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Le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez étaient assassinées à Paris, de plusieurs balles dans la tête, par les services secrets turcs. 8 ans après les faits, où en est la justice ? Décryptage avec Antoine Comte, avocat des familles.

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00:00Que s'est-il passé le 9 janvier 2013 ? On va dire qu'il s'est passé une fois
00:05de plus en France un assassinat politique. On a eu beaucoup d'assassinats politiques
00:11dans ce pays, on a eu évidemment Ben Barka, le procès n'est pas terminé, je vous rappelle,
00:19l'affaire est encore en cours. On en a eu à la pelle, si j'ose dire, des opposants
00:25de tous les coins du monde, Curiel, en 1978, des dirigeants palestiniens, des dirigeants
00:35syriens, de l'opposition, on a eu tous les assassinats possibles et imaginables en France
00:41avec, il faut le dire, parce que ici cette affaire est différente, toujours la même
00:49issue, non-lieu, parce qu'on n'est pas capable d'identifier l'état assassin. Tout le monde
00:54comprend qui est l'état assassin, quand il y a des assassinats de ce type-là, mais
01:01personne au niveau du pouvoir politique et judiciaire, les deux, tout ce point-là, marchent
01:07la main dans la main dans ce genre d'affaire jusqu'à ce dossier, personne ne veut identifier
01:13l'état assassin. Et donc dès lors que l'état assassin n'est pas identifié, des recherches
01:18ne sont pas effectuées, des investigations ne sont pas faites, dans le sens des auteurs
01:24probables de l'assassinat. Voilà. Donc au mois de janvier 2013, on a un autre assassinat
01:31politique, trois assassinats politiques pour être exact, puisque ce sont trois femmes
01:36Kurdes, représentant différentes générations de la question kurde, qui se font assassiner
01:43par un agent infiltré. Alors je saute un peu les étapes, parce qu'on n'a pas su ça
01:49tout de suite, mais très vite, très vite, on a compris que le dernier qui les avait vus
01:57vivantes était le dénommé Omar Gunet, qui était un peu le chauffeur de, en tout cas
02:07l'une d'entre elles, la plus connue, qui était l'une des femmes qui avait fondé
02:11le PKK, et lui était donc la dernière personne qui les avait vues vivantes. Ça se passe au
02:20Rouda Fayette en 147, qui était une espèce de centre de propagande pour les médias, pour
02:28les relations, pour le groupe de pression que pouvaient faire notamment les Kurdes dans
02:38ce pays, tout ça pour rendre la question kurde un peu plus proche des préoccupations
02:47des gens, et en tout cas pour faire comprendre cette question kurde face à une propagande
02:51d'état turque, dont on connaît l'efficacité, et qui présente tout ça comme du terrorisme,
02:58et chaque action comme des assassinats ignobles, et dépourvue de toute justification. Alors
03:07on est dans une confrontation politique grave, qui prend parfois des formes de guerre civile,
03:15on l'a vu après d'ailleurs, plus tard, on l'a vu avant, on calcule quand même
03:21qu'il y a des dizaines de milliers de personnes qui ont succombé à cette période de confrontation
03:31entre l'Etat et les Kurdes, et Istanbul, il faut le savoir, c'est la plus grande ville
03:38kurde maintenant, à force de destruction des villages et des petites villes moyennes du
03:44Kurdistan turques, les gens se sont déplacés, et Istanbul est une des plus grandes villes
03:52kurdes du monde, donc il faut comprendre ça, il y a des quartiers comme il y a Istanbul,
03:58il y a des quartiers totalement kurdes. Donc on est en janvier 2013, et l'assassinat politique
04:06est commis par Gunet, on va dire qu'il est présumé coupable puisque finalement la cour
04:15d'assises n'a pas statué sur son cas.
04:17Alors justement, que dit la première instruction, quelles sont ses conclusions ?
