00:00Cette semaine, le service public a un nouveau ennemi numéro un, c'est Delahousse.
00:04C'est quand même assez surprenant.
00:06Après 19 ans aux 20 heures, l'homme au brushing le plus calme de la télévision française.
00:11Et en février, vous savez, il avait prêté serment devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l
00:17'audiovisuel public.
00:18Il avait expliqué comment on fabrique le 20 heures avec du temps, de la réflexion, du débat.
00:22Il avait ajouté également aucune improvisation dans ce métier.
00:26Et retenez bien cette phrase parce que samedi 17 octobre, lorsque des centaines de milliers de Français ont manifesté contre
00:32la vie chère et l'école,
00:34en marge des casseurs avaient pillé, comme vous le savez, incendier de Paris à Marseille jusqu'à Limoges.
00:39Et dimanche soir, donc, l'édition spéciale sur France 2.
00:41Et pour la conclure, on avait prévu un documentaire sur Angèle, la chanteuse.
00:46Et l'interview était très bien et tout, mais c'était trop décalé.
00:52Donc, ça a été déprogrammé.
00:53Alors, à 20h44, Delahousse a lancé, au cœur des violences, 12 minutes de pavés, de lacrymogènes, de poubelles en feu,
01:00presque sans un mot.
01:02Et là, ce n'est plus la rue qui brûle, c'est la maison.
01:05Le médiateur reçoit des e-mails indignés.
01:07La CFDT parle d'une ligne déontologique franchie.
01:10La CGT accuse le 20h d'être le porte-parole du ministre de l'Intérieur.
01:15Laurent Delahousse, donc, un agent secret de la place Beauvau, il fallait l'imaginer.
01:20Et elle réclame la démission de toute l'équipe.
01:23La CGT qui demande des suppressions de postes, il faut retenir la date, je pense, c'est historique.
01:28Alors, est-ce que ces critiques sont fondées, selon vous, Michel Fayad ?
01:31Certaines, oui. Il faut quand même être honnête.
01:34Donc, écoutez le président de la Société des journalistes, l'association élue par les journalistes de la maison.
01:38Selon lui, ce sujet a été lancé à 15h le jour même.
01:42Monté dans l'urgence, diffusé sans même être mixé.
01:45« Aucune improvisation dans ce métier », nous avait dit Laurent Delahousse.
01:48Ce n'est pas un complot, c'est un bricolage.
01:51Plus grave encore, au milieu des pavés, surgit Jean-Luc Mélenchon.
01:54Tout sourire qui compare le mouvement à mai 68 en plus fort.
01:58Ces mots, tels que les syndicats les ont retranscrits, parlent de la jeunesse, pas des casseurs.
02:03Le coller entre deux incendies, c'est prendre le risque d'induire en erreur.
02:08Je combats Mélenchon, mais je le combats sur ce qu'il dit, pas sur ce qu'on lui fait dire.
02:13Et voici ce qu'on ne vous le dit pas.
02:15Cette colère ne date pas de dimanche.
02:17Début octobre, Acrimède, un observatoire des médias classé à gauche,
02:20a chronométré les JT de France 2 sur quatre jours.
02:23Sur près de 25 minutes consacrées au mouvement lycéen, presque 20 portent sur les violences.
02:29Les revendications ? Moins de deux minutes.
02:31Dimanche n'a été que l'étincelle.
02:33Puis la CFDT conclut que ce traitement fait le lit du RN.
02:37Là, on change de terrain.
02:38On ne discute plus d'un montage, mais de ses conséquences électorales.
02:42Depuis quand, juge-t-on un reportage au parti qu'il pourrait servir ?
02:47Si c'est la règle, il faudra bientôt demander au sondage la permission de filmer.
02:51Un fait n'est ni de droite ni de gauche.
02:53Et si une vitrine brisée profite à un parti, ce n'est pas la faute du caméraman.
02:58C'est la faute de celui qui l'a brisé.
03:00Alors, qui doit rendre un décompte dans l'affaire Laurent Delahousse ?
03:03Le service public n'appartient ni au gouvernement, ni au syndicat, ni à ses présentateurs.
03:08Il est financé par les Français et c'est devant eux qu'il doit répondre.
03:11Alors, qui a commandé ce sujet ?
03:13Qui l'a validé ?
03:14À ce jour, personne ne l'a dit publiquement.
03:16On sait qu'il venait de l'équipe des magazines et que la hiérarchie, selon la Société des journalistes,
03:21a découvert trop tard qu'il serait sans commentaire.
03:25Delahousse a lancé, il porte sa part, mais exiger la démission d'une équipe entière,
03:30sans savoir qui a décidé quoi, ce n'est plus de la critique, c'est un tribunal.
03:34La vraie question est ailleurs et elle est ancienne.
03:36En 2005, si vous vous souvenez, pendant les émeutes des banlieues,
03:39François avait cessé d'annoncer le nombre de voitures brûlées pour éviter un effet d'entraînement.
03:44Ne pas donner un chiffre pour éviter la surenchère, cela peut se défendre.
03:48Mais ne plus montrer la violence elle-même, ce serait autre chose.
03:52Car le téléspectateur n'est pas un enfant qu'on protège des images, c'est un citoyen.
03:56Le commerçant dont la vitrine a volé en éclat samedi n'a pas besoin qu'on lui cache ce qu
04:02'il a vécu.
04:02Il a besoin qu'on lui explique pourquoi c'est arrivé.
04:05Et dimanche, France 2 a montré sans assez expliquer.
04:08Le danger maintenant serait d'expliquer sans montrer.
04:11Le journalisme, c'est faire les deux.