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  • il y a 11 heures
Yanis Mhamdi est journaliste à la rédaction de @blastinfo. Il a embarqué sur le Madleen le 1er juin 2025 pour documenter l'initiative des militants de la Flottille de la liberté qui visait à briser le blocus de Gaza. Arrêté dans les eaux internationales et ramené de force en Israël, il a été incarcéré. Il raconte sa traversée et son incarcération à Théo Bourrieau et Honorine Letard.

Yanis signe également le documentaire "Alice au pays des colons" qu'il nous présente en fin d'entretien.

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Transcription
00:00Les gens qui vont me traiter de militants, je sais très bien qui ils sont.
00:02C'est-à-dire que ces gens-là qui veulent me traiter de militants, je suis 100 fois plus journaliste
00:05qu'eux, je le sais très bien.
00:06Les mecs, ils travaillent pour des médias qui sont tenus par des milliardaires,
00:09dont le seul but, c'est d'étendre leur influence auprès des politiques pour gagner encore plus d'argent.
00:15Eux, ils travaillent et étendent leur idéologie aussi.
00:17On le voit avec les médias Bolloré, par exemple.
00:19Donc eux, ils sont là, ils défendent ça, mais ils sont plus militants que moi.
00:22Yanis, tu es journaliste à Blast.
00:24C'est ça.
00:25On t'a fait venir pour deux raisons.
00:28La première, c'est que tu faisais partie de l'équipage du Madeleine,
00:32le bateau de la coalition de la Flottie pour la Liberté.
00:35C'est bien ça.
00:36Tu es partie le 1er juin.
00:38En fait, j'ai mes feuilles.
00:40Sarah, est-ce que tu crois que tu pourrais mettre mes feuilles là-bas ?
00:42Toutes mes notes sont restées sur le côté.
00:45Comme je suis là, on peut se rapprocher au micro de vous, ça sera parti.
00:48Yes.
00:49On peut se rapprocher, oui.
00:50Je vais monter un peu ça.
00:54Donc Yanis, je disais, tu étais membre d'équipage du Madeleine.
00:58Vous êtes partie le 1er juin de Sicile, de Catane.
01:01Vous avez été arraisonné dans la nuit du 8 au 9 juin.
01:04Je ne sais pas si arraisonné, c'est le bon mot, mais...
01:07Moi, j'ai appris ce terme en même temps.
01:09C'est un langage maritime.
01:10C'est quoi le mot pour toi ?
01:11Arrêter, emprisonner, enlever ?
01:13Oui, je pense qu'on a été presque, enfin, on peut dire enlever, même, à ce moment-là,
01:16parce qu'on était dans les eaux internationales.
01:18Et que, oui, c'est un enlèvement qu'on a subi.
01:21On va rediscuter de tout ça, parce qu'évidemment, il y a des termes qui posent question.
01:26Et donc, à ce moment-là, vous avez tous et toutes été emprisonnés en Israël.
01:30Et vous avez été libérés un peu au compte-gouttes.
01:32Et tu fais partie des derniers à avoir été libérés, expulsés en journée de 16.
01:37Et finalement, tu es rentré en France le 18 juin.
01:39C'est bien ça.
01:40Donc, voilà, c'est quand même un périple assez impressionnant.
01:42Et donc, je disais, on t'a invité pour deux raisons.
01:45Pour revenir un peu sur la flottille de la liberté,
01:48sur comment s'est passé le voyage, l'incarcération, le retour en France, etc.,
01:51le traitement médiatique, tout ça.
01:53Mais aussi pour prendre un peu de recul et pour aussi évoquer ton travail en dehors de cet événement.
01:59Tu réalises notamment, enfin, tu as réalisé notamment un documentaire sur la colonisation en Cisjordanie.
02:03C'est bien ça.
02:04Et donc, voilà, on est ensemble à peu près pour une heure.
02:06Alors, on est sur Twitch, donc ça peut être un peu moins, un peu plus, suivant le temps que tu
02:09as.
02:10Suivant ce que j'ai à dire.
02:10Voilà, suivant, suivant si on ne pas pose, suivant si le chat, évidemment, il y a des questions.
02:14Parce que si vous avez des questions pour Yanis ou pour nous, enfin, surtout pour Yanis,
02:16parce que c'est surtout pour toi que les gens sont là.
02:19Bonjour Yanis, voilà, il y a déjà des gens qui te disent bonjour.
02:23Yanis, est-ce que tu, d'abord, une question que je me pose,
02:26comment tu t'es retrouvé sur ce bateau ?
02:28Parce que, autant, par exemple, la semaine dernière, on a reçu Pascal Moriéras,
02:32qui était aussi un membre d'équipage, qui est informaticien.
02:36Et qui j'ai passé beaucoup de temps en prison.
02:37J'imagine, oui, il faisait aussi partie des trois derniers à être libérés.
02:41Il y avait un troisième, je ne me rappelle plus de son nom.
02:42C'est Marco, Marco van Rennes.
02:43Voilà, un néerlandais.
02:44Un néerlandais.
02:45Voilà.
02:45Van Rennes qui vient de Rennes.
02:46Sa famille vient de Rennes.
02:47Ah, c'est marrant.
02:49Comme quoi, voilà, toujours des petites anecdotes.
02:52Donc, oui, autant, par exemple, Pascal, il est marin, etc.
02:54Toi, comment tu t'es retrouvé sur ce bateau ?
02:56Comment tu t'es retrouvé embarqué ?
02:58Et comment tu t'es retrouvé membre d'équipage sur le Madeleine ?
03:00Je me suis retrouvé dessus parce que, via les contacts que j'avais,
03:03puisque moi, depuis très longtemps maintenant,
03:06je couvre ce qui se passe en Palestine et en Israël,
03:10sur les territoires occupés, dans la bande de Gaza.
03:13Et donc, j'ai eu cette opportunité, on m'a proposé
03:17de partir sur ce bateau.
03:18Donc, au début, moi, je ne connaissais pas la flottille.
03:20Je ne vais pas mentir, je ne connaissais pas du tout.
03:22J'ai découvert au fur et à mesure que c'était quelque chose de récurrent,
03:25que c'était plusieurs organisations, en fait, qui s'assemblaient
03:28et dont le but était de briser le blocus à Gaza.
03:30Tu l'as dit, il y avait Pascal avec vous la semaine dernière.
03:32Lui, il avait déjà fait partie d'un équipage en 2018.
03:35Et au début, j'étais un peu sceptique.
03:37Je ne comprenais pas trop l'initiative.
03:39Et c'est en discutant avec eux, en vraiment, en apprenant le but de tout ça
03:43et en comprenant vraiment l'intérêt de cette épopée,
03:47que j'ai décidé vraiment de partir avec eux.
03:49Après, c'était un peu compliqué.
03:50C'est des voyages très périlleux, très difficiles à organiser.
03:53Donc, au début, c'était très compliqué de savoir si je monte,
03:55si je ne monte pas.
03:56Il y a eu beaucoup d'allers-retours.
03:57Mais au final, ça s'est fait.
03:59Et honnêtement, moi, je suis très heureux d'avoir vécu cette expérience-là,
04:02même si on connaît la finalité de tout ça.
04:05Et juste avant que je te passe la parole, Honorine,
04:07tu le disais, c'est une coalition qui existe depuis 2010.
04:10Je crois que le premier bateau est parti, c'est 2010,
04:13où il y a même eu des morts.
04:14Il y a eu des morts, oui.
04:15C'était un gros bateau.
04:16Voilà, c'est ça.
04:16Il y a eu neuf morts.
04:17Israël a attaqué le bateau.
04:18Ils voulaient briser le blocus toujours à Gaza,
04:20qui est un blocus illégal.
04:21Il faut bien le dire.
04:21En fait, Israël occupe depuis 2007 la bande de Gaza
04:24de manière illégale au regard du droit international.
04:27Et donc, en fait, ces bateaux-là, quoi qu'on en pense,
04:29quoi qu'on en dise, en fait, ils ont le droit de faire ce qu'ils font.
04:31Leur action, elle est, au regard du droit humanitaire
04:34et du droit international, complètement légale.
04:36Et ça, c'est important de le dire.
04:38Et tu le disais, en 2018, Pascal Moriara se faisait aussi partie d'un bateau.
04:41Mais en fait, il y en a très régulièrement des bateaux.
04:43Il y a même un mois avant que vous partiez,
04:45ou deux mois avant que vous partiez,
04:45il y avait un autre bateau.
