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  • il y a 2 jours
Près de 200 personnes, pour la plupart journalistes, se sont rassemblées mercredi matin devant les locaux d’Europe 1 pour dénoncer "l'emprise croissante" du milliardaire Vincent Bolloré sur la radio du groupe Lagardère, vouée à se rapprocher de CNews au risque de devenir, selon les manifestants, un "média d'opinion".

Voix actuelles ou anciennes de la station, mais aussi confrères d'autres médias, syndicalistes ou défenseurs de la liberté de la presse ont répondu à l'appel de l'intersyndicale (SNJ-CGT-CFTC-FO) et de la société des rédacteurs (SDR) de la radio qui disent "s'inquiéter de l'emprise croissante de Vincent Bolloré dans les médias".

Ce rassemblement était organisé en marge de l'assemblée générale des actionnaires de Lagardère. Elle a entériné la transformation du groupe en société anonyme, mettant fin au pouvoir absolu d'Arnaud Lagardère au profit de son premier actionnaire, Vincent Bolloré, qui contrôle Vivendi et sa filiale Canal+, maison-mère de CNews.

« On a vu comment Bolloré s’est comporté avec les médias dont il a fait l’acquisition et c’est bien tout le problème », a fait valoir la professeur d’économie Julia Cagé, très inquiète « ses pratiques d’actionnaire ne respectent jamais l’indépendance des journalistes ».

"Ce qui nous rassemble aujourd'hui, c'est une conception de l'information", une "éthique de responsabilité vis-à-vis de la société", a lancé à la foule Patrick Cohen, qui anime la tranche de la mi-journée sur Europe1.
"Le modèle qui est en train de gagner", c'est celui qui cherche à créer "des fractures, à dresser une partie de la France contre l'autre, y compris par des appels à la haine" jugés "par les tribunaux", a-t-il déploré.

Le polémiste vedette de CNews, Eric Zemmour, a été condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine.

La syndicaliste Dominique Pradié, du SNJ (syndicat national des journalistes), a déclaré : « ce qui se passe à Europe1 est la énième disparition par explosion de rédaction généraliste en France ».

Les synergies entre Europe1 et CNews, telle une émission commune présentée par Laurence Ferrari, ont été officialisées la semaine dernière par Arnaud Lagardère, malgré l'inquiétude des salariés de la radio, en grève durant cinq jours la semaine dernière.

A l'issue du mouvement, la direction s'est engagée à négocier un dispositif semblable à la clause de conscience, un dispositif qui permet aux journalistes en désaccord avec un changement de ligne éditoriale de partir avec des indemnités.

Mais "la mobilisation ne s'arrête pas", a assuré Olivier Samain, délégué syndical SNJ, promettant d'"autres actions".

