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ÉducationTranscription
00:00...
00:12Bienvenue dans Destin d'entrepreneur, le magazine de cette info
00:15qui met en lumière les bâtisseurs de l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.
00:19Nous sommes à la Villa JFL et j'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir une invitée très particulière.
00:25Elle a quitté la Côte d'Ivoire pour se rendre aux États-Unis, à Atlanta,
00:28où elle a obtenu un diplôme de comptabilité.
00:31Elle a ensuite commencé à travailler en restauration et est rentrée en 2010 à Abidjan
00:36pour monter trois restaurants qui sont maintenant des institutions dans le pays.
00:41Elle est pétillante, chaleureuse, honnête et drôle.
00:45J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Christelle Vougaud.
00:48Bonjour Christelle.
00:50Bonjour Eloïne.
00:51Merci beaucoup d'être notre invitée d'aujourd'hui sur Destin d'entrepreneur.
00:54Avec vraiment grand plaisir.
00:56J'ai hâte qu'on échange, on a beaucoup de questions.
00:59On a reçu de nombreuses demandes pour que vous soyez à l'antenne aujourd'hui.
01:03Je suis ravie de vous accueillir et je sais que vous êtes très occupée en ce moment, donc merci.
01:07Christelle, avant de vous connaître la chef que vous êtes avec les magnifiques restaurants que vous avez à Abidjan,
01:14je voudrais savoir votre enfance.
01:17Moi, je voudrais connaître votre enfance.
01:18Où est-ce que vous avez grandi ? Comment ?
01:21Quelle était l'ambiance à la maison ?
01:23Racontez-nous un peu.
01:25Waouh !
01:26On repart très loin.
01:29J'ai grandi à Abidjan avec papa, maman et mes deux frères et ma sœur.
01:36Donc, on était six.
01:40Et mon enfance, j'étais une enfant très particulière, j'avoue.
01:48Sage, dissipée, créative.
01:51La petite enfance, j'étais très agitée, très, très, très agitée.
01:57J'étais tout le temps dans l'eau parce que c'était un vrai problème.
02:02J'étais asthmatique et du coup, on appelait mes parents très, très, très souvent parce que je faisais des crises
02:09d'as très récurrentes.
02:10Mais mon lieu d'amusement, c'était le robinet de l'école.
02:16C'était les inondations, le directeur qui appelle.
02:22Exactement.
02:22C'était tout le temps.
02:23Tout le temps, j'étais dans l'eau.
02:25Les vraies bêtises.
02:25Oui, elle est vraie bêtise, de l'eau.
02:28Et bon, après, je pense que je me suis assagie.
02:33Mais bon, pour la petite histoire, une fois, mon père est très haut.
02:39Il nageait comme un dauphin.
02:42Il était vraiment l'eau, l'eau, l'eau, la nature, l'eau, la nature.
02:46Donc, on a grandi vraiment près de l'eau et la nature.
02:49D'accord.
02:51Et une fois, on est allé à Bassam et je m'approchais de l'eau.
02:59Il me disait, les vagues sont fortes aujourd'hui.
03:01Fais attention.
03:01Les vagues sont fortes.
03:02Fais attention.
03:04Et je n'arrêtais pas.
03:06Et il a craqué.
03:07Il m'a pris, jeté dans l'eau et c'est dans la mer.
03:11Il s'est retourné.
03:12Ma mère qui criait, Lucie, arrête !
03:17Donc, l'enfant dans les rouleaux.
03:19Non, mais il a plongé me chercher.
03:22Il m'a déposé au bord et il a dit…
03:24Tu as compris, ma mère.
03:25Tu as compris ?
03:26J'ai dit oui.
03:27Dix minutes après, j'étais dans l'eau.
03:29Ah oui !
03:30Donc, l'enfant qui vient vraiment chercher les limites des parents et ses propres limites.
03:35Mais vous êtes…
03:36Donc, vous ne vous êtes pas noyés.
03:38Vous êtes…
03:38Oui, exactement.
03:39Vous êtes toujours là, vous ne vous êtes pas noyés.
03:41Donc, il y a une passion de l'eau dans la famille.
03:44Oui, oui, oui.
03:45D'accord.
03:45Pas surtout.
03:47Après…
03:50Je dirais en l'adolescence, je me suis un peu…
03:54Il y avait deux Christelles.
03:55Il y avait la Christelle dehors qui, à l'école, tout le monde se disait qu'elle est un peu
04:00bizarre
04:01parce que j'étais très atypique.
04:03Ok.
04:05Je ne ressentais pas le besoin de faire partie d'un groupe.
04:08Donc, vous aviez des amis ou pas trop ?
04:09Oui, je n'avais jamais des amis.
04:12Oui.
04:12Mais bon, je ne suivais pas.
04:16D'accord.
04:16J'étais contre ça.
04:17Je n'avais pas un groupe où tout le monde décide de faire ça.
04:21Quand tout le monde décide de faire ça, moi, je fais autre chose.
04:23Voilà, c'était un peu ça.
04:24Votre propre personne.
04:25Personne.
04:26Mais vraiment très, très profond.
04:28Mais après, à la maison, c'était autre chose.
04:32À la maison, j'étais complètement renfermée, toujours dans ma chambre.
04:35La couverture sur la tête.
04:38Je voulais avoir à faire…
04:40Personne.
04:41Vous étiez…
04:41Mon adolescence, c'était très particulier.
04:44J'étais très, très, très renfermée.
04:47Et vous savez pourquoi ?
04:48Pourquoi c'était comme ça ?
04:52Non, je pense que j'ai toujours été une grande rêveuse.
04:57Après, plus jeune, je pensais que mes parents étaient durs, rigoureux, un peu trop.
05:03Mon père était dur, ma mère aussi.
05:04Mais ils étaient très, très affectueux aussi.
05:08Donc, je lui ai dit, mon papa, il passait tout son temps près de nous.
05:14Il était tout le temps là.
05:17Vraiment, tout le temps là, quoi.
05:23Et moi, je n'avais pas envie de parler.
05:26Je ne sais pas, c'est inexplicable, mais c'était ça.
05:28Oui, oui, vous voulez vous échapper.
05:29Oui, j'étais toujours dans ma chambre, au point où, comme je dis, j'étais dans la chambre,
05:34la couverture sur la tête.
05:35Parce que je ne voulais même pas que quand quelqu'un ouvre…
05:37Que physiquement, vous soyez là.
05:39Oui, qu'il me voit, qu'il me parle.
05:42Ma mère me disait, sors de la chambre, la couverture de la tête.
05:45Mais à l'école, par contre, oui, j'ai fait mes cours au cours Lamartine.
05:55Et la directrice, père à son âme, madame Oké, me connaît très bien.
06:00Très, très, très, très, très bien, quoi.
06:02Elle s'est rappée de vous.
06:04Oui, ça, c'est clair.
06:06Ah oui, oui.
06:07Les profs et tout, c'est clair.
06:10Et du coup, on va quand même parler de la cuisine,
06:13parce que je sais que vous avez cuisiné depuis assez tôt.
06:18Les repas à la maison, c'était quelque chose de convivial ?
06:21Est-ce que vos parents cuisinaient ?
06:22Comment ça se passe ?
06:23Oui, ma mère cuisine très, très, très, très bien.
06:25Ah oui ?
06:26Ah oui, très bien.
06:27Et mon père cuisine aussi.
06:29Mais lui, j'avoue que c'était quand on allait en week-end,
06:35où on allait passer la journée au bord de la lagune.
06:40Oui.
06:41Que, bon, c'est lui qui fait la sauce claire,
06:44c'est lui qui fait ceci.
06:45Dans les bois, ma mère se repose.
06:47Ou quelquefois, quand on rentre à midi
06:48et que maman n'est pas là le midi,
06:50il fait un petit truc, des choses comme ça.
06:53Mais...
06:53Mais papa cuisinait.
06:55Mais maman, c'est une très, très, très bonne cuisinière.
06:58Et c'est elle qui vous...
07:00Oui, vous mangez tout.
07:01On mangeait tout.
07:02Et tous les dimanches, on...
07:04Franchement, on mangeait.
07:05Tout à la maison.
