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  • il y a 9 heures
Le préfet des Hauts-de-Seine Alexandre Brugère est visé par une action de groupe « en cessation de manquement », une première en France. L’association des Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers l’accuse d’être responsable des difficultés rencontrées par les étrangers dans le département en matière de renouvellement de titres de séjour.

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Transcription
00:01Bonjour et bienvenue aujourd'hui on revient sur l'action de groupe contre le préfet des
00:05Hauts-de-Seine Alexandre Brugère avec Anaïs Place. Vous êtes donc avocate spécialisée en
00:12droits des étrangers et coprésidente de l'ADDE, l'association des avocats pour le droit des
00:16étrangers. Vous êtes à l'origine donc de cette action de groupe déposée contre le préfet des
00:19Hauts-de-Seine que vous accusez d'empêcher les renouvellements de titres de séjour pour les
00:23étrangers en règle quitte à les transformer en sans-papiers. Pourquoi vous en êtes arrivé là,
00:28pourquoi aujourd'hui vous déposez cette action ? Alors précisément effectivement on a déposé
00:33une action de groupe contre la préfecture des Hauts-de-Seine qui représente donc l'état dans
00:38le département et qui est chargé de l'accueil et du séjour des étrangers qui est un service public.
00:44En l'occurrence on a constaté depuis plusieurs mois, plusieurs années, une dégradation très forte de ce
00:51service public avec une quasi inaccessibilité, en tout cas dans les délais qui sont prévus par la
00:58réglementation de ce service pour les renouvellements de titres de séjour. Et donc à force d'engager des
01:04actions individuelles mais qui restent insatisfaisantes parce que coûteuses, parce que longues et surtout ne
01:10touchant pas tout le monde, puisqu'il y a des personnes qui restent à la marche si je puis dire,
01:14ne
01:14sachant pas comment se tirer d'affaires lorsqu'elles sont en situation irrégulière, on a décidé d'introduire
01:22une action collective donc qui pointe le caractère systémique de ces dysfonctionnements.
01:27C'est donc la première fois qu'un préfet est poursuivi avec cette procédure-là. Sa spécificité, c'est que
01:34vous n'avez pas besoin de prouver les cas individuels cette fois-ci pour prouver les dysfonctionnements, c'est ça
01:39?
01:40Alors on ne peut pas parler exactement de poursuites. On est sur une action qui est nouvelle, qui a été
01:45créée par une loi de 2025, d'avril 2025, qui transpose en fait du droit européen et qui permet d
01:52'agir
01:53contre une carence, par exemple, effectivement d'une administration, sans avoir besoin d'apporter des cas individuels. Donc ce ne
02:02sont pas des personnes, ce ne sont pas des individus
02:06qui demandent là des comptes à la préfecture des Hauts-de-Seine. C'est une association, donc l'ADDE, dont
02:11je suis co-présidente, qui est l'Association des avocats pour la défense des droits des étrangers
02:16et qui, du fait de son objet, effectivement, a intérêt à agir pour demander à l'État de remettre les
02:23choses en ordre d'une certaine manière et en tout cas d'assurer sa mission de service public.
02:28Et ces carences, elles ont des résultats, des effets concrets sur la situation des étrangers qui perdent tous leurs droits
02:34du jour au lendemain ?
02:35Oui, concrètement, quand on a une absence de rendez-vous, donc une impossibilité d'accéder au service, on n'a
02:41pas non plus de justificatif qui maintient le droit au séjour
02:44pendant la durée de la procédure de renouvellement. Et donc concrètement, les gens perdent leur droit au travail, en tout
02:51cas toute preuve de leur droit au travail.
02:53Ils perdent aussi la possibilité tout simplement de voyager, ils perdent leurs droits sociaux, donc la CAF cesse de verser
03:00les prestations qui sont dues,
03:03que ce soit les APL, les allocations familiales, etc. Donc il y a vraiment une réaction en chaîne, en cascade,
03:08si je puis dire.
03:09Et notamment sur le travail, il y a évidemment une difficulté importante, c'est que le principe du renouvellement d
03:15'un titre de séjour salarié,
03:17c'est que soit on est en emploi avec une autorisation de travail, soit on est au chômage, donc inscrit
03:23à France Travail.
03:24Et en l'occurrence, sans récipicer, on ne peut pas s'inscrire à France Travail. Et sans récipicer au titre
03:29de séjour, on ne peut pas non plus rester en emploi.
03:32Vous pointez aussi la responsabilité de la politique menée par le préfet des Hauts-de-Seine dans cette situation-là.
