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  • il y a 47 minutes
Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, était l'invité de BFMTV. Il revient sur les violences survenues en marge de la mobilisation du 17 octobre. 

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Transcription
00:00Monsieur le procureur de Marseille, Nicolas Besson, merci d'être avec nous en direct sur BFM TV.
00:05On va bien sûr s'interroger sur les suites qui ont été données aux violences du week-end dernier,
00:11sur le week-end qui arrive aussi et qui inquiète beaucoup les Français.
00:15Mais d'abord, un point très concret sur des images qui ont beaucoup marqué,
00:18qui ont choqué tous les Français, bien au-delà d'ailleurs de Marseille.
00:22Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin si ceux qui ont attaqué par exemple un quart de CRS
00:27ont été condamnés ?
00:33Alors à ce stade, l'attaque sur le quart de CRS ou l'attaque de la mairie de Marseille
00:39font l'objet d'une enquête de plus longue haleine puisqu'on veut aller au bout des choses
00:44et remonter sur les commanditaires et sur les auteurs principaux.
00:48Et donc à ce stade, personne n'a été interpellé.
00:50Mais nous avons ouvert un cadre d'enquête spécifique de violence, de dégradation en bande organisée,
00:57de vol en bande organisée pour traiter ce phénomène.
00:59Puisque vous l'avez vu, sur Marseille, il y a eu deux phases concomitantes.
01:03La phase d'attaque des institutions, d'attaque des CRS qu'on a fixée sur la Canebière et sur le
01:08Vieux-Port
01:08et parallèlement une phase de pillage.
01:11Jusqu'à présent ont été jugés les pilleurs qui ont été interpellés.
01:15En revanche, il y aura un besoin d'enquête de plus longue haleine
01:19pour déterminer et interpeller les casseurs et les organisateurs de cette casse organisée.
01:24On peut le dire de manière très claire aujourd'hui.
01:28– Des enquêtes en cours, donc vous nous dites concernant l'attaque contre un quart de CRS,
01:32concernant bien sûr le saccage et le pillage de la mairie de Marseille.
01:37Où en sont ces enquêtes concernant la mairie ?
01:40Par exemple, bien sûr, là aussi c'est une image qui a beaucoup choqué
01:43avec ce buste de Marianne.
01:46– Oui, comme je vous l'indiquais à l'instant,
01:53je souhaite remonter la chaîne intégrale des responsabilités
01:58sur ces actes intolérables qui ont été commis.
02:01Et donc j'ai saisi la police judiciaire, c'est pas neutre,
02:04c'est-à-dire ceux qui travaillent d'habitude sur les assassinats,
02:07sur le narco-banditisme, sur les affaires très complexes,
02:10parce que je souhaite mettre en œuvre des investigations les plus complètes possibles
02:15pour interpeller à la fois les auteurs physiques qui sont rentrés dans la mairie
02:20et qui ont commis les actes que vous avez décrits, ces actes intolérables,
02:23mais également remonter la chaîne des responsabilités.
02:26Donc comme je vous l'indique, il y a ce qu'on appelle des réponses immédiates,
02:30c'est-à-dire les personnes interpellées en flagrant délit,
02:33et puis il y a à remonter la chaîne des responsabilités.
02:35Donc c'est la raison pour laquelle, même si les personnes étaient identifiées,
02:39nous ne les interpellerions pas tout de suite parce que je veux aller au bout des choses.
02:44Monsieur le procureur, une question pour vous, parce que vous parlez des commanditaires,
02:48donc je reviens à ce que vous venez de dire à l'instant.
02:50C'était manifestement prémédité que cette attaque contre la mairie.
02:54Qu'est-ce que vous avez comme indice qui vous permet de soupçonner justement
02:58qu'on est dans la préméditation, que l'affaire avait été ourdie en amont ?
03:06Ah ben, des éléments très clairs, c'est-à-dire qu'on a eu pour fragiliser,
03:12pour fixer les forces mobiles se trouvant sur Marseille,
03:16on a eu une attaque et des premières attaques à des 5h du matin à la société Eurolinks.