04:46Ça, c'était début mai, je crois.
04:47Oui, c'est ça.
04:48Il y avait un autre bateau qui, pareil, allait...
04:50Qui s'est fait attaquer par Israël.
04:51Qui s'est fait attaquer par des drones.
04:52Alors, je crois qu'Israël n'a jamais reconnu
04:54que c'était lui qui avait balancé les drones.
04:55Mais bon, on se loupe bien.
04:56C'est tout le truc de la flottille.
04:58Alors, si je peux...
05:00Ah, tu fais ce que tu veux.
05:01C'est ton stream.
05:02Non, non, mais parce que, par exemple,
05:04Greta était sur le bateau qui a été attaqué il y a un mois.
05:07Personne ne le savait.
05:08Donc, en fait, tout le projet de cette nouvelle flottille qui est partie,
05:12où il y avait Greta, Rima, il y avait donc Thiago.
05:14On ne le connaît pas ici, mais elle est très connue, en fait,
05:16en Amérique du Sud, au Brésil.
05:17Brésilien.
05:17Voilà, elle est brésilienne.
05:19Très connue.
05:19Tout l'idée, c'était de dire, bon, il y a un mois, on est parti.
05:23Et on n'avait pas communiqué.
05:25On a voulu y aller un peu en sous-marin.
05:27C'est-à-dire, ils se sont dit, peut-être, on a une chance de passer
05:29si on ne communique pas, s'ils ne savent pas qu'il y a un bateau
05:32qui essaie de se rendre à Gaza.
05:33Et ils se sont fait attaquer.
05:34Donc là, ils ont pris le point inverse.
05:35Ils se sont dit, cette fois, on va énormément communiquer.
05:38On va essayer d'être le visible le plus possible.
05:40Comme ça, si Israël attaque, Israël ne pourra pas dire
05:42qu'ils ne savaient pas que c'était un bateau d'humanitaire
05:43et qu'ils ont attaqué un bateau d'humanitaire.
05:46Nous, on aimerait revenir un petit peu, tu nous racontes à bord,
05:49comment ça se passait, comment était l'ambiance.
05:51Est-ce que vous discutez beaucoup ?
05:52Je suppose qu'il y avait des débats, des peurs qui étaient partagées.
05:55Un petit peu, voilà, comment s'est passée cette traversée ?
05:57Alors, au début, tu sais, personne ne se connaissait.
06:00Moi, bien sûr, je connaissais, bon, Rima, je la connaissais
06:03parce que je l'ai déjà interrompée plusieurs fois
06:05et puis on se connaissait d'avant.
06:07Mais après, pour le reste, on ne se connaissait pas trop.
06:08On avait la chance qu'on était six Français sur le bateau.
06:12Donc le français était la langue principale.
06:14Donc ça, c'était plutôt pas mal.
06:15Mais au début, c'est vrai qu'il n'y a pas eu...
06:17On n'avait pas de gros échanges, même sur les questions
06:20de pourquoi on était là, on apprenait à se connaître.
06:23Et puis surtout, comme il y en avait beaucoup
06:25qui utilisaient beaucoup leur téléphone,
06:27qui faisaient leur story, qui communiquaient énormément,
06:29chacun était un peu dans son coin
06:31à faire sa communication comme il l'entendait.
06:34Mais après, il y a eu vraiment un moment charnière,
06:37on va dire, dans cette aventure.
06:38C'est le moment où on a dû aller aider un bateau de réfugiés.
06:42Et en gros, là, ce qui s'est passé, c'est qu'un matin,
06:45on a Frontex qui appelle le bateau, le voilier,
06:48qui dit qu'on est le navire le plus proche
06:50et qu'il y a un bateau de réfugiés qui est à l'arrêt
06:53depuis deux jours et qu'on doit aller voir pour essayer de le sauver.
06:56Ça, c'est les règles en fait en mer.
06:58C'est comme ça que ça se passe.
06:59Donc on est allés.
07:01Sauf que quand on arrive, il y a les gardes-côtes libyens
07:04qui sont arrivés juste avant nous.
07:05Il faut savoir que la Libye, elle est payée des millions d'euros
07:07par l'Union européenne, par Frontex,
07:09pour empêcher justement les réfugiés de traverser la Méditerranée.
07:13Et donc là, le bateau est arrivé.
07:15Il a commencé à embarquer les réfugiés.
07:17Je pense qu'ils étaient une trentaine
07:18sur une petite embarcation de misère, vraiment.
07:21Et là, il y en a quatre qui se sont mis à sauter
07:24parce qu'ils ne voulaient pas monter sur le bateau en Libye.
07:26Parce que quand ils sont emmenés en Libye,
07:27ils sont emprisonnés, ils sont torturés.
07:29Il y en a même qui sont vendus comme esclaves.
07:31Donc ces quatre-là, ils se sont dit
07:32« Bon, nous, on va sauter.
07:33On ne veut pas retourner en Libye. »
07:35Et ils ne savaient même pas si nous, on allait les sauver.
07:36Donc il faut se rendre compte.
07:37Ils étaient prêts presque à mourir au milieu de la mer
07:39plutôt que d'aller en Libye.
07:40Et là, d'un coup, tout l'équipage est allé dans le même sens,
07:44dans l'idée de sauver ces gens-là.
07:46Sans se parler, sans se dire vraiment
07:48« Qu'est-ce qu'on fait ? »
07:49Il n'y a pas eu de moment de panique, etc.
07:51On a tous agi de la même manière.
07:53Et je pense qu'à ce moment-là,
07:54ça a vraiment, en vrai, soudé l'équipage.
07:56Parce qu'on a tous compris qu'on avançait vers le même chemin
07:59sans se parler, qu'on avait à peu près les mêmes idées,
08:01qu'on partageait les mêmes idéaux,
08:02les mêmes envies sur ce qu'était l'humanité.
08:08Donc vraiment, là-dessus, c'est vraiment le moment charnière.
08:11C'est à ce moment-là que tout s'est joué.
08:13Mais effectivement, Pascal Moriard nous a raconté à peu près la même chose.
08:16Mais moi, il y a un truc qui m'a marqué.
08:17C'est qu'effectivement, si vous n'êtes posé aucune question,
08:19il fallait les sauver, il fallait les repêcher.
08:22Par contre, après, il y a eu un moment où il nous a raconté
08:24qu'il a fallu que vous vous rassembliez
08:26et que vous discutiez de ce qui venait de se passer.
08:28Parce que c'était quand même, j'imagine, des moments forts...
08:32C'était très dur.
08:33Très dur.
08:34Ah oui, c'était très dur.
08:34Mais moi, je me souviens encore, j'ai l'image dans ma tête,
08:37quand je vois le premier sauter du bateau
08:40et se retrouver au milieu de la mer,
08:41à ce moment-là, c'est très dur.
08:43Il faut se rendre compte.
08:44C'est quelqu'un qui est prêt à ce moment-là, en fait, à perdre sa vie.
08:48Et c'est un moment où, moi, je me souviens,
08:50je me suis isolé pendant 30 secondes
08:53pour essayer de vraiment reprendre le truc.
08:55Parce que je me suis dit, c'était incroyable ce qui se passait.
08:57Et puis même à la fin, nous, finalement,
09:00après, c'est la Grèce qui est venue les chercher avec Frontex.
09:02Après, nous, on a fait une grande réunion
09:04pour discuter de tout ça.
09:06Et il y en a beaucoup qui se sont mis à pleurer.
09:07C'était un moment très fort en émotion pour nous tous.
09:09Vraiment, c'était très dur.
09:10Mais ça nous a soudés, vraiment.
09:12Et c'était, oui, oui, c'était même après,
09:14les avoir sur le bateau,
09:16devoir les aider, etc.
09:18Et tout, c'était...
09:19On voyait que ces gens-là...
09:20Enfin, si vous voulez, c'est toujours le même discours
09:21sur les réfugiés.
09:23Mais on voit vraiment que ces gens-là...
09:25Enfin, moi, on dit toujours que nous, sur le bateau,
09:28on a été courageux parce qu'on a voulu se rendre à Gaza.
09:30Mais en vrai, qu'est-ce que notre courage face à ces gens-là
09:33qui sont prêts, justement, à traverser la mer Méditerranée
09:37pour se donner un avenir meilleur qu'ils sont...
09:38Enfin, ils sont 100 fois plus,
09:39même un million de fois plus courageux que nous.
09:41Nous, on savait qu'on avait...