04:24Alors, ici je crois qu'il faut rendre un hommage appuyé à la presse turque. Au fur et à mesure
04:35que se déroulait l'instruction, qui était dirigée par Madame Duyé et deux autres magistrats
04:41instructeurs d'ailleurs de l'antiterrorisme, au fur et à mesure que se déroulait l'instruction, on a eu, par
04:49la presse turque,
04:50ce qui explique peut-être la rage d'Erdogan à son endroit, des révélations incroyables.
05:00Tout à coup, on a eu, par exemple, quelques mois après les assassinats, on a eu sur Youtube
05:11un audio sans photo, sans rien, de Gunet parlant avec des responsables manifestement du mythe,
05:21du service secret turc, disant « mais comment tu vas faire ? Comment est-ce que tu vas… on ne
05:30dit pas les noms,
05:30comment est-ce que tu vas procéder ? Est-ce que tu auras une moto ? Est-ce que tu
05:34auras un parking à portée de la main
05:36pour mettre la moto dans le parking et partir très rapidement après ? »
05:41Et on a, se dessine dans cette discussion, l'une des possibilités d'assassinat des cadres kurdes.
05:52Ce n'est pas celle-là qui va d'ailleurs être réalisée, elle prendra d'autres formes, mais on a
05:58tout ça.
06:00Et puis on va avoir d'autres éléments qui sont sidérants.
06:06Gunet disait qu'il n'allait jamais en Turquie, il présentait ses parents comme des réfugiés politiques turcs.
06:14Ils étaient furieux d'ailleurs. Ils se sont ouverts au service de police.
06:19Nous ne sommes absolument pas des réfugiés politiques turcs.
06:22Nous n'avons rien à voir avec les Kurdes.
06:25Mais il est présenté comme ça.
06:27Et c'est ainsi qu'il s'est rapproché des éléments kurdes de sa banlieue.
06:33Il est belle.
06:35Et c'est ainsi qu'il a pris des responsabilités.
06:38Au début il venait, puis après il se rendait indispensable avec la voiture, avec sa capacité à parler le français.
06:47Et il aidait beaucoup les gens.
06:50Et c'est ainsi qu'il s'est rendu indispensable au point d'en arriver à être le chauffeur d
06:57'une des dirigeantes qui a été assassinée
06:59et qui est l'une des fondatrices du PKK.
07:05Donc c'est ça le processus.
07:08Et c'est ça tous les aspects d'une infiltration.
07:11Mais au début on ne savait pas le détail.
07:14Le détail s'est arrivé petit à petit.
07:16On a eu, toujours à travers la presse turque, mais c'est sidérant,
07:20la copie d'un ordre de mission signé des dirigeants du mythe,
07:28un certain nombre de dirigeants du mythe expressément nommés,
07:33donnant des instructions à Gunet, plus de l'argent,
07:36pour passer à l'acte en spécifiant qu'à telle date, telle personne serait à Paris,
07:43telle autre serait à Paris et qu'il devait à ce moment-là passer à l'acte.
07:47Et donc tous ces éléments sont venus enrichir le dossier français.
07:52Alors là-dessus il faut quand même dire que les services polistes de police français,
07:59en particulier la SDAT, ont épousé la thèse qui s'est répandue à ce moment-là,
08:05selon laquelle c'était un règlement de compte interne,
08:08selon laquelle c'était des histoires personnelles, affectives, sexuelles,
08:16enfin on ne sait pas très bien,
08:18et qui a fait florès juste après les assassinats.
08:21On a répété ça jusqu'à la nausée, il faut le dire.
08:27Et puis petit à petit, avec ces éléments qui sont venus dans le dossier par la presse turque,
08:34les services ont changé de position.
08:39Quand je dis les services, ce n'est pas tous les services,
08:41parce que je pense que la SDAT n'a pas changé de position,
08:43elle est radicalement et idéologiquement très anti-kurde à cette époque-là,
08:48et je ne pense pas qu'elle ait beaucoup changé.
08:49On rappelle ce que c'est la SDAT ?
