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  • il y a 19 heures
Dans le cadre de la Fête de l'Humanité, Philippe Martinez le secrétaire général de la CGT et le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux ont été réunis pour une confrontation inédite, projet contre projet, sur la sortie de crise et le monde que l’on souhaite pour demain.
Que propose le patronat à la société pour son développement ?
️Que propose la CGT pour l’émancipation des travailleurs ?
Un débat d’idées et un événement sans précédent.

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00:00:00Bonjour à toutes et à tous.
00:00:02Vous allez assister avec nous à une confrontation inédite.
00:00:05Elle va mettre face à face deux acteurs majeurs de la vie sociale et économique,
00:00:09au point de vue qui se situe aux antipodes l'une de l'autre, l'un de l'autre,
00:00:13et qui ont décidé de jouer le jeu, d'échanger, de confronter leurs solutions projet contre projet,
00:00:20pour sortir de la crise que nous connaissons.
00:00:22Philippe Martinez est une des personnalités de la fête de l'humanité chaque année,
00:00:26comme l'étaient aussi ses prédécesseurs.
00:00:28Mais on n'avait jamais vu le patron des patrons, Geoffroy Roux-de-Bézieux,
00:00:33ni ceux qui l'ont précédé à cette fonction d'ailleurs,
00:00:35à la fête du journal qui soutient et met les travailleurs et leur lutte à l'honneur,
00:00:40leur lutte contre les décisions de leurs employeurs,
00:00:42et pour une alternative au capitalisme.
00:00:46Alors merci à tous les deux d'avoir répondu présent à notre invitation.
00:00:51Pour nous, pour l'humanité et sa fête, c'est l'occasion de nous affirmer une fois de plus
00:00:56comme le journal du débat, des débats de tous les débats,
00:00:59même avec les points de vue les plus éloignés, les plus opposés,
00:01:02du moment que ces échanges aident chacun de nos lectrices et lecteurs,
00:01:06des participants à cette fête, à confronter et construire leurs arguments.
00:01:11Alors, de votre côté, c'est la première question que je vais vous poser,
00:01:14Geoffroy Roux-de-Bézieux, la même question d'ailleurs pour Philippe Martinez,
00:01:18c'est celle de savoir pourquoi vous avez l'un et l'autre accepté de participer à ce débat.
00:01:24Bonjour à toutes et à tous.
00:01:27Bon, d'abord m'inviter, c'est aussi peut-être que vous avez choisi de maintenir cette fête
00:01:33dans des conditions évidemment dégradées, c'est un petit signal au monde de l'événementiel,
00:01:39de la culture, pour dire qu'il faut continuer à vivre et essayer d'avoir une vie sociale, culturelle, économique.
00:01:46La deuxième raison, c'est que, je ne sais pas si on en parlera,
00:01:50moi j'ai le sentiment que la démocratie recule dans le monde,
00:01:54pas forcément en France, en Europe, mais en tout cas aux frontières de l'Europe.
00:01:59Et depuis 20 ans, on voit plutôt les choses se durcir.
00:02:03Donc le débat, c'est l'essence même de la démocratie, c'est comme ça qu'elle a commencé,
00:02:07y compris, vous l'avez dit, sur des points de vue opposés.
00:02:12Et puis, il y a une troisième raison qui va peut-être vous surprendre,
00:02:15c'est que moi je crois aux faits syndicals.
00:02:20Je ne suis pas complètement à l'aise avec la montée de la démocratie directe partout.
00:02:26C'est-à-dire que le grand débat, c'est bien, la convention socialiste, c'est bien.
00:02:30Il y a aussi un rôle pour les organisations intermédiaires,
00:02:35alors syndicales, patronales, dans une confrontation avec des accords de temps en temps
00:02:40et des accords souvent.
00:02:42Et donc voilà, c'est ces trois raisons qui ont fait que je suis venu.
00:02:46Alors je ne savais pas qu'il ferait super beau cet après-midi,
00:02:48mais bon, je n'ai pas de regrets.
00:02:51Merci.
00:02:52Thélique Martinez.
00:02:52– Oui, bonjour à toutes et à tous.
00:02:55J'allais dire, j'en rêvais,
00:03:00puisqu'il y a eu plusieurs, on a essayé de le faire à plusieurs reprises,
00:03:03enfin certains nous ont demandé, puis ça n'a pas pu se faire.
00:03:06Non, mais la raison la plus sérieuse,
00:03:09c'est moi aussi, je pense que la démocratie recule.
00:03:15Et il y a besoin de ce genre de débat.
00:03:18Voilà, je suis sûr que je ne vais pas convaincre
00:03:22Jérôme de Bézieux à l'issue de ce débat,
00:03:25mais pour se faire une opinion,
00:03:27pour que les citoyens se forgent une opinion,
00:03:29eh bien il faut qu'ils aient les clés pour juger.
00:03:31Alors bien souvent, soit il n'y a pas de débat,
00:03:34tout le monde est d'accord autour de la table
00:03:35et comment on peut se faire une idée dans ces conditions,
00:03:39soit on nous dit, la vérité c'est celle-là,
00:03:41et on nous demande d'appliquer ce que les soi-disant experts proposent.
00:03:48Donc moi je crois beaucoup à ce genre de débat,
00:03:50parce que, évidemment, il y aura des arguments,
00:03:53je suis sûr, qui sont à l'opposé,
00:03:55mais ça permet de se forger une idée
00:03:57en toute connaissance de cause, j'allais dire.
00:04:01Merci Philippe Martinez.
00:04:02Alors bon, merci à vous deux,
00:04:04parce que ça fait aussi un peu
00:04:06au fil d'entrée en matière à notre débat.
00:04:08Alors nous sommes convenus de parler de projets,
00:04:12des projets que portent chacune de vos organisations pour la société.
00:04:16Ça veut dire qu'on va parler beaucoup du futur,
00:04:19aussi sans doute un peu d'actualité,
00:04:21puisque évidemment les questions prospectives
00:04:24sont aussi en lien avec les problèmes,
00:04:27les difficultés que rencontrent les salariés
00:04:30et le monde économique d'aujourd'hui.
00:04:32Dans une première partie de notre débat,
00:04:34je vous propose d'aborder la question
00:04:35de la portée de la crise que nous traversons.
00:04:37En somme, invite-elle ou non
00:04:39à tout repenser de l'organisation
00:04:41de notre vie économique et sociale ?
00:04:43Et si oui, s'il faut tout changer,
00:04:46dans quel sens faut-il aller ?
00:04:50Alors Geoffroy Roux-de-Bézieux,
00:04:52on a vu des métiers essentiels
00:04:54pendant la crise du Covid
00:04:56qui étaient pourtant sous-valorisés.
00:04:59On a vu des productions manquantes,
00:05:01des réorganisations en urgence
00:05:02pour parer aux besoins les plus pressants.
00:05:06Le mode d'organisation de nos économies,
00:05:08c'est-à-dire le capitalisme et l'économie de marché,
00:05:10pour ne pas les nommer.
00:05:13A-t-il, ont-ils montré une défaillance ?
00:05:15Et auquel cas, faut-il en changer
00:05:18et remplacer ce mode de fonctionnement
00:05:22par une autre organisation
00:05:25de l'économie, de la vie sociale
00:05:28et de la production ?
00:05:30Bon, je ne vais pas vous surprendre.
00:05:32Je ne vais pas vous dire oui.
00:05:35Mais pour autant, il y a des choses à apprendre.
00:05:38Et il faut essayer de regarder cette crise
00:05:40avec un œil, peut-être pas un œil neuf,
00:05:42mais pas forcément immédiatement plaqué
00:05:46des solutions qu'on avait en tête.
00:05:49D'abord, peut-être un premier bémol,
00:05:51c'est-à-dire qu'on est encore dedans.
00:05:53Et donc, tirer les leçons
00:05:56de la pandémie, de la crise qui en suit,
00:05:58alors qu'on est en plein milieu,
00:05:59c'est un processus où on n'est pas encore fini
00:06:03de comprendre ce qui s'est passé.
00:06:05La deuxième chose que je voulais dire,
00:06:07c'est que ce n'est pas une crise classique
00:06:09du capitalisme.
00:06:11Puis que l'économie de marché existe,
00:06:13il y a des crises régulières
00:06:15qui sont en général un excès de spéculation
00:06:18dans une partie, soit un secteur,
00:06:21soit une géographie.
00:06:22Ça a commencé avec les tulipes à Amsterdam
00:06:24en je ne sais plus combien,
00:06:25en 1700, je ne sais pas combien,
00:06:27jusqu'à la dernière crise 2008.
00:06:29Donc les banques américaines,
00:06:30enfin les établissements de crédit immobilier
00:06:33qui ont trop prêté.
00:06:34Là, on est dans un cas
00:06:37totalement unique dans l'histoire,
00:06:39c'est-à-dire que les États,
00:06:40pour des bonnes raisons d'ailleurs,
00:06:42je ne conteste pas le confinement,
00:06:44nous ont demandé de nous arrêter.
00:06:46Et en plus, du jour au lendemain,
00:06:47c'est-à-dire que 100 en préparation.
00:06:49Et on s'est tous arrêtés,
00:06:51les entreprises, les indépendants,
00:06:53les salariés, enfin quasiment tous,
00:06:55il y a des choses qui ont continué.
00:06:57Et donc c'est pour ça que je suis assez prudent
00:06:59sur les leçons à tirer,
00:07:00et c'est aussi pour ça que je suis assez
00:07:04sceptique, je dirais,
00:07:05sur les prévisions des économistes.
00:07:07Je pense qu'ils n'ont pas de modèle
00:07:09qui puisse plaquer sur cette crise,
00:07:12parce que ce n'est pas la crise de 2008,
00:07:14ce n'est pas la crise de 29,
00:07:15ce n'est pas la crise pétrolière de 73,
00:07:17ça ressemble à rien d'autre
00:07:19et on va, j'allais dire,
00:07:21apprendre en marchant.
00:07:24Alors, quelles leçons on peut en tirer,
00:07:26mais encore une fois,
00:07:27avec pas mal de modestie ?
00:07:29Il y a un sujet qui est apparu très clairement,
00:07:31qui est celui de la souveraineté,
00:07:34de la relocalisation.
00:07:35On a découvert, entre guillemets,
00:07:37parce qu'on était le moins de savoir,
00:07:39que certains pans entiers de l'économie,
00:07:42notamment de l'industrie,
00:07:43sont partis,
00:07:44où sont peu présents.
00:07:45Alors, les masques,
00:07:46tout le monde l'a vu,
00:07:47mais on a aussi eu le débat
00:07:48sur le paracétamol,
00:07:49la pharmacie, etc.
00:07:51Et donc, il y a ce thème
00:07:52de la relocalisation qui est arrivé.
00:07:55Et ça se greffe quand même
00:07:57sur un fond
00:07:59où on est un peu
00:08:00dans une guerre de modèles,
00:08:02avant le Covid,
00:08:03entre un capitalisme américain,
00:08:04anglo-saxon,
00:08:06qui est très libéral,
00:08:09un modèle chinois
00:08:10qui est très étatique.
00:08:12Alors, même s'il s'appelle communiste
00:08:14et qu'on a la fête de l'humanité,
00:08:16je trouve qu'il n'est pas très communiste.
00:08:17En tout cas,
00:08:18les accarts de revenus
00:08:19et des inégalités
00:08:19montrent que ce n'est pas très communiste.
00:08:21Et puis, un modèle européen
00:08:23qui se cherche.
00:08:25Donc, quelles leçons ont tirées ?
00:08:27Oui, je pense qu'il faut essayer
00:08:28de retrouver une forme de souveraineté.
00:08:31Alors, moi, il se trouve
00:08:31qu'en arrivant au MEDEF,
00:08:33j'ai créé un comité souveraineté
00:08:34qui avait d'ailleurs un peu
00:08:37toussé, si j'ose dire,
00:08:38parce que tout de suite,
00:08:39on dit souveraineté
00:08:40égale souverainisme,
00:08:41égale protection des frontières
00:08:42et l'acte d'hénophilie, etc.
00:08:43Non, ce n'est pas ça.
00:08:44C'est de décider conjointement
00:08:47quelle production
00:08:49on veut avoir
00:08:50sur le sol national ou européen,
00:08:52mais aussi,
00:08:53c'est tout le problème,
00:08:55quel prix on est prêt à payer.
00:08:58Je donne cet exemple,
00:09:00je l'ai redonné sur France Inter ce matin,
00:09:01mais c'est quand même un vrai exemple.
00:09:02C'est-à-dire qu'on a demandé
00:09:02à la distribution
00:09:03de prendre des fruits
00:09:05et des légumes français
00:09:06pendant le confinement,
00:09:07d'acheter pour aider les agriculteurs.
00:09:10Bon, ils l'ont fait,
00:09:11et évidemment,
00:09:11ça a augmenté les prix.
00:09:12Alors, ça dépend des cas,
00:09:13mais les fraises,
00:09:14je ne sais plus combien,
00:09:1520%.
00:09:16Et du coup,
00:09:17c'est légitimement,
00:09:18les gens disent,
00:09:18mais attendez,
00:09:19vous nous avez augmenté les prix.
00:09:21Et c'est un scandale.
00:09:22Et donc,
00:09:23ce débat,
00:09:24il est très complexe
00:09:25parce que produire en France,
00:09:27produire en Europe,
00:09:28et d'ailleurs,
00:09:28je le dis au passage,
00:09:29produire décarboné,
00:09:31ça sera plus cher.
00:09:33Il n'y a pas de mystère.
00:09:34On ne va pas aller lutter
00:09:35contre le Pakistan
00:09:36ou je ne sais pas quel pays.
00:09:37Enfin,
00:09:38on n'a pas le même modèle social.
00:09:39On peut débattre
00:09:40de l'intensité de l'intensité,
00:09:41Mais de toute façon,
00:09:42quoi qu'il arrive,
00:09:43on n'aura pas...
00:09:44Donc,
00:09:44c'est vraiment la question,
00:09:45je trouve,
00:09:46centrale qui est posée
00:09:47par cette crise.
00:09:48Merci,
00:09:49Geoffroy Roux-Roude-Bézieux.
00:09:50Alors,
00:09:50la question de la relocalisation
00:09:52des productions,
00:09:53effectivement,
00:09:53on va y venir,
00:09:54si vous le voulez,
00:09:55un peu plus tard dans le débat.
00:09:56Mais,
00:09:57Philippe Martinez,
00:09:58je m'ai entendu,
00:09:58Geoffroy Roux-Roude-Bézieux,
00:09:59la crise ne ressemble pas finalement
00:10:02aux crises économiques antérieures.
00:10:04Elle a des causes différentes.
00:10:05Est-ce que pour vous,
00:10:06néanmoins,
00:10:07elle interroge,
00:10:08elle met en question
00:10:10la façon dont l'économie
00:10:12est dirigée
00:10:13et notamment ses règles,
00:10:14ses règles fondamentales,
00:10:15c'est-à-dire
00:10:16les règles qui font que c'est
00:10:17le marché qui décide ?
00:10:20Effectivement,
00:10:21la crise,
00:10:21elle est inédite
00:10:23parce que c'est une pandémie
00:10:25et ça ne ressemble
00:10:25à aucune crise,
00:10:26elle ne ressemble
00:10:27à aucune crise
00:10:28dite financière
00:10:29qu'on a pu connaître.
00:10:30La dernière était en 2008.
00:10:31Ceci dit,
00:10:34elle est révélatrice
00:10:35ou en tout cas,
00:10:36elle révèle de façon
00:10:38plus forte encore
00:10:40ce que nous,
00:10:41nous dénonçons
00:10:41et les mots
00:10:42de notre système
00:10:45et dans plein de domaines.
00:10:47je pense que la première chose
00:10:49et ça a trait
00:10:50à ce que vous venez de dire
00:10:51et la question
00:10:52des localisations,
00:10:53des relocalisations,
00:10:55c'est que depuis
00:10:57des années,
00:10:58des années,
00:10:58ça s'est accentué
00:10:59dans la dernière période,
00:11:01on parle de coût du travail
00:11:02et c'est toujours le travail
00:11:04qui pose problème
00:11:05dans la société.
00:11:06Et quand on parle
00:11:06de coût du travail,
00:11:07c'est-à-dire
00:11:08on est dans la politique
00:11:10du moins-disant social.
00:11:11Alors c'est vrai
00:11:12à l'échelle,
00:11:12à différentes échelles
00:11:13parce qu'on ne peut pas
00:11:14comparer la France
00:11:15et les États-Unis
00:11:16ou...
00:11:17Enfin,
00:11:18je pense que c'est ça.
00:11:19C'est toujours
00:11:20le travail
00:11:21qui pose problème.
00:11:23Et donc ça,
00:11:24ça génère
00:11:24ce moins-disant social,
00:11:26cette course
00:11:28au moins-disant social,
00:11:29ça génère
00:11:30des délocalisations
00:11:31par exemple.
00:11:32On peut...
00:11:33Vous parliez des fraises
00:11:35ou les prix qui augmentent,
00:11:36on peut le prendre
00:11:37de deux façons.
00:11:38Comme vous le dites,
00:11:39où on se dit
00:11:40c'est parce que les salariés
00:11:41ne sont pas assez payés
00:11:41ou parce qu'il y a trop de chômeurs
00:11:43qui n'ont pas les moyens
00:11:44de s'acheter
00:11:44des produits de qualité.
00:11:46D'ailleurs,
00:11:46ça pose la question
00:11:49des inégalités
00:11:50dans ce pays
00:11:50et à l'échelle de la planète
00:11:52qui se creuse.
00:11:53Donc ça révèle aussi
00:11:55par exemple
00:11:56en matière industrielle
00:11:58qu'on privilégie
00:11:59les actionnaires
00:12:00à l'investissement.
00:12:01On donne deux fois plus
00:12:03aujourd'hui aux actionnaires
00:12:04qu'on en consacre
00:12:05à l'investissement.
00:12:07C'est une moyenne.
00:12:07C'est une moyenne.
00:12:08Là aussi,
00:12:09si on veut préparer
00:12:10le pays à l'avenir
00:12:13avec des nouvelles technologies
00:12:15mais en même temps
00:12:16en modernisant les entreprises
00:12:17parce que moi,
00:12:18je ne suis pas...
00:12:19À la CGT,
00:12:20on combat l'idée
00:12:21qu'il y aurait
00:12:21les vieilles entreprises
00:12:22qui seraient condamnées
00:12:24à disparaître
00:12:25et une industrie d'avenir
00:12:27qui serait
00:12:29l'alpha et l'oméga
00:12:30de l'avenir.
00:12:31Donc il y a besoin
00:12:32d'investissement.
00:12:33Là aussi,
00:12:33ça révèle ce genre de problème.
00:12:35Et puis,
00:12:36troisième point
00:12:36pour ne pas être trop long,
00:12:37il y en a bien d'autres,
00:12:38c'est ce fameux modèle
00:12:41social français.
00:12:42Enfin,
00:12:42au mois de décembre,
00:12:45pour à peu près un mois
00:12:46où il y a eu beaucoup
00:12:46de débats sur l'État,
00:12:49est-ce que certains
00:12:50étaient privilégiés,
00:12:51est-ce que bénéficier
00:12:53de la protection,
00:12:53de la sécurité sociale,
00:12:55c'était un privilège,
00:12:56est-ce que les services publics,
00:12:57c'était un privilège ?
00:12:58Eh bien,
00:12:59cette crise,
00:12:59elle a révélé
00:13:00que heureusement
00:13:01qu'on a...