09:42Moi, je suis allé parce que je savais que j'étais français.
09:45Je me suis dit, je suis journaliste.
09:46Il y a une chance qu'Israël, voilà, me laisse tranquille, quoi.
09:49Je savais que j'étais, entre guillemets, protégé.
09:51Mais ces gens-là, ils risquent la vie.
09:52Et ça, c'est beaucoup plus courageux que ce qu'on a fait.
09:54Oui, mais justement, tu dis que tu savais que tu étais protégé.
09:57Est-ce que tu étais si protégé que ça, finalement ?
09:59Non, j'étais pas...
10:00Alors, j'étais protégé dans...
10:01On était protégé dans un certain sens.
10:02C'est-à-dire que, bon, avec tout ce qu'on avait fait,
10:05on était...
10:06Moi, j'étais quasiment sûr qu'Israël n'allait pas attaquer le bateau.
10:08Après, on n'est jamais sûr de rien avec Israël.
10:10Mais bon, on disait qu'ils n'allaient pas quand même
10:11prendre le risque d'attaquer le bateau
10:12avec toute la communication qui était faite.
10:14La France aussi avait dit qu'il fallait que le bateau passe.
10:17Les rapporteurs de l'ONU ont dit qu'il fallait que le bateau passe.
10:19Donc là, Israël était vraiment au courant
10:21que c'était un bateau humanitaire.
10:22Donc s'ils l'attaquaient, c'était vraiment une espèce de déclare.
10:24Justement, la manière dont Israël bafoue le droit international
10:26tous les jours à Gaza...
10:28Enfin, à Gaza, et même pas qu'à Gaza.
10:30Est-ce qu'on pourrait pas se dire...
10:32On est d'accord.
10:33Moi, je suis d'accord.
10:34Là-dessus, je suis d'accord.
10:35On avait toujours le doute.
10:36Et puis après, je vais vous raconter comment ça s'est passé.
10:38Et là, on va se rendre compte que, oui,
10:40il bafoue complètement le droit international.
10:42Mais bon, je me sentais...
10:43Et puis moi, comme j'étais en fait...
10:44J'étais allé l'été dernier pour tourner mon film documentaire
10:46sur la colonisation.
10:48J'avais vu un peu le traitement qu'ils faisaient
10:50des journalistes européens.
10:51Vraiment européens, j'insiste là-dessus.
10:54Je me suis arrêté plusieurs fois.
10:55Ils s'en sont pris à moi plusieurs fois.
10:57Mais bon, je m'en sortais toujours un peu
10:58parce que j'avais la carte de presse.
11:00Donc là, je me disais un peu la même chose.
11:01Je me disais, bon, on va se faire arrêter.
11:03Si on se fait arrêter, logiquement, je devrais...
11:05Enfin, c'était même prévu.
11:06On en a discuté avec les membres d'équipage
11:07que je serais parmi les premiers à sortir, logiquement.
11:10Et que je pourrais raconter tout ce qui s'est passé.
11:12Je veux juste qu'ils posent des questions sur Greta Thunberg.
11:14Alors, est-ce qu'elle était sympa ?
11:15Alors, Greta...
11:17C'est vrai, tout le monde me parle de Greta.
11:18Je comprends en même temps.
11:19C'est un personnage.
11:20Moi, honnêtement, Greta, il faut savoir qu'elle est autiste.
11:23Elle ne s'en cache pas, elle est autiste.
11:24Donc, elle a vraiment son univers à elle,
11:27sa manière d'être à elle.
11:28Mais moi, j'ai trouvé une personne déjà extrêmement intelligente
11:30qui savait pourquoi elle était sur le bâton.
11:32Qui savait pourquoi c'était important de faire les liens
11:34de toutes les causes pour lesquelles elle se battait.
11:36Donc, c'est-à-dire, à la base, elle vient de la cause écologique.
11:39Et aujourd'hui, elle se mobilise pour la Palestine.
11:41Elle savait pourquoi elle le faisait.
11:42Et ça, je peux vous assurer que ce n'est pas tout le monde.
11:45Et puis, surtout, je trouvais une personne extrêmement sincère.
11:48Honnêtement, franchement, Greta, moi, j'ai trouvé que c'était
11:50quelqu'un de sincère, qui n'était pas dans une espèce d'égo.
11:56Oui, parce qu'il y a toujours ce truc, quand on prend des causes,
11:59il y a toujours des questions de l'égo, etc.
12:01Et elle, pas du tout.
12:02Je l'ai trouvé vraiment...
12:03Moi, j'ai beaucoup discuté avec elle.
12:05On a énormément échangé.
12:05Et puis aussi, à travers ma caméra, j'ai beaucoup parlé avec elle.
12:09Et honnêtement, de toute façon, vous le verrez quand je sortirai le documentaire.
12:12Je pense qu'on découvre une personne...
12:14Moi, en tout cas, j'ai découvert une personne que je ne connaissais pas.
12:16Et vraiment, le mot que je retiens, c'est sincère.
12:19Pour répondre à vos questions,
12:20Greta était effectivement sur le bateau avec toi, Yanis, début juin.
12:23Et elle était aussi, sur ce que tu dis, sur le bateau d'avant.
12:26Il faut se rendre compte, le bateau d'avant qui s'est fait attaquer.
12:28Donc, ils ont attaqué le pont.
12:29Ils ont eu peur.
12:29Bon, personne n'est mort et le bateau n'a pas coulé.
12:31C'était un plus gros bateau.
12:32C'était un bateau beaucoup plus gros.
12:3430 ou 40 mètres, je ne sais plus.
12:36Alors que le vôtre, c'était à 18 mètres.
12:37Je crois un peu moins de 18 mètres.
12:39C'était un petit voilier.
12:40On était serré.
12:41Donc, il faut se rendre compte, pour revenir sur Greta,
12:42elle était sur le bateau il y a un mois,
12:44qui s'est fait attaquer.
12:44Elle est repartie quand même.
12:46Moi, je vous ai dit, elle a un vrai engagement là-dessus.
12:50Et honnêtement, c'était très intéressant de discuter avec elle.
12:53Il y a des gens qui nous posent la question sur
12:54est-ce que vous attendiez à vous faire arrêter par Israël ?
12:57Donc, toi, tu dis que tu te sentais un petit peu protégé
13:00par ton statut de français et de journaliste.
13:04Mais est-ce que sur le bateau,
13:05c'était des choses que vous anticipiez,
13:07dont vous discutiez ?
13:07Est-ce que c'était, bon, ok, il se passe ça,
13:09on fait ça, on nous demande ça, on fait ça ?
13:11Est-ce qu'il y avait des tours de garde la nuit ?
13:14Bien sûr.
13:15En fait, c'était déjà quelque chose qu'on a discuté.
13:18On faisait des réunions tous les jours pour en parler,
13:20pour en discuter, pour se préparer.
13:21On faisait des exercices tous les jours aussi
13:24pour se préparer à une éventuelle interception
13:26de la part de l'armée israélienne.
13:29C'était très pénible à faire.
13:31Et puis, oui, il y avait des tours de garde.
13:32Moi, j'étais souvent sur la garde,
13:33donc il y avait les gardes de nuit,
13:35gardes constantes, c'était gardes constantes toute la journée,
13:37mais les plus importantes, c'était quand même les gardes de nuit.
13:39Et donc, moi, j'étais souvent sur les gardes de nuit,
13:41donc celles de minuit à 4h du matin
13:44ou celles de 20h à minuit.
13:46Et oui, on surveillait énormément le ciel
13:49pour voir s'il y avait des drones.
13:50Et je pense que tout le monde l'avait vu
13:52quand il y a eu la première grosse alerte qu'on a eue,
13:54qu'on a vu des drones.
13:55En fait, on était au large de la Grèce
13:56et il s'avérait que c'était des drones grecs.
13:58Mais là, on n'a quasiment pas dormi de la nuit
14:00parce qu'on a fait sonner l'alarme au moins trois fois.
14:02On ne savait pas ce que c'était.
14:03Et puis, jusqu'au moment où on a eu la communication d'Israël
14:07qui a dit qu'ils attendaient le bateau,
14:08qu'ils allaient l'intercepter.
14:10Donc là, on s'est dit, bon, logiquement,
14:12ils sont en train de nous attendre.
14:15On continue les tours de garde.
14:16On ne va pas sonner l'alarme au moindre drone qu'on a croisé
14:18parce qu'il y en a énormément dans ce passage-là.
14:22Donc là, à partir de là, on savait qu'on allait être arrêtés.
