un lieu, pour le moins intime,
08:57son lit,
08:58dans lequel on le trouve assis ou couché,
09:00un cigare dans une main,
09:02un verre de whisky dans l'autre,
09:04papiers et documents étalés sur sa couverture.
09:08Il y a en permanence
09:10une ou deux secrétaires à ses côtés,
09:12lesquels sont légèrement embarrassés
09:14lorsqu'ils dictent non plus depuis son lit,
09:17mais depuis son étrange baignoire,
09:19la porte grande ouverte.
09:22La surface de l'eau est couverte de mousse,
09:24mais tout de même,
09:25shocking,
09:27ce dont il se fiche royalement
09:29et même impérialement.
09:32Pour écrire,
09:34Churchill fait appel à des dactylos
09:36et surtout à ses assistants littéraires,
09:39ainsi qu'il nomme ceux qui sont en fait
09:41ses nègres.
09:42Les biographes ont pu en dresser
09:44une liste de six.
09:47Pour prendre la mesure
09:49de son petit consentium,
09:50il faut se rendre au rez-de-chaussée
09:52du manoir où les machines à écrire
09:54se font face.
09:57Les collaborateurs fournissent la base,
09:59la recherche documentaire,
10:01puis ils rédigent les grandes lignes.
10:03Churchill réécrit l'ensemble,
10:05car le style est l'homme même, soit.
10:09Si l'anglais est innombrable
10:11lorsqu'il écrit,
10:12le français, de Gaulle,
10:14dont le portrait figure
10:15dans cette pièce devenue si symbolique,
10:18lui est seul.
10:20Cela correspond tellement
10:21à son tempérament.
10:33Si l'on est sensible au génie des lieux,
10:36alors on peut dire que la boisserie
10:38à Colombais-les-de-Églises
10:39était faite pour Charles de Gaulle.
10:41De proportion raisonnable,
10:43décorée sans ostentation,
10:46il l'avait acquise
10:47à un prix très sage en 1934.
10:49Surtout, elle était nimbée
10:51d'un passé littéraire,
10:53ce qui n'était pas fait
10:54pour lui déplaire.
10:57Car le détail est peu connu,
10:58mais pendant les sept années
11:00qui ont précédé sa présence,
11:02les Jolas,
11:03un couple d'intellectuels américains,
11:06y ont fait souffler le vent
11:07de l'avant-garde littéraire
11:08et artistique
11:09sous la double influence
11:11du romantisme allemand
11:12et du surréalisme.
11:14Ils y habitaient à Colombais,
11:17ils y fabriquaient à la boisserie
11:19une revue
11:19et y publièrent tant de textes
11:22d'Artaud ou de Michaud
11:23sans oublier le principal,
11:25leur grande fierté,
11:27James Joyce.
11:29Reste à savoir
11:30si quelque chose de Joyce
11:31a déteint sur de Gaulle
11:33à supposer que deux génies
11:35puissent cohabiter
11:35dans les mêmes lieux.
11:40La solitude de l'écrivain de Gaulle,
11:42c'est celle d'un individualiste
11:44à l'esprit d'équipe.
11:45À Colombais,
11:46ses assistants
11:47se comptent sur les doigts
11:48d'une main
11:49plutôt des relecteurs,
11:51dont l'écrivain André Malraux.
11:53Ils ont la vertu
11:55de savoir décrypter
11:56ses pattes de mouche,
11:57talent qui n'est accordé
11:59qu'à ceux qui ont l'habitude
12:00de son écriture.
12:02La mieux à même de l'aider,
12:04c'est encore sa fille,
12:06Elisabeth de Boissieu.
12:07Elle doit taper
12:08à la machine
12:09des textes
12:10qui sont si surchargés
12:12qu'ils finissent
12:13par ressembler
12:13à des tableaux
12:14d'Alechinsky.
12:22C'est avec un modus operandi
12:24aussi sobre et économe,
12:26entouré d'une équipe
12:27aussi légère
12:28que de Gaulle a écrit
12:29ses mémoires de guerre
12:30en solitaire.
12:41Il en est des histoires
12:43d'amitié
12:43comme des histoires
12:44d'amour.
12:45On n'oublie jamais
12:47les premières fois.
12:48Généralement,
12:50cela se passe mal.
12:51Si la première rencontre
12:53entre ces deux hommes
12:54de caractère
12:55n'échappe pas à la règle,
12:57à la deuxième,
12:58cela s'arrange.
12:58Le courant passe,
13:00mais ce n'est pas nécessairement
13:01un courant alternatif.
13:09Car si l'anglais est chaleureux,
13:11le français a tout
13:12d'un poisson froid,
13:14sinon congelé.
13:16Monsieur Churchill
13:16me reçut à Downing Street.
13:18C'était la première fois
13:19que je prenais contact
13:20avec lui.
13:21Il me parut être
13:22de plein pied
13:23avec la tâche la plus rude,
13:25pourvu qu'elle fût
13:26aussi grandiose.
13:27Par-dessus tout,
13:28il était,
13:29de par son caractère,
13:30fait pour agir,
13:31risqué,
13:32joué le rôle,
13:33très carrément
13:34et sans scrupules.
13:39Je vis le général de Gaulle
13:41qui se tenait près
13:42de l'entrée,
13:43immobile et flegmatique.
13:45En le saluant,
13:46je lui dis à mi-voix
13:47en français
13:48« l'homme du destin ».
13:50Il resta impassible.
13:52Sous son attitude
13:53imperturbable,
13:54il me parut avoir
13:55une surprenante sensibilité
13:57à la douleur.
13:58C'est une impression
13:59que j'ai conservée depuis,
14:01au contact de cet homme
14:03très grand et flegmatique.
14:05Voici le connétable de France.
14:12Leur style littéraire diffère,
14:14mais au-delà de cette seule dimension,
14:16tout dans leur personnalité,
14:18leur caractère,
14:19leur mode de vie,
14:20leur style, quoi.
14:21Tout les oppose.
14:24L'un, le français,
14:25est un homme qui marche,
14:26une silhouette sculptée
14:28par Giacometti,
14:29au perché,
14:30toujours en mouvement
14:31vers l'avant
14:32et souvent en tenue
14:33d'officier de charge,
14:34juché sur des grandes bottes.