03:24Ensuite, sans aucune raison apparente, nous avons eu des barricades
03:29qui ont été installées sur l'avenue du Prado.
03:31Et puis ensuite, on a eu des attaques coordonnées du poste de police municipale,
03:36de la CCI et de la mairie de Marseille pour fixer l'ensemble des troupes.
03:42Et le début des investigations, et vous comprendrez bien que je ne rentre pas plus dans le détail,
03:47nous démontre qu'il s'agit des mêmes individus que nous avons retrouvés sur ces éléments-là.
03:52Donc ce n'est pas une agrégation spontanée de manifestants en colère.
03:56Je peux d'ores et déjà indiquer que les investigations me permettent de déterminer
04:00que c'était quelque chose de concerté.
04:02Alors ensuite, il y a ce que dit un procureur de la République sur une chaîne de télévision,
04:06et puis après, il y a ce qui sera établi judiciairement, naturellement.
04:10Je souhaite le documenter dans le cadre d'une enquête, et je ne me précipiterai pas.
04:15J'ai saisi la police judiciaire, j'ai utilisé les qualifications pénales
04:19qui me permettent de travailler sur les criminalités organisées
04:23pour arriver dans un temps rapide.
04:27Mais après avoir fait des investigations complètes,
04:30à essayer de déterminer et de retrouver l'ensemble des responsabilités.
04:34Puisque vous nous parlez de profils identifiés,
04:36est-ce que vous pouvez nous dire si ce sont les mêmes
04:38qui sont allés de casse en casse, de pillage en pillage ?
04:46Alors, comme je vous l'indiquais, nous avons eu la conjonction de deux phénomènes.
04:53Je vous ai parlé des fixeurs, des casseurs, de ceux qui ont pénétré dans la mairie.
04:58Donc ça, c'est une première catégorie.
05:01Et ensuite, nous avons eu des profils un petit peu différents.
05:05Le profil des pilleurs, qui ont profité du fait que les forces mobiles
05:10étaient fixées sur la défense des bâtiments publics
05:13pour se livrer à un véritable saccage, un véritable pillage
05:17des commerces du centre-ville de Marseille.
05:19C'est un type de population différent des premiers, des casseurs.
05:24Sauf que, là aussi, nous verrons ce que les enquêtes de longue haleine détermineront.
05:31Je ne peux être que troublé par la concomitance
05:36de la fixation d'une part vers midi et une heure de l'après-midi
05:40des forces mobiles sur la Canebière et sur le Vieux-Port
05:42et de l'afflux simultané, à la même heure, de milliers de personnes
05:47qui se sont livrées au pillage.
05:49À ce stade, je n'ai pas d'élément pour indiquer
05:52qu'il y a eu une concertation préalable entre les premiers et les seconds,
05:55mais cette coïncidence temporelle ne manque pas de m'interroger
06:00et les investigations de longue haleine auront également pour objectif
06:05de déterminer s'il y avait également une concertation entre les casseurs,
06:09entre les violents avec les policiers et les pilleurs.
06:12S'agissant du profil des personnes qui se sont livrées à ce pillage,
06:17plusieurs milliers de personnes, on a évalué entre 1800 et 3000 personnes
06:22qui se sont livrées au saccage du centre-ville.
06:24Là, ce qui est assez désolant, des délinquants d'habitude, naturellement,
06:30mais également des personnes insérées et sans casier judiciaire,
06:35avec les premiers, ceux qui vont casser,
06:39on voit une organisation quasi militaire,
06:42avec des costauds, cagoulés, qui vont briser les vitrines,
06:46des personnes qui vont rentrer avec des sacs
06:48qui font partie des mêmes organisations pour récupérer la marchandise,
06:51et puis après, des opportunistes derrière.
06:55C'était un chaos indescriptible.
06:58Et moi, ce qui m'inquiète, c'est qu'on retrouve des délinquants d'habitude
07:01pour se livrer à du pillage.
07:03J'en ai malheureusement l'habitude de retrouver monsieur tout le monde.
07:06C'est une perte de valeur morale considérable.