14:25Mais du coup, les consignes, c'était quoi ?
14:26C'était à partir du moment où vous voyez un drone
14:28ou est-ce qu'il y a un drone qui s'approche un peu ?
14:30Oui, c'est comme ça.
14:31On sonne l'alarme, tout le monde se réveille,
14:32on met son gilet.
14:32La première fois, c'est dès qu'on a vu un drone,
14:34on a sonné l'alarme.
14:35D'accord.
14:35Parce que voilà.
14:38Et dès qu'on les voyait, on sonnait l'alarme.
14:39Après, c'était vraiment, s'ils s'approchent,
14:42on le fait sonner.
14:42Et ce qui est marrant, c'est que le jour de l'interception,
14:45on fait sonner l'alarme parce qu'il y a un bateau
14:47qui passe à côté de nous.
14:48Moi, j'étais en bas, donc je ne sais pas,
14:50mais ce que nous racontaient les deux qui étaient de garde
14:51qui ont fait sonner l'alarme,
14:52c'est qu'il y a un gros bateau qui est passé à côté.
14:54Et puis, il y avait des gros bateaux autour de nous, etc.
14:56Donc, on a sonné l'alarme.
14:58Et le drone, moi, je me souviens, j'étais dehors
15:01et je sors sur le pont et là, j'entends un bruit de drone.
15:05Et on ne le voit pas.
15:06Alors, je ne sais pas s'il était camouflé
15:07ou je ne sais pas si parce qu'il faisait trop sombre,
15:09on n'arrivait pas à le voir.
15:10Mais là, pour le coup, le drone était vraiment juste au-dessus de nous.
15:12On l'entendait, mais on ne le voyait pas.
15:14Donc, en fait, toutes les autres fois, on voyait des drones.
15:18C'est peut-être qu'ils n'étaient pas dangereux.
15:19Les drones dangereux, on ne les voit pas.
15:22Peut-être qu'on va parler un peu du...
15:24On a parlé de la flottie.
15:27On incarcération.
15:29On voulait revenir, du coup, une fois qu'on vous a arrêté,
15:32on vous a demandé de signer un document
15:34où il y avait trois points, c'est ça ?
15:36Le premier qui vous demandait d'admettre
15:38que le bateau avait navigué dans les eaux israéliennes.
15:41Le second, que votre engagement à ne pas revenir, du coup,
15:44sur le territoire israélien pendant 100 ans.
15:46Et le troisième, c'était l'acceptation d'expulsions.
15:50Enfin, tout ça, c'était des conditions pour...
15:51Oui, en fait, c'était deux papiers.
15:53Il me semble qu'il y avait deux papiers différents.
15:54Ce qui est sûr, c'est que nous, quand on se fait arrêter,
15:56quand on est emmené au port d'Ajdot,
15:58là, tout de suite, ils vous attrapent et ils vous disent...
16:00Ils ont une belle formule.
16:01Ils vous disent, est-ce que vous voulez rentrer vite ?
16:03Est-ce que tu veux rentrer vite chez toi ?
16:05Parce qu'ils savent que là, on vient de...
16:06Parce que vous devez savoir que quand on se fait arrêter
16:08par l'armée israélienne, on se fait arrêter lundi à 2h du matin,
16:10on arrive sur le port d'Ajdot, il est 21h.
16:12Donc, on a passé 20h dans des conditions vraiment exécrables sur le bateau,
16:16où ils ne nous ont pas fait de cadeau.
16:17Attends, comment ça se fait ?
16:18Ça ne prend pas autant de temps d'aller du point...
16:20Enfin, de traverser, d'arrêter jusqu'à Ajdot ?
16:22Alors, c'est ça, le truc.
16:24C'est que, si vous voulez, je reviens sur l'interception.
16:26Vas-y, vas-y, vas-y.
16:26Comme ça, on va comprendre.
16:27Est-ce que je peux juste récupérer mon verre d'eau ?
16:29Oui, bien sûr.
16:29Je vais même aller prendre le mien.
16:30Vas-y, vas-y.
16:33Mais en gros, nous, quand on se fait...
16:35Je pense que Pascal vous l'a déjà dit, mais quand...
16:38C'est celui-là ?
16:38Oui, c'est celui-là, merci.
16:47C'est la pause de fraîcheur.
16:49Je fais le ravitaillement, comme en rugby.
16:52Non, mais je pense que Pascal l'a déjà dit, mais quand on se fait arrêter,
16:56eux, ils parlent en données nautiques.
16:58Mais moi, je veux dire, on était à 200 kilomètres de la bande de Gaza.
17:01On était à 200 kilomètres des eaux de Gaza.
17:05Donc, on était dans les eaux internationales.
17:07Et en fait, on était à une journée, donc, à peu près de Gaza.
17:10Donc, si on suit la logique, si je n'ai pas de bêtises,
17:12on était à peu près aussi à une journée du port d'Ajdot, quoi.
17:15Vous voyez ?
17:16Donc, quand Israël nous arrête, nous arrête vraiment dans les eaux internationales.
17:19On n'est pas dans les eaux israéliennes du tout.
17:20On en est même très loin des eaux israéliennes.
17:22Et Gaza, ce n'est pas les eaux israéliennes, même si Israël les revendique,
17:27selon le droit international, selon l'ONU,
17:29ce ne sont pas les eaux israéliennes.
17:30Donc, ils nous arrêtent vers 2h du matin.
17:33Donc là, c'était vraiment fou.
17:35Je me souviens, il y a le premier drone qui arrive au-dessus,
17:37donc celui que j'entends,
17:38qui commence à se mettre à lâcher une espèce de liquide blanc.
17:41On ne sait pas trop ce que c'est.
17:42C'est de la peinture ou...
17:44Je t'arrête parce que Pascal, effectivement, lui, il pense,
17:46alors il dit que c'est une suggestion, moi, c'est rien,
17:49qu'en fait, c'était pour recouvrir,
17:50parce qu'il y avait un...
17:51Un kéfier avec un drapeau et marqué Gaza,
17:54Freedom Flotilla sur le cockpit,
17:55ce qui est largement possible.
17:57Je pense qu'il y avait ça.
17:59Il y avait le fait aussi de nous affoler.
18:02Le but, c'était...
18:02Parce que nous, on a eu peur quand même.
18:04On ne savait pas ce que c'était.
18:04Est-ce que c'était toxique ?
18:05Est-ce que c'était toxique ?
18:05Est-ce que c'est pas toxique ?
18:07Oui, donc on s'est mis sous le cockpit
18:08et puis ça tombait, ça tombait, ça tombait.
18:09Si je n'ai pas de bêtises,
18:10après, il y a eu un deuxième drone qui est arrivé
18:12qui faisait un bruit un peu sourd.
18:14Donc l'idée, c'était vraiment de nous faire peur.
18:16Et puis là, d'un coup,
18:17moi, je me souviens encore,
18:18c'est que je regarde par la fenêtre du cockpit,
18:20je vois une lumière rouge
18:21qui traverse la fenêtre du cockpit,
18:23laser rouge.
18:23Donc là, je me baisse parce que je me dis,
18:25attends, on ne sait jamais s'ils vont tirer.
18:26Et puis quand je me relève,
18:28je vois les mecs qui ont débarqué sur le pont
18:29comme les Avengers.
18:30Ils étaient, je crois, une dizaine de trucs,
18:33dizaine de soldats qui ont débarqué sur le pont.
18:35Moi, je me retourne, je les regarde.
18:36Et puis je dis, je suis journaliste.
18:38Et après, il me dit...
18:39Et là, il pointe son laser, son arme, son main,
18:41il me dit, baisse ta caméra ou je tire.
18:42Donc là, je baisse la caméra
18:43parce que j'ai compris qu'ils étaient capables de tirer.
18:45Je ne faisais pas face à des gens raisonnés.
18:47Mais il faut se rendre compte,
18:47ils sont vraiment venus nous arrêter
18:49comme des criminels, quoi.
18:50Il y avait...
18:51On était...
18:51C'était 10 humanitaires sur le bateau.
18:53Et déjà, en plus,
18:54ce n'était pas des humanitaires,
18:56si tu veux,
18:57qui étaient dans une certaine...
18:59C'est vraiment les humanitaires non-violents, quoi.
19:01Pacifiques.
19:02Voilà, nous, il y avait des humanitaires,
19:03ils marquaient peace, love sur leurs bras, tu vois.
19:05C'était vraiment...
