00:01– Maud, tu as voulu nous parler de la situation à Gaza aujourd'hui
00:04et de l'avenir de la Palestine qui est un combat historique de l'humanité.
00:08– Oui, parce que la protection du peuple palestinien, c'est une urgence absolue
00:12que chaque jour compte en ce moment et que les semaines à venir vont être absolument décisives.
00:17Là, on n'est pas dans une guerre de plus, c'est l'avenir même de la Palestine qui est
00:22en jeu.
00:23Depuis 19 mois, l'armée israélienne a tué aveuglément plus de 53 000 personnes,
00:28dont près de 16 000 enfants.
00:30Ceux qui ont survécu sont suspendus à l'aide humanitaire que Netanyahou bloque
00:35ou laisse passer au compte-gouttes de façon très sadique.
00:39Et d'après l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS, au moins 57 enfants
00:43seraient morts des effets de la malnutrition depuis le début du blocus de l'aide humanitaire le 2 mars.
00:49Et il faut bien avoir conscience que c'est la possibilité même d'un avenir pour la bande de Gaza
00:53que Netanyahou est en train d'anéantir.
00:56Il y a près de 70% des zones agricoles qui ont été totalement rasées,
01:0195% des écoles qui sont hors d'usage.
01:05Les 12 universités sont totalement détruites.
01:07La bande de Gaza n'est vraiment plus qu'un cimetière
01:11où les survivants sont enfermés et condamnés dans cet enfer à ciel ouvert.
01:15Alors une ONG qui est basée à Gaza,
01:18dont le travail a été relayé par le journal britannique The Guardian,
01:21a analysé les effets psychologiques de la guerre sur les enfants.
01:24Écoutez bien ces chiffres, ils sont assez terrifiants.
01:2796% des enfants Gazaouis pensent que leur mort est imminente
01:32et 49% souhaitent mourir.
01:35Ça veut dire qu'un enfant sur deux, aujourd'hui, préférerait mourir
01:38plutôt que de survivre dans telle souffrance quotidienne.
01:43La situation est terrifiante, mais on sent quand même une forme de retournement de l'opinion.
01:48Pourquoi ce changement de pied, notamment en France ?
01:52Déjà parce que ça devenait quand même un peu compliqué pour les dirigeants politiques
01:55de fermer les yeux devant telles horreurs.
01:57Les crimes de guerre, maintenant, ils sont documentés.
01:59La Cour internationale de justice, donc l'organe judiciaire de l'ONU,
02:02mais aussi Amnesty International, atteste, preuve à l'appui,
02:06que la population palestinienne de Gaza est victime d'un génocide.
02:11Alors c'est un mot qu'on a mis du temps à utiliser dans le débat public en France
02:15et c'est toujours difficile parce que c'est vrai qu'il renvoie,
02:19surtout en France d'ailleurs, à la mémoire de la Shoah.
02:22Mais ce débat autour du terme de génocide,
02:24je trouve qu'il a finalement fait réfléchir sur la nature exacte
02:27de ce qui était en train de se passer à Gaza.
02:29On n'est pas dans un énième conflit, mais bien dans une volonté qui est explicite,
02:34maintenant assumée même par l'extrême droite israélienne,
02:36d'éradiquer la population de Gaza,
02:39la chasser de ses terres par la mort ou par les déplacements forcés.
02:43Je trouve que ce qu'il faut avoir en tête aussi,
02:45c'est que Gaza est devenu vraiment un laboratoire
02:48pour une nouvelle forme de capitalisme sauvage, suprémaciste,
02:52qui est incarné par le duo macabre Trump-Netanyahou.
02:56Il piétine le droit international,
02:59il tente de privatiser l'aide humanitaire,
03:01il viole la souveraineté territoriale,
03:03il monte un plan business absolument indécent
03:06pour transformer Gaza en Riviera.
03:08Et c'est vrai que là, je pense que dans la séquence,
03:10Washington et Tel Aviv sont vraiment en train
03:13de tester la résistance de la communauté internationale.
03:17Et certains dirigeants européens, heureusement, l'ont compris.
03:21Un autre élément important qui a entravé, je pense,
03:24la mobilisation pour Gaza,
03:25c'est la nature même du débat public en France.
03:28C'est vrai qu'après le choc des massacres
03:30commis par le Hamas le 7 octobre,
03:32la moindre critique du gouvernement Netanyahou
03:35a été renvoyée à de l'antisémitisme.
03:38Ce poison lent, il a pourri le débat public
03:40et finalement, il a contribué à nourrir l'antisémitisme
03:44qu'il était censé combattre.
03:46Il faut rappeler qu'Israël tire sa légitimité internationale
03:49de la conscience même du crime contre l'humanité
03:52commis contre les Juifs d'Europe.
03:54Et c'est vrai que c'est douloureux de voir cet État
03:57devenir lui-même le laboratoire d'idéologie mortifère.
04:00Et Maud, pourquoi les semaines à venir seront décisées ?
04:04D'abord parce qu'en fait, il faut se rendre compte
04:06que chaque jour compte.
04:07On voit qu'il continue de pilonner la bande de Gaza.
04:10Donc chaque jour compte pour sauver des vies.
04:12Et puis la pression internationale, elle doit s'intensifier
04:15pour imposer un cessez-le-feu, laisser passer l'aide humanitaire,
04:19laisser entrer les journalistes.
04:21Ça, c'est un enjeu majeur d'information.