08:51Oui, c'est le service antiterroriste,
08:53c'est le service de police centrale antiterroriste,
08:58mais par contre la brigade criminelle a fait un travail extraordinaire.
09:02Alors la brigade criminelle intervient sur des attentats,
09:05sur des assassinats ou des attentats qui ont lieu à Paris uniquement,
09:09c'est la brigade criminelle de la police parisienne,
09:13et ils ont fait un travail tout à fait extraordinaire
09:16et complètement contraire à ce que la SDAT avait fait.
09:19Alors ils ont par exemple découvert dans la voiture
09:23avec laquelle Gunet est venu pour son audition lorsqu'il a été convoqué,
09:29ils ont découvert des choses,
09:30ils ont découvert son passeport que personne ne connaissait,
09:32qui était un passeport spécial,
09:35réservé généralement aux gens qui sont proches des services,
09:39pour ne pas dire plus.
09:40après ils ont continué et ils ont commencé à travailler de manière,
09:46je dirais totalement ouverte,
09:48je veux dire par là sans préjugés, contrairement à la SDAT.
09:52Et on a un dossier qui petit à petit,
09:55en droit policier français,
09:58est devenu un vrai dossier criminel bien fait,
10:01avec beaucoup d'enquêtes sur le lieu de l'attentat,
10:07sur l'investigation, sur la manière de procéder.
10:12De toute manière,
10:13enfin je veux dire, moi personnellement,
10:16j'avais rencontré des élus kurdes à la fin du mois de janvier,
10:24et je leur avais dit, il n'y a qu'un seul tueur,
10:28on ne cherchait pas plus loin.
10:29Pourquoi ?
10:30Parce qu'on avait déjà un bon rapport de balistique,
10:33qui montrait qu'une seule arme avait tiré,
10:36qu'en plus c'était une arme de petit calibre,
10:39alors on n'est pas dans les films américains là,
10:43les vrais assassinats politiques se font avec des petits calibres,
10:49ça fait moins de bruit,
10:51et c'est plus pertinent si j'ose dire.
10:55Et donc chaque femme présente,
10:58elles étaient trois,
11:00ont pris trois balles dans la tête.
11:04Donc là on a un assassinat,
11:06pas une balle perdue,
11:08pas une balle qui va dans le bras,
11:12trois femmes assassinées,
11:15avec trois balles dans la tête,
11:17avec une exception,
11:19une exception qui était une signature aussi d'ailleurs,
11:22de mon point de vue,
11:23mais là c'était une hypothèse,
11:27Fidan a pris une quatrième balle dans la bouche,
11:31celle qui parle,
11:32et on la tue comme ça.
11:34Ça c'est des règles mafieuses classiques,
11:35mais qu'on retrouve dans les services.
11:38Est-ce que Fidan Dogen était la porte-parole
11:40en quelque sorte des Kurdes en France,
11:43et en Europe, au niveau européen ?
11:44Elle était la porte-parole,
11:45je vous rappelle que contrairement à certains responsables politiques français,
11:53le président du Parlement européen a fait une minute de silence pour Fidan Dogen,
11:59parce que Fidan Dogen était tout le temps au Parlement européen,
12:03il intervenait régulièrement,
12:05avait des relations extrêmement approfondies avec l'ensemble des élus,
12:12et l'un des derniers coups de téléphone,
12:14parce qu'on a remonté les coups de téléphone qui étaient parvenus au local avant la tuerie,
12:21comme ça on a pu dater très précisément,
12:24horodater si j'ose dire,
12:26la tuerie,
12:27c'était un parlementaire français,
12:31sénateur je crois,
12:32du PS il me semble,
12:33qui lui téléphonait, on ne sait pas pourquoi,
12:35je veux dire, c'était ses rapports,
12:37elle était quelqu'un qui bénéficiait d'une capacité à intervenir dans tous les milieux politiques,
12:43au point que François Hollande, je crois,
12:47dit lui-même qu'il la connaissait.