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Transcription
00:00Il ne s'agit pas de faire un procès d'intention, mais Bolloran, on a vu comment il se comportait
00:04dans les autres médias dont il a fait l'acquisition.
00:06Et c'est là, en fait, où on voit tout le problème.
00:08On a vu ce qu'il a fait à ITV, on a vu ce qu'est aujourd'hui la ligne
00:11de CNews.
00:12On voit ses pratiques d'actionnaire et ses pratiques d'actionnaire ne respectent jamais l'indépendance des journalistes.
00:18Donc malheureusement, ça serait étonnant qu'il en aille autrement en Europe 1.
00:21Et c'est pour ça qu'il faut faire en sorte d'essayer de mieux garantir l'indépendance de ce
00:25média.
00:35Ça ne pourra pas se faire simplement par les journalistes d'Europe 1 et qu'il est important de changer
00:39la loi sur un certain nombre de points
00:41afin de mettre des règles qui renforcent l'indépendance des journalistes.
00:44On avait prétendu le faire en 2016 quand il y avait eu la prise de contrôle par Vincent Bolloré d
00:49'ITV.
00:50A l'époque, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, parlait d'une loi anti-Bolloré.
00:54Et ça a abouti absolument sur rien, sur le fait d'avoir des comités de déontologie à l'intérieur des
00:59médias
00:59qui, en fait, étaient mis en place par les actionnaires.
01:01Donc on voit que ça ne suffit pas du tout.
01:02Donc ce qu'il faut faire, c'est changer la structure de gouvernance à l'intérieur des médias
01:06en donnant beaucoup plus de poids aux journalistes.
01:09Ça tombe bien, en fait.
01:10Créer une radio, ce n'est pas un truc qui se fait d'un claquement de doigts.
01:12Il y a un certain nombre d'obligations qui doivent être respectées.
01:16Tout ça, ça se négocie avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel.
01:19Donc on pourrait très bien imaginer que le Conseil supérieur de l'audiovisuel impose parmi ses obligations,
01:24comme il impose des obligations en termes de temps de parole, etc.,
01:26des règles qui renforcent le poids des journalistes dans la gouvernance.
01:30Sans changement de la régulation, les journalistes d'Europe 1 ne s'en sortiront pas tout seuls.
01:34Et c'est pour ça qu'il est urgent qu'on ait une mobilisation pour pousser les pouvoirs publics
01:37à améliorer la manière dont aujourd'hui on protège, ou plutôt on ne protège pas, l'indépendance des journalistes.
01:43Donc est-ce qu'on arrivera à empêcher Vincent Bolloré de faire ce qu'il veut d'Europe 1 ?
01:47Sans doute pas. Maintenant, il faut arriver à mettre en place un maximum de garde-fous, de garanties,
01:52pour que ceux qui veulent rester, parce qu'il y a des gens qui veulent rester,
01:54ça peut donner l'impression qu'il y a des gens que tout le monde veut partir aujourd'hui, c
01:57'est pas le cas.
01:58Il y a beaucoup de gens dont l'avenir n'est pas fixé,
01:59il y a des gens qui peut-être trouveront leur place dans l'Europe 1 de la saison prochaine.
02:02C'est pas une question d'orientation politique, c'est pas une question de droite ou de gauche,
02:06je dois que ce soit bien clair là-dessus.
02:09Toutes les opinions sont respectables quand elles sont étayées par des faits,
02:14le pluralisme, le débat d'idées sont au cœur de nos métiers,
02:17et ici depuis toujours à Europe 1.
02:19Mais le modèle qui est en train de gagner aujourd'hui,
02:23et qui a gagné pour une part aux États-Unis, on en a vu les effets, c'est tout autre
02:27chose.
02:28C'est celui qui cherche à produire non pas de l'information et de la connaissance,
02:32non pas non plus du lien social,
02:34ce qui a été longtemps la vocation des grands médias généralistes,
02:38mais au contraire à créer des controverses, des fractures,
02:42à dresser une partie de la France contre l'autre,
02:47voire y compris par des appels à la haine,
02:51ça a été jugé par les tribunaux.
02:52C'est ça que nous refusons,
02:54et ce que nous voulions vous dire,
02:57et je crois que vous le ressentez tous,
02:59ce n'est pas un rassemblement corporatiste
03:02pour défendre et pour célébrer l'histoire de la radio que nous avons tant aimée.
03:08C'est un message, une alerte à l'opinion,
03:12pour dire que l'information n'est pas un bien comme les autres,
03:16que nous avons, nous journalistes, nous tous,
03:18une responsabilité sociale et citoyenne,
03:21et c'est l'indécence du rassemblement de ce matin.
03:23Ce qui se passe à Europe 1 est la énième disparition
03:29par explosion de rédactions généralistes en France,
03:35et c'est de la plus extrême gravité,
03:37puisqu'il n'y a pas de qualité sans pluralisme de l'information.
03:41Or, la rédaction d'IT a explosé,
03:45l'investigation n'existe quasiment plus sur Canal+,
03:48partout, Vincent Bolloré et d'autres,
03:51mais en l'occurrence c'est Vincent Bolloré.
03:53Partout où il avance, il détruit les rédactions,
03:56c'est-à-dire il détruit les références généralistes d'informations.
04:01Et ça, dans un pays démocratique,
04:04c'est une alerte rouge,
04:06car cela veut dire que l'opinion,
04:09les opinions,
04:11voire celles et ceux qui braillent le plus fort,
04:14risquent de parler plus fort
04:17que les journalistes qui donnent de l'information de qualité.
04:21Et c'est la fin d'une démocratie quand on arrive là.
04:25Lorsqu'il y a un changement d'actionnaire pour les journalistes,
04:28il y a une clause de session.
04:29Alors là, elle n'est pas possible,
04:32alors ils négocient pour en avoir une.
04:33Pour les journalistes qui ne voudraient pas
04:36travailler pour un média d'extrême droite,
04:38une porte de sortie.
04:39Et moi j'ai aussi envie de penser aux techniciens,
04:41parce qu'eux, ils n'auront pas cette chance-là
04:43de potentiellement pouvoir partir.
04:47C'est quand même un choix qu'on doit pouvoir faire,
04:50c'est-à-dire de choisir pour quels médias,
04:53quelles lignes éditoriales on a envie de travailler.
04:56Je sais qu'il y a quatre ans,
04:58les journalistes d'ITL, ils avaient fait le choix.
04:59Ils avaient carrément fait le choix de ne pas rester.
05:03Et heureusement, ils avaient tous retrouvé du travail.
05:05Il y avait des journalistes de talent.
05:07Et bien, il faut aussi penser aux techniciens
05:10qui n'auront pas le choix.
05:13Olivier !
05:18Bonjour, oui, quelques mots au nom du bureau de la SDR.
05:22Et merci d'être là.
05:23Merci.

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