00:13:02Alors certains l'appellent
00:13:02un matelas social,
00:13:03nous,
00:13:04on parle de modèle social
00:13:05parce que oui,
00:13:06là,
00:13:06on voit dans ces périodes-là
00:13:07la différence avec des pays
00:13:08comme les États-Unis,
00:13:10je ne parle pas de la Chine
00:13:10parce que là,
00:13:12enfin,
00:13:12j'en reparlerai tout à l'heure,
00:13:13mais on voit bien la différence,
00:13:15c'est qu'en quelques jours,
00:13:16quelques semaines,
00:13:1720 millions de chômeurs
00:13:18d'un côté,
00:13:19et puis un système ici
00:13:20qui permet
00:13:21de mieux réguler
00:13:23ces problèmes
00:13:23liés au chômage.
00:13:25Donc là aussi,
00:13:26ce qu'on nous présente
00:13:27comme...
00:13:28ce qu'on nous présente
00:13:28toujours
00:13:29comme un handicap,
00:13:32s'est révélé
00:13:32durant cette crise
00:13:33plutôt comme un atout.
00:13:34et donc,
00:13:35est-ce qu'on continue
00:13:36à casser tout ça
00:13:37ou est-ce qu'on se ressaisit
00:13:39et on dit,
00:13:42profitons de ces atouts
00:13:43pour les développer
00:13:44et je pense que c'est bon,
00:13:46enfin,
00:13:47je ne pense pas,
00:13:48je suis sûr que c'est bon
00:13:48évidemment pour les salariés,
00:13:50mais aussi pour les entrepreneurs,
00:13:52pour reprendre un terme
00:13:54qui vous est cher,
00:13:55parce qu'on ne peut pas
00:13:57faire fonctionner une économie,
00:13:59on ne peut pas faire fonctionner
00:14:00une entreprise,
00:14:01je n'ai jamais été patron,
00:14:02mais enfin,
00:14:03j'en ai côtoyé quelques...
00:14:04De la CGT ?
00:14:05Non,
00:14:05je n'aime pas ce terme-là,
00:14:06moi,
00:14:06vous savez.
00:14:07Donc,
00:14:07je n'ai jamais été patron
00:14:08mais j'en ai croisé
00:14:09quand même pas mal
00:14:10depuis que je milite à la CGT,
00:14:12depuis que je travaille d'ailleurs
00:14:13et une entreprise,
00:14:15ce n'est pas que les actionnaires,
00:14:17ce n'est pas que le patron.
00:14:20Certains voulaient,
00:14:21rêvaient d'entreprise
00:14:22sans salariés,
00:14:23sans usines.
00:14:25Bon,
00:14:25on voit que ce n'est pas l'avenir,
00:14:26quoi.
00:14:27Merci,
00:14:28Philippe Martinez.
00:14:29Alors,
00:14:29Geoffroy Roux-de-Bézieux,
00:14:30Philippe Martinez évoquait à l'instant,
00:14:32justement,
00:14:32la question du modèle social.
00:14:34On a vu notamment
00:14:35avec le chômage partiel,
00:14:37l'ampleur de l'intervention publique
00:14:41dans ce domaine
00:14:42que le besoin de ce type d'intervention
00:14:43a été revalorisé en quelque sorte
00:14:46par la crise,
00:14:47le besoin d'intervention publique
00:14:49de haut niveau.
00:14:50Est-ce que, selon vous,
00:14:53il est acceptable
00:14:54et même faut-il revaloriser
00:14:56le rôle de la décision politique
00:14:58dans les orientations économiques
00:14:59puisque là,
00:15:00on sort d'une période
00:15:01ou si l'État,
00:15:04si la décision publique
00:15:05n'avait pas pris
00:15:06des décisions fortes,
00:15:09le marché en lui-même
00:15:11était là
00:15:12en grande difficulté ?
00:15:14Oui, alors, évidemment,
00:15:16sauf qu'il ne faut pas oublier
00:15:17que c'est l'État
00:15:17qui nous a arrêtés.
00:15:19Il n'y a pas là
00:15:20que c'est assez logique
00:15:21que ce soit l'État
00:15:23qui vienne au secours
00:15:23des entreprises
00:15:24et donc des salariés.
00:15:27On en parlera plus tard.
00:15:29c'est quand même
00:15:30le chômage partiel
00:15:31qui permet de préserver
00:15:32et pas partout,
00:15:33malheureusement,
00:15:33l'emploi
00:15:34parce que c'est l'État
00:15:35qui a pris la décision.
00:15:36Encore une fois,
00:15:36je ne suis pas en train de dire
00:15:37qu'il ne fallait pas confiner.
00:15:39Mais c'est la conséquence de...
00:15:41C'est pour ça que je pense
00:15:41qu'il y a un débat moral
00:15:43un peu différent
00:15:44de la crise de 2008.
00:15:46Maintenant,
00:15:46est-ce que le marché
00:15:47peut tout ?
00:15:48Non.
00:15:51D'abord,
00:15:52il faut des règles.
00:15:53Il est même pour tout le monde.
00:15:56Et ça,
00:15:56c'est un point important.
00:15:57Je ne sais pas si on parlera
00:15:58de fiscalité,
00:15:59sûrement,
00:15:59et notamment de fiscalité internationale.
00:16:01C'est la vraie...
00:16:03Enfin, ce n'est pas la vraie,
00:16:04il y en a d'autres,
00:16:04mais c'est le sujet,
00:16:05je pense,
00:16:06que nous,
00:16:07entreprenants,
00:16:07on a en termes de préoccupation
00:16:09pour l'avenir.
00:16:11Une petite insiste,
00:16:13je suis...
00:16:13Medef,
00:16:14on est rarement favorable
00:16:15aux impôts,
00:16:16en général.
00:16:17Mais on est pas
00:16:18pour la taxe GAFA,
00:16:19ce qui avait fait un peu
00:16:19grincer des dents.
00:16:20Enfin, je me suis prononcé
00:16:22pour la taxe GAFA
00:16:23parce que c'est la seule manière
00:16:24de rétablir une concurrence loyale
00:16:26avec certains géants américains.
00:16:28Donc,
00:16:28le marché ne peut pas tout.
00:16:29Il y a d'abord des secteurs
00:16:31qui ne sont pas adaptés au marché.
00:16:33Je pense,
00:16:33alors là,
00:16:33c'est plus à titre personnel,
00:16:34que l'éducation
00:16:36n'est pas forcément
00:16:38un outil de...
00:16:39Enfin, comment dire,
00:16:40un objet qu'on peut mettre
00:16:41complètement dans les lois du marché.
00:16:42Parce que le court-termisme
00:16:44du marché
00:16:45est vraiment contradictoire
00:16:46avec la longueur de vue
00:16:48qu'il faut
00:16:48pour créer
00:16:48un établissement
00:16:49d'éducation, etc.
00:16:51Vous n'êtes pas d'accord
00:16:51avec l'ancien patron de Google,
00:16:52par exemple,
00:16:52qui a plaidé,
00:16:53je ne sais plus,
00:16:53dans un journal récemment
00:16:54pour développer
00:16:56le téléenseignement
00:16:57et derrière
00:16:57les opérateurs privés...
00:16:59Le téléenseignement,
00:17:00c'est autre chose.
00:17:00Non, non,
00:17:01c'est plutôt
00:17:01la privatisation
00:17:02de l'éducation.
00:17:04Il y a aussi
00:17:05des défauts
00:17:05à tout rendre public.
00:17:09Mais pour répondre
00:17:10à votre question
00:17:10sur le rôle
00:17:11de la puissance publique,
00:17:12le retour du commissariat
00:17:13au plan,
00:17:14par exemple.
00:17:15Il n'avait jamais disparu
00:17:17complètement,
00:17:17mais il s'appelait autrement.
00:17:18Le retour au premier plan,
00:17:19si je peux me permettre
00:17:20ce mauvais jeu de mots
00:17:21du meilleur plan.
00:17:22Moi,
00:17:24je revendique,
00:17:24y compris la fête de l'UMA,
00:17:26le fait d'être libéral.
00:17:27C'est-à-dire,
00:17:27je pense que la liberté
00:17:28d'entreprendre,
00:17:29notamment,
00:17:29ce n'est pas la seule liberté,
00:17:31permet de la créativité,
00:17:33permet de créer des richesses
00:17:34et de les partager ensuite.
00:17:35Par contre,
00:17:36je reconnais aussi,
00:17:37et ce n'est pas
00:17:37parce que je suis
00:17:38à la fête de l'UMA
00:17:38que je dis,
00:17:39qu'il y a des horizons
00:17:41de temps
00:17:42où le marché
00:17:44n'est pas capable d'agir.
00:17:45Pourquoi ?
00:17:46Parce que le retour
00:17:47sur investissement
00:17:48est trop long.
00:17:49Je vais prendre un exemple
00:17:50que Philippe Martinez connaît bien,
00:17:51qui est la voiture électrique.
00:17:53En fait,
00:17:54la voiture électrique,
00:17:55la première voiture électrique
00:17:56en France,
00:17:56c'était une Citroën
00:17:57dans les années 60.
00:17:59Mais les constructeurs,
00:18:00alors je ne sais pas pour Renault,
00:18:01mais en tout cas chez PS1,
00:18:03ne l'ont jamais développé
00:18:04parce que le retour
00:18:05sur investissement
00:18:05était trop long.
00:18:06Le surcoût de la voiture électrique,
00:18:07on n'arrivait pas à la vendre,
00:18:08etc.
00:18:09Donc il y a un horizon de temps
00:18:10où l'État
00:18:12peut avoir un rôle stratégique
00:18:13de dire
00:18:14si les opérateurs privés
00:18:16n'y vont pas
00:18:17parce qu'il faut 30 ans
00:18:19pour gagner de l'argent,
00:18:20alors j'y vais.
00:18:21Et ça ne veut pas dire
00:18:22qu'il faille revenir
00:18:23au tout État,
00:18:24à la planification
00:18:27parfaite.
00:18:28On sait
00:18:29que ça a des inconvénients
00:18:32par l'expérience historique,
00:18:34notamment,
00:18:34évidemment,
00:18:35dans l'Europe de l'Est.
00:18:36Et au-delà de ça,
00:18:37le monde
00:18:38est tellement devenu
00:18:40complexe
00:18:41que je pense
00:18:42que planifié
00:18:43comme dans les années 60,
00:18:44il ne faut pas oublier
00:18:44que l'économie française
00:18:45des années 60,
00:18:46les débouchés
00:18:47c'était 100% en Europe
00:18:49et le marché intérieur
00:18:49faisait 70%.
00:18:51Ce qui, d'ailleurs,
00:18:52si je peux faire
00:18:52une dernière petite incise,
00:18:54permet de répondre
00:18:55à l'argument
00:18:56que Philippe Martins
00:18:57a développé tout à l'heure
00:18:59sur le thème,
00:19:00je ne sais pas si c'est la CGT,
00:19:02la feuille de paye
00:19:03n'est pas l'ennemi de l'emploi.
00:19:04– Ça a dû l'être.
00:19:08– Ça a pu l'être, oui.
00:19:10Le problème, c'est le marché,
00:19:12enfin, c'est la taille du marché.
00:19:13C'est-à-dire que si on était
00:19:14sur un pays
00:19:15qui achetait tous ses biens
00:19:17fabriqués dans le pays,
00:19:19effectivement,
00:19:19c'est le théorème de Ford
00:19:21dans les années 20,
00:19:22j'augmente mes salariés
00:19:23pour qu'ils puissent acheter
00:19:24des voitures.
00:19:25Ça marche dans un univers fermé.
00:19:27Mais malheureusement,
00:19:28on n'est plus un univers fermé.
00:19:29Et je pense qu'on ne reviendra pas,
00:19:31on pourra discuter
00:19:32des frontières de l'Europe, etc.
00:19:34Il y a des choses
00:19:34qui vont bouger.
00:19:35Mais on ne reviendra pas
00:19:36à un monde
00:19:37où la France,
00:19:38où l'Europe fabrique
00:19:40tous ses t-shirts,
00:19:41tous les poules à de l'électronique,
00:19:44etc.
00:19:46On peut revenir un peu en arrière,
00:19:47on peut faire de la localisation,
00:19:49mais en parvenir à 100%,
00:19:50je n'y crois pas du tout.
00:19:52– Merci.
00:19:53La feuille de paye
00:19:54n'est pas l'ennemi de l'emploi,
00:19:55je crois que c'était un slogan
00:19:55de Jacques Chirac,
00:19:56je ne suis pas sûr que…
00:19:57– Ah merde,
00:19:58je suis désolé.
00:19:59– La CGT en 1995.
00:20:00– Mais c'est ce qu'on dit.
00:20:02– Oui, il avait peut-être
00:20:03emprunté au moins dans l'esprit
00:20:05la CGT.
00:20:06– Jacques Chirac
00:20:07n'a pas dit que des conneries.
00:20:09– C'était au moment
00:20:09de la fracture sociale.
00:20:10Philippe Martinez,
00:20:12un peu la même question.
00:20:13Est-ce que finalement,
00:20:15Geoffroy Roux-Blessieux dit
00:20:16« le marché ne peut pas tout ».
00:20:18– Mais l'État ne peut pas tout non plus.
00:20:20– Je suppose qu'il pouvait
00:20:20partager cette phrase.
00:20:23Est-ce que vous pensez
00:20:24qu'il y a une intervention publique
00:20:26dans l'économie qui fait
00:20:27qu'à un moment,
00:20:28le marché ne peut pas
00:20:29dicter ses règles ?
00:20:31– Le marché ne doit pas tout.
00:20:33Ne doit pas tout.
00:20:34Or, c'est quand même
00:20:34la dérive qu'on connaît
00:20:35depuis quelques décennies.
00:20:38Il faut des règles.
00:20:39Et pas qu'en matière de fiscalité,
00:20:41et pas que pour les GAFA.
00:20:43Il faut des règles.
00:20:44en matière de fiscalité,
00:20:46comment on lutte
00:20:47contre l'évasion fiscale,
00:20:49par exemple.
00:20:51Il y a une affaire en cours
00:20:52en ce moment avec…
00:20:53C'est un fonds de pension américain,
00:20:55mais qui essaye de fermer
00:20:56un bout d'une entreprise
00:20:57à Cognac,
00:20:58qui s'appelle Veralia.
00:21:01Donc, la fiscalité,
00:21:02mais aussi des règles sociales.
00:21:04Des règles sociales.
00:21:05Et on peut très bien,
00:21:07à l'échelle de notre pays,
00:21:08par exemple,
00:21:09en matière d'investissement public,
00:21:13créée dans les appels d'offres
00:21:14de marché public,
00:21:15qui représentent au moins 40%
00:21:19des investissements nationaux,
00:21:22imposer que les entreprises
00:21:24qui participent,
00:21:25ou en tout cas qui déposent
00:21:26des offres dans ces marchés publics,
00:21:28respectent un minimum
00:21:30de règles sociales.
00:21:32Et je pense que vous devriez
00:21:34être d'accord avec nous sur ça.
00:21:36Puisque c'est votre prédécesseur
00:21:37qui rêvait de m'emmener en Chine,
00:21:38pas vous,
00:21:39vous ne l'avez jamais proposé.
00:21:41Aucune entreprise chinoise
00:21:43ne pourrait participer
00:21:47à des appels d'offres en France
00:21:49pas sur des règles contraignantes.
00:21:52C'est juste l'application
00:21:53des conventions internationales
00:21:55de l'OIT,
00:21:55Organisation Internationale du Travail.
00:21:57Vous voyez,
00:21:57Jean-Pandeux,
00:21:58la liberté de se syndiquer
00:21:59et la liberté de faire grève.
00:22:02Si ces règles-là
00:22:03étaient dans les appels d'offres
00:22:05des marchés publics,
00:22:06pas d'entreprises
00:22:07qui ne respectent pas ça.
00:22:08Et si on fait le tour de la planète,
00:22:10il y en a quand même quelques-unes.
00:22:11Et puis des règles environnementales,
00:22:13là aussi.
00:22:13Et donc,
00:22:15fiscalité,
00:22:16environnement social,
00:22:17ça permet,
00:22:17ce n'est pas du nationalisme,
00:22:20ce n'est pas du protectionnisme,
00:22:22je suis d'accord avec vous,
00:22:23c'est que les règles soient les mêmes
00:22:26pour tout le monde.
00:22:26On peut le faire à l'échelle européenne.
00:22:28Nous, on se bat avec l'ensemble,
00:22:30d'ailleurs,
00:22:31enfin une grande partie
00:22:31des syndicats européens
00:22:32pour qu'il y ait un salaire minimum
00:22:34en Europe.
00:22:34C'est-à-dire que,
00:22:35parce qu'il y a du dumping social,
00:22:37y compris au sein même de l'Europe,
00:22:38et des entreprises françaises,
00:22:41ou en tout cas fortement françaises,
00:22:43je vois la mienne,
00:22:45s'appuie sur ces différences
00:22:47de règles sociales
00:22:48pour aller s'installer
00:22:50dans d'autres pays européens
00:22:51en disant,
00:22:52mais ils travaillent plus,
00:22:53ils sont moins chers,
00:22:53ils n'ont pas les 35 heures,
00:22:54etc.
00:22:55Donc je pense qu'on a besoin de règles.
00:22:58Et ça,
00:23:00ça ne peut pas être laissé au marché
00:23:01parce que l'unique but du marché,
00:23:03c'est de casser ces règles
00:23:04et de culpabiliser ceux
00:23:06qui ont un peu de droit
00:23:07pour leur dire,
00:23:08vous voyez,
00:23:08si vous étiez dans tel ou tel pays,
00:23:12si vous acceptiez
00:23:14les règles sociales
00:23:15de tel ou tel pays,
00:23:16vous auriez du boulot.
00:23:16Ça ne peut pas être ça,
00:23:17la logique.
00:23:18Et donc,
00:23:18oui,
00:23:19il faut un État qui,
00:23:20des États,
00:23:21un État en France,
00:23:22mais des États au niveau européen
00:23:24et pourquoi pas à l'échelle mondiale.
00:23:26Je rappelle que l'OMC
00:23:28n'a aucun rapport avec l'ONU,
00:23:30qui est la seule organisation
00:23:32au niveau international
00:23:33qui a cette légitimité,
00:23:35alors que l'OIT,
00:23:36l'Organisation Internationale du Travail,
00:23:39comme l'OMS,
00:23:40est directement sous la Coupe de l'ONU.
00:23:42Donc,
00:23:43il faut des organisations internationales
00:23:47qui permettent ça.
00:23:48Alors,
00:23:48il y a des débats,
00:23:49il y a des débats,
00:23:50mais le patronat mondial,
00:23:53on voit bien
00:23:54dans les conférences internationales
00:23:56du travail
00:23:57qui se tiennent à Genève
00:23:58tous les ans,
00:23:59enfin,
00:23:59sauf cette année,
00:24:00on quand même traîne des pieds,
00:24:02c'est le moins qu'on puisse dire,
00:24:03pour qu'il y ait plus d'égalité
00:24:05de règles sociales
00:24:06et environnementales
00:24:07à l'échelle de la planète.
00:24:08On a vu le débat
00:24:09qu'il y a eu l'année dernière
00:24:10sur l'égalité entre les femmes
00:24:12et les hommes,
00:24:13etc.,
00:24:13etc.
00:24:14Donc,
00:24:14oui,
00:24:15il faut que dans ces conditions,
00:24:17l'État intervienne.