07:07Moi, j'ai testé beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à la maison.
07:10Et là, à ce moment-là, en grandissant,
07:12vous cuisiniez avec votre maman ?
07:14Non, pas du tout.
07:15Pas du tout.
07:16Je ne voulais pas rentrer en cuisine avec ma maman.
07:17Ah oui, d'accord.
07:18Parce qu'elle est sévère.
07:19Et elle était sévère aujourd'hui avec copine comme ça,
07:22mais...
07:23Non, je ne voulais pas rentrer en cuisine.
07:24Je refusais même de rentrer en cuisine.
07:27Et je créais des devoirs,
07:28je créais des situations.
07:30Je ne voulais pas être en cuisine.
07:31Pour ne pas aller couper les oignons avec maman.
07:34Exactement.
07:34Est-ce que tu as l'intérêt à bien découper les oignons ?
07:37Mais quand elle n'était pas là,
07:39je rentrais en cuisine.
07:40Et du coup, j'observais énormément.
07:43Donc, mon palais s'est développé très, très tôt.
07:46Oui.
07:46Et je savais quoi faire parce que j'observe.
07:51Quand je vois, je n'oublie pas.
07:53Mais je ne voulais pas faire.
07:55Moi, j'ai vraiment commencé à cuisiner étant étudiante à Atlanta.
08:01D'accord.
08:01C'est là parce que mes colocatrices ne savaient pas cuisiner.
08:06Donc là, il fallait se nourrir et il fallait se nourrir bien.
08:08Et non, ça allait même au-delà de là.
08:12J'étais connue pour celle qui faisait la cuisine.
08:15Si on veut un truc de groupe, c'est moi.
08:17Si il y a une qui reçoit son petit ami, c'est moi qui cuisine pour lui.
08:21Il ne sait pas que c'est moi.
08:22Mais bon, tu vois.
08:23C'était rentré dans les codes que vous étiez la chef.
08:27Voilà, je cuis...
08:27Non, pas la chef, mais la copine qui cuisine.
08:30La copine qui cuisine bien.
08:32La copine, voilà.
08:33Et au niveau, donc, vous parlez de la rigueur.
08:35Oui.
08:36Cette exigence, cette rigueur à la maison, elle vient...
08:39Bon, j'ai tendance à...
08:41On sait en général que dans nos cultures africaines,
08:44souvent, les parents sont assez rigoureux et assez sévères.
08:47Est-ce que chez vous, c'était particulièrement rigoureux
08:51où vous diriez que c'était une enfance standard à Bidjanez ?
08:55Non, je pense que c'était rigoureux.
09:00Mais mes parents ont su faire la balance
09:02parce qu'ils nous ont donné tellement d'amour, d'affection.
09:07Et je parle souvent de mon père parce que je me rends compte
09:10que dans la culture africaine, c'est le papa qui donne moins d'amour,
09:14moins de tendresse.
09:16Moins d'affection.
09:17Moins d'affection.
09:18Alors que chez nous, c'était...
09:20On recevait ça de tous les deux.
09:23Oui, il était carré.
09:24Je me souviens qu'une fois, il a dit à maman...
09:26Non, il nous a dit à nous.
09:27Vous savez, si ça ne tenait qu'à moi,
09:29on aurait à la maison une télé blanc-noire et six tabourets.
09:36Tout le reste, on n'en a pas besoin.
09:38Donc, c'était vraiment un minimalisme extrême
09:44qui n'avait vraiment besoin de rien d'autre
09:47que d'avoir son épouse, ses enfants, la nature.
09:51En grandissant, on appelait papa...
09:53Beaucoup de nos copains appelaient mon père Mougli.
09:56Ah oui, ton amour de la nature.
09:59On avait un petit manguier à la maison à chaque fois que mes copains venaient,
10:03que tout le monde vient à la maison.
10:04Papa est dans le manguier, il est en train de greffer quelque chose.
10:07Ah oui, oui.
10:08Il fait du greffage ou il est en train de mettre un truc.
10:12Je ne sais pas moi, une...
10:16Une case d'oiseau.
10:17Il est toujours en train de faire quelque chose dans l'arbre.
10:20Et tout, un de nous avec lui, il est toujours.
10:23Et donc, entre nous, il s'appelait mon père Mougli.
10:26Il était toujours dans les...
10:27Il avait besoin de ce retour à la nature.
10:31Je ne pense pas qu'il avait...
10:32Non, ce n'est pas qu'il avait besoin de ce retour à la nature.
10:35Je pense que la nature faisait vraiment partir de qui il est.
10:41Il n'y a pas eu de...
10:43Il pêchait beaucoup.
10:44Nous, en grandissant, papa allait pêcher à Port-Boué.
10:47Et puis, il revenait tout le temps, deux fois par semaine.
10:51Avec des glacières de poissons, de crabes.
10:54C'est pour ça que je fuyais, parce qu'après, il fallait les nettoyer.
10:57Il faut apprendre à faire ça.
10:58C'est du gros travail, ça.
10:59Je sais très, très bien faire ça, les yeux fermés.
11:02Nettoyer le poisson, faire le filet proprement.
11:05Mais j'ai appris ça longtemps.
11:07Dès l'enfance.
11:08Et vous aviez un potager à la maison ou pas?
11:11Jusqu'à présent, je ne dirais pas que c'est un potager,
11:14mais ce n'est pas organisé comme ça.
11:16C'est plus ce qu'il trouve qui est intéressant, il plante.
11:20Donc, il n'y a pas d'ordre.
11:22C'est il plante, il plante.
11:24C'est tout.
11:24Et vu qu'on est en Côte d'Ivoire, les choses poussent.
11:27Exactement.
11:28Nous, en grandissant, on avait toujours un bac à crabes.
11:32Les crabes de terre.
11:34Les gros crabes de terre.
11:36Parce qu'on vend...
11:39Ceux avec quoi on a grandi font deux, trois fois la taille de...
11:42Bon, deux fois, disons, la taille de ceux qu'on vend aujourd'hui sur la rue de Bassam.
11:47Et on les élevait à la maison.
11:49Les gros, ce sont avec les grandes pâtes qu'on appelait comme les araignées de mer.
11:53Non, pas les araignées de mer, c'est les crabes poilus.
11:56Ah oui, oui, j'ai d'accord.
11:57On met dans la sauce graines.
11:58Exactement.
11:59Mais nous, comment on mangeait ça?
12:01Papa, il mettait juste du sel.
12:03C'est lui qui faisait ça, c'était son plat, lui.
12:05Les crabes, il mettait ça dans la marmite ou la casserole avec de l'eau.
12:11Et il secouait, mais plusieurs fois.
12:13C'est comme ça qu'il les lavait.
12:14Plusieurs, plusieurs fois.
12:16Et après, il mettait juste du sel avec un tout petit peu d'eau.
12:20Il fermait la marmite et ça part au feu.
12:22À l'étouffée.
12:23À l'étouffée comme ça.
12:24Et quand c'est prêt, on dit les crabes sont prêtes.
12:26Tout le monde sort de partout.
12:27Oui, on renverse tout sur un grand plateau.
12:30Oui.
12:30Maman fait du piment à côté.
12:32Et moi, j'ai juste...
12:33On passait notre...
12:34Je ne sais pas, l'après-midi où la Attila ne mangeait que des crabes comme ça.
12:38Et c'est lui qui cassait les pinces.
12:41Parce que les pinces sont grosses.
12:43C'est vraiment grosse.
12:44Et donc, tu manges et tu déposes ta pince.
12:47Et il sait, il passe...
12:48Il prend chaque pince, il casse à la cuillère comme ça.
12:52Ça, c'est le cérémonial.
12:54Ça nous rappelle aussi le cérémonial dans le sud des États-Unis avec les crayfish.
12:58Exactement.
12:58Où on a, pareil, sur la table, tous ces crabes alignés.
13:03Et puis, on prend le temps de manger ensemble.
13:06Et là, où on a né pêché, c'est à Port-Bouay où il allait pêcher.
13:13Et donc, du coup, je pense que, bon, il est parti.
13:16Mais jusqu'aujourd'hui, sa pirogue est là.
