00:00Bonjour Patrick Hamelin, très concrètement cette hausse des prix du carburant ça vous a coûté combien ?
00:06Beaucoup, beaucoup trop et concrètement ça nous a coûté 40% de plus de septembre à septembre, vous voulez des
00:15sous là j'imagine ?
00:16Si on peut parler en milliers d'euros peut-être que les gens se rendront compte ?
00:18D'habitude je parle en repas mais je vais donc vous parler en repas aujourd'hui, ça nous a coûté
00:23en gros 20 000 repas en plus que d'habitude sur l'année.
00:26Que vous avez pu assurer tout de même ou ce sont des repas que vous n'avez pas distribués ?
00:30Bien sûr qu'on doit assumer, on se le doit à nos personnes accueillies, en fait il y avait plusieurs
00:38solutions, une c'était de se recroquebiller un petit peu,
00:41de se dire on va supprimer temporairement les centres les plus éloignés, on va supprimer un véhicule itinérant,
00:51mais c'est tout simplement pas possible, notre mission c'est d'être là en permanence.
00:56Et donc on reprend les basiques de la production, c'est-à-dire lève le pied pour conduire, optimise tes
01:03enlèvements, etc.
01:06Parce qu'on se rende juste bien compte, pour qu'on comprenne pourquoi vous êtes impacté par la hausse des
01:10prix du carburant,
01:11vous avez combien de véhicules par exemple, c'est combien de kilomètres que vous êtes obligé de parcourir ?
01:16On fait entre 3500 et 4500 kilomètres par semaine.
01:20Ah par semaine ?
01:21Par semaine.
01:22Uniquement dans l'Indre-Loire donc ?
01:23Uniquement dans l'Indre-Loire, pour desservir nos 23 cents.
01:26Et ça, évidemment, avec le prix du gasoil, ça vous a, vous l'avez dit, conduit à essayer de trouver
01:32des solutions,
01:33du système D là, c'est ce que vous étiez en train de décrire.
01:35Mais c'est pas tout à fait le système D, c'est les basiques de la conduite, mais qu'on
01:40oublie au fil du temps en fait.
01:42Et donc, on essaye aujourd'hui de limiter les vitesses à 80, la place de 90, etc.
01:49Ce que je disais tout à l'heure, l'optimisation, et surtout j'ai reporté des investissements qu'on devait
01:55faire.
01:55La clim, par exemple, on avait dit, la clim ça nous fait rêver, nous, mais on sait qu'on n
01:59'aura jamais ça,
02:00mais les ventilateurs, on avait mis une enveloppe de 7000 euros pour équiper tous nos centres de ventilateurs.
02:06Bon, on va attendre un petit peu, certainement.
02:09Les ordinateurs, on récupère, vous pensez bien, on est resté au cœur,
02:13des ordinateurs, quand ils sont obsolètes pour les entreprises, ils nous sont encore très utiles,
02:17et bien on avait dit, on va les changer, on va attendre un petit peu.
02:22Tout ça, c'est des choix qui doivent être terribles à faire.
02:24Absolument, parce qu'on a un budget, on fonctionne en fait comme les entreprises,
02:28sauf que nous, on ne développe pas du chiffre d'affaires, mais des repas, et puis de l'accueil de
02:35personnes,
02:36du service à la personne, et donc notre budget est extrêmement, extrêmement serré, vous pensez bien.
02:41Sébastien Lecornu parle d'une baisse de 12 à 18 centimes, peut-être, par litre de gazole à partir du
02:451er novembre.
02:46On imagine que ça ne suffira pas pour revenir à la normale ?
02:49Non, on va prendre, bien entendu, avec grand plaisir, mais non, on est très loin,
02:53puisque, ce que je vous disais tout à l'heure, si on regarde, depuis janvier, ça a pris 36%, à
02:58peu près, 37,
03:00et si on regarde de septembre à septembre, de l'an dernier à cette année, on était à 41%.
03:07Tout ça, alors que vous étiez dans une tendance aussi, où il y avait de plus en plus de bénéficiaires,
03:10vous étiez venu l'an dernier à ce micro, nous dire que vous aviez dépassé les 10 000 bénéficiaires en
03:15Touraine,
03:15et que c'était une première, que c'était historique, on en est où aujourd'hui ?