19:07Ce n'est pas les gros radicaux qui vont tout casser.
19:08Voilà, c'était vraiment, vraiment pacifique, pacifique.
19:11Donc, ils sont venus ça.
19:12On était deux journalistes
19:13avec mon compréhre d'Al Jazeera, Omar Al-Fayyad.
19:16Omar Al-Fayyad, c'est pareil, quoi.
19:17Vous voyez, ça se voit tout de suite
19:19qu'il ne fera pas de mal à une mouche, quoi.
19:20Donc, ils sont venus vraiment nous arrêter
19:21dans ces conditions-là.
19:22Et après, donc, ils nous ont emmenés sur...
19:24Là, ils ont commencé à filmer,
19:25ils ont fait toute leur opération de communication
19:27pour nous montrer qu'on était bien traités.
19:29Il y a même un des mecs qui a fait un discours
19:30pour nous dire qu'on était des gens bien
19:32pour l'action qu'on avait menée, mais que...
19:34C'est juste que vous ne compreniez pas tout
19:36et que vous étiez manipulé par le Hamas ou je ne sais pas quoi.
19:38Non, au début, c'était...
19:39Alors, il faut comprendre, je crois.
19:40Je pense qu'il y a un moment
19:40où il y a une espèce de charnière.
19:42C'est-à-dire que quand on est dans les zones internationales,
19:44ils sont plutôt corrects avec nous.
19:46Ils essayent de nous donner à manger, à boire.
19:48Ils filment.
19:49Le mec, il vient nous dire
19:49« Ouais, vous êtes des gens bien.
19:50C'est bien ce que vous avez voulu faire.
19:52Ne vous inquiétez pas.
19:53Israël s'en occupe.
19:54Et puis, on leur donne déjà de lait humanitaire, tout ça et tout. »
19:57Donc, nous, on se dit qu'on ne boit pas
19:57et qu'on ne mange pas ce qu'ils nous donnent.
19:59Heureusement, on a pu récupérer nos bouteilles d'eau.
20:01Et puis après, une fois qu'ils ont fait
20:03toute leur opération de communication,
20:04ils nous ont fouillé, bien sûr, voilà, etc.
20:06Ils nous ont demandé de monter nos affaires.
20:08Une fois qu'ils ont fait
20:08toute leur opération de communication,
20:10là, ça a complètement changé.
20:11Là, ils nous ont parqué sur le pont.
20:13Sachant qu'il était 3, 4 heures du matin,
20:16qu'il faisait bien froid, quoi.
20:16Ils nous ont parqué sur le pont.
20:17Ils nous ont demandé de rester là.
20:18Quand on leur demandait ce qu'allait se passer,
20:20ils nous disaient juste qu'on devait rester là.
20:23Et puis après, quand il faisait plus chaud,
20:24ils nous ont bien mis à l'intérieur du bateau.
20:26Là, il faisait chaud.
20:27Et on avait interdiction de sortir.
20:29Voilà, interdiction de sortir, interdiction de rien faire.
20:31Et tout ça, c'est donc de 2 heures du matin
20:33jusqu'à 21 heures, soit quasiment 20 heures.
20:35Et donc, pour en revenir sur le papier,
20:36quand on arrive, donc voilà.
20:38Donc, ils vous ont bien épuisé.
20:39On a faim, on est fatigué, etc.
20:41Donc, quand on arrive au port,
20:43ils nous refouillent encore minutieusement
20:45toutes nos affaires, comme si on était vraiment des criminels,
20:47comme si on avait caché des armes.
20:49Moi, ils ont renversé mon sac.
20:50Ils ont tout balancé.
20:52Ils ont cassé.
20:52Moi, j'avais des lunettes pour filmer
20:53qui ont été cassées.
20:55Ils ont cassé ma caméra.
20:56Donc, vraiment, ils sont...
20:57Et là, ils vous disent,
20:58est-ce que tu veux rentrer vite ?
20:59En te montrant un papier qui est écrit en anglais.
21:02Et alors, si je ne dis pas de bêtises,
21:03le papier de ce que j'avais vu,
21:05moi, je ne l'ai pas lu
21:05puisque je savais que je n'allais pas le signer.
21:07De toute façon, mais en gros, ils disaient
21:09qu'on admettait qu'on était rentrés illégalement
21:11sur les territoires israéliens,
21:13sachant que c'est eux qui nous ont emmenés de force
21:15au port d'âge d'hôtes.
21:16Nous, on n'allait pas au port d'âge d'hôtes
21:16qui nous ont emmenés de force.
21:17Mais après, ils vous disent,
21:18c'est toi qui es rentré légalement sur le territoire.
21:20Après, ça fait référence à un article de loi
21:22dont on ne sait pas ce que c'est
21:23parce que c'est marqué
21:24« Arcelons l'article blablabla »
21:26et on ne sait pas ce qu'il en coûte.
21:28Et donc, si on accepte de ça,
21:30ils nous expulsent et on rentre chez nous.
21:31Et après, sur les 100 ans,
21:32il me semble que c'est un deuxième papier
21:34qu'il fallait signer pour dire
21:35« Oui, j'accepte de ne plus revenir
21:37sur le territoire israélien pendant 100 ans. »
21:39Ce qu'on a refusé de signer.
21:40Tout le monde a refusé de signer ?
21:41Non.
21:42Alors, il y en a deux qui ont signé immédiatement.
21:44Donc, c'est...
21:45Mais après, moi, je veux juste revenir
21:47sur la signature.
21:48C'est important.
21:49Juste ça, je le dis.
21:50En fait, personne ne peut, entre guillemets,
21:54en vouloir à qui que ce soit d'avoir signé.
21:55C'est normal.
21:56Bien sûr.
21:56Personne ne voulait rester là.
21:57Enfin, il y a Baptiste et Omar
21:59qui ont signé, eux, le papier directement sur le port.
22:01C'est normal.
22:02Baptiste, il voulait rentrer.
22:03Il voulait voir sa famille.
22:04Il voulait voir ses amis.
22:05Il était épuisé.
22:06C'est normal qu'il signe.
22:07Moi, je comprends tout à fait.
22:08Et Omar, c'est pareil.
22:09Omar, lui, il voulait absolument rentrer.
22:11En plus, Omar, il vivait au Qatar.
22:13Donc, il avait peur du traitement qu'il pouvait avoir.
22:14C'est normal qu'il signe.
22:16Et on n'a jamais...
22:17En fait, il n'y avait pas de consigne.
22:19De base, ce qui était dit sur le bateau,
22:20c'est qu'il fallait éviter de signer.
22:22Mais là, que ce papier-là soit signé par d'autres,
22:24ce n'est pas grave.
22:24Et puis même, les humanitaires,
22:25ils étaient dans une logique.
22:26Ceux qui signent, vous rentrez avant.
22:28C'est très bien témoigner de ce qui s'est passé.
22:31Racontez-le et nous, on va rester.
22:32Et puis après, quand on est arrivé au commissariat,
22:34là, c'est Sergio qui était le mécanicien
22:36qui a signé le papier et Greta.
22:39Qui ont signé les deux.
22:40De toute façon, il n'y a aucun jugement
22:42sur les gens qu'on peut signer.
22:43En plus, chacun fait aussi selon sa vie,
22:46ses attaches, les gens qui ont des enfants, etc.
22:48Il n'y a évidemment aucun jugement.
22:50Mais c'est quand même intéressant de comprendre d'abord
22:52face à quoi ils vous ont mis,
22:53dans quelles conditions vous y étiez
22:54au moment où ils vous ont fait faire ce choix.
22:57Et voilà.
22:59Mais c'était récurrent.
23:00C'est-à-dire que même au commissariat,
23:01moi, je ne l'ai pas signé pour deux raisons.
23:04Déjà parce que je voulais défendre mon cas
23:05et je comprenais qu'en signant ce papier,
23:07je n'allais rien pouvoir me défendre.
23:08Et puis surtout, en fait,
23:09ils m'ont tellement saoulé à vouloir que je signe ce papier.
23:12Je pense qu'ils m'ont posé la question 15 fois.
23:14Signe ce papier ?
23:15Il y a même un gars qui est venu.
23:16Parce que moi, bon, je pense que ça se voit.
23:18Moi, je suis arabe, donc je suis d'origine algérienne.
23:20Et donc, il y a même un policier qui venait
23:22qui me parlait en arabe.
23:23Moi, je faisais semblant de ne pas le comprendre
23:24parce que je ne voulais pas rentrer dans leur jeu.
