00:00Vous avez forcément vu ce passage de l'interview d'Edouard Philippe sur LCI ?
00:03La colonisation est-elle un crime ?
00:04La colonisation est-elle un crime ?
00:05Dans notre histoire, la colonisation est-elle...
00:07On est français, on a une histoire, comment ?
00:08Non, voilà, très bien.
00:09Mais est-ce que vous avez vu les autres questions qui lui ont été posées ?
00:12Parce que moi, oui.
00:13Et pour rentabiliser ces 20 minutes de pure torture, je vais vous faire un top 5
00:17des pires questions qui puissent être posées par un journaliste,
00:20parce que oui, Jean-Michel Apathy se surpasse de jour en jour,
00:23et évidemment des pires réponses, qu'il s'agira de déconstruire une par une.
00:26En cinquième position, une question qui a été introduite de façon extrêmement impartiale et neutre.
00:31Il y a un slogan ignoble, on sera d'accord, la police se tue.
00:34C'est ignoble.
00:35Absolument.
00:35Suite à quoi, Jean-Michel Apathy a demandé à Edouard Philippe,
00:38existe-t-il des violences policières ?
00:41Je vous résume rapidement sa réponse.
00:42Malgré le fait que la police est le monopole de la violence légitime,
00:46il arrive qu'il y ait des erreurs.
00:48En gros, il refuse de parler de violences policières,
00:51mais préfère parler de violences de policiers.
00:53Arrêtons-nous là et analysons.
00:55Cette terminologie-là, de violences de policiers, vous la connaissez sûrement,
00:58elle a été utilisée par de nombreuses personnalités politiques.
01:01L'enjeu dans le fait d'utiliser cette expression,
01:03c'est d'éviter de mettre tous les policiers dans le même sac,
01:05en laissant entendre que ces actes ne seraient que le fait
01:08de certaines personnalités pathologiques individuelles,
01:11les fameuses brebis galeuses.
01:13Sauf que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que parler de violences policières,
01:16ce n'est pas une simple nuance de vocabulaire,
01:18c'est la seule expression qui permette de décrire la réalité
01:22et de souligner le caractère systémique, institutionnel et structurel de ces violences.
01:28Et d'ailleurs, ça, ça a été montré par de nombreux et de nombreuses chercheurs
01:31et chercheuses en sciences sociales.
01:32On peut par exemple citer Marc L'Oriol,
01:34qui parle de l'organisation du travail policier,
01:37il parle notamment de la pression aux chiffres,
01:39mais aussi des orientations politiques du maintien de l'ordre.
01:41On l'a vu notamment avec les vidéos révélées par Libération et Mediapart
01:44sur les violences policières à Sainte-Sauline.
01:45Les tirs tendus ont été des commandes ordonnées par les supérieurs hiérarchiques.
01:49Et dernière chose, quand on dit la police tue,
01:52slogan qu'ils ont jugé ignoble.
01:54On ne parle évidemment pas de rien.
01:55On peut citer par exemple le rapport de l'IGPN,
01:58qui montre qu'en 2023, 37 personnes ont été tuées
02:01et 91 autres ont été blessées.
02:03Ça ne se réduit évidemment pas à 2023.
02:05Le rapport VASTA montre que chaque année,
02:08la police tue des dizaines et des dizaines de personnes.
02:10Donc oui messieurs, la police qui selon vous est gardienne de la paix,
02:14tue.
02:14En quatrième position,
02:15LFI est un danger pour la République.
02:17Édouard Philippe déroule alors une réponse pointant du doigt
02:20le fait que l'électorat de LFI serait marqué par le communautarisme
02:25et il n'hésite pas à préciser qu'il n'oubliera pas
02:27les positions de Jean-Luc Mélenchon ou de certains membres de son parti
02:30qui auraient été teintés d'antisémitisme.
02:33Petite remise en contexte,
02:35Laurent Wauquiez est l'initiataire d'une commission d'enquête parlementaire
02:39qui examine en ce moment même les liens supposés entre LFI
02:42et la mouvance frériste et plus largement l'islamisme politique.