14:36Un héros.
14:39L'autre,
14:40c'est une masse,
14:41mais une masse paisible
14:42qui s'applique
14:43à respecter
14:44ces deux devises,
14:46celle d'un homme
14:47assis dans un fauteuil.
14:50Il dit souvent
14:51« Ne jamais restez debout
14:53quand vous pouvez être assis
14:54et ne jamais être assis
14:56si vous pouvez être couché. »
15:03L'anglais déborde
15:05d'émotions,
15:05de vivacité,
15:06de sentimentalisme.
15:08Francophile,
15:09depuis l'invention du champagne,
15:11il maîtrise bien notre langue.
15:15« C'est moi, Churchill,
15:17qui vous parle.
15:18Pendant plus de 30 ans,
15:21j'ai marché avec vous
15:23et je marche encore avec vous. »
15:28Il est adulé par les Anglais
15:30qui voient en lui un sauveur.
15:32C'est incontestablement son moment,
15:34il lui faut le saisir.
15:36Il a d'autant moins de mal
15:38à endosser l'habit
15:39de héros national
15:40qu'il se rêve tel
15:41depuis l'enfance,
15:42jusqu'à sa jeunesse
15:44sous les drapeaux.
15:45Il est vrai
15:45qu'elles se sont déroulées
15:46dans un décor majestueux.
16:06C'est à Blenheim Palace,
16:09cet univers royal et impérial,
16:11l'immense château familial
16:13dont il est sorti
16:14avec la promesse
16:15faite à lui-même
16:16d'être un jour
16:17à la hauteur des siens.
16:24Ces jeunes années
16:25se déroulèrent à l'ombre
16:26des tableaux
16:27et des tapisseries
16:28des grandes batailles
16:29accrochées au mur
16:31qu'il reconstituait.
16:33qu'il reconstituait en disposant
16:33ses soldats de plomb
16:34sur le tapis.
16:40Ce fut le théâtre
16:42de son imaginaire,
16:43là où il se projeta
16:45en digne héritier
16:46de John Churchill,
16:48premier duc de Marlboro
16:49et chef de guerre.
16:52A force de vivre
16:53parmi les souvenirs
16:55glorieux
16:55de ses ancêtres,
16:57Churchill s'est naturellement
16:58identifié
16:59à leur figure légendaire
17:01jusqu'à se projeter
17:03dans l'avenir
17:04comme le rempart
17:05de sa nation.
17:15A la boisserie
17:17chez de Gaulle,
17:18la bibliothèque
17:19reflète non seulement
17:20l'esprit et la culture
17:21mais surtout l'âme
17:22de ce grand lecteur.
17:24Les héros de son enfance
17:25ont été ceux de la nation
17:27et non ceux de la famille.
17:33Pour de Gaulle,
17:35tout doit passer
17:35par l'écrit
17:36et la littérature
17:37dans un lexique,
17:38un ton inspiré
17:39du grand siècle
17:40d'où sont issus
17:41les bossuets
17:42et les fenelons
17:43dont les livres
17:44ont bercé son adolescence
17:46aux côtés
17:47des grands auteurs
17:48des humanités classiques,
17:49les romains
17:50et les grecs.
17:53Elle s'est déroulée
17:55dans une famille
17:56de fonctionnaires
17:57et de juristes parisiens,
17:59de sérieux érudits
18:01et des catholiques légitimistes
18:03qui lui ont transmis
18:04le goût des études
18:06et du service de l'État.
18:08À 15 ans,
18:10il se décrivait déjà
18:11en général de Gaulle
18:12sauvant la France.
18:14Dès lors,
18:15l'une ne s'étonne
18:15à l'école militaire
18:16de Saint-Cyr
18:17qu'il n'envisage pas
18:18d'autre carrière
18:19que le service des armes.
18:26Churchill non plus
18:27qui n'imaginait pas
18:28un seul instant
18:29faire ses classes ailleurs
18:30qu'à Saint-Cyr
18:31le Saint-Cyr anglais.
18:33Mais c'est bien
18:34leur seul véritable point commun.
18:42On a vu des couples
18:43mieux partis dans la vie,
18:45en tout cas mieux assortis.
18:48Churchill,
18:48qui a 16 ans
18:49de plus que lui,
18:50confie à un proche
18:52« Ce de Gaulle
18:53ressemble
18:54à un lama femelle
18:55surpris dans son bain. »
18:57Un jugement profond
18:58qui ne manque pas
18:59d'imagination.
19:01L'intéressé
19:02n'est pas en reste.
19:03À la sortie
19:04d'une réunion
19:05du cabinet de guerre,
19:06il sourit
19:07à la vue
19:08d'une papillon
19:08à poids
19:09qui se détache
19:10sur la chemise
19:10à carreaux
19:11de l'anglais
19:11en lui faisant remarquer
19:13« Tiens,
19:14c'est carnaval
19:15aujourd'hui. »
19:17À quoi le premier ministre
19:18répond du tac au tac
19:19« Que voulez-vous ?
19:20Tout le monde
19:21ne peut pas se déguiser
19:22en soldat inconnu. »
19:24Il semble
19:24que les deux
19:25avaient le sens
19:26de l'humour
19:26mais celui de de Gaulle
19:28était si discret
19:29qu'on le cherche encore.
19:32Pas d'intimité,
19:33pas de tape dans le dos,
19:34pas de familiarité
19:35avec lui.
19:36Qu'importe,
19:37puisqu'ils sont d'accord
19:39sur l'essentiel.
19:40Il est premier ministre
19:42et de Gaulle
19:42n'est qu'un sous-secrétaire
19:43d'État
19:44à la Défense nationale.
19:46Pourtant,
19:46dès son arrivée
19:47à Londres,
19:48il le traite
19:49déjà en égal
19:50en qualité
19:51de chef
19:51des Français libres.
19:57Naufragé
19:57de la désolation
19:58sur les rivages
19:59de l'Angleterre,
20:01qu'aurais-je pu faire
20:02sans son concours ?