23:26Mais ils me poussaient à signer.
23:27Et en fait, tellement ils m'ont poussé à signer,
23:28j'ai dit, je ne vais pas le signer.
23:29Il y a une anguille, il y a quelque chose.
23:31Ça vient d'Israël, il me pousse à signer.
23:32Je sais qu'ils ne veulent pas mon bien.
23:34Je ne vais pas signer ce papier.
23:36Et on voulait revenir un peu, du coup,
23:38sur tes conditions de détention.
23:40Comment ça s'est passé en cellule ?
23:41Est-ce que vous avez accès aux sanitaires,
23:43la nourriture, l'eau, enfin, les besoins primaires ?
23:46Oui, oui.
23:46Alors, sur les conditions de détention,
23:48c'était particulier parce qu'en fait,
23:50Israël, il faut savoir que, je ne sais pas,
23:52en France, je pense qu'on était emprisonné,
23:54donc je ne sais pas, mais il me semble qu'en France,
23:56on n'en a pas tant parlé de ça.
23:58Enfin, les grands médias ne couvraient pas tant que ça,
24:00si ce n'est pour dire que c'était le selfie boat,
24:02je ne sais pas quoi.
24:03Tu veux dire, le fait que vous aviez été incarcéré ?
24:05Oui, non, même toute l'histoire de la flottille,
24:08tout ça et tout, je pense qu'on était vus
24:09de manière très péjorative.
24:11Je pense par les grands médias mainstream, oui.
24:13Après, il y avait quand même aussi une union
24:15des médias de gauche indépendant,
24:17menée par Blast, d'où tu viens.
24:18Voilà, mais c'est-à-dire que,
24:19c'est-à-dire qu'en France,
24:21il ne faut pas le voir par le prince français,
24:23je vais vous dire pourquoi,
24:23parce qu'en fait, à l'international,
24:25ce n'était pas du tout la même chose.
24:26CNN, il y avait plein de médias internationaux
24:29qui couvraient notamment de par Greta,
24:32qui couvraient ça de manière pas aussi péjorative,
24:35il me semble, que ce que faisaient les médias français.
24:37Et donc, Israël était dans une opération de communication,
24:40toujours avec nous,
24:41c'est-à-dire que leur but,
24:42c'était vraiment de contre-communiquer
24:44face aux gros comptes qui étaient,
24:45il faut savoir, Greta Thunberg,
24:46c'est 15 millions d'abonnés sur Instagram,
24:49Rima, bon, avant, c'était 400 000,
24:50maintenant, on vient de passer les 1 million,
24:52Thiago, c'est 300 000,
24:53enfin, ils étaient vraiment dans une opération
24:54de contre-communication.
24:55Donc, tout leur truc, c'était de dire,
24:57on va bien les traiter.
24:58On va bien les traiter,
24:59mais c'est-à-dire, en gros,
25:01pour eux, bien les traiter,
25:01c'est-à-dire qu'ils vont pas nous violenter, quoi.
25:03Ils vont pas être, voilà,
25:04horribles avec nous,
25:05mais, et comme les mecs de la prison,
25:07ils avaient pour consigne
25:08de pas nous violenter, etc.,
25:10ce qu'ils faisaient,
25:11c'était ce qu'on appelle
25:12de la torture psychologique.
25:13C'est-à-dire que,
25:14au regard des autres prisonniers,
25:15on avait accès à rien.
25:16C'est-à-dire que les autres prisonniers,
25:17ils avaient la télé dans leur cellule,
25:18ils avaient accès à des livres,
25:20ils avaient accès à certaines de leurs affaires,
25:23ils pouvaient sortir trois fois dans la journée,
25:25c'est-à-dire dans la cour,
25:26pour prendre l'air, etc.
25:27Nous, ni télé, ni lecture.
25:29Moi-même, un bout de papier,
25:30une fois l'avocate m'a donné
25:31une feuille, un stylo,
25:32pour que je puisse passer le temps avec.
25:33Le garde me l'a arraché des mains.
25:35On avait le droit à rien.
25:36Le temps était extrêmement long.
25:37Dans la chambre,
25:37il y avait des punaises,
25:38des punaises de lit.
25:40C'est-à-dire qu'on dormait la nuit
25:41avec les lumières comme celle-ci allumées,
25:43donc ça brouillait aussi notre...
25:45C'est des gros projecteurs
25:46qu'on a aussi,
25:46c'est vraiment pas agréable.
25:47Voilà, voilà.
25:47C'est-à-dire qu'il fait nuit,
25:49mais dans la chambre,
25:50il ne fait pas nuit.
25:50Donc soit on mettait une serviette
25:51sur nos yeux, soit voilà.
25:52Et puis surtout, c'était long, quoi.
25:54C'était long.
25:54On n'avait rien pour s'occuper.
25:56Donc vous demandez,
25:56à un moment, le garde passe,
25:57vous lui demandez quelle heure il est,
25:58il vous dit il est 13h,
25:59alors que vous pensiez
26:00qu'il était 18h, quoi.
26:02Justement, Pascal nous disait
26:03que vous marquiez un peu
26:05les heures qui passaient
26:06pour avoir un peu une idée
26:07du temps qui passe.
26:08Enfin, il y a les premiers qui...
26:09Enfin, ceux qui étaient là,
26:10je crois que c'est Reva et Marc
26:11qui ont fait ça.
26:12Ils ont réussi à attraper
26:13la lumière du soleil
26:14à un endroit sur le mur
26:15et à comprendre qu'à ce moment-là,
26:16elle est à peu près 8h30.
26:17Quand en quoi, c'est utile
26:19de savoir lire l'heure avec le soleil.
26:20C'est ça.
26:24On va passer maintenant...
26:25On a commencé un peu à l'évoquer
26:27à comment ça a été traité
26:28par les médias français.
26:30Toi, on t'a beaucoup mis
26:32la casquette d'un militant,
26:33d'un activiste,
26:34et on en a oublié
26:35que tu étais avant tout là
26:37pour documenter tout ça
26:38et que tu étais journaliste.
26:40Comment t'as réagi face à ça ?
26:41Je ne le savais pas.
26:42Je ne l'ai vu qu'en sortant.
26:43Après, j'ai vu qu'en sortant,
26:44le tir avait été un peu rectifié.
26:46Moi, j'avais vu que Blast,
26:48mes collègues à Blast,
26:49s'étaient un peu emparés de ça
26:51pour faire en sorte que je sois...
26:52Moi, je m'en fous.
26:54Honnêtement, je m'en fous.
26:55Je n'ai rien à...
26:56Tu t'en fous de la manière
26:57dont les gens ont parlé
26:57de toi et ton travail ?
26:58Oui, c'est ça.
26:59Je m'en fous.
26:59C'est-à-dire que les gens
27:00qui vont me traiter de militant,
27:01je sais très bien qui ils sont.
27:02C'est des gens qui travaillent pour...
27:04Il faut savoir, en fait,
27:06où est-ce qu'on est, quoi.
27:07C'est-à-dire que ces gens-là
27:07qui veulent me traiter de militant,
27:09je suis 100 fois plus journaliste
27:10qu'eux, je le sais très bien.
27:11Les mecs, ils travaillent
27:11pour des médias
27:13qui sont tenus par des milliardaires
27:14dont le seul but,
27:15c'est d'étendre leur influence
27:16auprès des politiques
27:18pour gagner encore plus d'argent.
27:19Eux, ils travaillent
27:20et étendent leur idéologie aussi.
27:22On le voit avec les médias Bolloré,
27:23par exemple.
27:24Donc, eux, ils sont là
27:25et défendent ça,
27:25mais ils sont plus militants que moi.
27:27Moi, je le sais.
27:27Moi, je travaille
27:28dans un média indépendant
27:29qui est financé uniquement
27:31par les citoyens français
27:32et mon seul but, à moi,
27:34c'est de raconter
27:35ce que moi, j'ai envie de raconter.
27:36Alors, c'est avec
27:37une certaine subjectivité,
27:38c'est avec mon point de vue
27:39si on veut,
27:40tout ce qu'on veut, etc.
27:41Mais je sais que je fais
27:41beaucoup plus d'informations
27:42que ces gens-là.
27:43Ils font de la désinformation.
27:44Donc, moi, que ces gens-là
27:45me traitent de militants,
27:47mais qu'est-ce que je m'en fous ?
27:47Mais vraiment, je l'ai dit à Blast
27:49après, quand je suis rentré,
27:50il ne fallait même pas
27:50se prendre la tête là-dessus.