13:17Et toujours, ouais, où il allait.
13:21Et puis, les pêcheurs lui donnaient, lui gardaient des écrivices pour parler de ce dont tu parles.
13:27Et donc, ma mère les faisait jusqu'au sel, puisque c'était frais, au sel, en renverse,
13:34elle fait de la mayo maison, du piment.
13:37Et puis, les dimanches...
13:39Bon, on va arrêter l'émission pour aller manger.
13:42Et les dimanches, on mangeait ça.
13:44Mais ça, c'est...
13:45On a été très proches autour de la nourriture et tout ça.
13:49Il y avait certains plats que...
13:51Donc, c'était des moments de cérémonie, en fait.
13:54Des moments ensemble autour de...
13:56Oui, je ne sais même pas si c'était...
13:57Parce que nous, c'était naturel.
14:00C'était notre quotidien.
14:01Oui, oui, oui.
14:01Ce qui n'est pas le quotidien de tout le monde, en fait.
14:03On se rend compte que les repas de famille...
14:04Et c'est en grandissant que je me suis rendue compte de cela.
14:08Mais moi, ce n'était pas un repas, deux repas.
14:11C'était...
14:15Comme ça.
14:15Et ce n'était pas on mange à table et papa à sa place et maman à sa place.
14:20Et d'autre façon, on est là et on mange à table.
14:21On n'a jamais eu ça.
14:22Je lui ai dit, tu t'as assis à l'air aujourd'hui, demain, là.
14:24Papa, ce soir...
14:25Celui qui vient en dernier, on se servait toujours les premiers.
14:29Ils mangent ce qu'il reste.
14:30Mais on mange bien.
14:31Oui, on mangeait très bien, mais sans...
14:33Oui, sans chichi.
14:34Oui, sans chichi, sans...
14:37C'est le chef de famille.
14:39Et je pense qu'en grandissant, j'ai même eu un problème avec ça.
14:42Parce que pour moi, un parent, ce n'est pas un chef.
14:46Pour moi, un parent, c'est un ami.
14:48Il éduque, c'est vrai.
14:49Je sais que Michel Obama dit souvent, tes enfants ne sont pas tes amis.
14:52J'entends ça très bien.
14:55Tu éduques, mais tu donnes beaucoup d'amour.
14:57Et moi, du coup, je pouvais tout dire à mes parents.
15:00Je veux dire, on est cool.
15:01Je veux dire...
15:02C'est pareil avec vos enfants, maintenant ?
15:04Ah oui.
15:05Vous avez instauré cette relation-là ?
15:07Ah oui, bien sûr.
15:10Donc, cet enfant se passait à Abidjan.
15:12L'adolescent se passait caché dans sa chambre sous la couette.
15:16Mais a bien mangé quand même.
15:18Très bien mangé.
15:18Et du coup, vous partez aux États-Unis ?
15:21Oui.
15:21Alors, est-ce que...
15:23Donc, vous partez à la fin du lycée ?
15:27À quel moment ?
15:28Oui.
15:28En fait, je n'ai pas eu mon bac.
15:33OK ?
15:33Et du coup, il fallait maintenant convaincre mes parents que je peux continuer sans avoir le bac.
15:41Parce que je ne voulais pas reprendre ma terminale.
15:43Et j'étais trop canaille.
15:44Mais les gens allaient se moquer de moi.
15:48Et du coup...
15:49C'est oublié, pire, mettre un océan entre...
15:51Exactement.
15:53Et...
15:56Dieu merci, mes parents ont été compréhensibles.
15:59Et je suis allée aux États-Unis continuer.
16:00Ils ont accepté.
16:01Ils ont accepté.
16:02Ils ont compris, je pense, celle que j'étais.
16:08Et je pense qu'ils m'ont peut-être fait confiance.
16:10Ils ont fait confiance aussi à mon grand-frère, à ma grande-sœur qui ont dit « bon, elle peut
16:14» et blablabla.
16:16Donc...
16:16Et là, vous êtes allée où ?
16:18Pardon ?
16:18À Atlanta ?
16:19Je suis allée en Caroline du Sud.
16:21Parce que ma sœur était en Caroline du Sud.
16:23Après, quand j'ai regardé à droite et à gauche, j'ai dit « non, la Caroline du Sud, ce
16:26n'est pas pour moi.
16:27C'était trop petit, en fait. »
16:30C'est inexplicable, mais c'était vraiment petit pour moi.
16:32Pour qui je suis, pour être trop calme.
16:36Et donc, je me suis retrouvée après à Houston, chez mon frère au Texas.
16:40Après, Atlanta, là, c'est chez moi.
16:43Oui.
16:44Et au début, franchement, je pense que c'était vraiment...
16:51J'ai beaucoup appris la première année à Atlanta.
16:55Pourquoi ? Parce que mes roumettes étaient de cultures vraiment différentes.
17:00Il y avait une Indienne, une Coréenne, une Américaine juive, une Allemande.
17:14Et franchement, c'est des cultures différentes.
17:19Bien sûr.
17:20Et c'est là où tu...
17:22Moi, j'ai dit « vraiment, mes parents, ils ont bossé, quoi. »
17:25Parce que je me suis rendue compte à quel point j'étais ouverte.
17:29Vraiment, j'étais juste ouverte, en fait.
17:32Et là, jusqu'aujourd'hui, je le suis.
17:34Oui, c'est ça.
17:34Mais après, je sais que c'est une histoire de personnalité aussi, mais...
17:38Aux autres cultures, c'était les yeux fermés que tout était normal pour moi.
17:44Oui.
17:44Je n'ai pas eu de choc culturel.
17:45Il n'y a pas eu de choc culturel.
17:47Oui.
17:47D'accord.
17:48Et bon, j'ai fait mes études...
17:52Donc, de comptabilité.
17:53Ah oui, de comptabilité.
17:55Mais parce que j'ai changé de major, je ne sais pas comment on dit, de...
18:00Spécialisation, je pense qu'on...
18:02Trois fois.
18:02Ah, trois fois !
18:03Oui, d'accord.
18:03Parce que j'aimais tout ce qui est beau, tout ce qui est maquillage.
18:08J'adorais m'habiller, les vêtements, les quoi.
18:11Pas tant maquillage en tant que se faire belle, mais maquillage en tant que j'étais impressionnée
18:17par ce qu'on pouvait faire avec du fond de teint, comment ça se fait et tout ça.
18:21Et donc, je me suis dit que je pouvais faire la cosmétologie.
18:23D'accord.
18:24Sauf que la chimie et moi, on n'est pas copains.
18:28Donc, au bout d'un semestre, j'ai vite compris que ce n'était pas pour moi.
18:32Et après, j'avais des facilités avec les chiffres.
18:39J'ai toujours eu les facilités avec les chiffres.
18:42Et mon frère était dans l'informatique.
18:44Du coup, je me suis dit, bon, il y avait une nouvelle branche dont tout le monde parlait,
18:50computer information system.
18:51Je ne sais pas comment ça se dit en français, mais bon.
18:53Et je me suis dit, ok, je vais faire computer information system.
18:57Donc, après un semestre, les soirées au centre informatique pour essayer de faire les,
19:06comment ça s'appelle, les programmations.
19:09Oui, pas pour moi.
19:09Je vais mourir, ce n'est pas pour moi.
19:13Et là, ma soeur m'a dit, il faut que tu trouves.
19:15Il faut que tu trouves.
19:16Troisième fois, la bonne.
19:17Troisième fois, la bonne.
19:18Et là, j'ai dit, bon, ok, on va rester simple.
19:21On va la comptabilité.
19:22Mais je suis aux États-Unis, je voulais le rêve américain, je voulais autre chose,
19:25tu vois.
19:25Et là, j'ai fait comptabilité.
19:27Et là, vous vous êtes tenue à ce choix ?
19:29Oui, jusqu'à la fin.
19:30Et moi, je n'avais pas le choix non plus, mes parents allaient mieux.
19:33Il y a la pression qui a fait la pression.
19:35Tu rentres à la maison.
19:37Exactement.
19:37Et pendant que j'étais étudiante, je travaillais, j'ai toujours travaillé.
19:43Voilà.
