00:00Il y aura donc un couvre-feu à Toulouse dès demain soir, mesure décidée par la préfecture
00:04après les dégradations et les violences de samedi en centre-ville, en marge de la mobilisation du 17 octobre.
00:10Le préfet de la Haute-Garonne est l'invité d'ici matin, Claudia Calmel.
00:13Bonjour Fabrice Rigoleroz.
00:14Bonjour.
00:15En deux mots, il va ressembler à quoi ce couvre-feu ? Il concerne qui et quelle zone ?
00:18Alors, il va concerner l'hyper-centre-ville, la place du Capitole et les rues qui sont autour.
00:25C'est en fait la zone qui a été la principale concernée par les dégradations ou tentatives de pillage.
00:31Il est donc très localisé, très centré géographiquement.
00:34Il s'appliquera de minuit à 5h du matin à partir de demain soir, de jeudi soir jusqu'au dimanche
00:39matin.
00:40Ce couvre-feu s'appliquera, vous le disiez, une partie de l'hyper-centre qui englobe Alsace-Lorraine et le
00:44Capitole.
00:45Vous avez des éléments qui vous laissent penser que certains manifestants veulent cibler la mairie ?
00:49Déjà, on l'a vu, il y en a certains qui voulaient le faire dès samedi le 17 octobre dernier,
00:53y compris, j'allais dire, en source ouverte, qu'il y avait des appels qui circulaient sur les réseaux sociaux,
00:58à radier le Capitole et je ne pense pas que c'était pour simplement y pique-niquer ou prendre des
01:02photos.
01:02Il y a eu un effet d'entraînement peut-être avec ce qui s'est passé, ce qu'on a
01:05vu à Limoges, ces images dramatiques ?
01:06C'est tout à fait possible.
01:07En tout cas, ma responsabilité, c'est d'anticiper au maximum les choses et de prendre les mesures,
01:12y compris en prévention, en anticipation.
01:13C'est tout le sens de ce qu'ouvre-feu, dans la perspective de la fin de semaine,
01:17où par ailleurs, et c'est tant mieux, Toulouse est une ville où il y a de l'animation,
01:21en fin de semaine, les gens sortent, c'est très bien.
01:24Il était important pour, à la fois, envoyer un signal,
01:26par rapport aux violences inouées auxquelles on a fait face samedi dernier,
01:30en même temps que, j'allais dire, c'est pour ça qu'il est très localisé,
01:33que de redonner de l'agilité opérationnelle aux forces de l'ordre,
01:35qui ont été durement éprouvées.
01:37Et vraiment, je salue leur engagement, leurs compétences, leur professionnalisme,
01:41dont ils ont fait preuve tout au long de ces derniers jours.
01:44On va y revenir.
01:45Pourquoi mettre en place un couvre-feu demain soir,
01:47alors que d'autres préfectures ont fait ce choix dès lundi pour d'autres villes ?
01:50Alors, c'était parce qu'on a travaillé, en fait, en concertation avec à la fois la mairie,
01:56avec les associations, les parties prenantes, notamment les associations de commerçants.
02:00Et l'enjeu pour nous était surtout de préparer la fin de semaine
02:04pour pouvoir se donner, je vous l'ai dit, de l'agilité opérationnelle
02:07et en même temps envoyer un signal,
02:09un signal qui nous permet d'empêcher tout rassemblement de personnes,
02:13a priori mal intentionnés, en tout cas tout le monde sera au courant de cette mesure,
02:17d'empêcher un rassemblement de personnes dans cette zone géographiquement déterminée.
02:24Et pourquoi un couvre-feu général, alors qu'il concerne les mineurs dans certains secteurs ?
02:28Parce que nous, c'est évidemment une mesure qui est adaptée à la réalité de Toulouse.
02:34Un seul chiffre qui va vous expliquer pourquoi ça concerne tout le monde.
02:37Sur les 107 interpellés samedi, 80% étaient majeurs.
02:41Il sera reconduiti, il se couvre-feu ?
02:43Est-ce qu'on estime que dimanche, la tension va retomber ?
02:46Pour l'instant, il est pris jusqu'à dimanche, parce que je crois que c'est proportionné, évidemment.
02:50Ensuite, il pourra être reconduit le cas échéant en fonction de la gestion des événements,
02:54comme il pourrait être aussi rapporté si les choses se calment d'ici là.
02:57Cette mobilisation, elle se passe beaucoup sur les réseaux sociaux comme TikTok ou Snapchat,
03:01qui permettent de se géolocaliser.
03:04Ce sont des outils, ça, pour les casseurs ?
03:07Incontestablement, vous l'avez vu, je pense, comme nous, y compris dans la journée de dimanche,
03:12où il y a des espèces de rendez-vous qui sont donnés.
03:15C'est la raison pour laquelle il faut que les forces de sécurité intérieure,
03:18et ça a été le cas, conservent en fait toute l'agilité pour pouvoir se déplacer immédiatement.
03:23Ils se disent quoi ? Là, il y a la police, là, on peut casser, qu'est-ce qu'ils
03:27se disent ?
03:27Oui, et puis ils ont pris des rendez-vous sur certains magasins, par exemple.
03:31Alors, ce couvre-feu, donc, on le disait, qui va durer jusqu'à dimanche dans une zone
03:36qui englobe des bars et des restaurants, c'est un nouveau coup dur pour des commerçants
03:41déjà touchés sur le plan économique.
