00:00Il ne s'agit pas de faire un procès d'intention, mais Bolloran, on a vu comment il se comportait
00:04dans les autres médias dont il a fait l'acquisition.
00:06Et c'est là, en fait, où on voit tout le problème.
00:08On a vu ce qu'il a fait à ITV, on a vu ce qu'est aujourd'hui la ligne
00:11de CNews.
00:12On voit ses pratiques d'actionnaire et ses pratiques d'actionnaire ne respectent jamais l'indépendance des journalistes.
00:18Donc malheureusement, ça serait étonnant qu'il en aille autrement en Europe 1.
00:21Et c'est pour ça qu'il faut faire en sorte d'essayer de mieux garantir l'indépendance de ce
00:25média.
00:35Ça ne pourra pas se faire simplement par les journalistes d'Europe 1 et qu'il est important de changer
00:39la loi sur un certain nombre de points
00:41afin de mettre des règles qui renforcent l'indépendance des journalistes.
00:44On avait prétendu le faire en 2016 quand il y avait eu la prise de contrôle par Vincent Bolloré d
00:49'ITV.
00:50A l'époque, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, parlait d'une loi anti-Bolloré.
00:54Et ça a abouti absolument sur rien, sur le fait d'avoir des comités de déontologie à l'intérieur des
00:59médias
00:59qui, en fait, étaient mis en place par les actionnaires.
01:01Donc on voit que ça ne suffit pas du tout.
01:02Donc ce qu'il faut faire, c'est changer la structure de gouvernance à l'intérieur des médias
01:06en donnant beaucoup plus de poids aux journalistes.
01:09Ça tombe bien, en fait.
01:10Créer une radio, ce n'est pas un truc qui se fait d'un claquement de doigts.
01:12Il y a un certain nombre d'obligations qui doivent être respectées.
01:16Tout ça, ça se négocie avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel.
01:19Donc on pourrait très bien imaginer que le Conseil supérieur de l'audiovisuel impose parmi ses obligations,
01:24comme il impose des obligations en termes de temps de parole, etc.,
01:26des règles qui renforcent le poids des journalistes dans la gouvernance.
01:30Sans changement de la régulation, les journalistes d'Europe 1 ne s'en sortiront pas tout seuls.
01:34Et c'est pour ça qu'il est urgent qu'on ait une mobilisation pour pousser les pouvoirs publics
01:37à améliorer la manière dont aujourd'hui on protège, ou plutôt on ne protège pas, l'indépendance des journalistes.
01:43Donc est-ce qu'on arrivera à empêcher Vincent Bolloré de faire ce qu'il veut d'Europe 1 ?
01:47Sans doute pas. Maintenant, il faut arriver à mettre en place un maximum de garde-fous, de garanties,
01:52pour que ceux qui veulent rester, parce qu'il y a des gens qui veulent rester,
01:54ça peut donner l'impression qu'il y a des gens que tout le monde veut partir aujourd'hui, c
01:57'est pas le cas.
01:58Il y a beaucoup de gens dont l'avenir n'est pas fixé,
01:59il y a des gens qui peut-être trouveront leur place dans l'Europe 1 de la saison prochaine.
02:02C'est pas une question d'orientation politique, c'est pas une question de droite ou de gauche,
02:06je dois que ce soit bien clair là-dessus.
02:09Toutes les opinions sont respectables quand elles sont étayées par des faits,
02:14le pluralisme, le débat d'idées sont au cœur de nos métiers,
02:17et ici depuis toujours à Europe 1.
02:19Mais le modèle qui est en train de gagner aujourd'hui,
02:23et qui a gagné pour une part aux États-Unis, on en a vu les effets, c'est tout autre
02:27chose.
02:28C'est celui qui cherche à produire non pas de l'information et de la connaissance,
02:32non pas non plus du lien social,
02:34ce qui a été longtemps la vocation des grands médias généralistes,
02:38mais au contraire à créer des controverses, des fractures,
02:42à dresser une partie de la France contre l'autre,
02:47voire y compris par des appels à la haine,
02:51ça a été jugé par les tribunaux.
02:52C'est ça que nous refusons,
02:54et ce que nous voulions vous dire,
02:57et je crois que vous le ressentez tous,
02:59ce n'est pas un rassemblement corporatiste
03:02pour défendre et pour célébrer l'histoire de la radio que nous avons tant aimée.
03:08C'est un message, une alerte à l'opinion,
03:12pour dire que l'information n'est pas un bien comme les autres,
03:16que nous avons, nous journalistes, nous tous,
03:18une responsabilité sociale et citoyenne,
03:21et c'est l'indécence du rassemblement de ce matin.
03:23Ce qui se passe à Europe 1 est la énième disparition
03:29par explosion de rédactions généralistes en France,
03:35et c'est de la plus extrême gravité,
03:37puisqu'il n'y a pas de qualité sans pluralisme de l'information.
03:41Or, la rédaction d'IT a explosé,
03:45l'investigation n'existe quasiment plus sur Canal+,
03:48partout, Vincent Bolloré et d'autres,
03:51mais en l'occurrence c'est Vincent Bolloré.
03:53Partout où il avance, il détruit les rédactions,
03:56c'est-à-dire il détruit les références généralistes d'informations.
04:01Et ça, dans un pays démocratique,
04:04c'est une alerte rouge,
04:06car cela veut dire que l'opinion,
04:09les opinions,
04:11voire celles et ceux qui braillent le plus fort,
04:14risquent de parler plus fort
04:17que les journalistes qui donnent de l'information de qualité.
04:21Et c'est la fin d'une démocratie quand on arrive là.
04:25Lorsqu'il y a un changement d'actionnaire pour les journalistes,
04:28il y a une clause de session.
04:29Alors là, elle n'est pas possible,
04:32alors ils négocient pour en avoir une.
04:33Pour les journalistes qui ne voudraient pas
04:36travailler pour un média d'extrême droite,
04:38une porte de sortie.
04:39Et moi j'ai aussi envie de penser aux techniciens,
04:41parce qu'eux, ils n'auront pas cette chance-là
04:43de potentiellement pouvoir partir.
04:47C'est quand même un choix qu'on doit pouvoir faire,
04:50c'est-à-dire de choisir pour quels médias,
04:53quelles lignes éditoriales on a envie de travailler.
04:56Je sais qu'il y a quatre ans,
04:58les journalistes d'ITL, ils avaient fait le choix.
04:59Ils avaient carrément fait le choix de ne pas rester.
05:03Et heureusement, ils avaient tous retrouvé du travail.
05:05Il y avait des journalistes de talent.
05:07Et bien, il faut aussi penser aux techniciens
05:10qui n'auront pas le choix.
05:13Olivier !
05:18Bonjour, oui, quelques mots au nom du bureau de la SDR.
05:22Et merci d'être là.
05:23Merci.