27:51Les vrais journalistes...
27:53Moi, par exemple,
27:53j'ai regardé après
27:54les messages que j'ai eus.
27:55J'ai eu des messages
27:56de journalistes
27:56qui sont très reconnus
27:57dans le métier
27:58pour me dire
27:59qu'ils m'apportaient
28:02tout leur soutien, etc.
28:03C'est bon.
28:04Entre journalistes,
28:05on se reconnaît.
28:06Et puis les autres, là,
28:06qui travaillent dans des chaînes
28:08de télévision,
28:09parce que c'est surtout
28:09les chaînes de télévision...
28:10Enfin, Assez News,
28:11qui est journaliste ?
28:12Enfin, qui me traite de militant,
28:13c'est un compliment.
28:14Moi, je suis content
28:14de ne pas faire partie
28:15de leur monde, quoi.
28:17Que pour eux,
28:17je sois un militant,
28:19je suis content.
28:19Ça veut dire qu'ils m'excluent
28:21de eux ce qu'ils pensent
28:21être le journalisme,
28:22un métier qu'ils ne font pas.
28:24Donc, moi,
28:25j'ai pas de problème
28:25avec ça, vraiment.
28:26Mais du coup,
28:26parce qu'effectivement,
28:27moi, je comprends bien
28:28que t'en as un peu rien
28:28à faire de ce que...
28:30Ceux dont les médias
28:31dont tu parles pensent de toi,
28:32mais ça partit quand même
28:33aussi au cadrage médiatique
28:35de la flottille
28:36et de ton travail.
28:37C'est-à-dire qu'effectivement,
28:37eux qui disent ça,
28:38on s'en fout.
28:39Par contre,
28:39qu'ils soient écoutés
28:40par certains politiques
28:42ou que ça participe
28:43au cadrage médiatique
28:44de cette histoire,
28:45ça a quand même
28:46une influence
28:46et une conséquence
28:47un peu plus importante
28:49que juste...
28:49Après, moi,
28:50je sais que...
28:51Moi, je te coupe,
28:51mais je sais...
28:52Non, vas-y, vas-y.
28:52Parce que quand j'étais en prison,
28:54en prison,
28:54on avait le droit...
28:55Enfin, c'était très dur
28:55de voir notre avocate
28:56et le consul,
28:56mais bon, je le voyais.
28:57Je peux vous assurer
28:58que le consul,
28:59il avait bien compris
29:00que j'étais journaliste
29:01vu mon média
29:02qui avait pris
29:04beaucoup la main dessus,
29:05vu RSF,
29:06Reporters sans frontières
29:07qui avait pris aussi,
29:08plus toutes les actions
29:09qui étaient faites,
29:10etc.,
29:11plus tous les autres médias
29:12dont l'Huma, etc.
29:13Je pense que je vous assure,
29:14lui, il avait bien compris
29:15que j'étais journaliste
29:15et que j'étais un caillou
29:16dans sa chaussure,
29:16il fallait qu'il me fasse sortir.
29:18Donc après,
29:19sur les politiques,
29:21ce que je voyais, moi,
29:22c'est que vraiment,
29:23j'étais perçu comme ça.
29:24Je voulais dire autre chose,
29:25mais j'ai perdu le film.
29:26C'est pas grave,
29:26je le rattraperai après.
29:27Non, mais sur les médias...
29:31On a sans cesse essayé
29:32de décrédibiliser
29:34ce que vous faisiez.
29:35Enfin, on a dit
29:36que c'était une croisière,
29:37on a dit que c'était un cirque,
29:38on a dit...
29:39Ouais, ouais, ouais.
29:40Bon, ça après...
29:40Non, voilà, ça y est,
29:41je me souviens,
29:42sur la croix,
29:42deux choses, deux choses.
29:43Alors, sur les médias,
29:44je sais que l'AFP a fait
29:46une première dépêche
29:47en parlant de 12 militants.
29:48L'AFP et l'agence France Presse
29:49pour celle-ci,
29:50c'est une autre chose.
29:51Voilà, l'agence France Presse,
29:51qui est une source d'informations
29:52pour beaucoup de journalistes
29:53et pour le monde entier.
29:54Voilà, mais je pense
29:55que l'AFP, à ce moment-là,
29:56ils sont pas dans ce truc
29:57où on va se dire
29:57« Ouais, il y a deux journalistes,
29:58on va les mettre comme militants ».
29:59Je pense qu'ils sont même pas au courant,
30:00en fait,
30:00parce qu'il y a deux journalistes
30:01sur le bateau
30:02et ils sont juste trop bêtes
30:03pour faire leur travail.
30:04Mais c'est vrai,
30:05je vais vous donner un autre exemple.
30:06On n'a pas arrêté de dire
30:07qu'il y avait l'acteur Liam Cullingham
30:09sur le bateau,
30:10l'acteur de Game of Thrones.
30:11Or, la liste des gens présents
30:13sur le bateau,
30:13elle était sortie depuis le départ.
30:16On savait qu'ils n'étaient pas
30:17sur le bateau.
30:18Et j'ai vu bon nombre de médias
30:19dire que Liam Cullingham
30:21était sur le bateau.
30:21Tu sais parmi lesquels
30:23les médias ont fait ça ?
30:24Moi, je sais.
30:24L'humanité.
30:25Ah bah voilà.
30:26Non, mais il fallait juste...
30:28En fait, je pense que par exemple
30:29l'AFP, parce qu'après
30:30ils l'ont supprimé lors des pêches
30:31et après le tir a été rectifié,
30:32Libération, tout le monde
30:33m'a qualifié de journaliste.
30:34Je pense qu'en fait
30:35ils ne savaient même pas.
30:36Et après, pour le bateau,
30:38le traitement des gens...
30:39Alors, on peut en penser
30:40ce qu'on veut.
30:40Cette opération de communication,
30:41on a le droit de dire
30:42que peut-être qu'ils en faisaient trop.
30:43Moi, je ne suis pas d'accord là-dessus.
30:45Moi, je pense que c'est quand même
30:45des gens...
30:47Rima, ce n'est pas rien.
30:47Rima, qu'on le veuille ou non,
30:48au-delà de son rôle d'eurodéputée
30:50pour la France insoumise,
30:51elle reste palestinienne.
30:54Elle est une descendante de Anakba.
30:55Aujourd'hui, qu'elle décide
30:57de monter sur un bateau
30:58pour essayer d'aller à Gaza
30:59face à l'armée israélienne,
31:00c'est quand même pas rien, je pense.
31:02Et même pour elle,
31:02c'était très difficile à gérer.
31:04Même l'enfermement, pour elle,
31:05c'était très difficile.
31:06C'est des épisodes traumatiques.
31:08Moi, c'est ce que j'ai toujours dit.
31:09Nous, on savait qu'on allait être bien traités
31:11parce qu'on était européens.
31:12Mais imaginez, on sait très bien
31:12ce qu'ils font aux Palestiniens là-bas.
31:14Il y a la torture, il y a le viol,
31:15il y a les humiliations,
31:16il y a de la violence,
31:17il y a des meurtres.
31:18Et je pense qu'une personne comme Rima,
31:20quand elle prend cette initiative,
31:22certes, elle est dans une opération
31:24de communication,
31:24mais pour mettre en lumière
31:25ce qui se passe à Gaza,
31:26mais ce n'est pas facile.
31:27Et puis après, pour les autres,
31:28Greta, Thiago,
31:29pour avoir discuté avec lui,
31:30Thiago aussi,
31:31c'est quelqu'un qui est vraiment
31:32dans une ligne anti-impérialiste.
31:34Donc pour lui, c'est la logique
31:35de ce qu'il a envie de faire.
31:37Je n'ai pas senti, si vous voulez,
31:39de gens qui étaient...
31:41Bien sûr, qu'il y a toujours
31:41une petite part d'ego qui va le reprocher.
31:44Mais à partir du moment
31:44où cette part d'ego,
31:45elle est utilisée pour mettre en avant
31:46ce qui se passe à Gaza.
31:47Pourquoi on le reprocherait ?
31:48C'est tout.
31:49Et est-ce que...
31:50Excusez-moi,
31:50il y a une question qui me vient,
31:51Norine.
31:52Est-ce que, de part ton statut journaliste,
31:54tu avais aussi une place différente
31:55sur le bateau ?