12:48François Hollande, juste avant de se faire rappeler à l'ordre violemment par les Turcs,
12:52qui ont dit comment, comment ça, comment ça,
12:55avait dit mais c'est quelqu'un que je connaissais,
12:56puisqu'en effet elle suivait tous les congrès du parti socialiste,
13:00et tous les congrès de toutes les organisations,
13:02d'ailleurs du parti communiste aussi,
13:05toutes les organisations de gauche.
13:06Donc c'était quelqu'un qui avait une vraie capacité,
13:11à tisser des liens,
13:14à rendre la question kurde accessible,
13:19elle était tout à fait remarquable,
13:21et c'est pas un choix aberrant pour les services secrets d'un pays assassin,
13:27de procéder justement à son assassinat.
13:31Alors la première instruction,
13:34à quelle conclusion arrive le parquet ?
13:38Que dit le parquet dans ses conclusions concernant les services secrets turcs ?
13:49Je crois que le mieux, c'est de lire les pages du réquisitoire définitif du mois de juillet 2015,
14:03donc une instruction assez rapide, deux ans, deux ans et demi,
14:09et c'est, je trouve, peut-être le seul, mais peut-être je me trompe,
14:18l'un des rares exemples d'assassinats politiques en France, commis en France,
14:22sur ces cinquante dernières années,
14:27qui ont amené les juges, et donc le parquet, à trancher en disant
14:36« l'état assassin, c'est la Turquie ».
14:39Alors c'est pas dit comme ça, c'est ma façon de dire les choses.
14:41Ces crimes ont été commis au préjudice de trois femmes membres du PKK,
14:45dont l'une, Sakine Karnzis, apparaissait comme une figure symbolique du mouvement.
14:51Dans ces conditions, il apparaît qu'Omar Gunet, donc l'accusé,
14:56visait spécifiquement à la déstabilisation de cette organisation
14:59et d'une façon plus générale, ses sympathies au sein de la communauté kurde.
15:04Un tel acte, perpétré dans un contexte de négociation entre le PKK et le gouvernement turc,
15:12est de nature à troubler l'ordre public.
15:15De nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l'implication du mythe
15:22sur les secrétures dans l'instigation et la préparation de ces assassinats.
15:29Je veux dire, on n'a jamais vu dans un réquisitoire sur les assassinats
15:34dont malheureusement j'ai eu à m'occuper, on n'a jamais vu quelque chose aussi tranchant.
15:41Et ça c'est le parquet. C'est le parquet.
15:44Donc nous avons eu, du point de vue du parquet et de notre point de vue à nous,
15:51une analyse que confirmait l'instruction, que confirmait l'ensemble des documents produits
15:57par la presse turque et qui ont été des avancées fantastiques dans l'instruction,
16:05et qui ont permis ainsi d'arriver à la conclusion que l'implication du mythe était évidente.
16:13Alors on arrive, c'est historique, à une conclusion très tranchée comme vous dites,
16:18et pourtant il n'y a pas eu de procès. Pourquoi ?
16:22C'est ce qu'on appelle l'extinction de l'action publique dans notre jargon,
16:26c'est-à-dire que l'assassin présumé est mort avant le procès.
16:29Le procès devait avoir lieu en janvier 2017, en décembre 2016 et janvier 2017, et il est mort.
16:45Peu de temps avant l'ouverture du procès ?
16:47Peu de temps avant l'ouverture du procès.
16:49Mais nous on a immédiatement saisi le président de la cour d'assises
16:57d'une question qui nous turlupinait.
17:01Alors là je vais essayer d'expliquer les choses un peu simplement.
17:05Quand on a un assassinat ou même une quelconque infraction grave,
17:13le parquet ouvre une information.
17:17Quand il a le nom d'un suspect qui est vraiment quelqu'un qui sera accusé,
17:25il donne le nom du suspect.
17:27En l'occurrence, l'information a été ouverte contre Gunnais.
17:33Mais dans ces affaires complexes, on vise toutes les autres personnes qui peuvent y avoir participé.