00:24:18Alors,
00:24:18l'État,
00:24:18entre l'État ne peut pas tout
00:24:20et comme je l'ai entendu encore
00:24:22de la part du nouveau Premier ministre,
00:24:23ça doit être une phrase
00:24:25que les premiers ministres successifs
00:24:26répètent,
00:24:27enfin répètent dès qu'ils arrivent,
00:24:29mais entre l'État ne peut pas tout
00:24:30et l'État ne peut rien,
00:24:31oui,
00:24:31il faut des règles.
00:24:32Et je finis juste sur une chose,
00:24:34il faut y compris des règles
00:24:35dans notre pays.
00:24:35Il y a des tentatives,
00:24:37enfin,
00:24:38je ne vais pas vous faire
00:24:39des procès d'intention,
00:24:40mais en tout cas,
00:24:40j'entends des voix patronales
00:24:42qui disent qu'il faudrait même
00:24:43des règles au niveau des régions.
00:24:45Par exemple,
00:24:46des SMIC régionaux,
00:24:48vous mesurez,
00:24:49on peut mesurer,
00:24:51ce que ça donnerait
00:24:53comme catastrophe.
00:24:53Ça serait là aussi
00:24:54l'organisation du moins-disant social,
00:24:56selon la région où on habite,
00:24:58on ne peut pas continuer comme ça.
00:25:00Et d'ailleurs,
00:25:00ça se voit déjà aujourd'hui
00:25:03en matière de financement public.
00:25:05Il y a beaucoup d'aides publiques.
00:25:06Vous ne payez pas que des impôts,
00:25:07M. Routes-Bézieux.
00:25:08Il y a quand même
00:25:09beaucoup d'argent
00:25:10de nos impôts à nous
00:25:11qui vont dans les poches
00:25:12d'un certain nombre
00:25:13de grandes entreprises
00:25:14à l'échelle nationale
00:25:16et à l'échelle régionale
00:25:17ou locale.
00:25:19Je peux répondre à ça ?
00:25:20Oui, bien sûr.
00:25:20Ça ne vous ennuie pas
00:25:21qu'on vous boycote de l'île ?
00:25:22Non, non, bien sûr.
00:25:22C'est le but du débat.
00:25:24Allez-y.
00:25:24Je vous en prie.
00:25:26Il y a pas mal de choses.
00:25:26Je vais juste commencer
00:25:27par la dernière.
00:25:28Vous savez ce que c'est
00:25:29qu'une aide publique.
00:25:30C'est un morceau d'impôt
00:25:31qu'on vous a pris
00:25:32qu'on vous rend.
00:25:33Ça, la réalité.
00:25:34Parce que les entreprises
00:25:35payent énormément d'impôts.
00:25:36On est le pays, vous le savez,
00:25:37qui payent le plus d'impôts
00:25:39particuliers.
00:25:40Particuliers, je ne vous ai pas interrompu.
00:25:41Allez-y, allez-y.
00:25:42Particuliers et entreprises.
00:25:45Donc, dire
00:25:46je te pique ton portefeuille
00:25:47et je te rends 100 balles
00:25:49de je t'ai piqué,
00:25:50je pense que ce n'est pas
00:25:50la bonne manière de raisonner.
00:25:52Quand on est une discussion
00:25:54sur quels sont les bons leviers
00:25:55actionnés ou R.O.
00:25:56On veut que les entreprises
00:25:57se dirigent,
00:25:58ça, ça peut faire partie
00:25:59du débat.
00:25:59Mais ce procès permanent
00:26:01en disant
00:26:02les entreprises
00:26:02s'en mettent plein les poches,
00:26:04moi, je ne l'accepte pas.
00:26:05Je voudrais revenir par contre
00:26:06sur le début
00:26:07de votre intervention.
00:26:09L'impôt, il est dû par tous.
00:26:11Oui, bien sûr qu'il est dû par tous,
00:26:12mais tout le monde le paye.
00:26:13Les entreprises
00:26:14comme les particuliers.
00:26:15Oui, bien sûr.
00:26:16Et on parle quand même
00:26:17beaucoup plus,
00:26:18en tout cas, par exemple,
00:26:19le plan de relance.
00:26:19C'est avec vous que je débat
00:26:20avec Philippe Martinez ?
00:26:21Non, non, mais juste
00:26:22sur cette question
00:26:23de la fiscalité de baisse
00:26:24des impôts de production,
00:26:25c'est de ça
00:26:26dont on parle aujourd'hui.
00:26:28Pas de baisse de la TVA,
00:26:29pas de baisse de l'impôt
00:26:30que tout le monde paye.
00:26:30Non, mais on baisse
00:26:31de la taxe d'habitat.
00:26:32Bon, mais on reviendra
00:26:33sur les impôts.
00:26:33Je voudrais juste revenir
00:26:34sur les marchés publics.
00:26:38Nous, on n'est pas contre.
00:26:40On a poussé le...
00:26:42Alors, en anglais,
00:26:42Buy Open Act,
00:26:44qui est l'équivalent
00:26:45de ce que font les Américains
00:26:47et qui, simplement,
00:26:49privilégie les entreprises
00:26:50européennes dans les appels
00:26:51d'offres vis-à-vis
00:26:54des entreprises hors Europe.
00:26:56Les Américains,
00:26:57elles font.
00:26:58Avec une loi.
00:26:59Les Chinois le font sans loi
00:27:00parce qu'ils n'en ont pas
00:27:01vraiment besoin.
00:27:02Donc, un marché public en Chine,
00:27:03c'est de toute façon
00:27:04la prise chinoise,
00:27:05quels que soient les cas.
00:27:07Et je trouve dommage
00:27:08qu'on ne le fasse pas.
00:27:09Et en fait,
00:27:09ça répondrait à votre point
00:27:10puisque par construction,
00:27:11une entreprise européenne
00:27:12est les mieux disantes sociales
00:27:14que son confrère,
00:27:15enfin,
00:27:15que son concurrent américain
00:27:16et que son concurrent chinois.
00:27:19sur le patronat mondial,
00:27:21je vais vous faire une confidence,
00:27:22ça n'existe pas,
00:27:23le patronat mondial.
00:27:24En réalité,
00:27:26il y a une organisation.
00:27:28Mais l'équivalent du Medef
00:27:30en Chine,
00:27:30c'est le Parti communiste.
00:27:33C'est pour ça que Gattas
00:27:35voulait m'emmener en Chine.
00:27:36Peut-être.
00:27:37Parce que le Medef
00:27:37et le Parti communiste chinois
00:27:38ont des intérêts communs.
00:27:39Non, mais pour être sérieux de minutes,
00:27:41il n'y a pas de liberté
00:27:41de se syndiquer en Chine.
00:27:43Il n'y a pas non plus
00:27:44d'organisation
00:27:46représentant les employeurs
00:27:47parce que de toute façon,
00:27:49c'est une économie
00:27:50qui est dirigée.
00:27:52Donc, à partir de là,
00:27:54je serais ravi
00:27:55qu'il y ait une gouvernance mondiale.
00:27:57Peut-être que je suis
00:27:58trop pessimiste
00:27:59ou je ne suis pas.
00:28:00Je n'y crois pas.
00:28:02Je crois au contraire
00:28:03que la bonne manière d'agir,
00:28:05c'est d'essayer.
00:28:07C'est compliqué
00:28:08parce que l'Europe,
00:28:09même à l'intérieur des 27,
00:28:10on sait bien
00:28:11qu'il y a des sous-modèles différents.
00:28:13Mais de définir
00:28:15ce que c'est
00:28:15que le capitalisme européen.
00:28:18Vous savez,
00:28:18il y a ce vieux truc
00:28:19du capitalisme rénant
00:28:20par opposition
00:28:21au capitalisme anglo-saxon.
00:28:22Donc, il est un modèle différent
00:28:24qui est moins financier,
00:28:26qui est un modèle social
00:28:27plus protecteur
00:28:27avec des nuances
00:28:28entre le nord de l'Europe
00:28:30et le sud de l'Europe.
00:28:32Parce que moi,
00:28:33je suis vraiment convaincu,
00:28:35je ne dis pas ça
00:28:35pour me jouer à serpeur,
00:28:38qu'on rentre
00:28:38dans les années qui viennent
00:28:39dans une guerre de modèles
00:28:41économiques.
00:28:43Alors, j'exclus,
00:28:44pour répondre
00:28:44à la toute première question,
00:28:45qu'il y ait une alternative.
00:28:46Ça fait 200 ans
00:28:47qu'on cherche
00:28:47et ça n'a jamais marché.
00:28:49Mais on peut avoir
00:28:49ce débat aussi.
00:28:50Mais si on reste
00:28:51dans une forme
00:28:52d'économie de marché,
00:28:53vous avez le modèle anglo-saxon,
00:28:55le modèle chinois
00:28:56qui réussit.
00:28:58Parce que nous,
00:28:58pendant très longtemps...
00:28:59À quel prix ?
00:29:00Oui, mais il réussit.
00:29:01Je ne suis pas en train
00:29:01de défendre.
00:29:02Non, mais il faut dire un truc.
00:29:04C'était une tradition
00:29:05au MEDEF
00:29:05de défendre le modèle chinois.
00:29:06Non, non, non.
00:29:08Non, mais il y a 20 ans,
00:29:09tout le monde croyait,
00:29:09enfin, tout le monde,
00:29:10peut-être pas vous,
00:29:11mais tout le monde croyait.
00:29:12Quand Clinton fait rentrer
00:29:14la Chine à l'OMC,
00:29:15l'idée derrière,
00:29:16c'est de dire...
00:29:17C'est une vieille...
00:29:18C'est-à-dire,
00:29:18c'est une vieille idée politique.
00:29:20La liberté politique
00:29:23va de pair
00:29:24avec la liberté économique.
00:29:25Donc, vous donnez
00:29:26la liberté économique
00:29:27à la Chine
00:29:28qui va rentrer
00:29:28dans les communs de marché
00:29:29et derrière,
00:29:30il y aura...
00:29:32C'est pas une révolution,
00:29:32mais il y aura en tout cas
00:29:33un progrès vers la liberté syndicale,
00:29:36la liberté politique,
00:29:37celle qu'on connaît,
00:29:37nous, dans nos démocraties.
00:29:39Mais en fait,
00:29:39il s'est passé l'inverse.
00:29:41Et d'ailleurs,
00:29:42il s'est passé l'inverse
00:29:43dans beaucoup de pays du monde.
00:29:44Aujourd'hui,
00:29:45le monde est moins...
00:29:46Enfin, c'est ce que vous avez dit,
00:29:47je crois que l'on peut être
00:29:47au moins d'accord là-dessus.
00:29:48Le monde est moins démocratique
00:29:50et il y a plus de pays
00:29:51qui pratiquent
00:29:52plus ou moins,
00:29:53alors évidemment,
00:29:54avec des degrés,
00:29:55une forme de régime autoritaire.
00:29:57Et ce qui est,
00:29:59je trouve,
00:30:00très inquiétant,
00:30:01c'est que,
00:30:02économiquement,
00:30:03en termes de performance
00:30:04économique pure,
00:30:05ça marche.
00:30:06Ça dépend des pays,
00:30:07évidemment.
00:30:08Mais...
00:30:08Et donc, ça,
00:30:09je pense,
00:30:10ça pose un problème collectif
00:30:11de définir le modèle européen.
00:30:13Alors après,
00:30:13à l'intérieur de ça,
00:30:15vous savez,
00:30:15enfin, je pense qu'au niveau
00:30:16des syndicats européens,
00:30:17vous devez retrouver
00:30:17le même problème
00:30:18et on a le même problème
00:30:19au niveau des patrons
00:30:20européens,
00:30:21vous avez des pays
00:30:22qui sont,
00:30:23on va dire,
00:30:24plus sociaux que d'autres,
00:30:25mais enfin,
00:30:26qui ont une vision différente
00:30:27à l'intérieur de ce modèle
00:30:29de l'économie de marché.
00:30:30Et quand on essaie
00:30:31d'avoir,
00:30:31au niveau du patron européen,
00:30:33présidé par Gattaz,
00:30:35une position commune,
00:30:37eh bien,
00:30:37c'est très difficile.
00:30:38Par exemple,
00:30:38sur la taxe carbone
00:30:39aux frontières,
00:30:40nous,
00:30:41on la soutient.
00:30:42Encore un impôt
00:30:43que je soutiens,
00:30:43oui,
00:30:44tout arrive.
00:30:45Je peux vous expliquer
00:30:46pourquoi,
00:30:48mais on est les seuls
00:30:49pour le moment,
00:30:50pas les seules organisations patronales.
00:30:52Les Allemands
00:30:52commencent à un peu bouger.
00:30:54Donc,
00:30:55je pense que là,
00:30:56il y a un travail
00:30:57qui est compliqué,
00:30:59mais qui est possible
00:31:00au niveau mondial.
00:31:02Objectivement,
00:31:02je n'y crois pas.
00:31:03J'aimerais que vous ayez raison,
00:31:04d'ailleurs,
00:31:04d'une certaine manière.
00:31:05Mais je n'y crois pas une minute.
00:31:06En tout cas,
00:31:07les États peuvent imposer
00:31:08des règles
00:31:09et des règles qui ne sont pas…
00:31:11Mais c'est chacun la sienne.
00:31:12C'est ça le problème.
00:31:13Oui,
00:31:13mais il y a des organisations
00:31:16internationales.
00:31:17Enfin,
00:31:17on arrive…
00:31:17C'est vrai que c'est de plus en plus difficile,
00:31:19par exemple,
00:31:19sur le maintien de la paix,
00:31:21sur l'ONU.
00:31:22Mais,
00:31:22y compris,
00:31:23on pourrait,
00:31:23en tout cas,
00:31:24nous,
00:31:24on le propose,
00:31:25d'avoir des tribunaux internationaux
00:31:28pour sanctionner des entreprises
00:31:29qui ne respectent pas
00:31:30les droits sociaux.
00:31:31Parce que,
00:31:32comme on le fait
00:31:33pour d'autres questions,
00:31:34y compris,
00:31:35il faudrait intégrer aujourd'hui
00:31:35les questions environnementales.
00:31:37Parce qu'il y a des entreprises
00:31:38qui ne tuent pas directement
00:31:39des salariés
00:31:41à cause des conditions de travail,
00:31:42mais qui tuent la planète
00:31:43et qui ont des conséquences
00:31:44sur les citoyens.
00:31:46Donc,
00:31:46je pense que…
00:31:47Il y a des…
00:31:48Enfin,
00:31:48et ça,
00:31:49c'est le rôle des États.
00:31:49Alors,
00:31:50évidemment,
00:31:50dans la diversité
00:31:51des États qui existent.
00:31:53Mais,
00:31:53par exemple,
00:31:54moi,
00:31:55je reviens…
00:31:56On va arrêter de parler
00:31:57de vos impôts,
00:31:58mais…
00:31:58Parce que vous parlez
00:31:59beaucoup d'impôts,
00:32:00mais jamais de subventions.
00:32:01Il y a beaucoup de subventions…
00:32:03Enfin,
00:32:03moi,
00:32:03j'appelle ça des subventions publiques
00:32:04pour les entreprises.
00:32:05Et ça,
00:32:05on peut faire…
00:32:06C'est des milliards et des milliards.
00:32:07Mais je ferme cette parenthèse.
00:32:09Par contre,
00:32:10il pourrait y avoir,
00:32:11y compris pour les…
00:32:12Parce que les entreprises françaises
00:32:14profitent
00:32:15de ces États
00:32:17qui ne sont pas très regardants
00:32:19avec les droits sociaux.
00:32:21Et ça,
00:32:21on fait ça au nom du marché.
00:32:23On parle de…
00:32:25De lois du marché.
00:32:26On dit,
00:32:26ben oui,
00:32:27mais si on ne s'implante pas là,
00:32:28vous vous rendez compte,
00:32:29on ne va pas avoir de débouchés.
00:32:31Or,
00:32:31on fait…
00:32:32Pas directement.
00:32:34Il faudrait vérifier,
00:32:35mais pas directement.
00:32:37Mais dans les sous-traitants,
00:32:41il y a des entreprises,
00:32:43on en a des oncées dans l'automobile,
00:32:45on peut en énoncer dans plein de choses,
00:32:46qui font travailler des enfants.
00:32:47Qui font travailler des enfants.
00:32:49Et ça,
00:32:50au moins au MEDEF,
00:32:52vous pourriez taper du poing sur la table,
00:32:54parce que là,
00:32:55ce n'est pas de la faute
00:32:56ni aux Chinois,
00:32:56ni aux Américains.
00:32:57c'est au nom de la loi du marché.
00:32:59Ben oui,
00:33:00mais c'est comme ça.
00:33:00Vous savez,
00:33:01un PDG me disait,
00:33:04nous,
00:33:04on respecte les règles en vigueur
00:33:05dans les pays où on va.
00:33:07Voilà le problème.
00:33:08On n'a pas d'éthique sociale
00:33:11et parfois pas environnementale.
00:33:14On pourrait au moins discuter
00:33:15de ces questions-là.
00:33:16Le Froid-Roude-Bézy,
00:33:17justement,
00:33:17quels sont les critères
00:33:20qui doivent guider l'économie de demain ?
00:33:21Pour être concret,
00:33:22est-ce que la recherche de la rentabilité,
00:33:24elle est compatible
00:33:25avec les impératifs sociaux,
00:33:27environnementaux,
00:33:27dont l'importance est accrue,
00:33:30on l'a vu,
00:33:30en tout cas la perception,
00:33:31cette importance est accrue
00:33:32avec la crise ?
00:33:34Juste,
00:33:36évidemment,
00:33:37je ne connais pas
00:33:37toutes les entreprises françaises
00:33:38et internationales.
00:33:39Il y a une loi
00:33:40qui a été passée en 2015,
00:33:42je crois,
00:33:43qui s'appelle
00:33:43le devoir de vigilance,
00:33:45qui permet
00:33:46à n'importe quelle ONG
00:33:47d'attaquer une entreprise française.
00:33:50On est les seuls au monde
00:33:50à avoir ça.
00:33:51C'est très bien.
00:33:52Si jamais,
00:33:53je ne dis pas que c'est bien ou mal,
00:33:54mais je ne pense pas
00:33:55qu'il y ait beaucoup
00:33:56de entreprises françaises
00:33:57qui, encore aujourd'hui,
00:33:59à l'heure où on parle,
00:34:00aient des sous-traitants.
00:34:01Alors peut-être
00:34:01qu'au bout de cinq sous-traitants,
00:34:03il y a un moment
00:34:04où ça devient très compliqué
00:34:05quand même.
00:34:07Non, mais honnêtement,
00:34:08c'est des...
00:34:09Non, la vraie économie,
00:34:11c'est très compliqué
00:34:12de savoir qui livre quoi.
00:34:13En tout cas,
00:34:14je serais très étonné,
00:34:15évidemment,
00:34:16je ne peux pas parler
00:34:16pour toutes les entreprises.
00:34:18Pour répondre à votre question,
00:34:19je pense qu'il faut
00:34:21séparer l'aspect...
00:34:22Enfin, pas le séparer,
00:34:23mais disons que les problèmes
00:34:24se posent différemment
00:34:25sur l'aspect environnemental
00:34:26que sur l'aspect,
00:34:27on va dire, social.
00:34:28Sur l'aspect environnemental,
00:34:29je commence par ça
00:34:30parce que c'est beaucoup
00:34:30le plus difficile.