07:10Et moi, j'en appelle au ressaisissement de l'ensemble de la société.
07:15Nous avons vu des images que vous avez largement relayées.
07:19Moi, j'ai assisté en direct, puisque je me trouvais dans le centre-ville de Marseille
07:23avec un certain nombre de policiers, à des mères de famille,
07:27se battre pour une théière.
07:29Mais dans quelle société vit-on ?
07:33Une précision, monsieur le procureur, pour les chiffres que vous nous donnez ce matin sur BFM TV.
07:38Vous nous parlez de plusieurs milliers de pilleurs, entre 1800 et 3000.
07:41On est quand même très loin du chiffre annoncé par la préfecture
07:45qui parlait de dizaines de milliers de trente mille pilleurs.
07:53Alors, moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur les chiffres de la préfecture.
07:58Moi, dans le centre-ville de Marseille, je considère que nous étions aux environs de 3000 pilleurs.
08:05Si on rajoute les émeutiers, les chiffres de la préfecture me paraissent conformes.
08:11Mais on a parlé de 8000 émeutiers.
08:14Voilà. Après, moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur le chiffre de 30 000.
08:1930 000, c'était probablement un certain nombre de manifestants.
08:24Je n'en sais rien.
08:25Mais en tout cas, moi, j'estime qu'on était dans un taux de 3000 pilleurs,
08:28ce qui est déjà énormissime.
08:31Est-ce que ce sont les mêmes profils qu'on retrouve également sur les points de deal à Marseille ?
08:43Alors, pas nécessairement.
08:45Un certain nombre de jeunes personnes interpellées
08:51avaient le casier judiciaire émaillé d'infractions à la législation sur le stupéfiant.
08:56Donc, on peut penser qu'ils étaient charbonneurs, chauffeurs sur les points de deal.
08:59Mais comme je vous le disais, il y avait également des personnes insérées
09:03et qui n'avaient pas de condamnation à leur casier judiciaire.
09:07Naturellement, ceux qui étaient connus, qui sont des délinquants d'habitude,
09:12ont fait l'objet de mesures d'incarcération.
09:15Et comme je peux vous livrer les chiffres,
09:19sur les personnes en garde à vue,
09:22107 personnes ont été en garde à vue interpellées le jour des faits, le 18 octobre.
09:2770 personnes ont fait l'objet de déferments.
09:30Dans ce cadre-là, 25% de mineurs, 75% de majeurs,
09:34ce qui me permet là aussi d'affirmer très clairement
09:37que nous n'avions pas affaire aux lycéens
09:39qui font les manifestations actuellement
09:43ou de manière ultra minoritaire.
09:4650 personnes ont été jugées en comparution immédiate.
09:4934 ont fait l'objet d'une incarcération provisoire.
09:52Tout cela pour vous dire que la réaction de la justice
09:55a été très ferme,
09:58puisque nous représentions à Marseille,
10:00mais au regard probablement du saccage incomparable
10:04qu'a connu la ville,
10:05nous représentions lundi 25% des personnes incarcérées
10:08sur la France entière.
10:09Donc je pense que la réaction a été vigoureuse.
10:11Et puis ensuite,
10:13deux jours d'audience de comparution immédiate
10:15avec doublement.
10:16Et là, nous avons à la fin 22 personnes
10:18qui sont encore incarcérées
10:20et qui ont été condamnées à de l'emprisonnement ferme
10:22avec des mandats de dépôt
10:23ou qui ont été maintenues en détention
10:25qu'ils ont demandé.
10:26Ce qui me démontre là aussi,
10:27par rapport à vos propos initiaux,
10:30que la justice, elle, c'est estre ferme,
10:33mais elle est également là pour personnaliser les peines.
10:39Et ceux qui étaient inconnus des services
10:42ont fait l'objet de travail d'intérêt général, etc.
10:44Et ceux qui étaient connus ont été incarcérés.
10:48Question de Boris Karlamov du service police-justice.
10:51Oui, bonjour, monsieur le procureur.
10:52Vous parlez justement de ces comparutions immédiates.