17:41Et là on vise X, comme on ne sait pas encore le nom des gens qui ont pu y participer.
17:48Et donc ce que nous avons demandé au président de la cour d'assises,
17:51c'est de nous donner acte de ce que certes l'assassin présumé était décédé,
17:59mais X n'avait pas été identifié.
18:03X, c'est peut-être tous les complices, tous les co-auteurs, etc.
18:06Et dans une affaire de cette nature où la conclusion du parquet était que justement
18:10le mythe avait joué un rôle en envoyant quelqu'un pour l'infiltrer,
18:17je fais une parenthèse, mais juste avant l'assassinat, de nuit,
18:25Gunnais est allé dans le local de l'association de Villiers-le-Bennes
18:28et il a photographié toutes les cartes d'adhésion des membres.
18:33400 cartes ont été photographiées.
18:37On a retrouvé dans son portable les photographies de ces 400 cartes.
18:41Elles ne sont pas perdues pour tout le monde.
18:46Donc le procès s'est arrêté là, s'agissant de Gunnais,
18:51mais nous avons dit « attendez, X n'a pas été identifié ».
18:55Et alors à ce moment-là, nous avons prévu de déposer une plainte,
18:59mais il a fallu que nous fassions des recherches plus approfondies.
19:06Et là, on s'est aperçu que les services secrets turcs, le mythe en l'occurrence,
19:14étaient extrêmement actifs dans toute l'Europe.
19:17On a eu une affaire en Allemagne où des turcs kurdes,
19:24ou des turcs de l'opposition aussi,
19:28puisqu'on était déjà à l'époque dans la phase postérieure au coup d'État,
19:35allégués et réprimés.
19:38Par contre, ce n'est pas une allégation.
19:42On a trouvé des décisions en Allemagne de juridiction condamnant des gens
19:48qui se renseignaient sur les Kurdes et sur les Turcs d'opposition.
19:54Après, on a eu la même chose en Belgique,
19:59et la Belgique a d'ailleurs demandé l'aide de la France.
20:02Alors en Belgique, il faut savoir qu'il y a un groupe de responsables kurdes historiques
20:11qui s'est installé en Belgique, à Bruxelles en l'occurrence,
20:14parce qu'au pire moment de cette espèce de guerre civile interminable,
20:23les Kurdes ont estimé devoir mettre en place un parlement en exil.
20:29Et donc il y a beaucoup de Kurdes, de niveaux, de responsables historiques
20:35qui sont installés à Bruxelles.
20:37Et on s'était aperçu qu'un certain nombre de personnes
20:43tournaient autour des locaux kurdes à Bruxelles.
20:48Les voitures passaient, repassaient, les mêmes,
20:53les Kurdes les ont identifiées, ont saisi la police belge,
20:57et la police belge a fait quelque chose d'intelligent,
21:00au lieu de les contrôler juste tout près du local,
21:04ils les ont suivies et ils les ont contrôlées bien au-delà du local,
21:10dans des conditions telles qu'ils pouvaient ne pas suspecter
21:13qu'il y avait un rapport entre leurs activités et le contrôle.
21:18Et pour justifier leur identité,
21:22plusieurs d'entre eux ont sorti des cartes de la police turque.
21:28Le problème c'est que la voiture qu'ils conduisaient
21:31était immatriculée en France.
21:34Et donc, du coup, la police belge a saisi le parquet,
21:41qui a ouvert une information en Belgique, etc.
21:43Je vous passe tous les détails.
21:44Et le juge belge a demandé l'aide de la France,
21:49et a demandé des vérifications sur la voiture en question,
21:53qui étaient, je crois, de Reims, peu importe, dans l'Est.
21:57Et là encore, nous avons eu, outre l'Allemagne,
22:03un nid, un nid d'espions,
22:08qui d'ailleurs, je saute quelques années,
22:13qui d'ailleurs n'est pas détruit,
22:16parce que j'ai reçu récemment du Parlement européen,
22:21il y a quelques mois,
22:23on a transmis ça au juge d'instruction,
22:25qui est chaisie maintenant de la nouvelle procédure.