19:44Mais le glos le plus facile pour moi, c'est où je ne m'ennuyais pas.
19:48Après, j'ai fait d'autres choses.
19:49J'ai fait la sécurité.
19:52Ah.
19:53J'ai fait la plonge, bien sûr.
19:56On en reparlera.
19:57On a besoin d'un épisode entier pour parler de Christelle qui fait de la sécurité.
20:01Je te jure.
20:03J'ai fait de la sécurité, je fais pas mal de trucs.
20:06Ça, c'est la beauté des États-Unis aussi.
20:07C'est bon travail en faisant ses études.
20:10Ses études.
20:10Et donc, du coup, j'étais toujours serveuse dans le restaurant.
20:13Mais avant que je servais, je regardais la cuisine.
20:16Parce que je n'avais pas d'aptitude claire pour dire en quoi est-ce que je venais chercher
20:19du boulot en cuisine.
20:21Oui.
20:21Et puis, en serveur, tu faisais du cash, les types.
20:24Oui, c'est bien payé.
20:26C'est bien payé.
20:27Donc, c'est comme ça vraiment, même que ma passion s'est vraiment développée.
20:31Et je me suis rendue compte que je savais cuisiner, que je captais ce truc très, très
20:36bien.
20:37Que c'était…
20:37Je me suis toujours demandé…
20:40Quand j'étais petite, je reviens rapidement, quand on me demandait « qu'est-ce que tu voulais
20:44faire ? »
20:44Je disais « business ».
20:46Je ne savais pas ce que c'était, honnêtement.
20:49Vous voulez travailler.
20:50Je disais « business ».
20:51Je voulais…
20:52Je voulais faire des business.
20:54Voilà.
20:54Des business, mais sans savoir, en fait, ce que ça voulait dire.
20:59Et je me suis vite rendue compte que le parcours scolaire normal n'était pas…
21:06Adapté ?
21:07À moi.
21:07À ce que je voulais.
21:09Donc, la question que je me posais, c'est que ma sœur, c'est quelqu'un qui a un doctorat,
21:15tout ça, en chimie, fine, pétrole, blablabla.
21:18Donc, Calais, mon frère aussi, Calais.
21:21Ah, l'école, là, vraiment, Christelle, c'est très compliqué.
21:24Donc, il faut que tu trouves quelque chose qui…
21:26Dans quoi tu es bonne ?
21:27J'ai eu du mal à savoir.
21:29Oui.
21:29Je ne savais pas.
21:30Oui.
21:30C'est quand j'ai commencé à travailler dans un restaurant que pour moi, c'est devenu évident que c
21:35'était la cuisine parce que c'était facile.
21:39Je comprenais les goûts, mais comme ça.
21:42Je captais, je voyais les étapes très, très rapidement.
21:45Les assaisonnements, on a…
21:48Tu n'as pas besoin de m'expliquer deux fois.
21:49J'ai vu une fois, je n'oublie jamais.
21:51Et c'est là que j'ai compris que…
21:53J'ai quelque chose à faire là-dedans.
21:55Oui.
21:56Tu as quand même des aptitudes naturelles dans ça, en fait.
21:59Et surtout, tu aimes ça.
22:01J'étais la serveuse dans tous les restaurants où je suis passée, qui passait le plus de temps en cuisine.
22:08Il fait chaud comme pas possible.
22:10Mais je suis en cuisine parce que c'est ce qui me plaisait.
22:14On va reparler de cette expérience, mais est-ce que vous pensez que du coup, le fait d'avoir changé
22:21plusieurs fois d'études ou de spécialisation dans vos études, en fait, n'avait pas vraiment d'importance parce que
22:28votre voix, c'était vers la cuisine.
22:30C'est ça, en fait.
22:31Je ne sais pas si ça n'avait pas d'importance.
22:35J'avoue que je n'ai jamais pensé à ça.
22:37Voilà. J'ai juste… Et j'avoue qu'au début, j'étais… Après mes études, tout ça, je suis éventuellement
22:44devenue manager de restaurant, tout ça.
22:46Mais je savais que j'avais des aptitudes culinaires, mais pas professionnelles, en fait.
22:54Je capte bien, mais je ne savais pas que j'allais travailler dans le truc. Pas du tout.
22:57C'est quand on a eu notre premier restaurant aux États-Unis qu'on n'avait pas de… Quelquefois, on
23:04n'avait pas de chef et tout ça.
23:06C'est comme ça que j'ai commencé vraiment à cuisiner professionnellement.
23:12Oui, oui.
23:13Juste avant ça, c'était encore le business du restaurant.
23:19Oui, le business du restaurant.
23:20Je ne savais pas… J'ai voulu… À un moment, je me suis dit que je vais faire des websites.
23:23À un moment, je me suis dit que je vais vendre des messages.
23:26Franchement, j'ai touché à beaucoup de choses avant de…
23:29De trouver vos doigts.
23:31Voilà, de trouver ma voie.
23:32On va parler de la voie, mais juste avant ça, on va marquer une rapide pause et nous serons de
23:37retour dans quelques instants.
23:39Vous êtes toujours sur Destin d'entrepreneur sur cette info et je suis aujourd'hui avec la chef Christelle Bougot.
23:45Bonjour Christelle.
23:46Bonjour.
23:46Merci à nouveau d'être présente aujourd'hui.
23:49Avec plaisir.
23:50Donc, on a parlé de votre enfance assez passionnante, de la façon dont vous avez grandi à la maison.
23:58Et là, on est donc aux États-Unis, vous avez terminé vos études et il y a cette attirance du
24:05coup pour la restauration qui arrive.
24:07Donc, qu'est-ce qui se passe ?
24:08Qu'est-ce qui a déclenché le fait que vous commencez vraiment votre carrière dans la restauration ?
24:13Et à quel moment vous arrivez à acheter un restaurant ?
24:16Parce que c'est ce qui s'est passé.
24:17Vous avez donc acheté un restaurant aux États-Unis.
24:20On voudrait connaître ce processus-là.
24:24Je pense que je suis la preuve du travail payé.
24:32Et j'avais honnêtement, et je le dis aussi à mes enfants, ce n'était pas clair pour moi.
24:40Rien n'était clair.
24:42Mais je travaillais.
24:44Je ne savais pas où j'allais finir.
24:46Franchement, mais je travaillais.
24:48Oui, la satisfaction du travail.
24:50Du travail, en fait.
24:51Je travaillais.
24:51Je travaille.
24:54J'aime ça.
24:54J'aime ce que je fais.
24:56Et je travaille.
24:57Oui.
24:58Et acheter le restaurant...
25:04J'étais serveuse dans un restaurant.
25:06Je suis rentrée en tant que...
25:08Comment s'appelle ça ?
25:10Bus boy, bus girl.
25:12Bus girl, tu nettoies les tables.
25:13Oui, oui.
25:14Mon anglais n'était pas très fluide entre-temps.
25:18Donc, je ne pouvais pas encore être serveuse.
25:20Et donc, je travaille dans ce restaurant en nettoyant les tables.
25:25Et au bout de trois, quatre mois, le proprio, et c'était un couple, sa femme, elle fait le service
25:35avec nous.
25:35Elle dit, cette fille, elle nettoie les tables, mais...
25:38Vraiment bien.
25:39D'une précision.
25:41Avec l'égal.
25:41Je vais commencer par lui donner deux tables.
25:45À la fois, c'est un restaurant qui est assayé à l'intérieur, 40, 50 et au total 130 environ.
25:53Et c'est comme ça qu'il me donne une chance.
25:55Et je commence à voir que mes tables sont très contentes, en fait.
25:59Parce que ce n'était pas la langue...
26:01Tu peux être très, très, très bon serveur sans parler couramment la langue.
26:06Oui, c'est vrai.
26:06Et donc, j'avais compris ça.
26:08C'était aussi notre manière à nous.
26:11Nous, les Africains, on reçoit bien et tout.
26:13Donc, c'est un peu ça la différence entre moi et les autres parce que je n'étais pas froide.
26:18Oui.
26:19C'est très chaleureuse.
26:19Oui, oui, oui.
26:21Et c'est comme ça que j'ai commencé.