00:34:32j'ai vu que le maire de Lyon
00:34:34disait que le Tour de France
00:34:35c'était machiste et polluant.
00:34:37Bon.
00:34:39Oui, toute activité humaine,
00:34:40c'est polluant.
00:34:42Quand je me lève le matin,
00:34:44que j'allume la lumière...
00:34:45Sauf dormir.
00:34:45Sauf dormir.
00:34:46C'est pour ça qu'on est
00:34:46pour les 32 heures
00:34:47parce que quand on dort,
00:34:48on ne pollue pas.
00:34:50Vous pouvez dormir avec...
00:34:51Vous pouvez dormir
00:34:52avec la 3 heures supplémentaires.
00:34:53On peut faire du vélo.
00:34:55Non, mais vivre,
00:34:56se lever, manger,
00:34:59boire,
00:35:00avec modération, bien sûr,
00:35:02etc., etc.
00:35:02Je ne sais pas quoi,
00:35:03se raser le matin.
00:35:04Alors, bon,
00:35:05je dirais à un moment,
00:35:06donc l'activité,
00:35:08c'est polluant.
00:35:08Et dans 99% des cas,
00:35:10en tout cas dans le monde
00:35:11de l'entreprise,
00:35:13si produire en polluant moins,
00:35:14c'était moins cher,
00:35:15il y a longtemps qu'on l'aurait fait
00:35:16puisque le marché,
00:35:17le fameux marché,
00:35:18nous pousse à baisser les coûts.
00:35:19Bon. Donc, ça veut dire quoi ?
00:35:21Ça veut dire que produire
00:35:21à décarboner,
00:35:23c'est plus cher.
00:35:24Alors, ça dépend beaucoup des cas
00:35:25parce qu'il y a des moments
00:35:27où en investissant,
00:35:28on retrouve,
00:35:29alors après des années,
00:35:32un équilibre économique
00:35:33qui fonctionne.
00:35:34Mais dans certains cas,
00:35:37ben non.
00:35:38Je vais prendre un exemple
00:35:39que j'ai un peu étudié
00:35:40qui est le ciment.
00:35:41Le ciment,
00:35:43le ciment,
00:35:44de quel que soit
00:35:45le ciment du monde,
00:35:46c'est un ciment décarboné.
00:35:47On peut décarboner,
00:35:48on peut décarboner
00:35:49pas complètement
00:35:49parce que le ciment,
00:35:51en fait,
00:35:51c'est l'industrie
00:35:52qui produit le plus de CO2.
00:35:54On peut décarboner,
00:35:56alors pas complètement,
00:35:57mais je crois qu'on peut baisser
00:35:58de 30 à 40%
00:35:59par tonne de ciment
00:36:00l'émission de CO2.
00:36:02Sauf que ça coûte
00:36:02à peu près 30% plus cher.
00:36:04Le problème,
00:36:05c'est que les cimentiers français
00:36:07qui veulent le faire,
00:36:08ils vont vendre leurs ciments
00:36:09à des entrepreneurs
00:36:10du bâtiment,
00:36:11qui vont dire
00:36:12« moi,
00:36:12je ne peux pas acheter
00:36:12mon ciment 30% plus cher
00:36:14parce que je ne sais pas
00:36:14le vendre aux particuliers
00:36:17à qui je construis la maison
00:36:17ou enfin au chantier
00:36:1830% plus cher. »
00:36:20on est face
00:36:21à une difficulté économique
00:36:22et c'est pour ça,
00:36:23ça me permet de boucler
00:36:24avec la taxe carbone
00:36:25aux frontières,
00:36:26qu'on soutient cette taxe.
00:36:28C'est quoi la taxe carbone
00:36:28aux frontières ?
00:36:29C'est en fait
00:36:30un système qui dit
00:36:31« je vais prendre
00:36:32le contenu carbone
00:36:34d'un produit
00:36:35qui arrive de l'extérieur,
00:36:37je vais faire une estimation
00:36:38pour être précis
00:36:38parce que c'est ça
00:36:39où c'est difficile
00:36:40et je vais lui appliquer
00:36:41la différence de coût. »
00:36:43Parce que sinon,
00:36:44qu'est-ce qui se passe ?
00:36:44Si on dit
00:36:45« ok, j'oblige
00:36:47au 1er janvier 2021
00:36:48tous les cimentiers français
00:36:51à employer un procédé
00:36:52qui baisse leur télérimone,
00:36:54ils ne vont plus vendre
00:36:54leur ciment,
00:36:55donc ils vont fermer,
00:36:56on continuera à importer
00:36:57du ciment
00:36:58et on aura détruit
00:36:59de l'emploi
00:36:59et pas sauver la planète
00:37:00puisque le ciment
00:37:01qu'on aura importé
00:37:02viendra de l'étranger.
00:37:03La grosse difficulté de ça,
00:37:05au-delà de la difficulté politique
00:37:07que j'ai évoquée,
00:37:08c'est-à-dire que les autres pays
00:37:08ne sont pas d'accord,
00:37:09notamment les pays
00:37:10qui sont plus importateurs
00:37:11que nous,
00:37:12c'est le fait que
00:37:14comment on fait
00:37:14pour tracer
00:37:16production par production
00:37:17le contenu CO2
00:37:20sur du matériel ?
00:37:21On est capable de le faire
00:37:22par exemple en matière
00:37:23de transport,
00:37:24comment c'est transporté
00:37:25parce que bien souvent
00:37:26c'est en camion.
00:37:26Oui, on prend…
00:37:27Non, mais je ne dis pas
00:37:28que c'est impossible,
00:37:28c'est possible pour l'acier.
00:37:29Il peut y avoir une estimation
00:37:30quand même.
00:37:30On prend ce qu'on appelle
00:37:31un proxy,
00:37:33c'est-à-dire qu'on dit
00:37:34que l'électricité turque
00:37:35en moyenne est produite
00:37:37par le charbon à 80%,
00:37:38donc on fait une estimation.
00:37:40Ça marche pour le…
00:37:40Enfin, ça marche.
00:37:41Si on a un accord politique,
00:37:42ça marche pour le charbon,
00:37:44ça marche pour l'aluminium,
00:37:45ça marche pour l'acier,
00:37:46mais ça devient très compliqué
00:37:48quand c'est un téléphone portable
00:37:49dont un bout a été fait à Taïwan,
00:37:51l'autre bout à Shenzhen,
00:37:52le troisième bout, etc.
00:37:54Mais c'est la seule réponse
00:37:56pour moi
00:37:56à l'environnement…
00:37:57Enfin,
00:38:00au réchauffement climatique
00:38:01parce que l'autre solution,
00:38:03on la connaît,
00:38:04c'est la décroissance.
00:38:06Et ça,
00:38:07je pense qu'on n'y est
00:38:09collectivement pas prêt.
00:38:10Vous avez des gens
00:38:11qui sont prêts effectivement
00:38:12à vivre
00:38:13en étant en eau torcie,
00:38:14etc.,
00:38:15la toilette sèche,
00:38:16le truc, le machin,
00:38:16mais je pense que
00:38:18ce n'est quand même pas
00:38:18la majorité de nos concitoyens.
00:38:20Sur le plan social,
00:38:22là, on est sur autre chose.
00:38:24On a…
00:38:24Moi, ça ne me gêne pas
00:38:25de parler de modèle social,
00:38:27mais ce modèle social,
00:38:28il a un coût.
00:38:29Ce sont les cotisations sociales.
00:38:32Ça a l'air différé,
00:38:33pour prendre un vocabulaire
00:38:34de la CGT.
00:38:34Mais on aime bien
00:38:35cotisation sociale,
00:38:36vous parlez toujours de charge.
00:38:38C'est la même chose.
00:38:39On paye pour avoir un…
00:38:41Allez-y,
00:38:42c'est le même taux.
00:38:43On paye pour avoir…
00:38:44Bon,
00:38:44le problème,
00:38:45c'est qu'au sein de l'Europe,
00:38:46vous le savez,
00:38:47on a des modèles sociaux
00:38:48qui sont encore
00:38:49– je ne parle même pas
00:38:50de l'Asie ou de la Chine,
00:38:51etc. –
00:38:51qui sont encore très différents.
00:38:53Et on a choisi,
00:38:55tous collectivement,
00:38:56alors vous n'êtes peut-être
00:38:56pas tous votés de la même manière,
00:38:57mais on a choisi
00:38:59d'unir nos dessins
00:38:59sur le plan économique
00:39:00avec la même monnaie.
00:39:02Donc là,
00:39:02c'est beaucoup plus compliqué.
00:39:04Parce que,
00:39:05en gros,
00:39:05vous proposez un SMIC européen,
00:39:08pourquoi pas ?
00:39:09Je vais vous dire,
00:39:09si je suis très cynique,
00:39:10ça nous avantage.
00:39:12Puisque globalement,
00:39:13même si on a des usines
00:39:14à l'étranger,
00:39:14on a plus de production en France.
00:39:16Donc ça va faire monter
00:39:16les coûts des autres.
00:39:17Donc c'est très bien.
00:39:19Le problème,
00:39:20c'est qu'aller dire ça
00:39:21aux patrons napolonnais,
00:39:22ou…
00:39:23– C'est à vous de le faire,
00:39:24ça, c'est pas à moi.
00:39:24– Moi, je ne suis pas
00:39:25patron des patrons polonais.
00:39:26– Ah bon, pardon.
00:39:27– Non, vous êtes patron des patrons.
00:39:28– Porte-parole des patrons.
00:39:30– Ah d'accord.
00:39:30– Donc, je ne sais pas faire.
00:39:32Alors, on peut imaginer…
00:39:34– Attends, je finis.
00:39:34– On peut imaginer,
00:39:35par exemple,
00:39:36et nous,
00:39:37on n'est pas forcément
00:39:37aussi là-sins,
00:39:38d'avoir un SMIC
00:39:40qui soit déjà
00:39:40un pourcentage du salaire
00:39:43moyen, etc.
00:39:43C'est-à-dire,
00:39:44en rapport avec le pouvoir
00:39:45d'achat du pays.
00:39:46Je ne sais plus
00:39:46quel est le salaire moyen
00:39:47en Pologne.
00:39:48Je vais dire une bêtise.
00:39:49Enfin, il est évidemment
00:39:50en dessous de la France.
00:39:51Vous ne pouvez pas mettre
00:39:52le SMIC au-dessus, quoi.
00:39:53Ça ne marchera pas.
00:39:53Donc, il faut des travails…
00:39:54Non.
00:39:55Donc, cette idée d'avoir…
00:39:56Encore une fois,
00:39:57moi, je crois la guerre des modèles.
00:39:59Enfin, je crois.
00:39:59Ce n'est pas que je crois.
00:40:00Je crains la guerre des modèles.
00:40:02Je crains qu'on soit,
00:40:03dans les 20 années qui viennent,
00:40:04en confrontation
00:40:06avec les Américains d'un côté,
00:40:07les Chinois de l'autre.
00:40:09Lisez,
00:40:10je vous dis ça sans,
00:40:12sans dire,
00:40:12sans arrière-pensée,
00:40:13le livre de Pietrucci
00:40:14sur l'affaire Alstom.
00:40:16Le gars qui a été…
00:40:17C'est un cadre d'Alstom.
00:40:18Je ne sais pas si vous l'avez lu
00:40:19ou pas.
00:40:20Non, mais je connais…
00:40:20Eh bien, le livre,
00:40:21lisez-le.
00:40:23C'est vraiment intéressant.
00:40:25Enfin, je ne fais pas de pub
00:40:26pour le bouquin,
00:40:26mais le mec,
00:40:26on l'a fait venir au MEDEF,
00:40:27je peux dire que ça aille
00:40:28des salles pleines.
00:40:29En gros,
00:40:31je vais résumer ça
00:40:32sans exagérer,
00:40:35mais c'est un cadre
00:40:36d'une société française
00:40:38qui était sous OPA
00:40:40de General Electric
00:40:41et qui a été un peu
00:40:42pris en otage
00:40:43dans cette affaire.
00:40:44Donc, je crois vraiment
00:40:46qu'on rentre
00:40:47dans une période
00:40:47où chaque pays
00:40:50va défendre ses intérêts
00:40:51beaucoup plus qu'avant.
00:40:53Et nous,
00:40:54Français,
00:40:55seuls,
00:40:55on n'y arrivera pas.
00:40:56Donc, il faut être Européen
00:40:58et il faut essayer
00:40:59de faire converger ça
00:41:00et c'est compliqué.
00:41:01D'accord, mais…
00:41:02Une réaction,
00:41:03Philippe Martinez,
00:41:03puis après,
00:41:04on passe à la deuxième partie
00:41:05du débat quand même
00:41:06qu'on aborde la question
00:41:06de l'emploi,
00:41:07du travail de demain.
00:41:07En vous écoutant,
00:41:09on ne pourrait rien faire
00:41:10et donc,
00:41:10c'est conforme
00:41:12à ce que vous pensez.
00:41:13C'est d'abord
00:41:13la loi du marché
00:41:14qui commande
00:41:15et puis après,
00:41:16on essaye de limiter
00:41:17les dégâts.
00:41:17Nous, c'est là
00:41:18où on est vraiment…
00:41:20Enfin,
00:41:21on a des visions opposées.
00:41:22C'est qu'on pense
00:41:22qu'il faut plus de protection,
00:41:26plus de protection
00:41:27dans tous les domaines,
00:41:28protection sociale,
00:41:29sécurité sociale.
00:41:30Si on veut consommer,
00:41:32il ne s'agit pas
00:41:32de consommer moins,
00:41:34c'est de consommer mieux.
00:41:35Et pour consommer mieux,
00:41:37il faut avoir
00:41:38les moyens de consommer.
00:41:39Vous savez,
00:41:40l'année dernière,
00:41:41j'étais à un débat
00:41:42et un monsieur
00:41:44lève la main dans la salle
00:41:45et me dit,
00:41:46M. Martinez,
00:41:48j'aimerais bien
00:41:48être un écologiste volontaire.
00:41:50Moi,
00:41:51je suis un écologiste involontaire.
00:41:53Je ne peux pas me chauffer,
00:41:54je n'ai pas l'électricité,
00:41:55je ne mange pas
00:41:56tous les jours à la fin.
00:41:57Je suis chômeur.
00:41:58Je crois que ce monsieur
00:41:59a bien résumé
00:42:01comment on doit voir les choses,
00:42:02c'est-à-dire soit on peut,
00:42:04soit on ne peut pas.
00:42:05Et de plus en plus,
00:42:06il y a de plus en plus
00:42:07de monde qui ne peut pas
00:42:09consommer comme il veut,
00:42:10etc.
00:42:11Et donc,
00:42:12oui,
00:42:12il faut des règles.
00:42:14C'est ça le curseur
00:42:15qu'il faut changer
00:42:16pour venir au début
00:42:18de la question.
00:42:20C'est ce que révèle
00:42:22en masse,
00:42:23de façon très forte,
00:42:24cette crise
00:42:25qui est une crise sanitaire,
00:42:28mais elle révèle tout ça.
00:42:29Elle révèle tout ça.
00:42:30Et j'ai l'impression,
00:42:31enfin,
00:42:32ce n'est pas qu'une impression,
00:42:33c'est qu'on est reparti
00:42:33comme avant,
00:42:34on ferme la parenthèse.
00:42:35Alors,
00:42:35même si la crise
00:42:36n'est pas terminée,
00:42:37il faut rester vigilant,
00:42:38mais on repart comme avant.
00:42:40Quand les actionnaires disent
00:42:41à la fin de l'année,
00:42:42ils nous font un peu de sous,
00:42:44on ferme,
00:42:44on licencie
00:42:46et donc on est resté
00:42:47dans le même.
00:42:48C'est ça qu'il faut changer.
00:42:50Merci.
00:42:50Alors,
00:42:51je voudrais qu'on consacre
00:42:52un temps de débat aussi
00:42:53aux questions de l'emploi
00:42:54et du travail de demain.
00:42:56On sait qu'on est dans un moment,
00:42:57puisqu'on parle de la crise,
00:42:59où on nous prédit
00:43:01une augmentation
00:43:02très forte du chômage.
00:43:03Ça a déjà d'ailleurs commencé,
00:43:05mais d'ici la fin de l'année,
00:43:07on pourrait se retrouver
00:43:08avec un taux de chômage
00:43:09beaucoup plus élevé
00:43:10qu'il n'est encore aujourd'hui.
00:43:12Alors,
00:43:12cette question s'adresse
00:43:12un peu à vous deux,
00:43:13mais comment finalement
00:43:15faire pour affronter
00:43:16les besoins de formation,
00:43:17de production,
00:43:18pour rebondir
00:43:19et ne pas laisser s'installer
00:43:20le chômage
00:43:20qu'on nous prédit
00:43:21comme une fatalité ?
00:43:23Comment les entreprises
00:43:24peuvent faire ?
00:43:25Comment les pouvoirs publics
00:43:26peuvent faire ?
00:43:27Quel rôle les syndicats
00:43:29peuvent jouer là-dedans,
00:43:30les salariés ?
00:43:31Et aussi,
00:43:31quelle qualité de l'emploi ?
00:43:33Parce qu'il ne suffit pas
00:43:34de créer des emplois
00:43:36s'ils sont précaires
00:43:37et qu'ils ne permettent pas
00:43:37aux salariés,
00:43:38par exemple,
00:43:38de se projeter dans la vie
00:43:41et d'en vivre.
00:43:43Comment c'est ?
00:43:44Comment c'est ?
00:43:45Partinelle.
00:43:47Il y a beaucoup de sujets
00:43:50dans la question.
00:43:52La première chose,
00:43:53c'est quelle qualité
00:43:54de l'emploi ?
00:43:55On voit bien
00:43:55que les premiers
00:43:56qui ont été touchés,
00:43:59les 600 000 à 700 000
00:44:00dont on parle,
00:44:02c'est tous les emplois précaires,
00:44:04les emplois intérimaires
00:44:06et donc beaucoup de jeunes.
00:44:08Donc la qualité de l'emploi,
00:44:10elle est essentielle.
00:44:11Et donc le contrat
00:44:13à durée indéterminée,
00:44:15ça devrait être la règle.
00:44:16Ça devrait être la règle.
00:44:17C'est pour ça que les aides
00:44:20qui sont données
00:44:21aux employeurs
00:44:22peuvent être une bonne chose,
00:44:23je pense,
00:44:24pour les alternants,
00:44:25etc., etc.,
00:44:26à condition qu'à la fin,
00:44:28ça se transforme en CDI.
00:44:31La deuxième chose,
00:44:33c'est pourquoi
00:44:37les entreprises
00:44:39proposent d'abord
00:44:40de licencier
00:44:41avant d'essayer
00:44:42de travailler
00:44:42des projets alternatifs ?
00:44:45J'ai quelques exemples.
00:44:48Vous avez un groupe
00:44:50finlandais
00:44:52qui trouve
00:44:53qu'une usine
00:44:54en Normandie,
00:44:55la chapelle d'Arblay,
00:44:56n'est pas assez rentable.
00:44:57Je n'ai pas dit
00:44:57qu'elle n'était pas rentable,
00:44:58pas assez rentable,
00:44:59parce que c'est souvent ça
00:44:59la question.
00:45:00Et donc on dit,
00:45:01on ferme,
00:45:02c'est une usine
00:45:02qui fabrique du papier,
00:45:04qui recycle du papier usagé,
00:45:05qui, avec les déchets
00:45:06de son papier,
00:45:07fait de la biomasse.
00:45:09Une usine d'avenir,
00:45:10malgré qu'elle ait 92 ans.