03:18Eh bien aujourd'hui, on est à plus de 13 000.
03:20Vous avez pris 3 000 bénéficiaires en un an ?
03:22Absolument.
03:23C'est considérable ?
03:24Bien sûr que c'est considérable, et c'est dans l'agglo, mais aussi dans nos campagnes,
03:31en fait, où on a de plus en plus de bénéficiaires, avec des compositions familiales qui changent,
03:36on voit de plus en plus papa, maman et les enfants qui viennent chercher du réconfort chez nous,
03:44chercher de la discussion et chercher de l'alimentation surtout.
03:46Alors que papa et maman, comme vous dites, travaillent certainement, mais c'est plus assez pour se nourrir, pour nourrir
03:51les enfants ?
03:52On a plus de 25% de personnes qui travaillent, en fait, qui viennent au resto.
03:56Comment vous allez faire ? Parce que là, vous parlez de 3 000 bénéficiaires en plus,
04:00est-ce que vous allez être obligé de faire comme ça s'était fait il y a certaines années,
04:02de dire, eh bien, avec tel revenu, on ne vous acceptera plus au resto du cœur ?
04:06On le fait, on ajuste en permanence, toujours en privilégiant les enfants,
04:14puisqu'on a dit que c'était notre mission essentielle du moment.
04:18Le but du jeu, souvenez-vous, j'avais dit à ce micro il n'y a pas très longtemps,
04:23le but du jeu, c'est que les gosses d'aujourd'hui ne soient pas les personnes accueillies de demain.
04:28Donc, on fournit pour les enfants de quoi les nourrir et les soigner,
04:34soigner du genre hygiène, je veux dire.
04:36Ça, ce sera la priorité absolue, les enfants ?
04:38Oui, c'est ça.
04:39Et il y aura, là aussi, on l'imagine, des choix,
04:42alors qu'ils sont décidés comment, au niveau national, au niveau local,
04:44sur les revenus à partir desquels vous pouvez bénéficier ?
04:47Au niveau national, bien entendu, de façon à ce que tous les restos du cœur de France
04:51fonctionnent de la même manière.
04:53Il y a un rapport, on en a parlé hier, d'Action contre la faim,
04:56qui a révélé que 7 millions d'adultes en France métropolitaine déclarés manquaient de nourriture.
05:00C'est des chiffres qui peuvent surprendre, vous qui êtes au quotidien, à leur côté.
05:04Ça ne vous surprend pas, malheureusement ?
05:06Je vous disais tout à l'heure, on est passé de 10 000 chiffres surprenants à 13 000,
05:11donc effectivement, ça ne nous surprend pas, malheureusement.
05:14La vitesse peut-être à laquelle ça augmente ?
05:16C'est-à-dire que les chiffres qu'on a aujourd'hui,
05:22on s'attendait effectivement à les voir, mais pas tout de suite.
05:24Et comme vous le dites, oui, ça va très très vite, ça s'accélère en plus.
05:28Il y a aussi autre chose qui va se passer à Paris à partir d'aujourd'hui,
05:32c'est le budget qui est en discussion à l'Assemblée nationale.
05:34Est-ce que là aussi c'est une crainte, quand on voit que les crédits à la vie associative,
05:39par exemple, pourraient baisser ?
05:40Oui, bien sûr, même si 80% de nos, entre 70 et 80% de nos besoins sont apportés par
05:54des dons.
05:56Donc il nous reste les subventions, évidemment.
05:59On craint que ça baisse.
06:00Vu le prix du gasoil qui touche les particuliers, risque de baisser,
06:03c'est ce que vous vous dites aussi malheureusement,
06:05les gens eux aussi vont devoir faire des choix.
06:07C'est ça, on cumule les effets ciseaux et on compense aussi par le recrutement de collecteurs de fonds.
06:16D'accord, donc ce sont des gens qui peuvent être bénévoles pour les restos,
06:18mais pas spécialement pour distribuer des repas, pour aller chercher de l'argent là-bas.
06:21Voilà, c'est ça, absolument.
06:22De façon à aller rencontrer les potentielles entreprises mécènes, sponsors,
06:29et puis tout simplement donc.