26:22Et puis, moi, après, je suis devenue serveuse après serveuse principale, blablabla.
26:27Et éventuellement, ce couple a vendu le restaurant.
26:30Ah, d'accord.
26:30Et ils ont vendu à un client qui, lui, me voyait travailler là, qui a toujours été client dans le
26:37restaurant,
26:37qui me voyait travailler comme une dingue, en fait.
26:39Et qui, quand il a repris le restaurant, après devenu mon mentor et tout ça, au rastery et à son
26:46âme.
26:47Et il faisait partie des 100 hommes, des 100 black men, c'est-à-dire les 100 hommes les plus
26:54influents d'Atlanta.
26:55D'accord.
26:56OK.
26:57Et franchement, il m'a vraiment pris sous son aile.
27:00Il me parlait.
27:00Il me...
27:02Vraiment, il m'entourait, mais vraiment.
27:06Il vous a guidé.
27:07Oui, il m'a vraiment guidé.
27:09Il ne parlait pas beaucoup, mais ce qu'il disait, c'était précis et il touchait toujours ce qu'il
27:14fallait toucher.
27:15Et quand lui, il a racheté le restaurant, j'étais manager et tout ça.
27:18Et à un moment, il a dit, bon, je pense que le temps, le moment est venu que vous rachetez
27:23le restaurant.
27:24Waouh.
27:25Je lui ai dit, mais Horace, j'étais avec Franck.
27:31Et il me dit, je dis, moi, on n'a pas d'argent.
27:34On a peut-être 1000 dollars d'économie.
27:37C'est ça, oui.
27:38Et tout ça, et en plus, on n'a pas, en fait.
27:42Et le restaurant était situé en dessous d'un grand bâtiment, l'un des plus grands, Atlanta.
27:51Il n'y avait même pas de...
27:52Je crois qu'il y avait deux Noirs qui étaient, à part lui, qui étaient propriétaires de bureaux de quelque
27:59chose sous ce bâtiment.
28:01Et c'était Andrew Young, l'ancien maire d'Atlanta.
28:05Le deuxième, c'était le neveu de James Brown.
28:07D'accord.
28:09Et maintenant, Christelle.
28:10Et Horace.
28:11Moi, je sais que je n'ai pas les moyens de ça.
28:13Oui, oui.
28:14Et le restaurant coûtait 250 000 dollars.
28:17Moi, j'ai 1000 dollars.
28:18Je m'appelais comment.
28:19Et donc, il me dit, ok, d'accord.
28:25Il me laisse une semaine.
28:27Et on m'en reparle.
28:28Et avec Franck, on dit, mais on n'a pas de sous.
28:32Il sait qu'on n'a pas de sous.
28:33Le type là-même.
28:34Vous aviez envie de le faire ?
28:37Oui, mais ce n'est pas des choses dont tu rêves.
28:40Oui, c'est vrai.
28:40Tu n'as pas envie de ce que tu ne peux pas obtenir.
28:43Inatteignable.
28:43Voilà.
28:44Exactement.
28:46Et finalement, ce qu'il fait, c'est qu'il nous vend le restaurant à crédit.
28:51Oui, oui.
28:51Et c'est à lui qu'on paye, en fait.
28:54Le crédit, en fait, il nous le donne.
28:57Et c'est comme ça qu'on...
29:00Donc, c'était vraiment votre route.
29:02Oui, c'était ça.
29:03Incroyable, comme quelque part, les choses sont facilitées quand c'est pour vous.
29:08Et je t'avoue que mes parents n'ont pas cru.
29:11Quand je leur ai dit, maman, tu ne vas pas croire.
29:14Il y a un restaurant, blablabla.
29:17Celle-là, elle est toujours hype.
29:20Je te jure.
29:21Vous aviez un besoin de prouver quelque chose à votre famille ou ce n'était pas vraiment dans votre...
29:25Non, non, pas du tout.
29:26Ouh là là.
29:27Oui.
29:27Il n'y avait pas cette pression-là.
29:28Ah non, non.
29:30Pas du tout.
29:30Oui, les choses étaient saines de se passer.
29:32Oui, non, franchement, on se chargeait tous.
29:34Mes grands-frères, les deux grands travailleurs, blablabla.
29:37Bon, franchement, pas de pression.
29:41Pression par rapport à moi-même.
29:42J'avais besoin de savoir où je vais.
29:47Après, c'est comme si je ne savais pas où j'allais, mais je savais que j'allais arriver quelque
29:52part.
29:52Je ne sais pas comment...
29:53Je vois très bien.
29:54Tu vois la nuance.
29:54Oui, je vois très bien.
29:55Et à quel moment, parce que là, la vie roule, vous êtes aux États-Unis, vous êtes installée, vous avez
30:02votre business.
30:02À quel moment vous vous dites, ah, je rentre à la maison ?
30:05La recession américaine en 2008.
30:08Ah oui, elle a fait mal, celle-ci.
30:09Aïe, aïe, aïe.
30:11Donc là, qu'est-ce qui se passe ? Vous perdez beaucoup de business ?
30:15Oui, parce que ce que les financiers conseillaient à leurs clients, la première des choses qu'il fallait diminuer, c
30:25'était manger dehors.
30:26C'est la première chose qui saute dans les budgets.
30:29Exactement, qui saute dans les budgets, c'était manger dehors.
30:33Et ça a commencé comme ça.
30:36Pour la petite anecdote, en 2009, on reçoit une dame qui cherche un boulot de serveuse, qui est en manteau
30:43de fourrure.
30:45Tu vois les bijoux qu'elle a.
30:47Mais elle cherchait vraiment.
30:49Oui, elle avait perdu tout.
30:51Et donc, Franck a la petite idée de dire, bon, je pense que je t'ai vu travailler ici.
30:59Tu ne connais pas Abidjan.
31:01Tu n'as jamais travaillé à Abidjan.
31:03Moi, j'ai travaillé.
31:04Tu vas faire des merveilles.
31:05Et ton rythme et ton rythme et ta dévotion par rapport à ton boulot, à l'univers culinaire.
31:15Je pense qu'on peut construire quelque chose.
31:17Donc, allons-y.
31:19Allons-y.
31:20Et c'est comme ça qu'on rentre en 2010.
31:23Oui.
31:24Où c'était chaud.
31:25On ne savait pas que ça allait être chaud.
31:27Ça a commencé à chauffer.
31:28Oui, c'est ça.
31:29Donc là, vous arrivez en 2010.
31:31Le retour, c'est comment ?
31:32Qu'est-ce que vous faites ?
31:32Ah, c'était compliqué.
31:33Oui, je me souviens que quand on allait, quand on a trouvé le local, il faut dire merci à cette
31:39dame-là de Norima.
31:44On avait, normalement pour un business, je crois qu'il demandait un an de loyer ou pour un truc professionnel,
31:54si je me souviens bien.
31:57Et on lui dit, nous, on a un mois de loyer.
32:01On n'a même pas deux.
32:04Et surtout, tout ce qu'on peut te promettre, c'est qu'on va payer ton loyer tous les mois.
32:10Et des gens qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a jamais vus.
32:11Oui.
32:12Elle accepte.
32:14Juste de votre bonne foi.
32:15Oui.
32:15Elle accepte.
32:16Une fois de plus, c'est encore des personnes qui arrivent sur la route pour faciliter.
32:21Et donc, elle accepte.
32:23On prend le local, sauf que…
32:24Et c'est le même local qu'aujourd'hui.
32:26Après, on a complètement changé, ce n'était pas comme ça avant.
32:29Et pour la petite anecdote, on prend le local, mais on n'a pas de sou pour retaper ou pour
32:37en faire un restaurant.
32:38Oui.
32:39Donc, on se débrouille comme on peut.
32:41Mon père a un menuisier qui est à Port-Bouet, mais qui fait vraiment, comme on dit ici, du coupé
32:46cloué.
32:47C'est avec ce monsieur-là qu'on a travaillé, qu'on ne dormait pas.
32:52Je me souviens, la veille de l'ouverture, à, je crois, deux heures du matin, on ouvrait le lendemain matin.
32:59Il m'a dit, il faut que tu rentres, ben, on te coucher et moi, je vais rester parce que
33:04ce n'était pas prêt.