00:45:11Eh bien,
00:45:12on dit pas assez rentable dehors.
00:45:14Et des exemples comme ça,
00:45:15on en a,
00:45:15Veralia,
00:45:16etc.,
00:45:16j'ai cité.
00:45:18Pourquoi on ne discute pas
00:45:21d'abord d'alternatives,
00:45:23quel investissement,
00:45:24quelles compétences
00:45:25et donc quelle formation,
00:45:26avant de dire,
00:45:28on licencie,
00:45:29puis on renvoie
00:45:30à l'État
00:45:31et aux impôts,
00:45:33à la collectivité,
00:45:34le traitement social
00:45:35des chômeurs.
00:45:37Ça aussi,
00:45:38or les salariés,
00:45:40ils ont des alternatives.
00:45:41Et puis,
00:45:42la quatrième chose,
00:45:43ou la troisième,
00:45:44je ne sais plus où j'en suis,
00:45:45c'est,
00:45:46je pense qu'il faut
00:45:47qu'on ait un débat là-dessus.
00:45:48Y compris,
00:45:49on peut l'avoir
00:45:50avec le MEDEF
00:45:51et le gouvernement,
00:45:54c'est sur le travail.
00:45:56Moi,
00:45:56je suis vraiment inquiet,
00:45:59inquiet,
00:46:00du nombre de salariés
00:46:01qui me disent,
00:46:02je ne sais plus
00:46:03pourquoi je vais au boulot.
00:46:05Eux,
00:46:05ils ont du boulot,
00:46:07je ne sais plus
00:46:07ce qu'on me demande de faire,
00:46:09je ne sais pas pourquoi
00:46:09on me le demande.
00:46:11Parce qu'il y a des notes de service,
00:46:13parce qu'il y a des cadrages,
00:46:14des machins,
00:46:15et des salariés me disent,
00:46:16mais je vais faire ça,
00:46:17ça ne va pas marcher,
00:46:18mais on me demande de le faire.
00:46:20Donc,
00:46:20je pense qu'il faut qu'on réfléchisse.
00:46:22Vous savez,
00:46:23vous devez en connaître aussi,
00:46:24le nombre de salariés,
00:46:26avant,
00:46:27c'était une fierté
00:46:27que ces mômes
00:46:28travaillaient dans la boîte
00:46:29où on bossait.
00:46:29aujourd'hui,
00:46:30le nombre de salariés
00:46:31qui me disent,
00:46:32il faut qu'ils trouvent du boulot,
00:46:34mais surtout pas dans ma boîte,
00:46:35m'inquiète,
00:46:36m'inquiète.
00:46:36Et donc,
00:46:36il faut qu'on ait une vraie réflexion
00:46:38sur quelle place
00:46:39dans l'entreprise,
00:46:40comment on peut donner son avis.
00:46:42On ne peut pas remplacer
00:46:42les patrons,
00:46:43mais on devrait pouvoir
00:46:45donner son avis,
00:46:46on devrait pouvoir donner son avis.
00:46:47On devrait donner son avis
00:46:48sur pourquoi on fait tel projet,
00:46:51pourquoi on fait ci,
00:46:51pourquoi on travaille comme ça.
00:46:52Je pense que c'est une réflexion urgente,
00:46:55urgente à avoir,
00:46:56parce que sinon,
00:46:57je crains des problématiques importantes
00:47:01au niveau social,
00:47:02mais y compris des problèmes de santé.
00:47:05On est en train de discuter
00:47:06sur santé au travail,
00:47:07c'est un sujet essentiel,
00:47:09la question du sens du travail.
00:47:11Il faut qu'on s'agite là-dessus.
00:47:14Or, par exemple,
00:47:15d'un point de vue politique,
00:47:17les oreilles se ferment.
00:47:19Enfin, on ne se comprend pas
00:47:20quand on leur parle travail,
00:47:21ils parlent emploi, chômage.
00:47:22Mais pas travail.
00:47:25Geoffroy Roux de Bézieux.
00:47:27Je vais commencer
00:47:29par une autre dimension
00:47:30que Martiné n'a pas évoquée,
00:47:32mais je le prendrai.
00:47:33Moi, ce qui m'inquiète,
00:47:35presque plus que ce que vous avez dit,
00:47:37c'est ce que j'appelle,
00:47:38enfin, ce que j'appelle,
00:47:39je ne suis pas le premier d'ailleurs,
00:47:39la métropolisation de l'économie.
00:47:44Le chiffre qui me frappe,
00:47:46que je cite souvent,
00:47:48c'est que 80% des emplois créés,
00:47:52je vais le dire,
00:47:52parce que je ne peux pas résister
00:47:53à la blague,
00:47:54le million d'emplois
00:47:55qui a été créé entre 2014 et 2019...
00:47:59Grâce à un PINS ?
00:47:59Une blague ?
00:48:00Non, non, il y a eu un million d'emplois
00:48:01net créés en France.
00:48:03On débattra de savoir
00:48:04si c'est le CIC ou pas,
00:48:05mais l'économie française
00:48:08a créé un million d'emplois
00:48:09dans le prix.
00:48:09D'ailleurs, pas tout à fait un million,
00:48:10je crois que c'est 990 000,
00:48:12un truc comme ça.
00:48:13L'essentiel de ces emplois
00:48:14a été créé dans 20 métropoles.
00:48:17Ça veut dire, en fait,
00:48:19alors je ne parle pas de personnes,
00:48:21mais de territoires,
00:48:23que les territoires riches
00:48:25s'enrichissent, en quelque sorte,
00:48:27et que les territoires pauvres,
00:48:29et notamment les villes moyennes,
00:48:33s'appauvrissent.
00:48:35Alors, je dis ça parce que
00:48:37je pense que c'est un sous-jacent,
00:48:39en tout cas du début des Gilets jaunes.
00:48:42Quand on voit,
00:48:43moi ma mère et Châtellerault,
00:48:44quand on voit le centre,
00:48:45qui est une grosse ville,
00:48:46enfin qui a encore
00:48:46une grosse ville industrielle,
00:48:48le centre-ville et Châtellerault,
00:48:49vous avez un magasin sur croix
00:48:50qui est fermé.
00:48:52Et donc...
00:48:52Quelques plans de restructuration
00:48:54à Châtellerault.
00:48:54Et bien sûr, il y a eu...
00:48:55Enfin, il y a eu...
00:48:55La métallurgie.
00:48:56Depuis 68,
00:48:57la fermeture de la Manu,
00:48:59il y en a eu un paquet.
00:49:00Mais au-delà de ça,
00:49:01je pense qu'on a une géographie
00:49:03dans notre pays
00:49:07la manière dont la population est répartie
00:49:09fait qu'on ne peut pas demander aux gens
00:49:12du jour au lendemain
00:49:13de dire « il n'y a plus de boulot
00:49:15dans votre ville,
00:49:15donc vous allez ailleurs ».
00:49:17Ça ne marche pas.
00:49:18On peut essayer
00:49:19sur une très longue période,
00:49:20mais ça ne marche pas.
00:49:21Et j'insiste là-dessus
00:49:23parce que je pense
00:49:23que ça va s'accélérer.
00:49:25En fait, la bonne comparaison,
00:49:27c'est qu'au 19 mai,
00:49:28on mettait les usines
00:49:29près des mines de charbon
00:49:30ou près des rivières
00:49:31parce que c'est là
00:49:31où était la force productive.
00:49:33Aujourd'hui, c'est près des FAC.
00:49:35C'est là où il y a
00:49:36les gens formés, etc.
00:49:38Et donc, je…
00:49:39On les mettait aussi près des gares,
00:49:41elles ferment,
00:49:42et donc parce que
00:49:43les questions de mobilité,
00:49:44elles sont posées.
00:49:44C'est pour ça qu'il faut
00:49:45un service public plus musclé.
00:49:47Je finis.
00:49:48Allez-y.
00:49:49Mais ce que je veux dire,
00:49:50c'est que c'est pour moi…
00:49:51Je ne veux pas dire
00:49:51que le sens du travail
00:49:53est un sujet important,
00:49:54mais je pense que là,
00:49:56on va au-devant.
00:49:57En France,
00:49:58si vous voulez,
00:49:58en Hollande,
00:49:59en Hollande,
00:50:00c'est 3% de chômage,
00:50:0074%…
00:50:01Pardon, 74% de taux d'emploi.
00:50:03Mais en Hollande,
00:50:04les gens,
00:50:04ils ne déménagent pas
00:50:05parce que le pays est petit
00:50:05et donc, en fait,
00:50:06ils font des…
00:50:07Donc, ils n'ont pas ce problème-là.
00:50:08C'est un petit pays.
00:50:09Nous, on n'est pas comme ça.
00:50:11On a cette structure de population.
00:50:13On a énormément
00:50:13de villes moyennes.
00:50:15et je pense qu'on va avoir
00:50:16un problème
00:50:17et le lien entre
00:50:19désindustrialisation
00:50:20et métropolisation de l'économie,
00:50:21il est évident
00:50:22puisque on sait bien
00:50:23que les villes,
00:50:23elles sont plutôt,
00:50:24pas toujours,
00:50:25mais plutôt dans les villes moyennes.
00:50:28Alors après,
00:50:28sur le sens du travail,
00:50:32bon, nous,
00:50:32on a des études contradictoires
00:50:34là-dessus, en fait,
00:50:34en réalité.
00:50:36D'abord,
00:50:36une petite remarque quand même,
00:50:37l'État employeur
00:50:40n'est peut-être pas le mieux placé
00:50:41pour donner des leçons.
00:50:42Non, non,
00:50:43je ne dis pas
00:50:43Philippe Martinez,
00:50:44j'ai dit l'État employeur.
00:50:45que j'étais ministre.
00:50:46Non, non, non, non,
00:50:47ça m'avait échappé.
00:50:48D'accord.
00:50:49On est d'accord avec vous,
00:50:50l'État employeur
00:50:51montre le mauvais exemple,
00:50:52ce qui vous permet à vous
00:50:53de dire,
00:50:54comme eux,
00:50:54ils ne le font pas,
00:50:55on ne le fera pas non plus.
00:50:56Ce n'est pas ce que j'ai dit.
00:50:56Ah, pardon.
00:50:57Ce n'est pas ce que j'ai dit.
00:50:59D'accord.
00:50:59Non, mais dans ce pays,
00:51:01l'État employeur
00:51:02donne beaucoup de leçons
00:51:03à l'employeur privé
00:51:05en permanence,
00:51:06ne serait-ce que sur
00:51:07la précarité de l'emploi.
00:51:08Exactement.
00:51:08Puisque, bon.
00:51:10Et donc,
00:51:10le sens du travail,
00:51:11on voit des choses
00:51:12très différentes.
00:51:13On voit effectivement
00:51:13beaucoup de gens,
00:51:14notamment chez les jeunes,
00:51:15qui disent,
00:51:16moi, je ne travaillerai pas
00:51:16dans une entreprise
00:51:19où il n'y a pas du sens.
00:51:20Et d'ailleurs,
00:51:21c'est ce qui fait progresser
00:51:22les entreprises
00:51:22le plus vite
00:51:24sur la RSE,
00:51:25en réalité.
00:51:27Je vais vexer Philippe,
00:51:28mais les ambitions syndicales
00:51:31ont un rôle,
00:51:32mais c'est souvent
00:51:33les jeunes salariés
00:51:34qu'on embauche,
00:51:35qui mettent une pression
00:51:36en interne,
00:51:37qu'ils soient syndiqués
00:51:38ou pas,
00:51:39sur, entre guillemets,
00:51:40le sens de l'entreprise.
00:51:43En total,
00:51:44c'est un cas évident.
00:51:45Ils embauchent des jeux
00:51:46d'ingénieurs,
00:51:46là, ils ont été boycottés
00:51:47chez Polytechnique.
00:51:49Du coup,
00:51:50ils accélèrent
00:51:51sur la transition énergétique.
00:51:53Mais on voit aussi,
00:51:54dans toutes les études,
00:51:55alors je vais citer,
00:51:56je suis désolé,
00:51:56l'étude de la CFDT
00:51:57sur la travail
00:51:58il y a deux ans,
00:51:59une fierté,
00:52:01une fierté d'appartenance
00:52:02et une fierté
00:52:03de ce qu'ils font.
00:52:03Alors, évidemment,
00:52:04comme toujours,
00:52:05il y a des exceptions,
00:52:06comme toujours,
00:52:06il y a des gens
00:52:06qui ne sont pas heureux,
00:52:07comme toujours,
00:52:08je suis sûr même
00:52:09qu'à la CGT
00:52:10en tant qu'employeur,
00:52:11vous devez avoir
00:52:12un genre des gens
00:52:12qui ne sont pas contents
00:52:13de travailler.
00:52:14Juste parce que
00:52:15je l'ai regardé,
00:52:16cette étude dont vous parlez.
00:52:17Quelle de la CFDT ?
00:52:18Oui, ça j'imagine.
00:52:20Tout le monde est fier
00:52:21de son travail,
00:52:23de ce qu'il sait faire.
00:52:25C'est là la partie
00:52:27que vous citez.
00:52:28La relation à l'entreprise,
00:52:29elle est différente.
00:52:31Oui, mais du coup,
00:52:33si on est fier de son travail,
00:52:33c'est-à-dire qu'il y a du sens,
00:52:34qu'on comprend ce qu'on fait,
00:52:35etc.
00:52:36Mais bon,
00:52:37je ne nie pas
00:52:38qu'il y ait une demande...
00:52:38On parle avec Laurent Berger.
00:52:40L'invité l'année prochaine.
00:52:41Je ne sais pas s'il est déjà venu
00:52:42à la fête de l'Huma,
00:52:43d'ailleurs.
00:52:44Non ?
00:52:44Bon.
00:52:46Peut-être qu'on aurait déjà l'invité,
00:52:47je ne sais pas si ça s'est concrétisé.
00:52:50Oui.
00:52:51Du coup, j'ai complètement perdu
00:52:52ce que je voulais dire.
00:52:54Oui, le sens du travail.
00:52:55Non, mais de toute façon,
00:52:56c'est un problème qui nous est posé
00:52:58parce qu'à partir du moment
00:52:58où les satellites sont démotivés,
00:53:01ça ne marche pas.
00:53:02Donc, c'est évident
00:53:03qu'on a ce défi-là.
00:53:05Maintenant, ça se...
00:53:06Enfin, je veux dire,
00:53:07ça ne peut pas être dans l'état...
00:53:09Pardon.
00:53:09Ça ne peut pas être à l'état
00:53:10de s'occuper de ça.
00:53:11Ce que vous disiez tout à l'heure,
00:53:11on n'entend pas...
00:53:12C'est là où on a une vraie différence.
00:53:14Mais je crois qu'il faut qu'on le dise.
00:53:17Nous, on pense que c'est dans les entreprises
00:53:19que ça doit se déterminer,
00:53:20entre les représentants syndicaux,
00:53:23dont, je l'ai dit en entrée,
00:53:24moi, je ne...
00:53:26Comment dire ?
00:53:26Je ne suis pas pour un monde sans syndicat
00:53:28ni sans représentation syndicale.
00:53:30C'est aux salariés de décider.
00:53:31Et la direction.
00:53:33Mais vouloir régenter le sens du travail
00:53:35de manière normative nationale,
00:53:37ça me paraît...
00:53:38Ça dépend tellement des métiers...
00:53:39Vous n'avez pas compris ce que je disais,
00:53:40vous n'avez pas voulu comprendre.
00:53:41J'ai dit, il faut que l'État regarde ça.
00:53:44Mais est-ce qu'on a besoin de l'État ?
00:53:46D'ailleurs, l'État est employeur.
00:53:47L'État est employeur.
00:53:48Oui, en tant qu'employeur,
00:53:49on n'a pas besoin de l'État
00:53:50pour nous dire ce genre de choses.
00:53:52Parce que sinon,
00:53:54les propositions qu'on peut faire,
00:53:55ils vont dire,
00:53:55mais ce n'est pas ça la priorité.
00:53:56Il faut les sensibiliser.
00:53:58Je vous ai dit,
00:53:58je trouvais assez caractéristique
00:54:01que quand on parle travail
00:54:02à un homme ou une femme politique,
00:54:06dans 90% des cas,
00:54:07ils vont répondre au travail ou au chômage.
00:54:08Moi, je vais juste vous citer une phrase
00:54:10que beaucoup de collègues,
00:54:11là, c'est dans ma boîte,
00:54:13disent depuis des années.
00:54:14C'est avant,
00:54:15ce n'est pas la nostalgie,
00:54:17avant, quand je faisais quelque chose,
00:54:18on me demandait,
00:54:20est-ce que ça marche ?
00:54:21Et maintenant,
00:54:22on me demande combien ça rapporte.
00:54:23Je pense que cette phrase-là
00:54:25symbolise bien
00:54:26cette appréhension du travail
00:54:28et la prise en compte
00:54:30du savoir-faire des salariés
00:54:32par rapport à leur direction.
00:54:35Je suis dans une entreprise,
00:54:36où tout le monde a collé,
00:54:38je travaille chez Renault,
00:54:39qui est une grande entreprise,
00:54:40où il y a du monde,
00:54:41il y a des...
00:54:41Voilà.
00:54:42Mais c'est quand même une logique
00:54:43qui prime maintenant,
00:54:45d'ailleurs,
00:54:45beaucoup plus dans les grandes entreprises
00:54:46que dans les PME,
00:54:47TPE.
00:54:48Oui, ça,
00:54:49je ne suis pas tout à fait sûr.
00:54:50Enfin bon,
00:54:51c'est un autre débat.
00:54:51Alors, justement,
00:54:52je voudrais vous entendre
00:54:53sur deux sujets peut-être.
00:54:54D'abord,
00:54:54sur celui que commençait
00:54:55à aborder Philippe Martinez,
00:54:56effectivement,
00:54:56sur...
00:54:57Il n'y a pas moyen
00:54:57de baisser les projecteurs
00:54:58parce qu'on commence
00:54:59à vraiment avoir chaud.
00:55:00Non ?
00:55:02En tous les cas...
00:55:02On est résistant.
00:55:03Deux questions.
00:55:04Quelle place
00:55:04pour les salariés
00:55:05dans l'entreprise ?
00:55:06Il ne faut pas être
00:55:06moins résistant
00:55:07que Philippe Martinez.
00:55:08On laisse les projecteurs.
00:55:09Vous avez dit,
00:55:09M. Roux de Bézieux,
00:55:11vous n'êtes pas contre
00:55:12les syndicats
00:55:13et donc la place
00:55:14de la représentation
00:55:17des salariés
00:55:17dans l'entreprise.
00:55:19Tout à l'heure,
00:55:19Philippe Martinez
00:55:20évoquait la place
00:55:22et l'implication
00:55:23des salariés,
00:55:23y compris dans les choix
00:55:24des entreprises.
00:55:25J'aurais voulu nous entendre
00:55:26sur quelle place...
00:55:27Est-ce qu'il faut revaloriser
00:55:28finalement la place
00:55:29des salariés
00:55:30dans leur implication
00:55:32dans les choix
00:55:33de gestion des entreprises ?
00:55:36Et puis,
00:55:36également,
00:55:37la question
00:55:38de la responsabilité
00:55:38des employeurs.
00:55:40Puisqu'on parle travail,
00:55:41on parle d'emploi,
00:55:42on sait aussi
00:55:42que ça concerne
00:55:43des bassins de vie.
00:55:44Est-ce qu'il y a aussi
00:55:45une responsabilité sociale
00:55:46des employeurs ?
