00:00Pourquoi les Iraniens et les Iraniennes se mobilisent depuis le 28 décembre dernier ?
00:03Ce qui était une simple manifestation de commerçants du Grand Bazar de Téhéran
00:06s'est étendue à une grande partie du pays.
00:08Des étudiants et des manifestants de tous horizons rejoignant le mouvement.
00:11Pierre, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu les raisons de ces mobilisations ?
00:14Pourquoi les Iraniens et les Iraniennes descendent dans la rue ?
00:17Quelles sont leurs revendications ?
00:19Ça a commencé le 28 décembre parce que l'Iran depuis plusieurs mois,
00:23on peut dire même plusieurs années, mais particulièrement depuis plusieurs mois,
00:26connaît une situation économique assez désastreuse.
00:30qui a été évidemment aggravée par les bombardements opérés par les Etats-Unis et Israël au mois de juin,
00:36dans ce que Trump lui-même appelait la fameuse guerre de 12 jours.
00:41Donc ça n'a pas arrangé évidemment l'économie iranienne qui a été durement frappée par ces bombardements.
00:48Il y a une inflation très très forte dans le pays.
00:51Il y a une dévaluation du Rial, la monnaie nationale iranienne.
00:56Et puis il y a, depuis l'automne, des sanctions qui ont été mises en place par l'ONU contre
01:02l'Iran.
01:02Donc tout ça en réalité frappe de plein fouet la population iranienne.
01:07Et donc à partir du 28 décembre, c'est dans le grand bazar de Téhéran que tout ça a commencé.
01:12Donc avec les commerçants, là on ne se rend peut-être pas bien compte,
01:15mais le grand bazar, au-delà du terme lui-même, c'est quelque chose d'assez important en Iran,
01:22parce qu'y compris dans les manifestations qui ont précédé la chute du Shah en 1979,
01:29des manifestations qui avaient commencé en 1978,
01:32c'est quand aussi le grand bazar a commencé à se mettre dans le mouvement
01:37que tout a dégringolé pour le Shah d'Iran.
01:41Donc évidemment, observer la révolte, entre guillemets,
01:45le mot peut-être un petit peu fort, de ce grand bazar,
01:48avait une signification symbolique très forte,
01:51d'autant plus que, évidemment, l'Iran, encore une fois, déstabilisé,
01:54mais l'Iran qui a connu depuis plus de trois ans maintenant,
01:57de grandes, fortes mobilisations,
02:00notamment de la jeunesse iranienne,
02:02à partir de la mort, de l'assassinat, on peut dire,
02:06de la jeune Basha Jina,
02:11qui avait été capturée par la police des mœurs iraniennes,
02:15même si ça n'avait pas été concrétisé ces dernières années,
02:19tout ça laisse une atmosphère en Iran qui est à la révolte, évidemment.
02:25Et donc on a pu voir que ces premières manifestations
02:28qui sont déroulées dans la capitale, Téhéran,
02:30avec le grand bazar,
02:32se sont propagées à l'ensemble du pays.
02:34Alors de quelle manière exactement ?
02:36C'est peut-être un petit peu compliqué de le savoir,
02:38mais c'est d'autant plus intéressant dans la période
02:41qu'avec ce qui vient de se passer au Venezuela,
02:45on peut penser que l'Iran va être dans la ligne de mire de Donald Trump.
02:52Oui, parce qu'on parlait précédemment avec Antoine et Vadim
02:56du Groenland, de Cuba, de la Colombie, du Mexique.
02:58Tu as dit que Téhéran aussi pourrait être la cible
03:01des intérêts impérialistes des États-Unis et de Donald Trump ?
03:05Alors, tu vois, je pense que c'est assez intéressant
03:07parce que dans ce qu'on vit actuellement,
03:12ce qui tapine de Nicolas Maduro, le président VD Zuelia,
03:18il y a quelque chose qui est en train de se mettre en place
03:20et j'ai le sentiment, moi, que les États-Unis et que le Donald Trump
03:24vont opérer de manière différente selon chaque pays.
03:27C'est-à-dire qu'il y aura un modus operandi qui n'est pas général.
03:30Ce qui est général, c'est la volonté états-unienne
03:32de mettre la main sur l'ensemble des ressources planétaires,
03:36de s'entourer dans l'Amérique latine,
03:39de pays qui sont proches, mais aussi de faire le ménage partout,
03:42mais de manière à chaque fois différente.
03:44Et concernant l'Iran, il n'a jamais caché sa volonté de changer le régime iranien.