02:45L'initiative a évidemment été critiquée par la gauche,
02:49accusée d'être calibrée pour affaiblir LFI à l'approche des municipales.
02:52Et plusieurs spécialistes du parlementarisme
02:54soulignent le caractère inhabituellement ciblé de cette commission,
02:58ce qui renforce le soupçon de convergence
03:00entre logique institutionnelle et stratégie électorale.
03:03Alors déjà précisons que LFI n'a jamais, jamais, jamais été condamnée
03:06que ce soit concernant des liens avec l'antisémitisme
03:09ou avec le terrorisme et l'islamisme politique.
03:12Et cette façon-là de déplacer des enjeux majeurs
03:14comme la lutte contre l'antisémitisme ou le terrorisme
03:16vers des ennemis politiques ciblés,
03:19ce n'est évidemment pas une rhétorique nouvelle,
03:21c'est un pattern, une stratégie qui est mobilisée
03:23par la droite et l'extrême droite depuis de nombreuses années.
03:25Ce cadrage-là ne fonctionne pas par la preuve
03:28parce que je le répète, ils n'ont jamais été condamnés,
03:30mais plutôt par la mobilisation de catégories affectives.
03:33La peur du séparatisme, l'insécurité, la fragilisation de la République,
03:36tous ces ingrédients qui produisent un climat de suspicion générale,
03:40mécanisme classique de disqualification politique.
03:42En troisième position, on s'y attendait tous.
03:45Comment vous réagissez quand vous voyez une femme voilée dans la rue ?
03:48Alors ça vraiment, je me demande ce qu'Edouard Philippe va bien pouvoir répondre.
03:50J'aime pas ça.
03:51Bon bah, pas étonnant, tout comme le moment où il a dit
03:53« Moi je préfère que ce soit les hommes qui se contrôlent
03:55plutôt que les femmes qui se voilent. »
03:57Cette réponse, elle est évidemment problématique
03:59et ce, pour plusieurs raisons.
04:01Commençons par les bases que visiblement ces messieurs ne maîtrisent pas.
04:04Le principe de laïcité qui est au fondement de notre République,
04:07qui est souvent mobilisé et instrumentalisé par la droite et l'extrême droite à leur sauce,
04:11trouve sa base légale dans la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État, niveau collège.
04:16Cette loi permet, entre autres, à tout le monde d'exercer sa foi librement,
04:21y compris par le vêtement.
04:22Donc, c'est bien selon le principe de laïcité lui-même
04:25que les femmes peuvent porter le voile même dans la rue.
04:28Ensuite, la réponse d'Edouard Philippe réduit le port du voile à une seule et unique attention,
04:32qui serait la soumission imposée par les hommes.
04:34Alors que les motivations sont multiples, situées,
04:37et surtout ne peuvent être présumées de l'extérieur.
04:41Je fais une petite parenthèse, mais je ne suis personne pour dresser une liste
04:44des bonnes ou des mauvaises raisons de porter ou non le voile.
04:46Normalisons l'idée qu'on ne spécule pas sur les intentions des premières concernées,
04:50surtout si elles ne les expriment pas elles-mêmes.
04:52Normalisons aussi le fait de se mêler de nos affaires,
04:54au lieu de pousser les femmes à se surjustifier en permanence
04:57sur leurs pratiques et leurs choix personnels.
04:59Et aussi le coup de « je préfère que les hommes se contrôlent »,
05:02c'est une façon bancale qu'on connaît tous,
05:03d'instrumentaliser la lutte féministe
05:05comme catégorie justificatrice de politique d'exclusion et de contrôle.
05:08C'est un mécanisme bien connu,
05:10on utilise le vernis progressiste et féministe
05:13de façon à justifier des mesures qui, en réalité,
05:16restreignent les libertés des femmes visées.
05:17En deuxième position,
05:18faites-vous un lien entre immigration et insécurité.