03:43Écoutez ce que dit Lou, elle est serveuse au GoGo Flamingo,
03:46un bar de la rue Baronie qui est ouvert jusqu'à 3h le samedi.
03:49La journée, certes, on a du passage, mais le soir, c'est quand même ce qui marche le plus.
03:54Cette annonce de couvre-feu, c'est pénible, quoi.
03:56Pour nous, c'est notre chiffre d'affaires, c'est nos salaires, c'est nos heures de travail.
04:01Qu'est-ce que vous répondez à ces commerçants ?
04:03Alors, deux choses.
04:04La première, c'est que j'ai bien conscience, et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité
04:07mener une concertation très étroite avec l'ensemble des représentants du monde économique,
04:11et notamment des commerçants et de la CCI sur le centre-ville de Toulouse.
04:16Je crois qu'ils comprennent parfaitement le sens de cette mesure.
04:18Après, la deuxième chose, quel est un impact, le cas échéant, pendant les trois,
04:22il y aura trois soirs concernés, ça, j'en dis ce qu'on ne vient pas,
04:26mais l'enjeu est d'assurer avant tout la protection des personnes et des biens,
04:30et c'est la raison pour laquelle j'ai pris cette mesure.
04:32J'ajoute un dernier point, c'est que par rapport aux commerçants impactés par les violences,
04:35notamment ce week-end, le gouvernement a initié une série de mesures qui viennent en soutien,
04:40notamment pour ceux qui ont vu leur stock pillé, leur magasin dégradé,
04:45avec des mesures à la fois sur le chômage partiel, pris en charge à 100% par l'État,
04:50et des mesures des restaurations de la trésorerie pour ces commerces-là.
04:53Donc voilà, j'entends l'expression de cette salariée,
04:59mais la priorité, personne ne comprendrait que ça ne soit pas la mienne,
05:02c'est d'assurer la sécurité des personnes et des biens.
05:04Des syndicats ont déposé une demande pour manifester samedi entre Jaurès et Saint-Cyprien,
05:08cette manifestation, ça y est, elle est validée ?
05:11Alors non, elle a été déposée hier,
05:13et à la réception, j'ai invité les syndicats à venir me rencontrer.
05:16Vous ne pouvez pas nous dire ce matin si elle aura lieu ou pas ?
05:18Non, parce que je vous termine ma phrase,
05:20je les ai invités à venir demain,
05:22justement pour discuter des modalités de cette manifestation,
05:25à la fois en termes d'horaire et en termes de parcours.
05:27Donc je les ai invités à venir me rencontrer en préfecture demain matin.
05:30Les forces de l'ordre se sont fait déborder samedi dernier,
05:33est-ce que le dispositif sera mieux calibré samedi ?
05:35Est-ce qu'il y aura plus de policiers dans les rues si une manifestation il y a ?
05:38Les forces de l'ordre ne se sont pas fait déborder,
05:40même s'il y a eu des dégradations, des pillages.
05:42À chaque fois, il y a eu une intervention.
05:43Ce qui est sûr, c'est que samedi,
05:45on a été confronté à quatre faits qui étaient de nature complètement différente.
05:48La première, c'est une manifestation pacifique
05:51de 32 000 personnes dans les rues de Toulouse,
05:53comme classiquement sur un parcours déclaré.
05:55La deuxième, c'est que dès avant la manifestation,
05:57mais on l'avait anticipé,
05:58il y a un certain nombre de personnes
06:01qui venaient pas pour, j'allais dire,
06:04poser des éléments de revendication,
06:06mais pour casser, brûler.
06:08Avant même le départ de la manifestation,
06:10il y a eu plus de 25 interpellations.
06:12Juste, il faut qu'on se le dise.
06:14Ensuite, juste après le départ de la manifestation,
06:17très tôt, la tête de cortège n'était pas une tête de cortège syndicale.
06:20Et concernant le dispositif,
06:21si la manifestation est là, il sera adapté, on imagine, à la situation.
06:23Mais comme à chaque fois, on essaie d'adapter
06:26et surtout d'anticiper l'ensemble des éléments
06:28auxquels nous aurons à faire face.
06:30En deux mots, journée spéciale sur ICI Occitanie,
06:32autour des services publics,
06:33l'État veut demander un effort d'environ 6 milliards d'euros
06:35aux collectivités pour le projet de budget 2027,
06:37des collectivités qui se disent déjà exsangues.
06:40Il y a des élus qui vous contactent
06:41et qui vous disent qu'ils ne s'en sortent plus
06:42au niveau des coupes budgétaires.
06:44C'est vrai qu'on est dans un contexte budgétaire
06:46qui n'est pas facile, incontestablement.
06:49L'effort doit être réparti,
06:50et je crois que c'est tout le sens du projet de loi de finances
06:52porté par le gouvernement,
06:53et aujourd'hui, à la main des parlementaires,
06:55puisqu'il est examiné à l'Assemblée nationale
06:57et demain au Sénat.
06:58Merci Fabrice Rigolet-Rose,
06:59préfet de la Haute-Garonne,
07:00d'avoir été l'invité d'ICI Occitanie.
07:02Merci de votre invitation.
07:03Et merci Claudia Calmel.
07:04Merci à vous d'écouter ICI Occitanie.