03:50Il va s'appuyer évidemment sur Israël.
03:52Et Netanyahou, le premier ministre israélien,
03:54est aujourd'hui à la manœuvre pour faire monter la pression contre l'Iran
03:58et pour obtenir un feu vert pour de nouveaux bombardements contre Téhéran
04:03qui pourraient évidemment se conclure par un changement de régime total en Iran.
04:11Et d'ailleurs, les royalistes iraniens et les Moudjahidines du peuple
04:15qui travaillent assez main dans la main avec les États-Unis
04:19essaient aussi d'agiter les choses,
04:22et on le voit sur les réseaux sociaux actuellement.
04:25Tu parlais juste avant de la mort de Masha Jina Amini
04:30qui avait conduit à des révoltes en septembre 2022.
04:33À l'époque, ces révoltes avaient été très durement réprimées.
04:36Est-ce que là, les manifestations, les mobilisations dont on parle
04:39qui ont débuté il y a une bonne semaine,
04:42comment elles sont gérées par le pouvoir ?
04:44Est-ce qu'elles sont aussi réprimées ?
04:46J'ai vu qu'il y avait déjà eu 12 morts.
04:49Oui, alors, il y a des sujets de sortes ou de répression,
04:52parce que je pense, alors même s'il est très difficile
04:55de savoir exactement, encore une fois, ce qui se passe,
04:57mais dans les régions, cela se passe de manière un peu différente.
05:02Certaines régions de l'Iran, qui sont au Kurdistan ou au Baluchistan,
05:07voire même en Azerbaïdjan iranien,
05:10sont des régions qui sont aussi traversées par d'autres revendications,
05:15qui ne sont pas simplement des revendications sociales et économiques.
05:19Et donc, les répressions se font plus dures, notamment au Kurdistan.
05:25Mais il a noté aussi que le pouvoir iranien, cette fois-ci,
05:30n'a pas dénoncé totalement les choses,
05:33et par la voix, notamment, du président iranien,
05:36se dit prêt à discuter, à trouver des solutions,
05:39parce qu'il sent bien, un, qu'il y a une réelle souffrance
05:43du peuple iranien, économique et social,
05:46et il sent bien aussi que, je crois que je l'ai toujours écrit dans l'Humanité,
05:51je crois que la vraie solution pour changer réellement,
05:58mais dans un sens populaire du terme, le pouvoir en Iran,
06:02c'est par le biais social et par le biais des revendications sociales.
06:06Et c'est aussi pour ça que ce qui est beaucoup plus réprimé,
06:11ce qui a beaucoup plus été réprimé dans les années précédentes,
06:14ce sont été les mouvements sociaux, les mouvements dans les entreprises,
06:18et notamment dans les grands centres de production économique,
06:22et beaucoup de syndicalistes sont d'ailleurs en prison aujourd'hui,
06:26et on en parle assez peu, y compris dans les médias mainstream.
06:29Tu parlais du président, donc Massoud Pézaksyan,
06:32qui affirme vouloir résoudre les problèmes du peuple
06:35et défendre les droits des opprimés et des défavorisés,
06:37donc c'est ce que tu dis, il a l'air de laisser la porte ouverte
06:40à des réponses sociales, est-ce qu'on peut prendre au sérieux
06:42ces déclarations, ou est-ce que c'est une manière de temporiser ?
06:46Non, je pense qu'il faut prendre au sérieux,
06:49parce qu'il comprend bien que si ces revendications-là,
06:53cette demande-là, qui est une demande sociale,
06:58ne trouve pas de réponse,
07:00ça va évidemment très vite déraper sur des manifestations
07:03qui vont remettre en cause le pouvoir lui-même.
07:06Or, le pouvoir, encore une fois, je l'ai dit,
07:09est affaibli depuis plusieurs années maintenant,
07:12et ça se double aussi d'une problématique en Iran
07:18qui est celle de qui va remplacer le grand leader
07:22l'Ayatollah Rouménie, qui est âgé, que l'on dit malade,
07:27et donc autour de lui, ça grouille assez pour...
07:30Il va y avoir des tensions politiques sur les différentes tendances
07:33existant au sein des républiques islamiques d'Iran,
07:36pour savoir qui va prendre la direction,
07:39en sachant que le grand Ayatollah,
07:43c'est une place politique essentielle,
07:46qui détient un peu toutes les clés du pouvoir,
07:49au-delà du président de la République,
07:51et au-delà du gouvernement,
07:52et au-delà du Parlement irradien.