20:04Il me le donna
20:05tout de suite
20:05et mit pour commencer
20:07la BBC
20:08à ma disposition.
20:12Moi,
20:13général de Gaulle,
20:15j'entreprends ici,
20:16en Angleterre,
20:17cette tâche nationale.
20:20J'invite
20:21tous les militaires français
20:23des armées de terre,
20:24de mer
20:25et de l'air
20:26à se réunir à moi.
20:28À mesure que s'envolaient
20:30les mots irrévocables,
20:32je sentais en moi-même
20:33se terminer une vie,
20:35celle que j'avais menée
20:36dans le cadre
20:37d'une France solide
20:38et d'une indivisible armée.
20:41À 49 ans,
20:43j'entrais dans l'aventure
20:44comme un homme
20:45que le destin
20:46jetait hors
20:47de toutes les séries.
20:58C'est grâce à Churchill
21:01qu'il peut s'installer
21:02aux quatre Carlton Gardens,
21:04une prestigieuse résidence
21:06encadrée de colonnes doriques
21:07et de colonnades corinthiennes,
21:09le quartier général
21:10des forces françaises libres.
21:14Difficile d'imaginer
21:15qu'à son arrivée,
21:16au début de l'été 1940,
21:19il n'était rien,
21:20un paria,
21:21un hors-la-loi,
21:22un officier félon
21:23sans troupes
21:24ni soutien international.
21:27Un homme seul.
21:29Vive la France,
21:31libre,
21:32dans l'honneur
21:33et dans l'indépendance.
21:36Un homme seul,
21:37un rebelle dressé
21:39de toute sa violence,
21:40sa colère
21:40et son indignation,
21:42contre le maréchal Pétain
21:43et le régime de Vichy.
21:46La vieillesse est un naufrage.
21:49Pour que rien ne nous fût épargné,
21:51la vieillesse du maréchal Pétain
21:53allait s'identifier
21:54avec le naufrage de la France.
22:02Deux semaines après,
22:04à Londres,
22:04les forces françaises libres
22:06sont créées sur le papier.
22:08De Gaulle est rejoint
22:10par de rares civils
22:11et quelques milliers de soldats,
22:13des centaines d'officiers
22:14et d'aviateurs,
22:15des marins.
22:17En France,
22:18on raille ses forces
22:19en le décrivant
22:20entouré de journalistes juifs,
22:22d'aristocrates
22:23et de pêcheurs
22:24de l'île de Saint,
22:25ce qui n'est pas faux non plus.
22:27Et pourtant,
22:28il est persuadé
22:29d'incarner la France
22:31par lui restaurée,
22:32dans son honneur
22:33et dans sa dignité.
22:35On dira que
22:36sa plaie de Gaulle
22:37prédispose,
22:38même dans un Anglais,
22:39disons,
22:40assez personnel.
23:03De fait,
23:04un jour,
23:04il sera le seul français
23:06à pouvoir dire en public
23:08« moi, la France »
23:09sans être aussitôt
23:11transféré à Sainte-Anne.
23:14Churchill supporte
23:15difficilement
23:16l'attitude implacable,
23:18irréaliste,
23:19d'un De Gaulle
23:19habité,
23:20sinon hanté,
23:21toute sa vie durant,
23:22par une certaine idée
23:23de la France.
23:24Il lui arrive même
23:26de perdre patience
23:27et de s'emporter
23:28auprès de ses collaborateurs.
23:30Ce type est un dingue.
23:33Nous fîmes néanmoins
23:35de notre mieux
23:36pour accroître
23:36son influence,
23:38son autorité
23:38et son pouvoir.
23:40De son côté,
23:41il prenait naturellement
23:42fort mal
23:42toute relation
23:43de notre part
23:44avec les gens de Vichy
23:45et considérait
23:46que nous lui devions
23:47une loyauté exclusive.
23:50Il jugeait également
23:51essentiel
23:52à sa position
23:53aux yeux du peuple français
23:54de conserver
23:56une attitude fière
23:57et hautaine
23:57envers la perfide albion.
24:00Du latin perfidia
24:02qui signifie
24:03mauvaise foi.
24:05Si perfide albion,
24:07que De Gaulle
24:07a toujours éprouvé
24:08non pas une certaine
24:09détestation de l'Angleterre,
24:11mais une profonde méfiance
24:13vis-à-vis d'elle.
24:15Ce sentiment est revivifié
24:18début juillet 1940.
24:25Les Anglais
24:26veulent à tout prix
24:27empêcher le Reich
24:28de s'emparer
24:29des bâtiments
24:30de guerre français
24:31stationnés
24:32à Merseille-Kébir,
24:33un port d'Algérie.
24:34Après des ultimatums,
24:36la Royal Navy
24:37coule la plus grande partie
24:39de l'escadre française.
24:43Les bons navires
24:44sont incendies
24:45par les obus britanniques.
24:48Un puissant De Gaulle
24:50subit son anéantissement
24:51qu'il finit par justifier
24:53dans ses mémoires.
24:56M'adressant aux Français,
24:58je leur demande
24:59de considérer
24:59le fond des choses
25:00du seul point de vue
25:01qui doit finalement compter,
25:03c'est-à-dire
25:04du point de vue
25:05de la victoire
25:06et de la délivrance.
25:07Je dis sans embâche
25:09qu'il vaut mieux
25:10que les navires
25:10aient été détruits.
25:12Nos deux vieux peuples,
25:13nos deux grands peuples
25:14demeurent liés
25:15l'un à l'autre.
25:16Ils succomberont
25:17tous les deux
25:18ou bien
25:18ils gagneront ensemble.
25:21Ce fut une décision odieuse,
25:24la plus inhumaine,
25:25la plus pénible
25:26de toutes celles
25:27auxquelles j'ai été associée.
25:29C'était une tragédie grecque.
25:32Pourtant,
25:33jamais aucun acte
25:34ne fut plus nécessaire
25:36à la survie
25:37de l'Angleterre
25:37et de tous ceux
25:38qui comptaient sur elle.
25:42Près de 1500 marins
25:44y laissent la vie.