31:56C'est-à-dire que tu étais membre
31:56de l'équipage,
31:57tu faisais partie de l'aventure,
31:59mais pas complètement au même titre
32:01que les jeux.
32:01Tu n'étais pas influenceuseur,
32:03tu n'étais pas politique.
32:05Comment ça s'est...
32:06Enfin, tu vois,
32:06dans la relation que tu avais
32:11il y en a au début
32:12qui ne comprenaient pas trop
32:13ce que je faisais là
32:14parce que j'étais un peu là
32:14dans mon coin.
32:15Des fois, je filmais.
32:16Les gens du bateau, oui.
32:17Oui, oui.
32:18Ils n'avaient pas l'habitude
32:18d'un journaliste, tu vois,
32:20qui est là,
32:20qui les observe,
32:21qui filme.
32:22Moi, j'étais un peu en retrait.
32:23C'est vrai que je ne participais pas...
32:24La journée,
32:24je ne participais pas énormément
32:25à la vie du bateau
32:26parce que mon but,
32:27c'est de les filmer, quoi.
32:30Mais après, honnêtement,
32:32je trouve qu'ils m'ont rapidement
32:33fait confiance, quoi.
32:34Ils m'ont laissé filmer.
32:35Je n'ai pas eu de moment
32:42moi et Omar.
32:43Omar, c'est pareil.
32:44Omar était dans son coin
32:44toute la journée.
32:45Omar, bonjourniste à Al Jazeera.
32:46Al Jazeera, lui,
32:46en fait, il était en live.
32:48Donc lui, c'était vraiment
32:48toute la journée
32:48avec son téléphone en live, etc.
32:51Donc nous, c'est vrai
32:51qu'on ne participait pas
32:53énormément à la vie du bateau.
32:54Et du coup,
32:55tu as filmé beaucoup de choses.
32:56Tu racontais tout à l'heure
32:57que vous avez été fouillé
32:58un nombre incalculable de fois, etc.
33:00Tu as réussi à conserver
33:01tes rushs, tes images ?
33:02Oui, j'ai tout conservé.
33:03J'ai regardé.
33:03Normalement, j'ai quasiment tout.
33:05J'ai même les images
33:05du moment où ils arrivent
33:07sur le bateau.
33:08Alors, pourquoi je les ai ?
33:09C'est la question
33:10que je me pose.
33:11Je sais que mon avocate
33:12a beaucoup poussé
33:13pour que je récupère
33:14mon matériel et mes images.
33:16Alors, c'est soit l'avocate,
33:17elle a très bien fait son travail.
33:17Moi, j'ai une autre théorie aussi.
33:19Au-delà du fait
33:19qu'elle a très bien fait son travail,
33:21je pense qu'Israël
33:22était tellement,
33:23mais tellement concentré
33:24sur Rima, Greta, Thiago
33:26et donc Yasmine
33:27qui étaient les quatre
33:28vraiment figures de proue,
33:29c'est-à-dire
33:30qui sont très suivis
33:30sur les réseaux sociaux,
33:31qu'ils se sont dit,
33:32bon, lui, tu vois,
33:33sans mesurer l'impact
33:34que ça pouvait avoir
33:35toutes ces images
33:36que moi, je pourrais réutiliser
33:36parce que les réseaux sociaux,
33:38c'est éphémère.
33:39Ils faisaient des stories
33:40sur nos moments,
33:40des lives, etc.
33:41C'était très bien sur nos moments,
33:43c'était très regardé,
33:43très vu,
33:44mais au final, ça part.
33:46Moi, si j'arrive
33:46à faire mon film,
33:48c'est un truc
33:48qui pourra vraiment rester
33:49dans le temps
33:50et qui se regardera
33:51vraiment après.
33:52Donc, c'est ça, l'objectif,
33:53c'est de faire un film
33:53parce qu'on se demandait
33:54avec Honorine en préparant,
33:55c'est qu'en fait,
33:56on s'est dit,
33:56effectivement,
33:57on a vu beaucoup de stories
33:58extérieures sur les réseaux
33:59de par les autres membres
34:00de l'équipage,
34:01mais de Toi ou de Blast,
34:01assez peu.
34:02Quand même,
34:03moi, je faisais,
34:04moi, tous les jours,
34:04ce que je faisais,
34:05c'est que j'interviewais
34:06un membre de l'équipage
34:08et puis j'avais fait l'appel
34:09aussi aux bateaux
34:09qui devaient passer,
34:11qui avaient très bien marché.
34:12Mais oui, oui, l'idée...
34:13Alors, un film,
34:13pas un film de deux heures
34:14parce que je n'ai pas deux heures
34:16avec une semaine de bateau,
34:17mais oui, oui,
34:18l'idée,
34:18c'est de faire un documentaire,
34:19de pouvoir raconter ça
34:20et puis ça prend
34:21une autre ampleur
34:21après avec mon arrestation,
34:23avec l'arrestation
34:24des autres membres.
34:25Ça aussi,
34:25il faut le raconter
34:25avec le cadrage médiatique,
34:27avec tout ce qui a été fait.
34:29Je pense que ça va être
34:30quelque chose d'important.
34:33J'imagine que c'est un peu tôt,
34:34mais est-ce que tu as commencé
34:35à imaginer ce à quoi ça ressemblait ?
34:37Est-ce que tu as commencé
34:37à écrire,
34:38à réaliser ?
34:38Non, je sais déjà...
34:40Moi, en fait,
34:41quand je tourne,
34:41je sais déjà à peu près
34:42où est-ce que je vais.
34:43Donc là, je sais très bien
34:44où est-ce que je vais aller.
34:45Après, je pense que là,
34:46j'ai besoin de repos,
34:47donc je suis trotté.
34:48Je ne veux pas te mettre
34:49la pression.
34:50Non, et puis même,
34:51c'est-à-dire que si je le faisais
34:52maintenant,
34:52parce qu'on ne sait pas
34:53ce qu'on va en faire,
34:54mais si on le sort
34:54comme on fait habituellement,
34:56c'est-à-dire sur YouTube
34:56et sur les réseaux sociaux et tout,
34:58le sortir l'été serait presque
34:59un coupé dans l'eau.
35:01Oui, parce qu'il y a...
35:01L'été, les gens regardent
35:03un peu moins leur réseau,
35:04regardent un peu moins l'actualité.
35:05On va faire ça
35:06à la rentrée tranquillement
35:07et puis on verra
35:08quel est le moment
35:09le plus opportun
35:09pour que les gens puissent
35:10vraiment avoir envie
35:11de revoir cette histoire.
35:13La transition est tout trouvée,
35:14Nourine,
35:15sauf si tu as d'autres questions
35:16à poser sur la flottille.
35:17Non, je me disais justement
35:18que c'était une bonne façon
35:19d'introduire...
35:20Juste sur la flottille,
35:21je veux juste dire un truc,
35:22à chaque fois je le dis,
35:22mais c'est très important
35:23et moi je vous remercie
35:24de m'avoir invité
35:25et c'est bien de pouvoir parler
35:27de tout ça.
35:27Merci d'être venu.
35:28Voilà, ouais.
35:28Mais ce que je veux juste dire,
35:30c'est qu'il ne faut pas oublier
35:30que la flottille,
35:31elle n'avait qu'un seul but,
35:32c'était de mettre en lumière
35:33ce qui se passait à Gaza.
35:35Donc moi je suis vraiment opposé
35:36à cette idée de starifier
35:38un peu,
35:39une espèce de starification
35:40qui est faite
35:40des membres d'équipage.
35:41C'est pour ça que moi je vous ai dit
35:42non au début
35:42parce que je trouvais
35:43que c'était peut-être pas...
35:45C'est pas le plus important quoi.
35:46Le plus important,
35:46c'est ce qui se passe à Gaza.
35:47On le voit encore.
35:48Israël continue de tuer
35:50des milliers de Palestiniens
35:51chaque jour,
35:52aussi bien à Gaza
35:53que dans les territoires occupés
35:54où les colonies se répandent
35:55de jour en jour.
35:56Et il ne faut pas oublier
35:57que la vocation première du bateau,
35:58c'était de mettre en lumière tout ça.
36:00Donc moi ce que j'ai dit aux gens,
36:01c'est que bien sûr
36:02c'est important de s'intéresser
36:02à ce qui s'est passé sur le bateau
36:03et bien sûr ce qu'ont fait ces gens-là,
36:05c'est d'une certaine manière héroïque
36:07mais il ne faut surtout pas
36:08oublier les Palestiniens.
36:09Ça c'est le plus important.

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