22:27On a reçu un communiqué indiquant
22:31que des élus autrichiens
22:34étaient eux-mêmes sous surveillance des Turcs,
22:37parce qu'ils prenaient des positions procurantes.
22:40Donc, je veux dire, on est dans un système
22:43qui ne s'est pas arrêté avec l'assassinat des trois femmes,
22:48qui ne s'est pas arrêté avec les décisions prises en Allemagne,
22:52ni avec les décisions prises en Belgique,
22:54où ils ont incontestablement poussé des recherches assez loin.
23:01Et puis, tout ça a mis du temps à se mettre en place.
23:05Et nous, notre plainte, elle est fondée sur tous ces éléments,
23:10mais pas uniquement,
23:12parce qu'il y a eu aussi une arrestation
23:16de hauts dirigeants du mythe en Irak, par les Kurdes.
23:22Alors, c'est une longue histoire, ça date d'octobre 2019, je crois.
23:28C'est une longue histoire, mais très rapidement, je peux dire en deux mots.
23:34Visiblement, les Kurdes ont un infiltré dans les services turcs,
23:40ce qui est assez impressionnant quand même.
23:44Et il a fait croire au mythe qu'un responsable militaire de premier plan kurde
23:52devait venir se faire opérer en Turquie.
23:57mais il leur a fait comprendre qu'il fallait l'intercepter en Irak pour ne pas avoir de problème,
24:03d'ordre diplomatique, etc. pour moi.
24:07Et donc, le mythe a envoyé deux de ses dirigeants de haut niveau.
24:13Et en fait, c'est l'arroseur arrosé, ils sont arrivés pour arrêter quelqu'un,
24:17et ils se feraient eux-mêmes arrêtés.
24:20Et ils ont parlé ?
24:22Et ils ont parlé. Alors évidemment, on va dire qu'ils ont parlé dans des conditions
24:27qui ne sont pas celles du droit français, puisqu'ils sont incontestablement retenus,
24:34pour ne pas dire détenus.
24:35Ils ont été filmés, tout ça a été envoyé sur les médias et ça a été filmé.
24:41Et alors qu'est-ce qu'ils racontent ces deux dirigeants ?
24:44Ce qui est intéressant, c'est que…
24:46Des services secrets turcs.
24:48Ils ont apporté des éléments qu'on avait déjà, mais qui leur donnaient plus de sens.
24:54Par exemple, on ne comprenait pas l'ordre de mission.
25:00Et on ne comprenait pas l'ordre de mission, c'est-à-dire on ne comprenait pas
25:03comment ils s'articulaient avec la hiérarchie du mythe.
25:07Et eux, en identifiant les trois signatures de cet ordre de mission dont j'ai parlé tout
25:12à l'heure, et qui donnent à Gunet les instructions pour passer à l'acte,
25:18ils ont indiqué que ces décisions-là ne pouvaient venir que du président de la
25:23Erdogan, que c'était lui qui prenait des décisions d'opération homo, comme on dit
25:30dans le jargon des services français, et donc ils ont donné toute une série de précisions
25:37sur le cheminement de cette décision, qui met en cause directement, directement, le sommet
25:45du pouvoir turc.
25:46Donc ça rejoint l'analyse du parquet dans son réquisitoire pris trois ans ou quatre
25:54ans avant, qui montre les liens entre la Turquie et ses assassinats.
26:00Alors, c'est très important, notons-le, car au début de l'instruction, il y avait
26:05le doute de savoir si… on savait que c'était le mythe, vraisemblablement c'était les services
26:11secrets turcs, mais ce qu'on ne savait pas, c'est si c'était Erdogan qui avait directement
26:17donné l'instruction ou si c'était à l'intérieur de ce qu'on appelle l'état profond en Turquie,
26:23la volonté de déstabiliser le pouvoir en place à l'époque et les tentatives de négociations
26:31de paix qui étaient en cours alors. Et aujourd'hui, vous nous dites que des éléments nouveaux
26:37donc sont apparus qui mettent directement en cause Erdogan ?