25:45Le nationalisme de De Gaulle,
25:47mis devant le fait accompli,
25:49est très ébranlé
25:50car le sang français
25:51a coulé.
25:53Aussi peu après,
25:55c'est lui
25:55qui est à la manœuvre
25:56pour inciter Churchill
25:58à s'emparer
25:59de la marine française
26:00à Dakar.
26:02Mal préparé,
26:04l'opération aboutit
26:05à un douloureux fiasco
26:06qu'il vive solidairement
26:07dans la même galère.
26:16Lorsqu'il fend l'armure
26:17et se confie à des proches,
26:19le général reconnaît
26:21le coup de blouse.
26:22Abattu,
26:23il broie du noir,
26:24c'est peu de le dire.
26:26Pour la seule fois de sa vie,
26:28il est hanté
26:28par des pulsions suicidaires.
26:32Les jours qui suivirent
26:34me furent cruels.
26:35J'éprouvais les impressions
26:36d'un homme
26:37dont un séisme
26:38secoue brutalement la maison
26:40et qui reçoit sur la tête
26:41la pluie des tuiles
26:42tombant du toit.
26:48Churchill, lui,
26:49est coutumier
26:49de cet état d'âme.
26:51Sa mélancolie,
26:52issue d'un état dépressif
26:54latent,
26:55il l'a domestiquée
26:56même si elle le fait souffrir
26:57par un coup.
27:00Il l'a surnommée
27:01« mon black dog »
27:02et l'arrivée
27:03de ce chien noir
27:04s'annonce à chaque fois
27:06par un grand coup
27:07qui s'abat sur sa nuque
27:08et qu'il surmonte
27:09en se noyant dans l'alcool
27:11plus encore
27:11qu'à la coutumée.
27:15Mais ce qui s'abat
27:16sur la nuque
27:17de son peuple,
27:18c'est un déluge
27:19de feu et d'acier
27:20lancé à partir
27:21du 7 septembre 1940
27:23par la Luftwaffe.
27:26Huit mois durant,
27:27ce blitz d'éclairs
27:28en allemand
27:29pousse les habitants
27:30à se terrer
27:30dans les caves,
27:31les abris,
27:32le métro londonien
27:33à plus de 50 mètres
27:35de profondeur.
27:42Pour prendre la mesure
27:43de cet enfermement,
27:44il faut se rendre
27:45là où s'enterrait
27:46le cabinet de guerre
27:47dirigé par Churchill.
27:49Son bunker secret
27:50est situé
27:51en plein centre
27:52de la capitale.
27:55Il abrite
27:56de nombreuses pièces
27:57dans un labyrinthe
27:58de galeries
27:59conservé à l'identique.
28:09« Voici le bruit
28:11qui fit partie
28:11intégrante
28:12de la vie
28:13de chaque homme,
28:13de chaque femme
28:14et de chaque enfant
28:15en Angleterre. »
28:22Churchill y a rarement vécu
28:24avec sa femme,
28:25ses ministres
28:26et les officiers
28:27de son staff.
28:28Il y a parfois
28:29participé
28:30à des réunions stratégiques
28:32sur la conduite
28:33de la guerre
28:33et l'organisation
28:34des batailles.
28:59La présence
29:00de grandes cartes
29:02géographiques
29:03qui tapissent
29:03toutes les pièces,
29:04les salles de réunion
29:05comme les chambres,
29:05en témoignent.
29:08C'est dans cette atmosphère
29:10oppressante
29:10car enterrée
29:11que Churchill a passé
29:13une partie de son temps
29:15jour et nuit
29:16à réfléchir à huis clos,
29:18à dormir,
29:18à décider
29:19et surtout
29:20à encourager son peuple
29:22au micro de la BBC
29:23installé à cet effet.
29:25« On va se battre
29:26avec une confiance
29:28et une strength
29:29dans l'air.
29:31On va se protéger
29:32notre île,
29:33ce que le cas
29:34peut être ici. »
29:35La manière dont il évoque
29:36ces moments-là
29:37dans ses mémoires
29:38rappelle son talent
29:39de journaliste,
29:41activité dans laquelle
29:41il a longtemps exercé
29:43sa plume
29:43avant de se jeter
29:45dans la carrière littéraire.
29:46Les raids de nuit
29:48s'accompagnaient
29:49d'attaques de jour
29:50plus ou moins
29:50continuelles
29:51menées par
29:52de petites formations
29:53ennemies
29:54ou même
29:54par des appareils
29:55isolés
29:56et souvent
29:57les sirènes
29:58retentissaient
29:58à de brefs intervalles
30:00tout au long
30:01des 24 heures
30:01d'une journée.
30:03Les 7 millions
30:04d'habitants
30:04de Londres
30:05finirent par
30:06s'accoutumer
30:07à cette étrange
30:08existence.
30:15Au fond,
30:16si haut que soit
30:17le premier ministre britannique
30:18et le chef
30:19de la France libre,
30:20ne relèvent-ils pas
30:21eux aussi
30:22de cette foule
30:23qui redresse la tête
30:24dès le lendemain
30:25des bombardements
30:26de Londres
30:26et de Coventry ?
30:28Une foule
30:28que Churchill évoque
30:29comme
30:30« des gens ordinaires
30:31confrontés
30:32à une époque
30:33extraordinaire ».
30:49Une formule
30:50winstonissime
30:51que de Gaulle
30:52reprendra
30:52à son compte.
30:54Jamais
30:55tant d'hommes
30:56sur la Terre
30:57n'ont tant
30:58attendu
30:59de nous.
31:05Je les imagine
31:06bien l'un et l'autre,
31:07Churchill et de Gaulle
31:08touchés
31:09par cette photographie
31:10accrochée
31:11à un mur
31:11de mon bureau.
31:13Cette image
31:14est l'une
31:15des plus iconiques
31:15du blitz.
31:17La bibliothèque
31:18de Harrenhaus
31:19à Londres,
31:20dévastée
31:21par des bombes
31:21larguées
31:22par l'aviation
31:22allemande
31:23sur ce quartier
31:24de l'Ouest.
31:26Des personnages
31:27y cherchent
31:28un livre
31:28dans les rayonnages
31:29en ruines
31:30comme si
31:31de rien n'était.