33:05Et donc, j'ai eu du mal, mais je suis rentrée.
33:09Et puis, bon, lui, il est resté, finit un des trucs.
33:10Il est rentré peut-être à cinq heures alors qu'on ouvrait.
33:13Donc, il a à peine…
33:14Et puis…
33:15Le midi, le lendemain, c'est ça ?
33:17Oui.
33:18Et le premier jour pour ouvrir Norima, on n'avait pas de…
33:23On est venu avec nos affaires des États-Unis, mais c'était ce qu'on avait qu'on a pris.
33:27Et donc, on n'avait pas de gazinière.
33:31Et donc, la veille, il y a un des cuisiniers qu'on a embauché qui nous a dit,
33:36écoutez, j'ai une petite gazinière à deux feux chez moi à la maison.
33:42C'est ce que j'utilise.
33:43Si vous voulez, je vais la débrancher, je viens et puis le temps…
33:47C'est avec ça qu'on a commencé Norima.
33:50La première semaine.
33:53Et on n'avait pas de plancha, on avait…
33:57Vraiment, c'était le strict.
33:59On avait une friteuse, mais les gens ne pouvaient jamais l'écrire.
34:03On ne pouvait jamais s'imaginer de ce qu'on avait derrière.
34:06Et surtout, comme on n'avait pas de sous, on n'a pas fait de training sur le menu.
34:14J'étais la seule à connaître tous les plats.
34:17Donc là, vous étiez en salle et en cuisine.
34:21Non, Franck était en salle et moi, je suis en cuisine.
34:24Mais j'étais la seule à connaître tous les menus.
34:25Et du coup, le menu, on a fait un training oral.
34:32Chicken Alfredo, tu prends le poulet, tu mets de l'ail, tu mets ça, tu mets du romarin.
34:37La sauce Alfredo, c'est du parmesan.
34:40C'est comme ça.
34:41Mais imagine quand les clients arrivent.
34:44Ça a dû chauffer.
34:46Ce sont des bons souvenirs quand même.
34:48Oui, ce sont des bons souvenirs.
34:52Quand on voit la route, en fait, c'est ça aussi qui est intéressant dans les barcours
34:55entrepreneuriaux, c'est que c'est difficile.
34:57Et quand on regarde la route et qu'on se retourne, c'est quand même peut-être de bons souvenirs.
35:04En tout cas, la fierté de l'avoir fait.
35:06Oui, de l'avoir fait.
35:07Et on prenait la recette du midi pour acheter les ingrédients pour le soir.
35:14Oui, vraiment pas.
35:15Et le problème de nos pays aussi, c'est qu'on n'a pas beaucoup de facilité.
35:19On n'a pas de banque qui nous suit, on n'a pas de presse.
35:22Tout ce qu'on a aux États-Unis, on ne l'a pas ici.
35:25Donc, c'était chaud.
35:27C'était chaud.
35:27Mais les gens ont suivi.
35:29Oui, les gens ont suivi.
35:31Franchement, oui.
35:33Et comme vous le dites, c'est une nourriture, donc c'est l'inspiration de la nourriture
35:39de l'Amérique, des États-Unis.
35:42C'est le menu à 70% de notre menu à Atlanta.
35:49Ah oui, d'accord, d'accord.
35:50Donc, c'était quelque chose que je m'étais très très similaire.
35:54Et qui était nouveau du coup à Abidjan.
35:56Voilà, à Abidjan, oui.
35:57OK.
35:58Et là, vous vous dites, bon, allez, on va voir plus gros.
36:01Non, on ne va pas voir plus gros.
36:02C'était plus parce qu'on nous appelait les Américains.
36:05On disait, c'est qu'elle sait faire, c'est la cuisine américaine.
36:08Et puis, je dis, attention, je sais faire autre chose.
36:11Je sais faire autre chose.
36:13Et c'est comme ça qu'on a eu une opportunité.
36:16Et puis, on s'est lancé dans la cuisine africaine.
36:22Donc, Sacan.
36:23Sacan, oui.
36:24Et Sacan a déménagé trois fois.
36:26Alors, le premier Sacan était où?
36:28Boulevard Latry.
36:29D'accord.
36:31Dans une villa qui était un restaurant avant.
36:34Et on n'avait pas de visibilité là-bas.
36:37Et on rêvait.
36:38Notre rêve, c'était d'avoir un restaurant au plateau.
36:40C'était un rêve.
36:41On disait, un jour, on va voir un restaurant au plateau.
36:45Et on a une cliente qui venait tout le temps à Norima.
36:48Une dame dont je vais taire le nom, mais qui était vraiment très bonne envers nous.
36:52Qui a cru spécialement envers moi.
36:55Et donc, du coup, elle venait tout le temps à Norima.
37:00Et c'était végétarienne.
37:01Donc, de temps en temps, on n'avait pas de menu typiquement végétarien.
37:06Mais quand je suis là, je lui faisais des trucs de ouf.
37:07Parce que j'aime cuisiner végétarien.
37:09Je lui faisais des trucs de ouf.
37:11Et on savait qu'elle avait des locaux, qu'elle avait des locaux au plateau.
37:16Et donc, franchement, out of nowhere, je me suis approchée.
37:21Je lui ai demandé, madame, on cherche un local au plateau pour en faire un restaurant et tout.
37:29Et entre-temps, ici, on connaît les pas de porte, les choses comme ça.
37:32Elle dit, ok, je viens me voir au bureau.
37:34J'ai peut-être un petit local.
37:36Ce n'est pas très grand, mais bon.
37:38Donc, je rentre.
37:38Je lui dis, oh !
37:40On l'a peut-être trouvé.
37:41On l'a peut-être trouvé.
37:43Donc, on va la voir.
37:45Et ça, c'est un restaurant qui était un restaurant, mais qui était très petit.
37:50Et donc, qui avait deux places de parking et tout ça.
37:52Mais c'est au plateau.
37:54Le rêve.
37:55Et là, maintenant, on a peur parce qu'on s'est dit, avant, il n'y a pas de porte,
37:58on va trouver l'argent, tout ça.
38:00Non, non, vous me donnez un mois de loyer, vous commencez.
38:03Wow.
38:05Et ça nous a pris un an de travaux parce qu'il fallait prendre les sous de Norima, les sous
38:11de là-bas et de Norima pour mettre dedans pour transformer le parking en cuisine.
38:17Wow.
38:17Donc, on a transformé les deux places de parking intérieur en cuisine.
38:20et on a pris la salle.
38:23Donc, c'était 40 places.
38:26Oui.
38:27Et on refusait du monde, mais tout le temps.
38:29Il y avait la queue.
38:30La queue.
38:31On refusait ici, on ne fait pas la queue, mais on t'appelle et tout ça, voilà.
38:37Et l'occasion d'avoir l'autre.
38:39On cherchait plus grand.
38:41Et au bout de la rue, on a eu celui-là.
38:43Et bon, là, on l'a appelé le pas de porte.
38:45C'est aussi un très, très bon deal.
38:48Mais ça ne l'a pas du temps.
38:50Mais voilà.
38:50C'est comme ça qu'on est arrivé.
38:52Donc, ouais, trois fois.
38:53Non, le lieu est magnifique.
38:55Et c'est vrai que souvent, il y a deux choses à remarquer.
38:58C'est comment, quand on veut quelque chose, souvent, il faut demander.
39:01Oui, oui.
39:02Le fait d'avoir demandé à votre cliente et le fait aussi que sur la route, il y a des
39:06gens qui sont vraiment prêts à aider.
39:08Et souvent, tu sais, on dit, j'entends beaucoup, les gens sont méchants.
39:13J'entends beaucoup ça.
39:14Alors que moi, je suis vraiment, quand on dit, complètement opposé.
39:18Moi, je dis toujours, les gens sont trop bien, les gens sont trop gentils, les gens sont bienveillants.
39:23Même dans des conversations privées avec des copines, tu sais, les gens, ils sont méchants.
39:26Non, je n'arrive pas à voir ça.
39:28Oui, oui, oui.
39:29Ce n'est même pas parce que je n'y crois pas, c'est que je ne vois pas.