00:55:47Je me souviens
00:55:48que récemment,
00:55:49on a eu
00:55:50une loi pacte
00:55:51qui a ouvert un débat
00:55:52sur ce qui pouvait être
00:55:53la définition juridique
00:55:54de l'entreprise,
00:55:55qui ne pouvait pas
00:55:55se limiter
00:55:56à la question
00:55:56de la détention
00:55:57de son capital
00:55:59par des actionnaires
00:56:01et donc se poser
00:56:02en filigrane
00:56:02la question aussi
00:56:03du rôle de l'entreprise
00:56:05dans la cité
00:56:05et donc
00:56:06de la responsabilité
00:56:09de ceux
00:56:10qui en ont la charge
00:56:10qui excèdent
00:56:12simplement
00:56:13le périmètre
00:56:14des salariés
00:56:15des salariés
00:56:16qu'elle a constitué.
00:56:18Deux questions
00:56:18qui commencent ?
00:56:19Je vais répondre à ça
00:56:20parce que vous faites allusion
00:56:22à la raison d'être.
00:56:23Oui, voilà,
00:56:23tout à fait, oui.
00:56:24Ce qui est clair,
00:56:25c'est que depuis
00:56:27nombreuses années,
00:56:27les attentes vis-à-vis
00:56:28de l'entreprise
00:56:29vont très au-delà
00:56:30de ce qu'elles allaient avant.
00:56:31On est sortis
00:56:32de la théorie
00:56:34de Friedman
00:56:35qui disait
00:56:35une entreprise
00:56:36elle fait du profit
00:56:37et le reste
00:56:38en découpe
00:56:38c'est le profit
00:56:39elle paie des impôts
00:56:39et puis après
00:56:40c'est à l'État
00:56:40de s'occuper de tout.
00:56:43Les attentes,
00:56:43en fait,
00:56:44quand on regarde bien
00:56:45les études,
00:56:45les attentes vis-à-vis
00:56:46de l'État baissent,
00:56:47alors je parle d'avant
00:56:48le Covid,
00:56:49et les attentes vis-à-vis
00:56:50d'emprise,
00:56:51notamment les grandes,
00:56:52augmentent.
00:56:54Donc, oui,
00:56:55une entreprise
00:56:56elle doit s'occuper
00:56:56de ses parties prenantes.
00:56:58Et là où on ne sera
00:56:59pas d'accord,
00:57:01je pense,
00:57:02je ne vais pas dire ça,
00:57:03mais je me doute,
00:57:04je me doute.
00:57:04Si vous avez un parti pris,
00:57:05c'est...
00:57:06Oui, oui,
00:57:06je suis complètement pris de parti.
00:57:07Vous êtes trop pessimiste.
00:57:08Là où peut-être
00:57:09on ne sera pas d'accord,
00:57:11c'est que,
00:57:12je vais dire un gros mot
00:57:13la fête de l'humain,
00:57:14moi je reste capitaliste,
00:57:15c'est-à-dire que c'est celui
00:57:16qui met l'argent
00:57:17qui, in fédé,
00:57:18doit décider.
00:57:20Autrement dit,
00:57:20oui, consulter,
00:57:21dialoguer,
00:57:22notamment sur les conditions
00:57:23de travail,
00:57:23mais à un moment,
00:57:25comment ça marche
00:57:26le capital,
00:57:27l'économie de marché ?
00:57:28Moi,
00:57:28quand j'ai monté ma boîte,
00:57:29je n'avais pas de capital.
00:57:30Donc j'ai emprunté,
00:57:31j'ai mis de l'argent,
00:57:32puis j'attendais un retour.
00:57:34Alors évidemment,
00:57:34on peut débattre
00:57:35de la vitesse du retour
00:57:36et du rendement.
00:57:37Ça, c'est un vrai débat.
00:57:38Un vrai débat, oui.
00:57:38C'est un vrai débat.
00:57:39Mais à un moment,
00:57:40le capitaliste,
00:57:41tant qu'on est dans
00:57:42une école de marché,
00:57:43il attend un retour.
00:57:44Et donc, à un moment,
00:57:45la décision finale,
00:57:46elle doit appartenir
00:57:47à l'actionnaire.
00:57:49Bon, mais ça n'empêche pas,
00:57:50donc on n'est pas une ONG,
00:57:51bon,
00:57:52mais ça n'empêche pas,
00:57:53ça se saurait,
00:57:54mais ça n'empêche pas
00:57:55qu'aujourd'hui,
00:57:56évidemment,
00:57:56moment,
00:57:57on ne dirige pas
00:57:58une entreprise
00:57:59comme on dirigeait
00:58:01il y a 30 ans.
00:58:03Et je me perds des choses,
00:58:04et plus l'entreprise est grande,
00:58:05plus elle a de responsabilité,
00:58:06c'est-à-dire que
00:58:07la raison d'être,
00:58:08vous avez suivi
00:58:09qu'il y avait un débat,
00:58:10finalement,
00:58:10nous,
00:58:11moi,
00:58:11j'ai décidé
00:58:12qu'on adopterait
00:58:12la raison d'être,
00:58:14mais quand vous êtes,
00:58:16je ne sais pas quoi,
00:58:16moi,
00:58:16camion pizza
00:58:17avec un salarié,
00:58:18votre raison d'être,
00:58:19c'est d'abord quand même
00:58:20de nourrir,
00:58:22enfin,
00:58:22on ne peut pas rentrer
00:58:23dans des choses
00:58:24de la même nature
00:58:25que si vous êtes total
00:58:26ou si vous êtes Renault,
00:58:28forcément,
00:58:29la rentabilité,
00:58:29l'impact sur l'environnement,
00:58:31l'impact sur les salariés
00:58:32n'a rien à voir.
00:58:34Donc,
00:58:34je pense qu'il faut trouver
00:58:36l'équilibre
00:58:36entre l'économie sociale
00:58:39et CDR,
00:58:40qui a ses vertus,
00:58:41mais qui ne peut pas répondre
00:58:42à tout,
00:58:43on le voit bien,
00:58:43partout dans le monde,
00:58:44et puis,
00:58:46le modèle,
00:58:46encore une fois,
00:58:47américain,
00:58:49notamment de certains acteurs
00:58:50pour qui il faut
00:58:51un rendement
00:58:52très élevé
00:58:53à très court terme
00:58:54et qui fait faire des bêtises,
00:58:56parce que l'horizon de temps
00:58:58est trop court.
00:59:02Évidemment,
00:59:04on pense qu'il faut
00:59:05plus de place
00:59:06pour les salariés
00:59:07dans les prises
00:59:08de décisions d'entreprise
00:59:09parce que,
00:59:11encore aujourd'hui,
00:59:14il y a une période
00:59:14de la notion
00:59:15d'entreprise citoyenne,
00:59:17il s'agissait de définir
00:59:18qu'est-ce que ça veut dire
00:59:19entreprise citoyenne,
00:59:19mais on ne peut pas,
00:59:21et c'est ce qu'on retrouve
00:59:23trop souvent,
00:59:24avoir des entreprises
00:59:25qui,
00:59:27moi,
00:59:28je suis dans mon périmètre
00:59:29et vous ne venez pas
00:59:29m'en mettez
00:59:30entre mes murs,
00:59:31puis ce qui se passe
00:59:32à l'extérieur,
00:59:33ça,
00:59:33ça ne me regarde pas.
00:59:34Or,
00:59:35en matière d'environnement,
00:59:36par exemple,
00:59:37il y a
00:59:39des choses à voir,
00:59:40quoi,
00:59:40il y a un lien direct
00:59:41entre l'entreprise
00:59:43et la société,
00:59:45en matière d'emploi,
00:59:46c'est encore
00:59:46au même niveau,
00:59:48et donc,
00:59:49mais y compris
00:59:50en termes de projet,
00:59:52on voit dans l'industrie,
00:59:53on ne peut pas avoir
00:59:53des taux de rendement
00:59:55dans l'industrie
00:59:55comme là,
00:59:56je ne sais pas où,
00:59:57à la bourse
00:59:57ou je ne sais où.
00:59:59Or,
01:00:00on voit bien
01:00:01que les actionnaires,
01:00:03parce que c'est
01:00:04de plus en plus
01:00:05des fonds de pension,
01:00:07etc.,
01:00:07leur logique,
01:00:08la logique industrielle,
01:00:09ils ne la connaissent pas.
01:00:10Ils ne la connaissent pas.
01:00:12En tout cas,
01:00:12ils n'en ont rien à faire.
01:00:14Or,
01:00:14les salariés,
01:00:15eux,
01:00:16ils savent que
01:00:16quand ils développent
01:00:17des projets,
01:00:18ce que je vous disais
01:00:19tout à l'heure,
01:00:20c'est est-ce que ça marche
01:00:21et pas combien ça rapporte
01:00:23et combien ça rapporte
01:00:25à court terme,
01:00:26parce qu'en plus,
01:00:27c'est à court terme.
01:00:28Et donc,
01:00:28il faut des possibilités
01:00:32pour les salariés.
01:00:34On a fusionné
01:00:35les instances
01:00:36représentatives des salariés.
01:00:37Maintenant,
01:00:38il y a un gros truc
01:00:39qui s'appelle CSE
01:00:40où les représentants
01:00:41doivent tout faire.
01:00:44Évidemment,
01:00:44on était contre,
01:00:45mais par exemple,
01:00:46dans les comités d'entreprise
01:00:47ou les comités centraux
01:00:48d'entreprise
01:00:48pour les très grandes entreprises,
01:00:49la voix des salariés
01:00:50ne devrait plus se compter.
01:00:52Et je disais,
01:00:54quand il y a des projets
01:00:56de restructuration
01:00:57ou des restructurations,
01:00:58les comités d'entreprise
01:01:01devraient avoir un droit
01:01:03de dire,
01:01:04avant de licencier,
01:01:06quelle solution,
01:01:06quelle autre solution
01:01:07on trouve.
01:01:08aujourd'hui,
01:01:09on a raccourci
01:01:10les délais
01:01:12de procédures.
01:01:13Les projets alternatifs,
01:01:14on n'en parle même plus.
01:01:17Il y a un manque de...
01:01:18Enfin,
01:01:18il y a un problème
01:01:20de ce point de vue-là.
01:01:20Donc,
01:01:21on ne peut pas diriger
01:01:21à la place des patrons.
01:01:22Quoique,
01:01:23peut-être qu'on fait
01:01:24un moins de conneries.
01:01:26Ceci dit,
01:01:27il y a besoin...
01:01:28Enfin, c'est...
01:01:29L'équilibre,
01:01:29l'équilibre aujourd'hui
01:01:30entre employeur
01:01:31et salarié,
01:01:32il est de plus en plus
01:01:33à l'avantage
01:01:34de l'employeur
01:01:34en matière de droit
01:01:36avec toutes les réformes
01:01:37du Code du Travail
01:01:38que vous avez obtenues
01:01:39et pas que dernièrement,
01:01:41sous le gouvernement,
01:01:43le président précédent même.
01:01:46Et donc,
01:01:47il n'y a plus
01:01:48de moyens d'intervention.
01:01:49Et puis,
01:01:50dernière chose,
01:01:50c'est une question démocratique.
01:01:52Il y a de plus en plus
01:01:53d'exigences de démocratie.
01:01:54On en parlait
01:01:55en commençant
01:01:58cet échange.
01:02:00Il y a...
01:02:01Donc,
01:02:01les citoyens veulent voter
01:02:02plus souvent,
01:02:03demandent des référendums,
01:02:04référendums,
01:02:05etc.
01:02:06Mais alors,
01:02:06s'il y a un endroit
01:02:07où c'est travail...
01:02:10Un peu,
01:02:11travail et tais-toi,
01:02:12c'est bien l'entreprise.
01:02:13C'est bien l'entreprise.
01:02:16Quand on nous propose
01:02:18des baisses de salaire
01:02:19en nous disant
01:02:20« si vous n'acceptez pas,
01:02:22on ferme la boîte »,
01:02:23c'est une décision unilatérale.
01:02:25Il n'y a pas,
01:02:25là aussi...
01:02:26Alors,
01:02:26on peut faire des référendums,
01:02:27d'ailleurs.
01:02:28Les employeurs
01:02:29font des référendums.
01:02:30Je vous entendais ce matin
01:02:31dire « ça dépend de la question ».
01:02:32Vous voyez que
01:02:33quand on est confronté
01:02:33à ce genre de questions,
01:02:34ça fait mal à la tête
01:02:35pour un salarié de dire
01:02:36« je n'arrive pas
01:02:37à boucler mes fins de mois,
01:02:38mais on me demande
01:02:39de baisser mon salaire
01:02:40pour garder mon boulot ».
01:02:42Donc,
01:02:42il faut plus de démocratie.
01:02:44Il y a un débat
01:02:44sur les conseils
01:02:45d'administration.
01:02:47Oui,
01:02:47à plus de représentants
01:02:48des salariés
01:02:49dans les conseils
01:02:49d'administration,
01:02:50mais à condition,
01:02:51là aussi,
01:02:52qu'ils aient l'air
01:02:53moins à dire.
01:02:53Or,
01:02:53bien souvent,
01:02:55je vais le dire poliment,
01:02:56c'est « tu te tais »,
01:02:57parce qu'il y a
01:02:58la commission
01:02:59des opérations boursières
01:03:00qui va dire
01:03:01délit d'initié
01:03:02pour les salariés
01:03:03si on annonce
01:03:04des mauvais projets.
01:03:05Là aussi,
01:03:06il faut revoir
01:03:07les compétences
01:03:08des administrateurs.
01:03:09Il en faut plus,
01:03:10mais qu'il y ait
01:03:10des droits aussi.
01:03:11Ce n'est pas juste
01:03:12une chambre d'enregistrement.
01:03:14On va revenir
01:03:15sur la question
01:03:16de combien ça rapporte.
01:03:19Quand on prend
01:03:20les entreprises françaises,
01:03:21c'est-à-dire celles
01:03:21qui ont des salariés,
01:03:2299%
01:03:25des entreprises françaises,
01:03:28ce n'est pas
01:03:29des fonds de pension
01:03:29ou de la bourse.
01:03:31Ce sont des personnes
01:03:32physiques.
01:03:33Il y a un manque de patron.
01:03:34Ah ben si,
01:03:35quand on regarde
01:03:36en nombre,
01:03:38si on prend en effectif,
01:03:39je pense que c'est ça
01:03:40que vous allez dire,
01:03:40ce n'est pas 90%.
01:03:42C'est l'inverse ?
01:03:42Non, non, non,
01:03:43pas du tout.
01:03:43Ah non,
01:03:44ce n'est pas l'inverse du tout.
01:03:45Non, non, non.
01:03:45L'inverse ?
01:03:46Non, non, pardon.
01:03:47Je vous ai écouté.
01:03:48Je vais peut-être finir
01:03:48mon argument.
01:03:50Juste parce que
01:03:51vous n'acceptez pas
01:03:53le mot donneur d'ordre.
01:03:54Or,
01:03:55vous savez bien
01:03:56que les grandes entreprises
01:03:57ont un poids
01:03:57sur leurs sous-traitants
01:03:58et les PME, TPE.
01:04:00Allez-y.
01:04:00Mais quand bien même
01:04:01il y a des sous-traitants,
01:04:02moi j'en viens au capital.
01:04:04Ce que vous dites,
01:04:05finalement,
01:04:07là où je suis presque d'accord,
01:04:09c'est la question
01:04:10de s'il faut que ça rapporte
01:04:11vite sur un horizon de temps
01:04:13avec un taux de rendement absurde,
01:04:15c'est ça qui conduit
01:04:16à la faillite,
01:04:17à la faillite,
01:04:17aux fermetures, etc.
01:04:19C'est la logique
01:04:20qui préside quand même
01:04:21parfois au capitalisme
01:04:23américain et financier.
01:04:25Mais en France,
01:04:26l'essentiel du tissu entrepreneurial,
01:04:28c'est du capital patient
01:04:29parce que c'est des familles
01:04:30ou des créateurs d'entreprises
01:04:32ou leurs descendants.
01:04:33Et c'est des gens
01:04:34qui raisonnent
01:04:35pour l'essentiel
01:04:36à longtemps.
01:04:37Alors longtemps,
01:04:38c'est combien ?
01:04:39Ça peut être une génération,
01:04:40ça peut être 5 ans,
01:04:4110 ans, 15 ans.
01:04:42C'est rarement,
01:04:44vous allez sûrement
01:04:45trouver des cas,
01:04:45des gens
01:04:46qui vont privilégier
01:04:48le court terme.
01:04:49Je ne dis pas
01:04:50que c'est de leur faute.
01:04:50Non, mais ce n'est pas
01:04:51de leur faute.
01:04:51Je dis qu'ils ont
01:04:52des donneurs d'ordre.
01:04:53Non, mais il y a des donneurs d'ordre,
01:04:57mais il y a aussi
01:04:57de la concurrence.
01:04:58Les adhérents.
01:04:59Je les connais,
01:05:00mes adhérents,
01:05:0147 salariés,
01:05:02l'adhérent moyen du MEDEF.
01:05:03Donc, ce n'est pas le CAC 40.
01:05:05Donc, je vous dis
01:05:06que ce que vous dites
01:05:07qui peut être vrai
01:05:07dans certains cas,
01:05:08ce n'est pas du tout
01:05:09la majorité
01:05:09des entreprises en France
01:05:11parce que pour l'essentiel,
01:05:13elles ont le capital,
01:05:15ce que j'appelle
01:05:15le capital patient,
01:05:16c'est-à-dire une vue
01:05:17à long terme
01:05:17et les décisions
01:05:18qu'elles prennent
01:05:19sont des décisions
01:05:20dans l'intérêt
01:05:21de l'entreprise
01:05:22parce que justement,
01:05:23elles regardent à long terme.
01:05:24Donc, oui,
01:05:25comme toujours,
01:05:26parce qu'on peut s'acharner
01:05:27sur les quelques cas
01:05:29de patrons voyous,
01:05:31d'entreprises voyous,
01:05:32mais je pourrais vous sortir aussi
01:05:34qu'à la CGT,
01:05:35il y a sûrement des syndicalistes
01:05:36qui se comportent mal
01:05:37comme dans toute organisation humaine.
01:05:38Bon, est-ce que ça,
01:05:39ça fait avancer le débat ?
01:05:40Je ne suis pas sûr.
01:05:41Ce n'est pas l'objet du débat.
01:05:43Ce n'est pas l'interpellation
01:05:44que je vous ai faite.
01:05:45Non, non,
01:05:45l'objet du débat,
01:05:46il est systémique.
01:05:47Je connais plein de petits patrons
01:05:48qui respectent leurs salariés,
01:05:50qui sont attachés
01:05:51à leur entreprise,
01:05:52qui ont une vision
01:05:52à long terme.
01:05:53Je ne le conteste pas.
01:05:55Mais qui leur file du boulot ?
01:05:58Mais il n'y a pas que...
01:05:59Pardon,
01:05:59ils ne sont pas tous sous-traitants.
01:06:01Vous imaginez la...
01:06:02Vous avez une vision automobile,
01:06:03donc évidemment,
01:06:04c'est les sous-traitants.
01:06:04Non, non, non, j'ai une vision...
01:06:05Mais dans le BTP,
01:06:05il n'y a pas de sous-traitance
01:06:06ou peu de sous-traitance.
01:06:07Dans tout ce qui est...
01:06:08Dans les services aussi, enfin...
01:06:10Non, pas forcément.