31:35Il y a là
31:36quelque chose
31:36de surréel
31:37qui reflète
31:38bien la folie
31:39de l'époque
31:40et l'absurdité
31:41d'une guerre
31:41si dévastatrice.
31:47Les bibliothèques
31:48ont pour vocation
31:49de conserver,
31:51protéger
31:51et communiquer
31:52les livres
31:52non d'être
31:53le spectacle morbide
31:55de leur destruction.
31:59Les livres,
32:00nos deux hommes de guerre
32:01ont toujours vécu
32:02dans et par eux.
32:07Les manuscrits
32:09des mémoires
32:09de guerre
32:09du général
32:10ont été
32:11naturellement accueillis
32:12par la Bibliothèque
32:14nationale à Paris.
32:16Les consultés
32:17relèvent
32:17d'un cérémonial
32:18qui a partie
32:19liée avec le sacré.
32:26Ces pages
32:27originales
32:28ne s'y laissent
32:29découvrir
32:29que sur dérogation
32:31et avec mille précautions,
32:33à commencer
32:33par l'usage
32:34exclusif
32:35du crayon à mine
32:36pour prendre des notes.
32:37Surtout pas d'encre,
32:38de crainte d'un accident.
32:42Sous la plume
32:43de De Gaulle,
32:44une écriture,
32:45la sienne,
32:46nerveuse,
32:47tendue,
32:47surchargée,
32:48pleine de ratures
32:49et donc de remords.
32:51Ce qui reflète au fond
32:52sa recherche obsessionnelle
32:54du mot juste.
32:55Il correspond
32:56à la définition
32:58qu'Oscar Wilde
32:59donnait d'un écrivain.
33:01quelqu'un
33:02qui passe
33:02sa matinée
33:03à rajouter
33:03une virgule
33:04et son après-midi
33:05à la retirer.
33:10Il est intéressant
33:11de comparer
33:12l'état
33:13de leur manuscrit.
33:15Avec Churchill,
33:16il s'agit
33:16d'un tapuscrit
33:18puisqu'il dicte.
33:20Mais jusqu'à la fin,
33:21pour ne pas déplaire
33:22aux uns et aux autres
33:23et se conformer
33:25à leur désir,
33:26c'est plein
33:26de mots barrés
33:27et remplacé
33:28par d'autres
33:28afin de ne vexer
33:29personne,
33:30à commencer
33:30par de Gaulle.
33:32Ainsi,
33:33a-t-il éliminé
33:34les passages
33:34où il le traite
33:35de, je cite,
33:37« fureur en germe ».
33:39Donc des mots
33:40barrés
33:40à l'aide
33:41d'un crayon
33:41à mine bleu
33:42donnant un autre
33:43type de tableau,
33:45ce que le pasteliste
33:46en lui,
33:47passionné
33:47par toutes les nuances
33:48du bleu,
33:49n'aurait pas renié.
33:53La grande qualité
33:54de Churchill
33:55qui fait pour l'instant
33:56défaut à de Gaulle,
33:57c'est que dès qu'il parle
33:58en public,
33:59il le met dans sa poche.
34:02Paradoxalement,
34:03c'est là que le styliste
34:04se révèle en lui,
34:05car sa grande œuvre,
34:06ce sont ses discours.
34:08Ce qui ne va pas de soi
34:09pour un homme affecté
34:10d'un défaut de prononciation,
34:12un zézément.
34:13« Des qualités oratoires
34:36que de Gaulle
34:37reconnaît lui enviait. »
34:39Que fut son auditoire ?
34:40Qu'il se trouva
34:41devant un micro,
34:42à la tribune,
34:44à table
34:44ou derrière un bureau,
34:46le flot original,
34:48poétique,
34:48émouvant de ses idées,
34:50arguments,
34:51sentiments,
34:52lui procurait un ascendant
34:53presque infaillible
34:54dans l'ambiance dramatique
34:56où haletait le pauvre monde.
34:57Ce monde tourne vraiment
35:00sur ses gonds
35:01lorsque les États-Unis
35:02entrent en guerre
35:03en décembre 1941.
35:05Malgré l'admiration
35:06que de Gaulle voue
35:07à Churchill,
35:08leur relation connaît
35:10à nouveau
35:10une période de glaciation
35:12avec l'arrivée
35:13d'un troisième homme
35:14qui s'impose alors entre eux
35:15de toute sa puissance,
35:17le président Franklin Roosevelt.
35:20Churchill,
35:21proche de lui
35:21pour des raisons
35:22tant historiques
35:23que personnelles,
35:23sa propre mère
35:24était américaine,
35:25se rapproche
35:26davantage encore.
35:27Un pas de deux
35:28qui exclut le français.
35:30L'important est que Roosevelt
35:31ait désormais
35:32le leadership du monde libre.
35:46La détestation de Roosevelt
35:48pour de Gaulle est notoire.
35:50Il voit en lui
35:51un apprenti dictateur.
35:53Non seulement il le méprise,
35:55mais il tente
35:55d'y entraîner Churchill
35:57qui se retrouve écartelé
35:58entre deux fidélités.
36:03Roosevelt et Churchill
36:04ont un plan
36:04pour mener l'offensive
36:06depuis l'Afrique du Nord,
36:07mais ils ne souhaitent pas
36:08y associer de Gaulle.
36:09Si nous avions mêlé
36:11de Gaulle à l'affaire,
36:13cela aurait produit
36:13le plus fâcheux effet
36:14sur les réactions
36:15des Français
36:16d'Afrique du Nord.
36:17Pourtant,
36:18il fallait manifestement
36:19trouver quelques hautes
36:20personnalités françaises
36:22et aux yeux des Britanniques
36:23comme des Américains,
36:25nul ne semblait plus qualifié
36:26que le général Giraud.
36:36Le général Giraud est plus souple,
36:38plus accommodant
36:39et tellement plus chaleureux
36:40que l'insupportable de Gaulle.
36:42Il est le pion idéal
36:44pour les Américains
36:45et un rival de taille
36:47pour de Gaulle
36:47désormais sur la touche.