26:42Qui mettent directement en cause Erdogan et qui montre que dans un discours qu'il a fait
26:52en Turquie au moment des élections municipales, il a reconnu directement le rôle des services
27:03turcs. Il l'a évidemment imputé à son adversaire qui serait celui qui aurait organisé le coup
27:12d'état. Mais ce qui est très intéressant, c'est que dans ce discours dans lequel il dit
27:20« je veux ramener la paix, je veux que les familles cessent de pleurer, etc. », donc c'est
27:25la période où il est encore théoriquement dans une discussion avec les Kurdes, il dit « mais
27:32je sais très bien qui essaye de saboter, je sais très bien d'où vient le sabotage, ce
27:40sont des services qui essayent d'empêcher que je réalise la paix ». Donc à la fois vous
27:48avez une reconnaissance à travers les documents objectifs qu'on a accumulés dans le dossier
27:54avant et après d'ailleurs, vous avez une reconnaissance du rôle des services et vous avez en même temps
28:01de la part d'Erdogan la reconnaissance qu'en effet lui sait que ce sont des saboteurs
28:09qui, de l'intérieur de la Turquie, empêchent cette possibilité de paix qui était à l'époque
28:19en cours. Alors quelles sont aujourd'hui les perspectives ? Vous avez réussi à obtenir la
28:28réouverture de l'enquête par un juge antiterroriste le 12 mai dernier. Quelles sont les perspectives
28:33donc à moyen terme et à court terme ? Alors les choses sont un peu compliquées parce que,
28:47comment dire, le rôle des occidentaux auprès des Kurdes dans ce que les Kurdes appellent le
28:57Rojava, c'est-à-dire la Syrie avec une dominante de population kurde, a certainement rendu les
29:06relations très compliquées avec la Turquie comme on le voit. D'autant qu'avec leur habituel
29:16courage « fuyons », les occidentaux se sont empressés de quitter le Rojava et de laisser
29:26les Kurdes se confronter tout seul à l'armée turque qui a envahi la Syrie dans le Nord.
29:36Donc ça, je pense que les relations sont extrêmement compliquées et on le voit tous les jours,
29:41il y a en permanence des contradictions qui surgissent. Au demeurant, juste après l'assassinat,
29:51on a déjà vu ces contradictions à l'heure. Je voudrais dire ici que nous on a eu des documents
29:57qui nous sont parvenus par des réseaux turcs et qui sont tout à fait impressionnants.
30:04Par exemple, Valls, Premier ministre à l'époque je crois ou ministre de l'Intérieur je ne sais plus,
30:09évidemment vient sur place au moment d'un tel assassinat. Il dit « c'est une exécution » et il
30:16dit
30:20« on mettra tous les moyens qu'il faut pour que la vérité soit manifeste ».
30:28Trois jours après, ou huit jours après, il est reçu à l'ambassade de Turquie à Paris.
30:35Il faut comprendre que l'ambassade de Turquie à Paris est dirigée par un ancien responsable du mythe
30:44qui a eu un très gros poste. Et là il dit exactement le contraire. Il dit « ne vous inquiétez
30:52pas,
30:52on continuera à pourchasser les Kurdes ». Il se trouve que nous on a reçu, par des biais détournés,
30:59vous savez comment c'est, c'est un peu le cas d'un enchaîné qui reçoit tout à coup la
31:05feuille d'impôt
31:06du patron de Peugeot, et bien voilà, par les mêmes biais détournés, on reçoit un beau jour
31:10un document qui est turc et qui relate la discussion de Valls avec l'ambassadeur.