01:06:11Qui donne du boulot
01:06:12aux entreprises de nettoyage ?
01:06:13Mais souvent,
01:06:13c'est les clients finaux.
01:06:14C'est bien les...
01:06:15C'est bien les...
01:06:16Non ?
01:06:16Non, mais OK.
01:06:17Ah, bon.
01:06:18Non, mais vous imaginez
01:06:19le monde fait,
01:06:20j'allais dire...
01:06:21Non, je ne l'imagine pas,
01:06:21je le vois.
01:06:22J'ai beaucoup d'imagination,
01:06:23je sais que je le vois.
01:06:24Pardon, moi, je n'ai pas
01:06:25la prétention de présenter
01:06:26les salariés.
01:06:27Soyez sympas,
01:06:28ne me racontez pas
01:06:28ce que c'est que le patronat
01:06:29ou les entreprises.
01:06:30Contrairement à l'image
01:06:30qu'on peut avoir,
01:06:31on discute beaucoup
01:06:32avec les patrons
01:06:32Mais moi aussi, je discute avec les salariés,
01:06:34figurez-vous.
01:06:34Ben oui.
01:06:35D'accord.
01:06:35Oui, oui, ça arrive.
01:06:36C'est aussi incroyable,
01:06:37ça puisse paraître.
01:06:37Je vais faire mon enquête.
01:06:38Après, vous pouvez,
01:06:38il n'y a pas de problème.
01:06:39Il n'y a aucun problème.
01:06:40Bon, bref, tout ça pour dire
01:06:42qu'à la fin des fins,
01:06:44je pense que le capital
01:06:45doit décider,
01:06:46mais il doit être patient.
01:06:47C'est ça, fondamentalement.
01:06:49Et effectivement,
01:06:50sous la pression
01:06:51de certains actionnaires,
01:06:52il y a pu avoir des dérives,
01:06:53ça, je veux bien l'entendre,
01:06:54donc des décisions prises
01:06:56avec un horizon très court terme
01:06:57et donc qui sont
01:06:59de mauvaises décisions
01:07:00parce que si on avait regardé
01:07:01plus longtemps,
01:07:02on aurait pu probablement
01:07:02préserver l'outil de travail.
01:07:04D'ailleurs,
01:07:05je fais une petite parenthèse,
01:07:06le sujet du PGE,
01:07:08qui fait couler beaucoup d'encre,
01:07:10en fait,
01:07:11deux choses à dire
01:07:11sur le PGE.
01:07:12Ça permet justement...
01:07:13Pré-garanti de l'État.
01:07:14Pardon, excusez-moi,
01:07:15mais pré-garanti de l'État.
01:07:16Tout le monde n'en bénéficie pas,
01:07:17ceux qui nous écoutent.
01:07:18Allez-y, vous t'acceptez.
01:07:19C'est un prêt pour les entreprises.
01:07:22Deux choses qui sont différentes
01:07:23mais qui sont importantes.
01:07:24La première,
01:07:25c'est que c'est un bon outil.
01:07:26Pourquoi ?
01:07:26Parce que ça évite justement
01:07:28de prendre une décision
01:07:30dans l'urgence.
01:07:30Ça permet d'avoir devant soi
01:07:31un an pour voir
01:07:33ce qui se passe dans cette crise,
01:07:34si l'économie repart, etc.
01:07:36Et deuxième chose,
01:07:37je prends le pareil ici,
01:07:38on verra dans un an.
01:07:39L'État va faire une bonne affaire.
01:07:42Parce que l'essentiel de ces PGE
01:07:44va être remboursé.
01:07:45Il y a un taux d'intérêt.
01:07:47On paye,
01:07:48alors suivant l'année où on bourse.
01:07:50Et l'État,
01:07:51comme vous le savez aujourd'hui,
01:07:52je ne sais pas combien de temps
01:07:53ça durera,
01:07:53emprunte à taux négatif.
01:07:55Donc c'est la bonne intervention
01:07:56de l'État.
01:07:57Ça répond un peu
01:07:57à votre question de début.
01:07:58Est-ce que l'État doit intervenir ?
01:08:00Je pense que ça a permis
01:08:01à beaucoup d'entreprises
01:08:02de ne pas prendre
01:08:03de mauvaises décisions
01:08:04de court terme.
01:08:04Parce qu'au lieu de se dire
01:08:06« Merde, c'est la panique,
01:08:06mon business s'est arrêté,
01:08:08je vais licencier ».
01:08:09Alors il y a eu des licenciements,
01:08:11des fins de CDD,
01:08:12mais il n'y a pas eu
01:08:12autant que ce qu'on pouvait craindre.
01:08:14Et j'espère,
01:08:15je conclurai là-dessus,
01:08:16que le million d'emplois
01:08:17qu'on nous promet,
01:08:18enfin qu'on nous promet,
01:08:20mais que certains économistes
01:08:22et certains hommes politiques
01:08:23pronostiques ne se produira pas.
01:08:27Alors, comme le temps tourne,
01:08:28si vous le voulez bien,
01:08:29je vous propose aussi
01:08:30que dans une troisième partie
01:08:31de notre débat,
01:08:32qui sera la dernière,
01:08:33on aborde les questions
01:08:34qui ont trait à la mondialisation
01:08:36et à ces règles
01:08:37qui caractérisent
01:08:38le capitalisme de notre époque.
01:08:40On en a beaucoup parlé.
01:08:41Oui, on en a beaucoup parlé,
01:08:42mais je pense qu'on se sent
01:08:44sur quelques-unes de ces questions.
01:08:46C'est l'une des dimensions
01:08:48mises en cause aussi
01:08:49par la crise que nous traversons.
01:08:52Par vous de les yeux,
01:08:53Philippe Martinez,
01:08:54on évoque beaucoup,
01:08:54et vous l'avez fait d'ailleurs,
01:08:56à un moment ou à un autre du débat,
01:08:57la relocalisation des productions
01:09:01et comment faire dans le cadre
01:09:02d'une concurrence mondiale
01:09:03qu'on sait débridée
01:09:05et qui fait pression
01:09:06sur la qualité de l'emploi,
01:09:08les salaires,
01:09:09parfois les décisions,
01:09:11après vous évoquiez
01:09:11les décisions des actionnaires,
01:09:13est-ce qu'il ne faut pas
01:09:13changer les règles ?
01:09:15Et si oui,
01:09:16comment faire ?
01:09:19Oui, on en a beaucoup parlé.
01:09:21J'ai évoqué la notion
01:09:23de règles internationales,
01:09:25pas réinventées,
01:09:26pas inventées.
01:09:28Il y a une organisation
01:09:28qui le permet
01:09:29avec des règles
01:09:30qui sont très insuffisantes
01:09:32pour nous, CGT,
01:09:34mais qui sont déjà beaucoup
01:09:35pour bon nombre de salariés
01:09:36dans,
01:09:37je ne vais pas donner de proportion,
01:09:38mais dans pas mal
01:09:39de pays du monde.
01:09:40Et d'ailleurs,
01:09:41quand on a des échanges
01:09:43internationaux
01:09:43avec des homologues
01:09:44syndicalistes,
01:09:46on est une référence,
01:09:48mais dans le bon sens
01:09:48du terme,
01:09:49en disant
01:09:49ne lâchez rien
01:09:50sur ce que vous avez
01:09:51parce que plus vous perdez,
01:09:54nous,
01:09:55ce qu'on a,
01:09:56on risque aussi
01:09:56de le perdre.
01:09:57Et ils n'ont pas beaucoup.
01:09:59Donc,
01:09:59il y a besoin de règles,
01:10:01de réguler ce marché
01:10:03sur des critères sociaux
01:10:04et environnementaux.
01:10:05on en a parlé,
01:10:07il faut des règles
01:10:08parce que les coûts
01:10:10masqués des transports,
01:10:11par exemple,
01:10:12quand on utilise plus
01:10:13des transports polluants
01:10:15que des transports
01:10:16moins polluants,
01:10:17ça n'entre jamais
01:10:18d'ailleurs dans le prix,
01:10:19dans le prix des marchandises.
01:10:21Il faudrait aussi
01:10:22les réévaluer
01:10:23parce que c'est...
01:10:24Oui,
01:10:25mais pas que,
01:10:25pas que.
01:10:26Vous savez,
01:10:27quand il y a beaucoup
01:10:28de camions sur les routes,
01:10:30qui les paye ?
01:10:32Qui les paye ?
01:10:33La réfection
01:10:34ne s'est jamais pris
01:10:35en compte
01:10:35dans le prix du transport,
01:10:37en tout cas,
01:10:38dans le prix
01:10:38de la marchandise.
01:10:39Voilà quelques règles.
01:10:43Et évidemment,
01:10:44on est dans une économie
01:10:45ouverte
01:10:45avec différents pays,
01:10:47mais premièrement,
01:10:48nous,
01:10:49on croit
01:10:49qu'un pays
01:10:51peut faire
01:10:52un certain nombre
01:10:53de choses,
01:10:53sinon le gouvernement
01:10:55ne sert à rien,
01:10:56donc il peut imposer
01:10:56un certain nombre
01:10:57de choses.
01:10:58J'ai évoqué
01:10:58les marchés publics
01:10:59et donc ça,
01:11:01ça nous paraît essentiel.
01:11:04Et puis,
01:11:05il faut un meilleur contrôle,
01:11:07là aussi.
01:11:09J'ai évoqué
01:11:10les salariés,
01:11:10mais aussi
01:11:11en matière de fiscalité
01:11:12parce qu'il y a
01:11:13trop d'argent
01:11:14qui disparaît,
01:11:15pas pour tout le monde.
01:11:17La fraude fiscale
01:11:18et l'évasion fiscale,
01:11:19alors certains
01:11:19ne parlent pas d'évasion
01:11:21mais d'optimisation.
01:11:22Il faut arrêter
01:11:22de jouer sur les mots.
01:11:23C'est de l'argent
01:11:25qui vient
01:11:26du fruit du travail,
01:11:28qui vient du fruit
01:11:29des impôts,
01:11:30parfois,
01:11:31et qui ne vont
01:11:33que dans la poche
01:11:34de certains
01:11:34et qui sont bien inutiles,
01:11:35bien inutiles
01:11:37à ce à quoi
01:11:39ils pourraient être utilisés.
01:11:40Voilà quelques exemples
01:11:42en plus de ce qu'on a déjà,
01:11:44enfin,
01:11:44ce que j'ai déjà pu dire.
01:11:46Geoffroy Roux de Bézieux,
01:11:47la grande division mondiale
01:11:48du travail
01:11:48dont on a beaucoup parlé,
01:11:49qui nous a rendu dépendants
01:11:51à certaines productions
01:11:52pendant la crise.
01:11:53Ça a été mis en évidence.
01:11:54Est-ce que les règles
01:11:55de la concurrence mondiale,
01:11:56finalement,
01:11:56ne font pas que,
01:11:57si elles restent intactes,
01:11:59on ne pourra pas,
01:12:01ou en tout cas,
01:12:01il sera compliqué
01:12:02de relocaliser
01:12:03des productions
01:12:04dans des conditions
01:12:07de concurrence
01:12:08qui ne sont pas
01:12:09équivalentes
01:12:10d'un pays à l'autre ?
01:12:11– Je l'ai dit tout à l'heure,
01:12:13moi, j'espère me tromper,
01:12:14je suis assez pessimiste
01:12:15sur le futur
01:12:17de la gouvernance mondiale.
01:12:19Encore une fois,
01:12:19c'est parce que je souhaite,
01:12:20parce que je pense
01:12:21que c'est bon pour personne
01:12:21et pas bon pour la planète
01:12:22ni pour ses habitants.
01:12:24Et notamment,
01:12:26sur l'OIT
01:12:27ou l'OMC,
01:12:28même si ce n'est pas
01:12:28le même périmètre,
01:12:30sur des règles mondiales
01:12:32acceptées par tout le monde.
01:12:33Je suis persuadé,
01:12:34mais encore une fois,
01:12:35j'espère me tromper,
01:12:35que si Trump est battu
01:12:38le 4 novembre
01:12:38ou le 3 novembre,
01:12:39je ne sais plus quand c'est,
01:12:40la politique américaine
01:12:41changera en surface,
01:12:42enfin en style, etc.,
01:12:43mais pas tellement sur le fond
01:12:45dans la confrontation
01:12:46avec la Chine.
01:12:48Donc,
01:12:49on est dans cette période-là
01:12:51pour un certain temps,
01:12:52je ne sais pas combien de temps,
01:12:53mais un certain temps.
01:12:54Ça, c'est le premier point.
01:12:56Le deuxième point,
01:12:57c'est est-ce qu'on peut relocaliser ?
01:13:00Je pense qu'il y a plusieurs manières
01:13:01de répondre à cette question.
01:13:02La première, c'est,
01:13:04je pense que l'État est légitime
01:13:05à dire
01:13:05qu'il y a un certain nombre
01:13:07de produits
01:13:10qu'il faut avoir
01:13:12produits en France.
01:13:13J'ai eu cette discussion,
01:13:15figurez-vous,
01:13:15avec M. Mélenchon.
01:13:16Il m'a appelé
01:13:17pendant le confinement.
01:13:19J'ai cru que c'était
01:13:19Philippe Martinez.
01:13:22Il n'a pas de moustache.
01:13:24Non, mais au téléphone,
01:13:25ce n'était pas évident.
01:13:28Au fond,
01:13:29c'est à l'État,
01:13:30l'État et ma nation
01:13:31des citoyens
01:13:32et ma nation démocratique
01:13:33des citoyens,
01:13:33de dire que le paracétamol,
01:13:34on considère,
01:13:35je prends cet exemple,
01:13:36mais ça peut être d'autres,
01:13:37ça fait partie
01:13:37pour des produits stratégiques.
01:13:38Mais du coup,
01:13:40le paracétamol,
01:13:40je ne connais pas les chiffres,
01:13:42mais va coûter plus cher
01:13:42parce qu'il est fabriqué
01:13:43en Europe ou en France.
01:13:44Donc,
01:13:44on accepte qu'il y ait
01:13:47ce différentiel de coûts
01:13:48par rapport à l'Asie,
01:13:50je crois,
01:13:50il est fabriqué.
01:13:51Après,
01:13:51il y a l'intérieur
01:13:52des entreprises.
01:13:53Je reviens
01:13:53au donneur d'ordre
01:13:54et au sous-traitant
01:13:54qu'évoquait
01:13:56Philippe Martinez.
01:13:58notamment dans l'automobile,
01:14:00vous devez vous souvenir
01:14:00de quand il y a eu Fukushima.
01:14:03Il y avait un fabricant au Japon
01:14:04qui se trouvait à côté
01:14:05du Fukushima
01:14:07qui fabriquait,
01:14:07je ne sais plus quelle pièce,
01:14:09qui était le fournisseur unique
01:14:10de Renault et de PSA.
01:14:11Et donc,
01:14:11pendant trois mois,
01:14:13il y a eu d'énormes problèmes
01:14:14d'approvisionnement
01:14:15puisqu'il ne pouvait pas livrer.
01:14:16Et donc,
01:14:17on voit dans les entreprises,
01:14:19petit à petit,
01:14:20de la relocalisation
01:14:22de fournisseurs
01:14:23en Europe,
01:14:24mais elle est partielle,
01:14:26c'est-à-dire que du coup,
01:14:26j'ai deux fournisseurs,
01:14:27j'en ai un
01:14:29dans un pays à bas coût
01:14:30qui, évidemment,
01:14:31est beaucoup plus compétitif
01:14:32et j'accepte pour 20%
01:14:33de mes approvisionnements
01:14:35de prendre un fournisseur européen.
01:14:37Puis après,
01:14:37il y a un,
01:14:38est-ce qu'on peut relocaliser
01:14:40des usines
01:14:41qui sont
01:14:43en dehors de l'Europe ?
01:14:44Honnêtement,
01:14:44je n'y crois pas
01:14:45parce que le gap
01:14:47de coût
01:14:48est de règle.
01:14:50Mais vous l'avez dit,
01:14:51ne sont pas les mêmes
01:14:52environnementales.
01:14:53Par contre,
01:14:54ce qu'il faudrait,
01:14:55c'est qu'on localise
01:14:57sans re
01:14:59ce qu'on crée,
01:15:00qu'on recrée
01:15:01de l'industrie
01:15:01et que si on crée
01:15:03une usine d'hydrogène,
01:15:04si on crée
01:15:04une usine de batterie,
01:15:06que tout ce qui est recherché
01:15:07en France et en Europe,
01:15:08parce que la recherche
01:15:10fonctionne bien,
01:15:11se traduise
01:15:12par de l'industrie
01:15:14en Europe
01:15:14et en France.
01:15:15Et ça,
01:15:16c'est possible,
01:15:17notamment,
01:15:17alors vous allez me dire
01:15:18que je suis obsédé,
01:15:20pardon,
01:15:20si on fait une taxe frontière,
01:15:22une taxe carbone
01:15:23aux frontières.
01:15:24Parce que là,
01:15:26on abaisse
01:15:27ou en tout cas
01:15:28on supprime
01:15:30le différentiel prix
01:15:31entre le Médine Europe
01:15:32et le Médine ailleurs.
01:15:35Et je pense
01:15:36qu'on va vers,
01:15:37alors ce n'est pas vraiment
01:15:37des circuits courts,
01:15:38mais des grandes plaques
01:15:39de commerce,
01:15:40à quelle vitesse,
01:15:41avec quelle rapidité,
01:15:43je ne sais pas vous dire.
01:15:44Tout ça va dépendre
01:15:45quand même aussi
01:15:45de la géopolitique.
01:15:48quand on voit
01:15:48qu'entre la Turquie,
01:15:50qui a une grosse industrie,
01:15:51on oublie,
01:15:51qui fabrique beaucoup
01:15:52pour l'Europe
01:15:53et l'Europe
01:15:54et notamment la France
01:15:55est en train de se tendre,
01:15:56je ne sais pas vers quoi ça va.
01:15:58Et à la fin des fins,
01:15:59la politique prime
01:16:00sur l'économie.
01:16:05Alors, autre question,
01:16:06est-ce qu'on n'est pas,
01:16:07on a évoqué tout à l'heure
01:16:08les différences
01:16:08entre petit patron,
01:16:10grand patron,
01:16:12la sous-traitance,
01:16:13est-ce qu'on n'est pas
01:16:13à la fin d'un modèle
01:16:14qui est éclairé aussi
01:16:15par cette crise,
01:16:16celui des multinationales
01:16:17qui fixent leurs propres règles,
01:16:18qui sont parfois
01:16:19plus puissantes que des États
01:16:20et qui étranglent
01:16:21les chaînes de sous-traitance ?
01:16:25J'aimerais bien
01:16:26qu'on soit à la fin
01:16:27de ce modèle.
01:16:28Pour l'instant,
01:16:28il n'y a aucun signe
01:16:29qui montre que ça va changer.
01:16:32C'est un modèle inefficace.
01:16:33Oui, c'est inefficace
01:16:34parce que je connais
01:16:36moins bien les patrons
01:16:37que le patron du MEDEF,
01:16:39mais il y a une forme
01:16:42de chaîne des valeurs
01:16:44et d'organisation
01:16:46et de descente
01:16:48d'organisation du travail
01:16:49qui, entre les grandes entreprises
01:16:50et les petites,
01:16:51ne correspondent pas.