36:49Nous parlâmes de Roosevelt
36:51et de son attitude
36:52à mon égard.
36:53« Ne brusquez rien,
36:54dit M. Churchill.
36:56Voyez comment,
36:56tour à tour,
36:57je plie et me relève. »
37:00« Vous le pouvez,
37:00observais-je,
37:01parce que vous êtes assis
37:02sur un État solide,
37:04une nation rassemblée,
37:05un empire uni,
37:07de grandes armées.
37:08Mais moi,
37:09où sont mes moyens ? »
37:11Pourtant,
37:12j'ai, vous le savez,
37:13la charge des intérêts
37:14et du destin de la France.
37:16C'est trop lourd
37:17et je suis trop pauvre
37:18pour que je puisse me courber.
37:21M. Churchill conclut
37:22notre entretien
37:23par une démonstration
37:24d'amitié et d'émotion.
37:26« Nous avons encore
37:27de rudes obstacles
37:28à surmonter.
37:29Mais un jour,
37:30nous serons en France,
37:31peut-être l'année prochaine.
37:33En tout cas,
37:34nous y serons ensemble.
37:36Je ne vous lâcherai pas. »
37:41Et pourtant,
37:42Churchill organise
37:43une opération d'envergure
37:45avec le président américain.
37:46Une ligne transatlantique spéciale
37:49permet même
37:50au premier ministre britannique
37:52de s'entretenir
37:53à tout instant avec lui.
37:56Leurs états-majors
37:57ourdisent en secret
37:58l'opération Torche,
38:00un débarquement
38:02de troupes alliées
38:03en Afrique du Nord
38:04en novembre 1942.
38:05Et de Gaulle
38:06est exclu
38:07de tous ses préparatifs.
38:11J'avais conscience
38:12des liens
38:13qui nous unissaient
38:13à de Gaulle
38:14et de la gravité
38:15de l'affront
38:16que nous allions lui infliger
38:17en le tenant délibérément
38:19à l'écart
38:19de toute participation
38:21à l'entreprise.
38:22J'avais l'intention
38:23de l'informer
38:24juste avant
38:24que le coup
38:25ne fût porté.
38:49Ce débarquement
38:50mené sur les plages
38:52d'Algérie et du Maroc
38:53permet aux alliés
38:55de prendre pied
38:56sur le sol africain.
39:00C'est leur première
39:01grande victoire militaire
39:02et de Gaulle
39:03n'en est pas.
39:05C'est aussi
39:05que Roosevelt
39:06a son homme
39:07et il n'en démord pas
39:09le général Giraud
39:10qu'il tient à installer
39:11à la tête
39:12de l'armée d'Afrique.
39:20De toute évidence,
39:22l'orgueil de de Gaulle
39:23est agressé
39:23au plus haut
39:24par ses alliés.
39:26Monsieur Churchill
39:27s'en prit alors à moi
39:28sur un ton acerbe
39:29et passionné.
39:30Il s'écria
39:31avec fureur
39:32« Vous dites
39:33que vous êtes
39:34la France.
39:34Vous n'êtes pas
39:35la France.
39:36Je ne vous reconnais
39:37pas comme la France. »
39:39toujours véhément,
39:40la France,
39:41où est-elle ?
39:44Comment n'en concevrait-il
39:46pas une humiliation
39:47d'autant plus cruelle
39:48que la conférence
39:49d'enfant
39:49se déroule
39:50en janvier 1943
39:52devant les caméras
39:53internationales ?
40:02Roosevelt et Churchill
40:04y préparent déjà
40:05leur stratégie
40:06pour l'après-guerre.
40:07Manifestant sa colère froide
40:09face à son exclusion,
40:10donc celle de la France,
40:12de Gaulle arrive en retard,
40:14allant même jusqu'à
40:15le faire attendre
40:16deux jours.
40:16De Gaulle arriva enfin
40:18le 22 janvier
40:20et fut conduit
40:21à sa villa
40:21qui était voisine
40:23de celle de Giroud.
40:24Il refusa
40:24d'aller rendre visite
40:25à ce dernier
40:26et il fallut
40:27plusieurs heures d'effort
40:28pour le décider
40:29à changer d'avis.
40:31Il eut un entretien
40:31glacial avec De Gaulle
40:33et lui fit
40:34très clairement comprendre
40:35que nous n'hésiterions
40:36pas à rompre
40:37définitivement avec lui
40:38s'il persistait
40:39dans son opposition.
40:44Le premier ministre
40:45m'adressa
40:46des reproches amers
40:47où je ne pus voir
40:48autre chose
40:49que l'alibi de l'embarras.
40:51Il m'annonça
40:52qu'en rentrant à Londres,
40:53il m'accuserait
40:54publiquement
40:55d'avoir empêché
40:55l'entente,
40:57dresserait contre ma personne
40:58l'opinion de son pays
40:59et en appellerait
41:01à celle de la France.
41:02De toute la guerre,
41:04ce fut la plus rude
41:04de nos rencontres.
41:06De Gaulle se résout
41:08finalement
41:08à s'asseoir
41:09à la table
41:09des négociations
41:10pour être agréable
41:11à Churchill
41:12qui aura beaucoup insisté.
41:14un moment historique
41:16totalement fabriqué.
41:17Il dira même
41:18à Roosevelt
41:19« I shall do that for you »
41:21autrement dit
41:22« si je le fais,
41:23c'est bien pour vous ».
41:38Roosevelt le pousse
41:39à faire une seconde prise
41:40pour la bonne cause,
41:41soi-disant.
41:45De Gaulle,
41:46qui sort du cadre,
41:47dirige désormais conjointement
41:49avec le général Giraud
41:50les forces françaises en guerre.
41:52« Non, je ne pense pas
41:54que nous avons été faits. »
41:57« Monsieur Churchill,
41:59chaque fois que nous nous heurtions
42:00en raison des intérêts
42:01dont nous avions
42:02respectivement la charge,
42:04faisait de notre désaccord
42:05comme une affaire personnelle.
42:07Il en était blessé
42:09et chagriné
42:10à proportion de l'amitié
42:11qui nous liait l'un à l'autre.