10:54Vous avez, vous, en personne,
10:56et c'est un fait assez inédit,
10:57mené les réquisitions mardi dernier.
11:00Lorsque je suis passé dans la salle d'audience,
11:02il y a le profil d'une jeune femme
11:04qui m'a assez interpellé.
11:05C'est une jeune femme qui est soupçonnée
11:07d'avoir dérobé des caisses de maquillage.
11:10C'était sa toute première garde à vue,
11:12sa toute première nuit en détention provisoire.
11:15Et lors de l'audience,
11:16cette jeune femme âgée d'une vingtaine d'années
11:17vous a dit, elle a dit au tribunal,
11:20qu'elle préparait le concours de policière adjointe.
11:23Est-ce la preuve aujourd'hui qu'il y a des profils
11:26qu'on n'a pas l'habitude forcément
11:27de voir devant les tribunaux ?
11:29Est-ce que ce profil-là,
11:30il est pour le moins, vous le jugez,
11:32pour le moins assez original ?
11:33On va rappeler, sauf à l'heure de ma part,
11:34qu'elle a été placée sous contrôle judiciaire
11:37en attente d'une deuxième audience.
11:43Oui, vous prenez juste le dossier
11:45qui n'est pas définitivement jugé,
11:46mais je peux en parler sans difficulté.
11:48Ça revient à ce que je vous disais
11:50de ma manière initiale,
11:51c'est-à-dire la perte de repères et de valeurs.
11:53Cette jeune femme,
11:54quand elle vous dit au tribunal
11:56qu'elle est en train de préparer
11:58le concours de gardien de la paix,
11:59elle est honnête dans sa tête.
12:01Elle le pense vraiment
12:03et c'est le métier qu'elle rêverait d'embrasser.
12:05Et en même temps,
12:06on la retrouve avec son frère
12:09et l'ami de son frère,
12:10avec quelque chose de péjoratif,
12:12elle est chargée dans les voitures
12:13des caisses complètes de produits cosmétiques
12:16qui sont le produit du pillage.
12:17C'est ce décalage,
12:19c'est cette absence de référence morale.
12:24Si vous êtes resté à cette audience
12:26jusqu'au bout de M. Carlamos,
12:27moi, ce qui m'a marqué,
12:28c'est qu'il n'y en a pas un
12:31qui a présenté ces excuses aux commerçants
12:33qui pourraient être leurs parents.
12:34Parce que moi, j'ai vu des...
12:35Alors, il y a eu certaines boutiques de luxe
12:38qui ont été pillées,
12:39mais il y a eu également des magasins
12:42qui vendent des pièces à 1 euro,
12:44des magasins de vêtements à bas prix, etc.
12:48Et là, ces jeunes kippies,
12:51ils n'ont aucune pitié
12:53pour ceux qui pourraient être leurs parents
12:56et qui doivent, de leur commerce,
12:58se dégager à peine un smic.
13:01Et voilà, c'est ce décalage, moi,
13:02qui m'inquiète.
13:03Et je pense qu'on doit avoir...
13:04Aucun remord, donc, entendu
13:06par ceux qui ont été mis en cause,
13:08par ceux qui ont été interpellés.
13:09Aucun remord, aucun regret, aucune excuse.
13:11Aucun moment.
13:12Mais c'est pas tellement...
13:14Non.
13:15Oui, c'est-à-dire...
13:17C'est l'absence de prise de conscience
13:19qui est très inquiétante.
13:21C'est-à-dire, on va se dire...
13:25Pas pour les délinquants d'habitude,
13:27pas pour ceux qui étaient organisés
13:28dont je vous parlais il y a quelques minutes.
13:30Je parle de ceux qui, par opportunisme,
13:32sont venus faire leur marché.
13:35Mais ils n'ont pas véritablement conscience
13:36Mais donc c'est quoi ?
13:36C'est qu'il y a un sentiment d'impunité, finalement,
13:38de dire que, de toute façon,
13:40ils ne craignent pas grand-chose ?