31:19Donc voilà, je veux dire, dès le départ on a ces deux jeux qui se font en même temps
31:28et qui sont de mon point de vue tout à fait abjectes, dès lors que les gens qui ont été
31:36assassinés,
31:37les femmes qui ont été assassinées, outre leur rôle, étaient toutes des personnes
31:43qui étaient en situation tout à fait régulière en Europe, pour certaines en Allemagne,
31:48pour d'autres en France. Je veux dire, on ne doit donc aucune protection à ceux qui ont régulièrement
31:53obtenu un titre de séjour dans les pays européens, c'est une conception qui n'est pas la nôtre.
32:03Donc on a eu ça depuis le début, cette espèce de double langage, double jeu.
32:10On a, avec le juge d'instruction, qui a été désigné, comme vous le disiez, il y a peu,
32:22avec un réquisitoire introductif du parquet. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a un réquisitoire
32:27du procureur de la République de Paris rouvrant ce dossier pour les faits d'assassinats,
32:34visant tous les X dont on avait parlé tout à l'heure, qui sont les éventuels complices,
32:42les éventuels co-auteurs, etc. Donc on a tout ça qui est en route. Le juge d'instruction,
32:48alors bon, le coronavirus a du bon pour les services turcs manifestement. Le coronavirus a entraîné,
32:59comme vous le savez aussi bien que moi, la suspension de beaucoup d'activités, et notamment
33:05l'activité judiciaire a été suspendue au moment où les familles étaient convoquées.
33:10Donc on a dû reporter, on a ensuite eu un autre problème avec un deuxième confinement
33:17partiel, mais qui posait des problèmes de transport pour ceux qui venaient d'Allemagne, etc.
33:22Donc le juge d'instruction a tous ces éléments en main, mais c'est vrai que pour l'instant,
33:27ce n'est pas facile pour lui d'avancer parce qu'il se trouve dans une situation où il
33:37doit faire confiance à des policiers qui, pour certains d'entre eux – je parle des
33:43corps, je ne parle pas des individus – ont une conception assez éloignée de l'intérêt
33:54des Kurdes, qui quand même, je le rappelle, sont plusieurs millions en Europe et qui, par
34:00conséquent, sont une population qui nécessite qu'on la prenne en considération. Donc il
34:08a, pour l'instant, pas pu faire tout ce qu'il voulait faire à cause des suspensions
34:14des activités judiciaires. Par contre, il a le dossier, il a les éléments et il est
34:21demandeur de choses qui nous permettraient d'avancer tous.
34:27En conclusion, on peut dire que huit ans après les faits, l'assassinat des trois femmes,
34:33le combat continue pour la vérité. L'affaire n'est pas enterrée, c'est un fait notable.
34:41Une instruction est toujours en cours. Vous avez bon espoir pour qu'elle aboutisse un jour ?
34:48Je pense que ça va dépendre beaucoup de toute une série de relations internationales que
34:52je ne mesure pas, ou en tout cas sur lesquelles on n'a pas nécessairement beaucoup de poids.
34:59Mais contrairement à d'autres affaires qui, comme celle de Bernbarca, durent depuis
35:031964, on a, en huit ans, fait beaucoup plus de progrès qu'en 50 ans. En plus de 50 ans.
35:11Celle de Curiel, qui s'est terminée par un banlieu de 1978, ainsi de suite. Enfin, je ne l'ai
35:14pas.
35:16Elle est meilleure. Et ça, je pense que c'est la grosse différence. La grosse différence qui justifie
35:24qu'on s'attache à cette affaire et qu'on ne lâche pas. On a, d'une part, une information
35:29qui a désigné
35:30l'état assassin. Et ça, c'est quand même extraordinaire. Une instruction. On a, d'autre part, une réouverture
35:38d'une deuxième information, une deuxième instruction, pour que les autres auteurs possibles, les complices,
35:46soient examinés. Je veux dire, en huit ans, on a fait plus de progrès qu'en 50 ans dans toutes
35:51les affaires.
35:53Merci beaucoup, Antoine Comte. Et on continuera à suivre tout ça de près. J'espère bien.
36:00À bientôt. À bientôt.

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