39:31Oui, ce n'est pas votre expérience de vie.
39:33Voilà, ce n'est pas mon expérience de vie.
39:34Donc, du coup, après, il y a toujours des vilains petits canards, un ou deux.
39:39Mais bon, est-ce que ça, ça suffit pour généraliser ?
39:42Oui, non, c'est juste pour pimenter la vie.
39:43Voilà, c'est ça, en fait.
39:45Mais après, souvent, on dit que c'est l'attention, c'est où est-ce qu'on porte son attention.
39:48Donc, si on a tendance à porter son attention sur des gestes positifs et des comportements agréables,
39:55c'est souvent ce qui revient vers nous.
39:57Ah, peut-être.
39:58Mais en tout cas, moi, je trouve que les gens sont trop bien, quoi.
40:02Oui, et puis je trouve qu'en Côte d'Ivoire, les gens sont gentils.
40:07Pour moi, je suis admirative de quelqu'un qui lance un restaurant.
40:12Parce qu'il y a tellement d'éléments qu'on ne maîtrise pas.
40:16On manipule du périssable.
40:19Il peut y avoir un Covid qui nous tombe dessus.
40:21Il peut y avoir un jour férié, mais la plus grosse pluie de l'année.
40:26Il y a beaucoup.
40:27Ça demande, pour moi, un courage fou.
40:29Est-ce que c'est comme ça que vous le voyez ?
40:31Ou est-ce que pour vous, c'est votre quotidien ?
40:34Et la restauration, je gère.
40:40Zéro courage.
40:41Zéro courage.
40:43Je pense que j'ai une phobie des aiguilles.
40:50Donc, je pense que pour moi,
40:52c'est plus difficile de me faire piquer que d'ouvrir un restaurant.
40:56Honnêtement.
40:57Vous êtes faite pour ça.
41:00En fait, c'est l'univers qui me plaît.
41:03Mais au-delà même de...
41:05Les deux univers, moi, c'est nature et restauration.
41:10Pas cuisine, forcément, parce que j'adore regarder les ingrédients.
41:14J'adore les nouvelles assiettes.
41:16J'adore...
41:19C'est ce qui me donne des étoiles dans les yeux, en fait.
41:22C'est tout l'univers, parce que j'aime aller aux...
41:26Comment ça s'appelle ?
41:29Aux foires.
41:30J'aime aller aux expositions.
41:35J'aime ça, quoi, en fait.
41:36Et je relis, tu vois, art.
41:39J'aime l'art aussi, mais je suis un peu moins connaisseuse et tout ça.
41:44Mais l'art et la cuisine...
41:47Oui, le beau.
41:47Le beau, voilà.
41:49Le beau.
41:49Donc, vraiment, c'est l'univers.
41:51Mais comme c'est ma passion,
41:54moi, c'est plus un travail en tant que toi.
41:56Oui, oui, oui.
41:57Et le côté entrepreneurial, je l'ai naturellement.
42:00C'est-à-dire, il n'y a pas de réflexion dessus.
42:04Mais souvent, on dit...
42:06Alors, oui, parce que, voilà,
42:08dans l'enfance, vous disiez, je veux faire des business.
42:11Donc, c'est clair que la fibre entrepreneuriale était là et bien présente.
42:14Exactement.
42:15Mais est-ce que votre diplôme de comptable vous a quand même aidé à structurer ?
42:19Parce que parfois, il y a plein de gens qui ont des passions,
42:21qui sont très bons dans leur passion,
42:23mais il y a une différence entre avoir la passion
42:25et arriver à en vivre.
42:27Est-ce que le fait d'être comptable, ça vous a donné une structure ?
42:30Oui, beaucoup.
42:31Mais je pense que c'est la rigueur, en fait, qui m'a...
42:33C'est plus la rigueur.
42:35Je sais me faire violence, mais...
42:37Et je le fais...
42:38Je dis...
42:39Dernièrement, je dis que je n'aime pas trop le mot « résilience ».
42:42Pourquoi ?
42:43Parce que je l'ai trop entendu « tu es résiliente ».
42:45Et je me suis rendue compte que...
42:50Cette résilience n'était pas forcément...
42:53C'était pas...
42:54C'était pas sain.
42:55Oui, oui, oui.
42:56C'était « too much ».
42:57Oui, c'est l'instinct de survie.
42:59Oui.
43:00C'était « too much ».
43:01Et du coup, c'est un mot que j'ai gardé loin de moi maintenant
43:05parce que je me suis trop fait violence.
43:08Mais en ne sachant même pas que je me faisais violence,
43:10je me disais « c'est normal ».
43:12Mon premier réflexe, c'était de dire...
43:14« Ah non, c'est naturel ».
43:16Oui, mais ça demande de se faire violence.
43:20Et je pense que se faire violence, pour moi, est trop naturel.
43:27Oui, oui, oui.
43:28J'utilise bien le terme « trop naturel ».
43:29Oui, je vois très bien.
43:30Je vois très bien.
43:30Vous avez un niveau de tolérance qui est peut-être trop élevé.
43:38Trop élevé, qui devient malsain.
43:41Oui, oui, oui.
43:41Et donc, c'est ce sur quoi je travaille maintenant.
43:45C'est-à-dire toujours faire ma passion.
43:47En ouvrant un troisième restaurant.
43:49C'est ça.
43:50Oui, exactement.
43:51C'est ma thérapie.
43:54C'est ce sur quoi je travaille maintenant.
43:56De faire moins ou de faire différemment ?
43:59Pas de faire moins.
44:03D'accepter moins de gérer la souffrance.
44:09De ne plus être si preneuse de ce qui est dur.
44:14Je ne sais pas comment le mettre.
44:16C'est peut-être plus de vulnérabilité, là, du coup.
44:18C'est peut-être accepter de dire que là, c'est trop.
44:23Oui.
44:24Accepter de dire que là, c'est trop.
44:26Oui.
44:28C'est la nouvelle leçon de vie.
44:29C'est la nouvelle leçon de vie.
44:33OK, OK.
44:36Comment on fait confiance quand on ouvre un restaurant comme ça ?
44:39Parce que vous avez une vie de famille,
44:41vos enfants qui ont grandi avec une maman présente.
44:44Ça veut dire qu'il y a eu des moments
44:46où vous n'êtes pas toujours en cuisine ou au restaurant.
44:48Comment on fait confiance ?
44:56Je pense que moi, la confiance, c'est naturel un peu trop.
45:05Parce qu'en grandissant, comme j'ai grandi dans un cocon où il n'y avait que la confiance,
45:10il n'y avait rien d'autre.
45:11Rien n'était caché.
45:12Rien, rien, rien n'était caché.
45:15On connaissait le salaire de nos parents, tout était clair.
45:19Et donc, pour moi, j'ai grandi dans un univers où ce n'est que la confiance.
45:23Je ne connais pas autre chose.
45:25Pas du tout.
45:26Même avec les copines, même avec le truc.
45:29Je n'ai connu que la confiance.
45:31Et je ne fais que ça naturellement.
45:33Donc, pour moi, ne pas faire confiance...
45:35Ça, c'est à l'encontre de qui je suis.
45:39Du coup, c'est plus dur pour moi.
45:41Donc, en général, je fais confiance.
45:44Et ça se passe bien ?
45:46Oui, après, franchement, comme je dis, on a toujours des petits bobos,
45:50mais est-ce que c'est ça qu'on retient ?
45:51Oui, c'est vrai.
45:53Ça se passe très bien.
45:54Honnêtement, on a nos hauts et nos bas,
45:57mais en général, les hauts et les bas, on est très responsables des bas.
46:04En général, ce n'est pas les autres.
46:06C'est soi-même.
46:07C'est souvent nous-mêmes.
46:09C'est sûr.
46:09OK.
46:10Donc, vous dites que vous êtes beaucoup inspirée de la cuisine asiatique.
46:15C'est une cuisine qui s'exporte très bien.
46:19Vous avez participé à l'exposition de Dubaï 2020.
46:22Est-ce que vous pensez que c'est le moment pour nous,
46:24pour la cuisine africaine, de s'exporter ?