13:44Alors, le sentiment d'impunité,
13:47je pense que depuis ce qui s'est passé
13:48avec les comparutions immédiates à Marseille,
13:51je ne crois pas dire qu'on puisse dire
13:52qu'il y a un sentiment d'impunité.
13:54La moitié des personnes déférées ont été incarcérées
13:57et après avoir été jugées,
13:5822 d'entre elles sont parties pour plusieurs mois
14:01avoir un aide de prison.
14:02Non, c'est l'absence de conscience morale,
14:06de la gravité des choses.
14:07Et ce que je dis, celui qui vient, par opportuniste,
14:09faire son marché, si vous me permettez,
14:11cette expression triviale,
14:13il participe de la masse des 3000
14:15qui va empêcher les forces de l'ordre
14:18de faire leur travail.
14:19– Mais donc, quand le pouvoir politique répète
14:21depuis le week-end dernier
14:22que c'est l'ultra-gauche, l'ultra-gauche,
14:27c'est quand même très réducteur, du coup.
14:33– Alors, je vous ai répété
14:35qu'il y a eu la fixation et les violences
14:38sur les forces de l'ordre,
14:39sur les scènes qui ont eu lieu sur la canubière,
14:41qu'on peut largement imputer à l'ultra-gauche
14:45puisqu'il y avait des black box,
14:46ça aussi, ces blocs, c'est documenté.
14:48Mais vous avez également tous les pilleurs
14:52qui n'ont rien à voir avec l'ultra-gauche.
14:54Et d'ailleurs, quand ils ont été entendus
14:57par le tribunal, aucun n'a revendiqué
15:00une thématique sociale et dire
15:03qu'il était venu pour manifester.
15:05Ils étaient venus pour piller.
15:07Donc, il y a eu la conjonction
15:08de ces deux types de public
15:10qui ont rendu la situation totalement chaotique.
15:14– Bonjour, monsieur le procureur.
15:16Une autre question, on a entendu
15:17sur l'antenne de BFMTV, il y a 48 heures,
15:20le garde des Sceaux, Gérald Darmanin,
15:21dire qu'il avait donné des consignes
15:23de fermeté, de sévérité au parquet,
15:26au procureur, et notamment avait demandé
15:28au procureur de faire systématiquement
15:30appel des décisions lorsque les peines encourues,
15:34notamment sur le quantum,
15:35lorsque les peines encourues n'étaient pas suffisantes
15:38au regard de la gravité des faits.
15:40Est-ce que vous le faites systématiquement ?
15:42Est-ce que là, dans ces 48 heures
15:44de comparution immédiate,
15:45vous avez dû faire appel de décisions
15:47qui vous semblaient trop légères ?
15:49– Alors, plusieurs choses.
15:55Nous n'avons pas attendu la circulaire
15:57de garde des Sceaux,
15:57mais qui nous a confortés dans notre action.
16:00J'avais décidé, nous nous sommes réunis
16:02samedi soir avec mes adjoints,
16:05et compte tenu de l'ampleur du phénomène,
16:07nous avons voulu une réaction forte,
16:09et nous avons décidé, après avoir fait notre travail
16:11de magistrat, c'est-à-dire si la procédure
16:13était régulière et que les faits
16:15nous paraissaient caractérisés,
16:16de déférer l'ensemble des personnes,
16:18quel que soit leur casier judiciaire,
16:20en comparution immédiate.
16:21Lundi matin, Gérald Darmanin,
16:23ministre de la Justice,
16:26a rendu une circulaire
16:27qui nous demandait de faire ça.
16:29Donc vous voyez, nous avons fait du Darmanin
16:30avant Darmanin.
16:31Je pense que ça, c'est important de le dire.
16:33S'agissant des appels,
16:35c'est une prérogative du procureur de la République.
16:38Je ne vais pas interjeter appel systématiquement
16:41des décisions qui ne vont pas.
16:42En revanche, bien évidemment,
16:44je suis avec attention les décisions
16:46qui ont été rendues,
16:47et M. Karlamoff était à cette audience.