42:13Ses dispositions
42:14de l'esprit
42:15et du sentiment
42:16jointent son recette
42:17de sa tactique politique,
42:19le jetaient dans des crises
42:20de colère
42:21qui secouaient rudement
42:22nos rapports.
42:25« Ce que veulent
42:26les anglo-saxons,
42:27c'est rien moins
42:28que la mise
42:28sous tutelle américaine
42:29de la France,
42:30ce qui est,
42:31aux yeux de De Gaulle,
42:32inacceptable,
42:33inenvisageable
42:34et non négociable.
42:38On comprend dès lors
42:40que De Gaulle
42:41subisse un troisième affront.
42:42Il est exclu
42:43des préparatifs
42:44du jour J,
42:45le débarquement
42:46en Normandie,
42:47le 6 juin 1944.
43:03A 6h30,
43:05les premières troupes
43:06d'assaut
43:06et les chars
43:07des alliés
43:08débarquent
43:09sur les plages
43:10normandes.
43:18au même moment,
43:19celui que l'on surnomme
43:20le général Micro
43:21en est réduit
43:22à user de la BBC,
43:24cette fois,
43:24pour sauver l'honneur
43:25et assurer la présence
43:27de la France libre
43:27et de son chef
43:29en ce jour historique.
43:31Après tant de combats,
43:33de fureurs,
43:34de douleurs,
43:35voici venu
43:36le choc décisif.
43:37C'est la bataille
43:38de France
43:39et c'est la bataille
43:41de la France.
43:42La circonstance
43:43le pousse
43:44à être plus lyrique
43:45qu'à l'accoutumée
43:46en adoptant,
43:47une fois de plus,
43:48des accents
43:49churchiliens.
43:50Derrière le nuage
43:52si lourd
43:53de notre sang
43:54et de nos larmes,
43:55voici
43:56que reparaît
43:58le soleil
43:59de notre grandeur.
44:02De Gaulle,
44:03lui,
44:04a débarqué
44:04en Normandie
44:05six jours
44:06après les autres.
44:07Il n'a qu'une idée
44:08en tête,
44:08libérer Paris.
44:10Pour les alliés,
44:11c'est un objectif
44:12secondaire,
44:13ils veulent même
44:14contourner la capitale.
44:16Mais De Gaulle
44:17n'en démore pas
44:18et il faut que ce soit
44:19des Français,
44:20ceux de la deuxième division
44:22blindée du général Leclerc
44:24qui entre les premiers
44:25dans Paris.
44:26Et que ce soit lui,
44:27le général De Gaulle
44:29qui incarne
44:30la libération
44:30la plus symbolique
44:32au regard
44:33de la postérité.
44:34Une exigence de plus
44:35qui agace
44:36son allié Churchill.
44:38Ce type.
44:40De Gaulle
44:40est insupportable
44:41et c'est lui
44:42qui a raison.
44:43La France,
44:44la seule France,
44:45la France libre,
44:47c'est lui
44:47et nul autre.
44:48Et dans l'avenir
44:49ce sera lui
44:50aussi vrai
44:51que moi,
44:51Churchill,
44:52je serai celui
44:53de l'Angleterre.
45:05Le 25 août 1944,
45:08le général De Gaulle
45:09entre dans Paris
45:10en vainqueur.
45:12Mais jusqu'à la fin
45:13de sa vie,
45:14il boycottera
45:15les commémorations
45:16du jour le plus long.
45:22Je ranime la flamme.
45:24Depuis le 14 juin 1940,
45:27nul n'avait pu le faire
45:28qu'en présence
45:28de l'envahisseur.
45:31puis je quitte la voûte
45:33et le terre-plein.
45:34Les assistants s'écartent.
45:36Devant moi,
45:37les Champs-Élysées.
45:40Ah,
45:41c'est la mer.
45:43Une foule immense
45:44émassée de part et d'autre
45:46de la chaussée.
45:47Peut-être
45:48deux millions d'âmes.
46:00Nous aurons ainsi,
46:02tous ensemble,
46:03bouleversés,
46:04fraternels,
46:06sentant la joie,
46:07la fierté,
46:08l'espérance nationale,
46:10remontée
46:10du fond des abîmes.
46:20Il s'agit aujourd'hui
46:21de rendre à lui-même,
46:23par le spectacle
46:24de sa joie
46:25et l'évidence
46:26de sa liberté,
46:27un peuple
46:28qui fut hier
46:29écrasé par la défaite
46:31et dispersé
46:32par l'inservitude.
46:35De toutes les images
46:36du général
46:37pris ou filmé
46:38pendant la guerre,
46:38c'est la première fois
46:39qu'on le voit
46:40enfin le sourire au lèvre.
46:50Lorsqu'il accueillera
46:51le premier ministre anglais
46:53deux mois plus tard,
46:54c'est bien de son ami Churchill
46:56qu'il s'agira à nouveau,
46:57l'un comme l'autre
46:58aux fêtes de leur gloire.
47:01De Gaulle me reçut
47:03à un grand déjeuner
47:04au ministère de la guerre
47:05et prononça
47:06des paroles
47:07extrêmement flatteuses
47:08au sujet de mon rôle
47:10durant le conflit.
47:11Je fus frappé
47:12par le respect,
47:13voire la crainte
47:14qu'une demi-douzaine
47:15de généraux de haut grade
47:17témoignaient à De Gaulle
47:18bien qu'il n'eût
47:19qu'une étoile
47:20sur son uniforme.
47:29Les deux chefs de guerre
47:30se retrouvent face à face
47:32pour l'éternité
47:33en bas des Champs-Élysées.
47:35Le sculpteur les a incarnés
47:37en hommes qui marchent.
47:38Ils sont l'histoire
47:39mais se dirigent
47:40toujours vers l'avant.
47:43Dès la fin de la guerre,
47:45ils continuent à dominer
47:46le paysage politique.
47:50Le 13 novembre 1945,
47:53De Gaulle est élu président
47:54du gouvernement provisoire.
48:06Mais Churchill, lui,
48:08tombe de son socle.