46:26En fait, je reviens sur l'inspiration de la cuisine asiatique.
46:30Pas l'inspiration culinaire,
46:32mais comment est-ce qu'elle s'est dévoilée ?
46:40Et comment est-ce qu'elle s'est exportée ?
46:43Comment est-ce qu'elle a colonisé ?
46:46Mais comment, du coup, il y a une stratégie mise en place par des chefs ?
46:50Pour être honnête, non, je ne sais pas.
46:53Comment, mais j'ai vu le résultat, en fait.
46:59J'ai un peu voyagé, et partout où tu passes, quand même, ils sont présents.
47:02Oui, c'est sûr.
47:03Voilà.
47:04Et même quand ce n'est pas en Asie.
47:05Oui.
47:05Et du coup, je me suis dit, je me suis toujours dite que c'est quelque chose qu'on…
47:11Éventuellement, ça devrait être là notre parcours, ça devrait être là qu'on arrive éventuellement.
47:19Bien sûr.
47:20À travers nos diasporas.
47:22Exactement.
47:22Oui, c'est sûr.
47:23Et pour parler de Expo 2020, pour moi, ça a été vraiment une très, très belle expérience et une expérience
47:35rassurante.
47:36Je pensais que notre cuisine était exportable, qu'elle était bonne, qu'elle est bonne et tout ça.
47:42Mais l'œil extérieur est toujours l'œil extérieur.
47:47Oui, oui.
47:48Il faut savoir le gérer, disons.
47:53Le plus gros compliment que j'ai eu là-bas, c'était une petite fille de 8 ans qui n
48:00'est jamais sortie de Dubaï,
48:04qui n'avait jamais été exposée à la nourriture africaine.
48:08Et ce qu'on lui avait fait, c'était du mafait avec du filet de bœuf et du fogno.
48:17Et le fogno, c'est quand même particulier.
48:19Oui.
48:20Il faut aimer.
48:21Mais après, moi, je l'ai vraiment adoucie pour que le palais de tout le monde puisse l'accepter.
48:27Et elle a dit que c'était le meilleur repas qu'elle ait eu de sa vie.
48:31Oh !
48:31Et c'est une enfant, après…
48:32La vérité sort de la bouche des enfants.
48:34Voilà, c'est quelque chose qu'elle a aimé, qu'elle a…
48:36Mais…
48:37Non, mais elle ne va pas aller dire quelque chose qu'elle ne…
48:40Qu'elle ne pense pas.
48:40Qu'elle ne pense pas.
48:42Et c'est après qu'elle a voulu manger ça, qu'elle ait mangé, que ses parents ont demandé aussi,
48:49ils ont goûté avec elle et puis qu'ils ont commandé, qu'ils ont même préemporté.
48:53Et pour moi, c'est des petites choses, mais ça dit beaucoup parce que son background alimentaire, elle, elle est
49:01de Dubaï.
49:01Donc, ce n'est pas ce qu'ils mangent, en fait, le mafé.
49:04Ce n'est pas ce qu'ils mangent, le fogno.
49:07Voilà, ce n'est pas dans leurs habitudes culinaires ou alimentaires.
49:11Oui, c'est sûr.
49:12Et ça m'a juste confrontée dans ce que je pensais déjà, quoi.
49:18Bien sûr.
49:19Et après, j'ai eu d'autres occasions, même depuis les États-Unis, où une fois, quand on avait le
49:28restaurant là-bas, on nous a demandé de…
49:32Beaucoup de Noirs américains sont baptistes.
49:34Oui, oui.
49:35De faire un repas pour l'église baptiste dont mon mentor faisait partie et pour une…
49:43Je ne sais pas, 200, 300 personnes, je ne me souviens plus exactement du nombre.
49:47Et on a fait des plats africains.
49:49On a fait du mafé, on a fait de la sauce feuille et tout ça.
49:53Et avant de manger, il fallait que j'explique un peu ce que c'était et puis leur parler.
49:59Et ce que j'ai dit, c'était, vous n'allez pas tout aimer, ça c'est clair, parce que
50:06la langue, c'est la langue.
50:07Oui.
50:08Mais si vous ouvrez un peu l'esprit à ce que c'est, il y avait du yassa aussi.
50:13Ce que c'est, on n'est pas très loin de vous parce qu'ils mangent des collard greens, les…
50:18Bien sûr.
50:19Voilà, ils mangent des…
50:20Toute une influence qui est…
50:21Mais sauf que nous, eux, ils font des feuilles et la viande fumée.
50:26Oui, oui.
50:26Nous, on fait la viande fumée, mais on met de la tomate.
50:29Donc, tu vois, c'est un peu la même chose.
50:31Bon, bref.
50:32Ils ont adoré.
50:36Parce qu'eux, là-bas, ils mangent peanut butter and jelly.
50:38Bien sûr.
50:39La pâte d'arachide et de la confiture.
50:41Mais nous, on leur donne ça avec du poulet.
50:44Mais ils ont surkiffé.
50:45Du coup, je pense que vraiment, on peut l'exporter.
50:48De toute manière, ça se voit, ça se fait déjà.
50:50Oui, ça commence vraiment.
50:52Oui, oui, on l'exporte.
50:54On voit de plus en plus de restaurants.
50:56Bien sûr, en dehors, à l'extérieur et tout ça.
50:58Et comme vous dites, mélangez aussi avec de l'art.
51:01Oui.
51:01Après toute cette expérience…
51:03Sur notre culture en général.
51:05Oui, oui, oui.
51:06C'est super.
51:07OK.
51:10Avant de terminer, j'ai une question sur votre transmission.
51:14Donc là, Lulu, du coup…
51:16Moi, j'ai des amis qui sont allés déjà quatre ou cinq fois.
51:20C'est le restaurant.
51:21Tu vois, c'est pour ça que je dis que les gens sont gentils.
51:24Parce qu'ils ont une bienveillance.
51:26Après, on a des petits couacs et tout ça.
51:27Ils sont gentils, mais ils aiment.
51:29Ils sont gentils parce que c'est bon.
51:30Ils nous soutiennent, en fait.
51:31Oui, mais si un restaurant n'est pas bon,
51:34les gens, on peut être gentils,
51:35ils ne vont pas y retourner une deuxième fois.
51:37C'est vrai, il faut rendre à César ce qui lui appartient.
51:41Donc, bravo pour l'ouverture de Lulu.
51:43Merci.
51:44On aime bien terminer les choses.
51:45Christelle, vous aimez jouer, non ?
51:47Oui.
51:47Oui, oui.
51:49Si, si.
51:50Donc, on a un petit quiz.
51:51On aime finir l'émission par notre petit quiz.
51:54OK.
51:55Rien de sorcier.
51:57Atlanta ou Abidjan ?
51:59Abidjan.
52:01Vous avez hésité, hein ?
52:03Abidjan.
52:05Abidjan.
52:06La salle ou la cuisine ?
52:08Oh, la cuisine.
52:10Ça, c'était facile.
52:12Choukuya ou ribs qui se détachent de l'os ?
52:15Choukuya.
52:16Oui.
52:17Crocs rose ou talons ?
52:21Crocs rose.
52:23L'Américaine est encore là.
52:26Verre de blanc ou shot de tequila ?
52:30Yes.
52:34Tequila anytime.
52:35Tequila, tequila.
52:37Pour la joie.
52:39Bon.
52:40Thaïlande ou Japon ?
52:44C'est dur.
52:48Japon.
52:50Maki ou restaurant étoilé ?
52:54Restaurant étoilé.
52:58Norima, Sakon ou Lulu.
53:02Norima.
53:06Christelle, j'ai adoré passer du temps avec vous.
53:10J'aimerais que ça dure plus longtemps.
53:11On a hâte de se retrouver autour d'un bon plat.
53:16Norima, Sakon ou Lulu, merci beaucoup.
53:18Merci.
53:19Merci pour le travail que vous faites pour le narratif africain aussi.
53:22Merci.
53:22Vraiment.
53:24Et c'est la fin de cet épisode de Destin d'entrepreneur.
53:27J'espère que vous avez passé un aussi bon moment que moi.
53:30Merci infiniment pour votre attention.
53:32On se retrouve très bientôt.