05:22C'est vraiment dommage qu'on ne puisse pas parier
05:23sur les questions qui pourraient être posées par des journalistes
05:25sur ce genre de plateau parce que je serais pleine aux as.
05:27Edouard Philippe nous répond de but en blanc parfois,
05:30il souligne et constate la majorité d'étrangers dans les prisons.
05:33Ça c'est une idée que vous avez sûrement déjà entendue,
05:35il s'agit aujourd'hui de la déconstruire assez largeur.
05:37Lui n'a pas la rigueur de le faire, je vais le faire pour lui.
05:40Le chiffre sur lequel il se base, c'est le suivant.
05:42Les étrangers représentent environ 24% des personnes incarcérées.
05:45Mais le fait que les étrangers soient surreprésentés en prison
05:48ne signifie absolument pas qu'ils seraient naturellement délinquants ou violents.
05:52Il faut absolument sortir de cette essentialisation.
05:54Les statistiques pénitentiaires reflètent bien davantage
05:56le fonctionnement de ces institutions judiciaires et policières
05:59que l'ampleur réelle de la délinquance commise par cette population.
06:02Il faut comprendre que toutes les personnes qui commettent des délits
06:05ne finissent pas forcément en prison.
06:07Entre ces deux étapes, il y a un parcours très long et jalonné.
06:10Notamment, il faut qu'ils soient jugés.
06:12Et seulement une infime partie des personnes mises en cause
06:15finissent à la case prison.
06:16Cependant, les étrangers, eux, ont des profils assez précaires.
06:19Ils cumulent instabilité résidentielle,
06:22absence d'emploi stable ou situation administrative fragile.
06:25Dans ces conditions, les magistrats recourent bien davantage
06:27à ce qu'on appelle la comparution immédiate
06:30plutôt que le bracelet électronique
06:31qui, elle, conduit bien davantage à la détention ferme.
06:34Aussi, il faut bien comprendre
06:35que les étrangers forment une population cible pour la police.
06:38Les contrôles ne sont absolument pas distribués de manière égale.
06:41C'est même le défenseur des droits
06:42qui nous montre qu'un jeune homme perçu comme noir ou arabe
06:45a 20 fois plus de chances d'être contrôlé.
06:48Donc, de façon mécanique, évidente et mathématique,
06:52plus un groupe est surveillé, plus il apparaît dans les chiffres.
06:54Et enfin, en première position,
06:56celle que vous avez tous et toutes entendues.
06:58La colonisation est-elle un crime ?
07:00La colonisation est-elle un crime ?
07:01Dans notre histoire, la colonisation est-elle un crime ?
07:03On est français, on a une histoire, comment ?
07:05Non. Voilà, très bien.
07:06Eh bien si, si, si, c'est un crime.
07:08Je ne vais pas m'éterniser sur la question
07:09qui a été déjà très très bien traitée,
07:11notamment chez nous, à l'Humanité, par Scarlett Bain.
07:13Philippe tient ici un propos négationniste.
07:15Toute entreprise coloniale relève du crime.
07:17Le Parlement français a d'ailleurs adopté à l'unanimité en 2001
07:19une loi qui reconnaît l'esclavage
07:21et la traite négrière coloniale comme crime contre l'humanité.
07:23France n'en déplaise à Édouard Philippe,
07:25à bel et bien commis, des crimes sanglants.
07:27Pour finir, il faut évidemment replacer cette interview
07:30dans cet horizon immédiat.
07:32Édouard Philippe est déjà en campagne pour 2027
07:34et le but de cette interview, c'était de répondre à la question suivante
07:37Édouard Philippe est-il un homme de droite ?
07:39Bon, nous on avait déjà la réponse.
07:41Le suspect, c'était plutôt limité.
07:43Mais je suppose qu'il est parvenu à conforter les convaincus,
07:45voire même à rassurer Jean-Michel Apathy,
07:47la droite, l'extrême droite, enfin bref,
07:49tout le monde sur l'endroit précis où il se situe.
07:51Finalement, il n'a pas clarifié sa position,
07:54il l'a juste affichée.