04:23Et puis surtout, du 17 au 20 juin, à New York,
04:26la France et l'Arabie saoudite vont présider
04:28une conférence internationale sur la question palestinienne.
04:31Les deux pays ont plaidé, je crois que c'était vendredi dernier,
04:35en faveur d'actes concrets, en faveur d'un plan
04:38pour rendre possible la solution à deux États.
04:40Et donc l'idée de cette conférence, si elle y arrive,
04:43et on l'espère, c'est d'enclencher de nouvelles reconnaissances
04:46de l'État de Palestine.
04:47Parce qu'aujourd'hui, l'État est reconnu par près de 150 pays,
04:52pas encore par la France, qui devrait le faire enfin à cette occasion.
04:57C'est pas trop tôt.
04:58Mais maintenant, qu'est-ce que ça va changer pour les Palestiniens ?
05:01Évidemment que cette reconnaissance, elle aurait avant tout
05:04une portée politique symbolique.
05:06Mais pas seulement. Il faut savoir que la Palestine est aujourd'hui
05:09membre à part entière de certains organismes internationaux,
05:12comme la Cour pénale internationale.
05:14Mais elle n'a toujours pas obtenu d'adhésion pleine et entière aux Nations Unies.
05:19L'année dernière, le 18 avril 2024,
05:22les États-Unis avaient encore une fois mis leur veto à cette demande.
05:26Alors c'est vrai que cette reconnaissance française,
05:28elle enterrinerait un changement de pied diplomatique,
05:31elle permettrait de redoubler la pression sur Israël.
05:34Vous allez me dire, la loi Netanyahou, il s'en contrefou.
05:38Et c'est vrai, c'est bien le problème.
05:40Et c'est pour ça que cette reconnaissance, elle ne suffira pas seule, loin de là.
05:43Il faut s'attaquer à cette impunité insupportable,
05:47dont bénéficie ce criminel de guerre,
05:49qui s'essuie les pieds sur le droit international,
05:51qui est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale,
05:53il faut le rappeler.
05:54Et pourtant, aucune sanction a encore été prise.
05:57L'Union européenne avait su le faire pour la Russie, l'Iran,
06:00ou même la Russie, et là, elle n'a absolument pas bougé le petit doigt
06:04jusqu'à maintenant pour sanctionner le gouvernement israélien.
06:07Et donc après l'indifférence, la complicité, les lâchetés,
06:11l'Union européenne, grâce à l'Espagne, il faut le dire,
06:14notamment commence à hausser le ton et brandit des menaces.
06:16Il faut maintenant qu'elle passe aux actes, vite,
06:18qu'elle stoppe les livraisons d'armes et qu'elle tape au portefeuille.
06:22Enfin, je crois qu'on ne pouvait pas finir cette chronique
06:24sans parler du courage des Israéliens
06:26qui battent le pavé contre leur gouvernement meurtrier.
06:30Comme eux, on est convaincus que seule la fin de l'occupation,
06:33de la colonisation, l'arrêt de l'oppression du peuple palestinien
06:36permettront à Israël de connaître la paix et la sécurité.
06:39Et comme eux, en ce moment, on ne peut pas regarder ailleurs
06:41que vers cette enclave où il y a tout un peuple qui agonise,
06:44où pourrait s'éteindre une nouvelle fois notre humanité commune,
06:47si on ne fait rien.
06:48Merci beaucoup, Maud, pour ces quelques mots.
06:50Mejda ?
06:51Oui, c'est évidemment très dur, mais très juste.
06:54Les quelques mots que tu as dit, Maud.
06:57J'aimerais savoir, puisque tu as fini avec le peuple,
06:59en parlant du peuple israélien notamment,
07:01effectivement, on les a vues, ces photos de manifestations, etc., sur place.
07:06Alors, la gauche israélienne a été dans différents États
07:10ces 80 dernières années.
07:14Est-ce qu'aujourd'hui, elle fait toujours partie de la solution ?
07:18Quel poids elle pèse aujourd'hui, en ce moment ?
07:20Est-ce qu'il y a des perspectives à l'intérieur de l'État d'Israël
07:24qui sont relativement bonnes ou pas ?
07:28Elle doit impérativement faire partie de la solution.
07:31Mais après, on voit que la gauche israélienne, aujourd'hui,
07:35est extrêmement minoritaire.
07:37Ils sont moins de 10 à la Knesset sur 120 députés.
07:40Ils sont extrêmement courageux, notamment, je pense,
07:43aux députés communistes qui font face à la violence
07:45du gouvernement d'Italiaou.
07:49Les sondages étaient très mauvais il y a encore quelques mois.
07:52Et même en Israël, on sent que l'opinion est quand même
07:55un peu en train d'évoluer, je ne veux pas dire basculer.
07:58Là, on va suivre d'ailleurs, pour le journal de lundi prochain,
08:01les manifestations à Tel Aviv.
08:02Elles sont de plus en plus nombreuses.
08:04Mais c'est vrai que la gauche était déjà affaiblie
08:07avant le 7 octobre, indéniablement.
08:09Mais c'est vrai que ça a complètement étouffé
08:12les voies pacifistes.
08:14Mais la solution devra passer par là aussi,
08:17parce que Netanyahou, il met aussi en danger son propre peuple,
08:23son propre État.
08:24Et comme on dit, il n'y aura pas de sécurité
08:26pour l'État d'Israël, sans paix et sans État pour les Palestiniens.
08:30Merci.