03:38Pour baser votre plainte, vous avez notamment eu recours aux chiffres qui sont publiés sur le site de la préfecture
03:44concernant les délais de traitement de ces demandes ?
03:48Oui, ce qu'on regrette et ce qu'on dénonce, c'est effectivement une politique qui consiste à prioriser un
03:57certain nombre de choses
03:57au sein du service de l'accueil des étrangers. La préfecture des Hauts-de-Seine est notamment connue
04:02pour avoir grandement augmenté le nombre d'eau QTF qui sont prononcées chaque année.
04:10Ce sont des services qui s'auto-engorgent, si je puis dire, et qui ne traitent plus la base
04:18qu'est leur travail, à savoir renouveler, délivrer les titres de séjour de plein droit, etc.
04:26Et concernant la multiplication des contentieux, le tribunal administratif compétent pour les Hauts-de-Seine,
04:32c'est le tribunal de Cergy-Pontoise. Et dans votre plainte, vous montrez que le préfet perd très régulièrement
04:40devant la justice administrative face aux étrangers.
04:44Oui, le préfet perd parce qu'en réalité, nous sommes obligés d'introduire des actions individuelles,
04:51donc des recours en excès de pouvoir ou des référés mesures utiles, ce qu'on appelle des référés suspension,
04:56contre la préfecture des Hauts-de-Seine, tout simplement pour débloquer des situations.
05:00Autrement dit, il y a beaucoup de personnes, des centaines, des milliers, qui ont un droit au séjour.
05:06Il n'y a pas de débat sur leur droit au séjour.
05:08La préfecture n'a pas l'intention de leur refuser la délivrance du titre.
05:12Mais à force d'attendre, effectivement, on bascule en situation irrégulière,
05:16on n'a pas d'autre choix que de saisir le tribunal.
05:18Et donc le tribunal, lorsqu'il y a un droit au séjour, ne peut que nous donner raison.
05:24Il y a des cas aussi où on perd, évidemment, notamment lorsque le tribunal considère
05:29qu'on ne justifie pas d'une urgence suffisamment importante pour le saisir dans le cas des procédures de référé.
05:35Donc ça a un coût, évidemment un coût humain, un coût social, un coût pour les entreprises aussi,
05:41qui ont des difficultés pour la gestion des ressources humaines.
05:46Et ça a un coût pour la société, puisque la préfecture est condamnée à payer des frais irrépétibles
05:51à chaque fois qu'elle perd, c'est-à-dire à rembourser en quelque sorte les frais d'avocat.
05:56Et évidemment, c'est un contentieux qui est évitable,
05:58et donc un budget qui est alloué à ce contentieux qui est absolument colossal,
06:03qui devrait plutôt, en tout cas c'est ce qu'on espère, être alloué au recrutement d'agents,
06:08à la formation des agents, à la mise en place de process plus efficaces pour recevoir les gens.
06:14Et pour donc faire cesser ces manquements, vous avez demandé des astreintes.
06:19C'est une demande symbolique ou vous comptez vraiment faire payer le préfet pour les manquements qu'il organise ?
06:26Ce n'est pas du tout une demande symbolique, c'est une demande dissuasive, si je puis dire.
06:31C'est-à-dire que malheureusement, aujourd'hui dans notre société, l'argent c'est un petit peu le nerf
06:34de la guerre.
06:36Donc quand il n'y a pas de condamnation financière, et on le constate individuellement dans nos dossiers,
06:40c'est-à-dire quand il n'y a pas d'astreintes prononcées, voire liquides, c'est-à-dire versées
06:44concrètement,
06:45la préfecture souvent ne bouge pas, ne réagit pas.
06:48Donc la condamnation financière, elle n'a pas vocation à enrichir qui que ce soit,
06:52elle a vocation à provoquer une réaction.
06:55Nous évidemment, ce qu'on souhaite, avant toute autre chose, c'est que les choses changent
07:00et que ce service soit de nouveau efficace, parce qu'il l'a été, il fut un temps.
07:05Et en toute sincérité, moi je préférerais même que cette action n'aille pas au bout,
07:10et qu'on ait même peut-être à s'en désister, si effectivement le service redevenait acceptable,
07:16raisonnable et recevait les gens dans les délais.
07:18Merci beaucoup Anaïs Plas, je rappelle que vous êtes donc co-présidente de l'ADDE,
07:22à l'origine de cette plainte qui a été révélée par l'humanité.
07:25Vous pouvez la voir ici et aller lire l'article pour tout savoir,
07:27pour essayer de faire en sorte que les droits des étrangers soient respectés dans les Hauts-de-Seine.
07:31Encore merci.
07:32Merci à vous.

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