16:50J'ai eu la seule affaire
16:52qui a fait l'objet de relax à mon audience,
16:55ces trois personnes,
16:56dont deux d'entre elles,
16:57j'estime que dans leurs auditions,
16:58elles reconnaissaient les faits.
17:00Et pourtant, ils ont bénéficié d'une relax.
17:03J'interjeterai appel sur ce dossier,
17:05c'est-à-dire, je vais faire mon travail de magistrat.
17:08En revanche, je ne ferai pas d'appel systématique
17:11de l'ensemble des décisions.
17:13Mais bien évidemment, nous adhérons,
17:15et c'est notre mission,
17:18aux réquisitions de grandes...
17:21Enfin, aux circulaires de grande sévérité
17:23du garde des Sceaux.
17:24Ça me paraît la moindre des choses.
17:26Et il a été très apprécié,
17:28là, au-delà de toute circulaire,
17:31qui soit venu manifester son soutien
17:34à la juridiction marseillaise,
17:36qui, comme vous l'imaginez,
17:37a été très, très fortement impacté
17:39par ces événements.
17:40Et avec, je tenais à le signaler,
17:43une très, très grande solidarité
17:44de l'ensemble des agents du tribunal,
17:46qu'ils soient magistrats,
17:48agents administratifs ou greffiers.
17:50Et ça nous a véritablement réconfortés
17:53qu'ils prennent du temps
17:54à venir nous rencontrer.
17:57– Que répondez-vous à la France Insoumise,
18:00Manuel Bompard, ce matin, sur BFM TV,
18:02qui parle d'une justice expéditive, collective ?
18:10– Pas du tout.
18:12Comme je vous l'indiquais,
18:15sur les audiences de comparution immédiate,
18:17les caméras de BFM étaient là,
18:19enfin, pas les caméras,
18:20mais vos journalistes étaient là,
18:22notamment M. Karlamov,
18:24il a vu que le tribunal,
18:27les juges sont libres, indépendants,
18:30statut sur la gravité des faits,
18:32ils étaient incontestables,
18:33mais personnalisent la peine.
18:35Et autant il y a eu beaucoup de peines
18:37d'emprisonnement,
18:38fermes et maintien en détention,
18:39autant des personnes ont été condamnées
18:40à des peines plus éducatives,
18:42de type travail d'intérêt général,
18:44sursis ou amende.
18:45Je m'inscris totalement en faux
18:47et j'invite M. Bompard
18:49à venir assister aux audiences
18:52de comparution immédiate
18:53du tribunal correctionnel de Marseille
18:54qui, dans des conditions difficiles,
18:58a des juges libres, indépendants
19:00et qui applique le droit
19:02dans toute sa complétude.
19:03On ne fait pas de prix de gros
19:04au tribunal de Marseille,
19:06que ce soit au parquet
19:07et au niveau des juges.
19:09Et c'est désagréable
19:12d'être taxé de ce type de comportement.
19:15C'est faux.
19:16Encore une question, M. le procureur.
19:18A l'inverse,
19:19on a entendu un certain nombre
19:21de responsables politiques
19:22en France,
19:23mais aussi à l'étranger,
19:25faire une sorte de lien
19:26extrêmement rapide
19:27entre les scènes de pillage,
19:29de saccage
19:30qu'on a vues le week-end dernier
19:32dans plusieurs villes de France,
19:33à Marseille mais ailleurs,
19:34et l'immigration,
19:36et la criminalité organisée,
19:39et le trafic de drogue.
19:40Qu'est-ce que vous leur répondez ?
19:42Vous avez requis vous-même,
19:43disait Boris,
19:44donc vous les avez vus
19:45ces premiers interpellés
19:47qui sont passés
19:48en comparution immédiate.
19:49Qu'est-ce que vous répondez
19:50à ceux qui tiennent
19:51ce genre de propos ?
19:56Alors, moi,
19:56ce que je répondrais,
19:58vous savez,
19:59je dis toujours
20:00les choses telles qu'elles sont.
20:02Dans les nombres de personnes
20:04qui sont passées
20:05en comparution immédiate,
20:07un certain nombre
20:08de profils
20:09étaient des étrangers
20:10en situation irrégulière,
20:12ce qui est conforme
20:13à un peu la composition
20:14de la population marseillaise,
20:16où nous savons
20:16qu'il y a un certain nombre
20:17de clandestins.