48:09Il est balayé aux élections
48:11par un raz-de-marée
48:12travailliste.
48:21Désenchanté,
48:21il se met au vert
48:22dans son domaine
48:23de Chartwell
48:24en retrait
48:25pour y écrire
48:25ses mémoires de guerre.
48:29Fidèle à sa promesse
48:30d'être l'historien
48:31d'une épopée
48:32dont il avait été
48:33également le héros,
48:34il produit
48:35avec son équipe
48:36six tomes
48:37dont le premier
48:37parait en 1948.
48:46Churchill devient
48:47un auteur à succès
48:48car les ventes
48:49de son oeuvre
48:49sont considérables
48:50et durables
48:51tant aux Etats-Unis
48:53qu'en Angleterre.
48:56À la librairie
48:57Hardshards à Londres,
48:58il est même
48:58le seul à bénéficier
49:00de tout un pan
49:01de bibliothèques
49:02dédiées à ses propres livres
49:04ainsi qu'à tous ceux,
49:05nombreux,
49:06qui l'ont été consacrés
49:08à ce jour.
49:14Pendant ce temps,
49:15le général de Gaulle
49:16qui a quitté le pouvoir
49:17et qui entame
49:18lui aussi
49:18une traversée
49:20du désert
49:20commence à peine
49:21à écrire
49:22ses propres mémoires
49:23de guerre
49:23loin de la rumeur
49:25du monde.
49:27Dans le tumulte
49:28des hommes
49:29et des événements,
49:30la solitude
49:31était ma tentation.
49:33Maintenant,
49:34elle est mon amie.
49:37de quel autre
49:38se contenter
49:39quand on a rencontré
49:41l'histoire ?
49:43Avec ses souvenirs
49:45de la France libre
49:46qui ont la force
49:46du témoignage,
49:48de Gaulle quitte
49:49le statut
49:49d'écrivain militaire
49:50qu'il avait acquis
49:51dans les années 30
49:52pour celui
49:53d'écrivain d'histoire.
49:55Un écrivain ne comprend
49:57ce qui lui arrive
49:58que lorsqu'il l'écrit.
50:00De Gaulle a l'ambition
50:01d'édifier une œuvre
50:02et de se démarquer
50:03ainsi de Churchill
50:04qui, selon lui,
50:05s'est contenté
50:06de, je cite,
50:08mettre beaucoup
50:08de choses
50:09bout à bout.
50:19Pourtant,
50:19Winston Churchill
50:20est celui des deux
50:21que l'académie suédoise
50:22a choisi
50:23de consacrer
50:24en 1953
50:25par le prix Nobel
50:27de littérature.
50:33Le comble,
50:34c'est que l'élu
50:35ne dissimule pas
50:36sa déception.
50:37Churchill
50:38ne prend même
50:38pas la peine
50:39de se déplacer
50:40jusqu'à Stockholm
50:41et y envoie
50:42sa femme.
50:59Il ne fait guère
51:00de doute à l'époque
51:01que cette année-là,
51:02la récompense
51:02est moins motivée
51:03par des préoccupations
51:05littéraires
51:05que par un souci
51:06politique et diplomatique.
51:08En fait,
51:09Sir Winston
51:10espérait le prix Nobel
51:11de la paix
51:12qui ira finalement
51:12à Albert Schweitzer
51:14qu'il moque en privé.
51:15Mais il se résigne
51:16à accepter son Nobel
51:18lorsqu'il apprend
51:19que le chèque
51:19est d'un montant
51:20de 12 000 livres sterling
51:22non imposable.
51:35quant à De Gaulle,
51:36la parution de ses mémoires
51:37de guerre
51:38un an plus tard
51:39chez Plon,
51:39éditeur choisi
51:40parce qu'il avait été
51:41celui des grands,
51:43Poincaré,
51:43Fauche ou Churchill,
51:45a un grand retentissement,
51:46tant dans le monde
51:47politique que littéraire
51:48dans de nombreux pays.
51:57Désormais inscrit
51:58au plus prestigieux
51:59des palmarès littéraires,
52:01Churchill a tout de même
52:02été sacré écrivain
52:03entre François Moriac
52:05et Ernest Hemingway,
52:06excusé du peu.
52:09Or,
52:09l'Académie suédoise
52:10est censée
52:12distinguer
52:12un écrivain
52:13et non
52:13un polygraphe doué,
52:15féru d'histoire
52:16et assisté
52:17par un atelier de nègres.
52:19Lorsqu'on les relit
52:20avec le recul du temps,
52:22Charles de Gaulle
52:22est bien des deux
52:23l'écrivain.
52:25Un classique
52:26dont l'esprit
52:26est gouverné
52:27par un absolu
52:28de la langue française
52:29et donc
52:30de l'écriture.
52:31Toute sa vie,
52:32il s'était fait
52:33une certaine idée
52:33de la France
52:34à travers la littérature
52:36qu'il avait formée
52:37à jamais.
52:38Qu'importe au fond
52:39puisque ce qui en reste
52:40c'est d'abord
52:41l'histoire
52:41d'une amitié
52:42contrariée
52:43car passionnée
52:44entre deux hommes
52:45que liée
52:46une admiration
52:47réciproque
52:48de monstres sacrés
52:49au destin
52:50façonné
52:51par la houle
52:52de l'histoire.
52:55Je savais
52:56qu'il n'était pas
52:56ami de l'Angleterre
52:58mais j'ai toujours
52:59retrouvé en lui
53:00l'esprit
53:01et les conceptions
53:02que le mot France
53:03évoquera éternellement
53:05tout au long
53:06des pages
53:06de l'histoire.
53:12Les incidents rudes
53:14et pénibles
53:14qui se produisirent
53:15à maintes reprises
53:16entre nous
53:17en raison des frictions
53:18de nos deux caractères
53:20ont influé
53:21sur mon attitude
53:22à l'égard
53:22du premier ministre
53:23mais non point
53:24sur mon jugement.
53:26Winston Churchill
53:27m'a paru
53:28d'un bout à l'autre
53:29du drame
53:30comme le grand champion
53:31d'une grande entreprise
53:33et le grand artiste
53:34d'une grande histoire.

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