20:19Mais, moi,
20:19je crois qu'il faut toujours
20:20amener de la nuance
20:21et de la réflexion.
20:23Et,
20:24dans le public
20:25des personnes
20:26qui sont passées
20:27en comparution immédiate,
20:28il y avait des étrangers
20:29en situation irrégulière,
20:30mais il y avait également
20:32des personnes,
20:34très majoritairement,
20:35de nationalité française.
20:37Il y avait
20:37des personnes
20:39qui avaient été condamnées
20:40pour infraction
20:40à la législation
20:41sur la stupéfiante.
20:42Et il y avait des personnes
20:43qui n'avaient jamais
20:44été condamnées
20:46et n'avaient jamais
20:46même été placées
20:48en garde à vue.
20:49Donc, je pense qu'on avait
20:50ce jour-là...
20:51Comment ?
20:53Pas de profil type,
20:54en réalité.
20:55Pardon ?
20:56Je dis pas de profil type,
20:57en réalité,
20:58chez ces premiers interpellés.
21:03Non, pas de profil type.
21:05Je vous dis,
21:06c'était à la hauteur
21:08de la composition sociologique
21:10de la ville de Marseille.
21:12Et c'est peut-être ça
21:13qui est le plus désolant.
21:16Monsieur le procureur,
21:18on est à deux jours
21:19d'une nouvelle journée
21:20de mobilisation.
21:21Est-ce que vous êtes inquiet
21:23pour ce samedi qui arrive ?
21:30Quand on occupe
21:31ce type de fonction,
21:32avec mes collègues du parquet,
21:33il ne faut pas être inquiet.
21:34Parce que si on est inquiet,
21:35il vaut mieux changer de métier.
21:37En revanche,
21:37nous sommes particulièrement
21:39vigilants.
21:39Et avec le président
21:41du tribunal
21:42et avec la directrice
21:43de greffe,
21:44nous avons mis en place
21:46un dispositif
21:47qui,
21:48si des violences graves
21:51et massives
21:51devaient se produire,
21:53nous mettent en capacité
21:54de réagir
21:55au mieux
21:56et avec le plus
21:57d'efficacité possible
21:58de manière très simple.
22:00Des permanences
22:01sont renforcées,
22:03des collègues
22:04sont d'astreinte
22:05et sont prêts
22:06à être remobilisés.
22:07Je vous dirais,
22:08c'est presque superfétatoire
22:09parce que je tiens
22:10à vraiment le dire.
22:12J'ai été très fier
22:15de mes collègues
22:16du parquet,
22:17des gens avec qui je travaille,
22:19des greffiers,
22:20des fonctionnaires
22:20et des juges.
22:21Il n'y a même pas eu besoin
22:24samedi dernier
22:25de rappeler des gens.
22:26Les personnes,
22:27spontanément,
22:28sont venues
22:29se porter volontaire
22:30et le service public
22:32de la justice
22:32est un beau service public
22:34quand il se met
22:36à la hauteur
22:36des enjeux
22:37et qu'on n'a pas besoin
22:38de rappeler les gens
22:39pour qu'ils viennent
22:40étant conscients
22:42des enjeux
22:43parce que la justice,
22:45elle arrive après,
22:46toujours,
22:47elle n'est pas sur le terrain
22:48mais je crois
22:49que c'est le meilleur
22:50élément
22:51pour ressouder
22:52le corps social.
22:54Un dernier mot,
22:56monsieur le procureur,
22:56concernant une image
22:57aussi qui avait
22:58beaucoup choqué
23:00ce camion de pompiers
23:01pris pour cible
23:03pendant les manifestations
23:04de lycéens.
23:06Est-ce qu'il y a eu
23:07des interpellations ?
23:09Où en est cette enquête ?
23:13Cette enquête
23:14est toujours en cours
23:16et nous n'avons
23:18pour l'instant
23:19personne d'interpellé.

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