01:16:53On voit,
01:16:54pas que dans l'automobile,
01:16:55pas que dans l'automobile,
01:16:56dans un certain nombre
01:16:57d'entreprises,
01:16:59moi j'entends des employeurs
01:17:00qui me disent,
01:17:01mais ils m'obligent,
01:17:02ils envoient des auditeurs,
01:17:03ils m'obligent à travailler
01:17:04comme ça,
01:17:05contraire au sens du travail.
01:17:08Mes ouvriers,
01:17:08ils gueulent
01:17:09ou mes ingénieurs,
01:17:10ils gueulent
01:17:10parce que ça ne correspond pas
01:17:11ni à la taille de la boîte,
01:17:13ni à l'ambiance
01:17:14et aux relations
01:17:16employeurs-salariés
01:17:17dans ma boîte.
01:17:18Donc,
01:17:18il faut,
01:17:19là aussi,
01:17:20il faut premièrement
01:17:21laisser plus de liberté
01:17:23aux petites entreprises
01:17:25avec la place
01:17:26de leurs salariés dedans.
01:17:27Deuxièmement,
01:17:28il faut de la solidarité,
01:17:30par contre,
01:17:31entre employeurs.
01:17:32Moi,
01:17:32je suis pour la solidarité
01:17:33entre patrons,
01:17:34c'est-à-dire que
01:17:35les entreprises
01:17:36qui ont beaucoup de moyens,
01:17:37il y en a quand même
01:17:38pas mal,
01:17:39puissent aider
01:17:41les petites entreprises,
01:17:43par exemple,
01:17:44à mieux payer leurs salariés
01:17:45parce qu'il y a aussi,
01:17:47si on prend en Occitanie,
01:17:49par exemple,
01:17:50Mécanique Vallée,
01:17:52FIJAC
01:17:52où il y a
01:17:52de la sous-traitance
01:17:53aéronautique,
01:17:55un jeune qui sort
01:17:56avec un BTS
01:17:57ou un diplôme d'ingénieur,
01:17:58évidemment,
01:17:59il aimerait bien rester
01:18:00dans sa ville,
01:18:02mais dès que
01:18:04le donneur d'or,
01:18:05dans l'occurrence Airbus,
01:18:06a besoin de compétences,
01:18:08eh bien,
01:18:08il vient piller
01:18:10les compétences
01:18:11qu'il y a chez le sous-traitant
01:18:12parce qu'évidemment,
01:18:13il ne paye pas beaucoup plus,
01:18:15mais il paye plus,
01:18:16etc.,
01:18:17etc.
01:18:17Donc,
01:18:18là aussi,
01:18:18on devrait raisonner,
01:18:20par exemple,
01:18:20en filière,
01:18:22dans ce cadre-là
01:18:23où
01:18:25qu'on travaille
01:18:25chez le sous-traitant
01:18:26de rang 2
01:18:27ou chez le donneur d'ordre,
01:18:29il y a un niveau de salaire
01:18:30qui soit équivalent
01:18:32parce qu'il y a
01:18:32les mêmes diplômes
01:18:33et puis,
01:18:34le produit final,
01:18:35alors,
01:18:36c'est là où
01:18:37il n'y a pas le poids
01:18:38des actionnaires
01:18:38chez certains,
01:18:39mais il y a chez d'autres,
01:18:40le produit final,
01:18:41il est quand même
01:18:42co-construit
01:18:43par l'ensemble
01:18:44des salariés
01:18:44qui travaillent
01:18:45sur cette filière.
01:18:46Voilà quelques...
01:18:46Mais,
01:18:48là aussi,
01:18:49il faut inverser
01:18:50l'existant,
01:18:53moins de contraintes
01:18:55pour les salariés,
01:18:57moins de contraintes
01:18:57dans cette relation
01:18:58d'honneur d'ordre
01:18:59sous-traitant,
01:19:00parce qu'évidemment,
01:19:02y compris,
01:19:02on le voit dans le bâtiment,
01:19:03par exemple,
01:19:05peu de petits entrepreneurs
01:19:07peuvent s'aligner
01:19:08dans des appels d'offres
01:19:09de gros...
01:19:10de rénovation,
01:19:11on parle de rénovation thermique,
01:19:13sur des gros oeuvres,
01:19:15peu de petits employeurs
01:19:16peuvent s'aligner
01:19:17dans les appels d'offres.
01:19:19Là aussi,
01:19:19comment on fait en sorte
01:19:20que les relations
01:19:21soient plus saines
01:19:22entre les 4-5 groupes
01:19:24immenses du BTP
01:19:25et des petits artisans,
01:19:27des petites boîtes
01:19:28qui aimeraient aussi
01:19:29pouvoir travailler,
01:19:30mais avec des...
01:19:32en gagnant un peu d'argent
01:19:33pour mieux payer
01:19:33leurs salariés,
01:19:34par exemple.
01:19:35Lefroy Rue de Bézieux ?
01:19:36Oui, moi,
01:19:37je voudrais venir
01:19:37sur le rôle
01:19:38des multinationales.
01:19:40Alors,
01:19:40j'imagine que derrière,
01:19:41vous avez en tête...
01:19:43Enfin,
01:19:43les multinationales,
01:19:43ça veut tout dire,
01:19:44mais notamment
01:19:46les grandes boîtes américaines
01:19:49dans le numérique.
01:19:50Mais pas seulement,
01:19:51si les...
01:19:52Oui,
01:19:53les...
01:19:54Si je prends,
01:19:54je ne sais pas quoi,
01:19:55McDonald's,
01:19:56par exemple.
01:19:56Bon,
01:19:57McDonald's,
01:19:57toujours accusé
01:19:58de tous les mots,
01:19:58mais quand vous regardez
01:20:00les efforts qu'ils font en France,
01:20:02je ne sais pas ce qu'ils font
01:20:03à l'étranger,
01:20:04en termes d'acheter
01:20:05sur les filières locales,
01:20:07etc.,
01:20:08parce qu'ils sont sous le...
01:20:09Je veux dire,
01:20:10sous le feu des ONG,
01:20:11etc.,
01:20:12ce n'est pas les plus mauvaises boîtes.
01:20:14C'est parfois...
01:20:15Pour les salariés,
01:20:17on pourrait discuter.
01:20:17Pour les salariés,
01:20:18oui,
01:20:18mais il faudrait augmenter
01:20:19le prix du menu
01:20:20pour pouvoir payer mieux.
01:20:21Mais on revient au consommateur.
01:20:23Et aussi au salaire du consommateur.
01:20:25On revient au salaire.
01:20:25C'est un peu des deux.
01:20:27Mais c'est une vraie différence
01:20:28entre nous.
01:20:29Oui, je sais.
01:20:30La feuille de paye
01:20:31n'est pas...
01:20:31La question des salaires.
01:20:32Le chômage,
01:20:32pardon,
01:20:33la situation de Chirac,
01:20:34que j'ai oublié déjà.
01:20:36Mais par contre,
01:20:37je pense qu'on a
01:20:37un vrai problème mondial
01:20:39sur les quelques grandes
01:20:41multinationales
01:20:42américaines et chinoises.
01:20:43Pourquoi ?
01:20:44Parce que
01:20:45l'économie de marché,
01:20:48ça suppose
01:20:49une liberté,
01:20:50mais aussi
01:20:51une concurrence
01:20:52pure et parfaite.
01:20:53Ça n'existe pas,
01:20:54mais la capacité
01:20:55de choisir.
01:20:56Et on est arrivé,
01:20:57première fois dans l'histoire
01:20:58de l'économie de marché,
01:21:00à des quasi-monopoles mondiaux.
01:21:02Quasi,
01:21:03parce que
01:21:03ce n'est pas complètement.
01:21:05Et au fond,
01:21:06le test de concurrence,
01:21:07c'est quoi ?
01:21:07C'est est-ce que
01:21:09avec de l'intelligence,
01:21:10du talent,
01:21:10du capital
01:21:11et un esprit d'entreprise,
01:21:12je peux créer un concurrent
01:21:13à tel ou tel acteur ?
01:21:17Si vous êtes McDo,
01:21:18vous avez des concurrents
01:21:20dans le même métier.
01:21:20Et puis,
01:21:21il y a toute la restauration,
01:21:22etc.
01:21:22Si vous êtes Google
01:21:24et que vous avez 90%
01:21:25de parts de marché en France,
01:21:27là,
01:21:28il y a un vrai rapport de force
01:21:29entre,
01:21:29non pas d'ailleurs
01:21:30donneurs d'ordres
01:21:31et sous-traitants,
01:21:31mes clients.
01:21:32Autrement dit,
01:21:33quand vous êtes dans le web français,
01:21:35si vous passez par Google,
01:21:36vous êtes obligé de payer.
01:21:38Il n'y a pas le choix.
01:21:40Et là,
01:21:40je pense qu'on va vers un problème.
01:21:42J'avais écrit un article
01:21:43dans les échos
01:21:43il y a je ne sais plus combien de temps,
01:21:446-7 ans.
01:21:45On me demandait de faire
01:21:47le titre des échos
01:21:48de dans 20 ans
01:21:49et j'avais mis
01:21:52démantèlement
01:21:52des GAFA,
01:21:53comme ça a été le cas
01:21:55des télécoms américaines
01:21:56dans les années 60.
01:21:57Sauf que
01:21:58le problème,
01:21:59c'est que c'est un élément fort
01:22:01du soft power américain
01:22:04et que comme ils ont,
01:22:05je ne sais pas si vous avez suivi ça,
01:22:06mais ils ont fait en fait
01:22:07un deal fiscal avec Trump
01:22:09qui permet aux Américains,
01:22:11aux grandes multinationales américaines
01:22:12de ramener
01:22:14de l'argent,
01:22:15payer de l'impôt,
01:22:16tout l'argent qu'ils avaient
01:22:17à travers le monde
01:22:18dans un certain nombre de pays
01:22:19à fiscalité faible,
01:22:21de les ramener
01:22:22en payant un impôt forfaitaire,
01:22:24l'intérêt des États-Unis
01:22:26n'est pas de démanteler.
01:22:27Et je pense que l'Europe
01:22:28a un énorme problème.
01:22:29Il y a eu des sanctions.
01:22:31La commissaire Vestager
01:22:33a essayé de faire des choses.
01:22:35Je pense que Thierry Breton
01:22:35fera des choses.
01:22:36Mais là aussi,
01:22:37je pense que c'est plus important,
01:22:40enfin,
01:22:41je ne vais pas mettre une hiérarchie,
01:22:42mais dans les 20 ans qui viennent,
01:22:44c'est le sujet de préoccupation
01:22:46qui doit animer en tout cas
01:22:48les patrons français,
01:22:49je ne sais pas pour les salariés,
01:22:49parce que dans beaucoup de secteurs,
01:22:53la domination qu'ils exercent
01:22:55empêche l'esprit d'entreprise,
01:22:57et pas tellement l'esprit d'entreprise
01:22:58simplement,
01:22:58mais le développement des entreprises.
01:23:00Et donc, à un moment,
01:23:01on a vraiment un risque.
01:23:04Je me souviens très bien,
01:23:05je suis là parce que ça m'a beaucoup frappé
01:23:07quand Disney s'est installé,
01:23:09donc je me souviens plus quand c'était
01:23:10il y a une vingtaine d'années,
01:23:11il y avait toute une campagne,
01:23:12les Américains débarquent,
01:23:14les parcs colonisations, etc.
01:23:16En fait, Disney,
01:23:17bon, ils se sont installés,
01:23:18mais il y a plein d'alternatives,
01:23:19d'un autre genre,
01:23:20il y a des parcs d'attraction,
01:23:21mais il y a aussi plein de loisirs,
01:23:23il n'y a pas de monopole
01:23:23sur le loisir par Disney,
01:23:25il y a une offre puissante.
01:23:27Là, on est dans un monde
01:23:28complètement différent,
01:23:30et je ne cherche pas des points
01:23:31de convergence à tout prix,
01:23:33mais je pense que là,
01:23:34l'intérêt des salariés
01:23:36et des patrons français,
01:23:37en tout cas des patrons d'entreprises
01:23:38basées en France,
01:23:39c'est important.
01:23:40Je voudrais terminer par un dernier point,
01:23:44une réflexion compliquée,
01:23:45on a lancé un groupe de travail
01:23:46au MEDF là-dessus,
01:23:47c'est quoi la nationalité
01:23:48d'une entreprise ?
01:23:50La boîte de bâtiment
01:23:51qui est installée à Prades,
01:23:53chez M. Castex,
01:23:54elle est française,
01:23:55il y a 20 personnes,
01:23:56etc.
01:23:57Mais une entreprise française
01:23:59dont le siège est à Paris,
01:24:01mais qui a des actionnaires étrangers,
01:24:03comment est-ce qu'on définit
01:24:04la nationalité d'une entreprise ?
01:24:05C'est un sujet compliqué,
01:24:07sur lequel je ne pense pas
01:24:08qu'il y ait de rapport binaire,
01:24:09et qui, à mon avis,
01:24:09dans les années qui viennent,
01:24:11va peser beaucoup dans les débats.
01:24:13Pas celles qu'on pouvait
01:24:15pressentir comme françaises,
01:24:16en général,
01:24:17déménagent leurs sièges sociaux
01:24:19dans d'autres pays.
01:24:20Pas beaucoup.
01:24:21Regardez LVMH qui répond,
01:24:22il y a un cas quand même intéressant,
01:24:24LVMH et Tiffany,
01:24:25l'aide de M. Le Drian,
01:24:28alors je ne connais pas
01:24:29les dessous de l'histoire
01:24:30et vous non plus,
01:24:31mais il n'empêche que
01:24:33il y a quand même une idée
01:24:34qu'LVMH,
01:24:35avec tous les défauts
01:24:35que vous pouvez lui trouver,
01:24:36c'est une entreprise française,
01:24:38dont l'essentiel de la production
01:24:39est en France.
01:24:40Il faut voir.
01:24:41Mais on n'a plus le temps, je crois.
01:24:42Je voulais, pour finir,
01:24:44qu'on dise un mot
01:24:44sur la lutte des classes.
01:24:46Parce que vous disiez tout à l'heure,
01:24:48vous revendiquiez
01:24:49que vous étiez un capitaliste.
01:24:51Geoffroy Roux de Bézieux.
01:24:53Est-ce que, pour vous,
01:24:54et quand on parle capitalisme,
01:24:56en tout cas,
01:24:57pour ce qui concerne
01:25:00la sensibilité
01:25:00qui est celle du journal
01:25:02de l'humanité,
01:25:03le capitalisme,
01:25:04il se caractérise
01:25:04par la lutte
01:25:07des classes
01:25:08qui le structurent.
01:25:12Et donc,
01:25:12Geoffroy Roux de Bézieux,
01:25:13est-ce que, pour vous,
01:25:14la division de la société
01:25:15en classe,
01:25:15c'est une réalité ?
01:25:16Il nous semble
01:25:17que c'est une question importante
01:25:18parce que,
01:25:19selon la réponse
01:25:20qu'on lui apporte,
01:25:20elle détermine
01:25:21et explique
01:25:22comment nos sociétés fonctionnent,
01:25:24les problèmes
01:25:25qu'il faut résoudre,
01:25:26et aussi les rôles
01:25:28des organisations
01:25:29comme les vôtres,
01:25:30comme le syndicat patronal
01:25:32que vous dirigez,
01:25:33mais aussi
01:25:35la confédération syndicale
01:25:36de Philippe Martinez.
01:25:37J'ai combien de temps ?
01:25:38Vous avez deux minutes.
01:25:40Là, ils sont au pied
01:25:40du Grand Colombier.
01:25:44Il en reste un peu de temps, oui.
01:25:47Je ne sais pas si on peut répondre
01:25:48par oui ou par non
01:25:49à cette question.
01:25:50La lutte des classes
01:25:51version marque,
01:25:52c'est-à-dire
01:25:53l'opposition
01:25:54entre le prolétariat
01:25:56qui n'a que son travail
01:25:59et la bourgeoisie rentière
01:26:00qui détient le capital,
01:26:01je pense que le monde
01:26:02a beaucoup changé depuis.
01:26:04Par contre,
01:26:06il y a toujours
01:26:06des oppositions
01:26:07dans la société,
01:26:08mais je pense
01:26:08qu'elles sont plus nombreuses
01:26:11et moins faciles
01:26:12et identifiées.
01:26:14Il y a clairement,
01:26:15je pense,
01:26:16je ne sais pas si c'est
01:26:17une lutte des classes,
01:26:18mais en tout cas
01:26:18une forme d'opposition
01:26:20entre ceux qui détiennent
01:26:21un capital culturel
01:26:23et cognitif.
01:26:25parce qu'ils ont fait
01:26:26des études par ailleurs,
01:26:26parce qu'ils viennent
01:26:27d'un milieu
01:26:27où on les a éduqués
01:26:29et ceux qui ne l'ont pas.
01:26:30Parce qu'on sait bien
01:26:31qu'aujourd'hui,
01:26:32pour réussir dans la société
01:26:33et dans l'économie,
01:26:35c'est en général d'ailleurs,
01:26:36ça peut être le monde culturel,
01:26:37le monde journalistique,
01:26:37etc.
01:26:38c'est quand même la connaissance
01:26:41plus que le capital financier
01:26:42qui fait la différence.
01:26:44Je l'ai évoqué,
01:26:46je pense,
01:26:46ce n'est pas une lutte,
01:26:47mais une opposition
01:26:48entre ceux qui vivent
01:26:49dans les métropoles
01:26:52et ceux qui vivent
01:26:53en ruralité.
01:26:53On le voit bien
01:26:54avec les sujets
01:26:54sur le bien-être animal,
01:26:56etc.
01:26:57ou les réflexions
01:26:58des maires
01:27:00ou le haut
01:27:00sur le Tour de France.
01:27:01Donc,
01:27:02il y a des oppositions
01:27:05qui sont mouvantes
01:27:06et je pense,
01:27:08mais peut-être
01:27:09que je suis naïf
01:27:10en pensant ça,
01:27:11que le rôle
01:27:12des organisations syndicales
01:27:13de part et d'autre
01:27:14de la table,
01:27:15c'est de structurer
01:27:16ces oppositions,
01:27:17de les canaliser
01:27:18et d'essayer d'éviter
01:27:20la guerre de tous
01:27:20contre tous,
01:27:23qui est évidemment
01:27:26ce qu'on ne peut pas
01:27:27souhaiter pour une société.
01:27:29Et d'ailleurs,
01:27:30un peu l'esprit
01:27:31qui m'a animé
01:27:32pour venir à ce débat.
01:27:35En fait,
01:27:36moins long,
01:27:36oui,
01:27:36la lutte des classes existe
01:27:38et pas telle
01:27:38que vous la décrivez,
01:27:39c'est la lutte de classe
01:27:40entre le capital
01:27:41et le travail.
01:27:42Alors,
01:27:43oui,
01:27:43ça a évolué,
01:27:44ça a évolué.
01:27:45On essaye de faire croire
01:27:46un certain nombre
01:27:46de salariés
01:27:47qui peuvent changer de camp
01:27:49en devenant actionnaires
01:27:50de leur entreprise,
01:27:53mais fondamentalement,
01:27:54la barrière,
01:27:54la frontière,
01:27:55le reste entre le capital
01:27:56et le travail.
01:27:56Et donc,
01:27:58Marx était un visionnaire.
01:28:00Merci,
01:28:01ça sera le mot de la fin
01:28:02si vous le voulez bien.
01:28:03Merci à Geoffroy Roux-de-Bézieux,
01:28:05merci à Philippe Martinez
01:28:06d'avoir participé
01:28:07à cette confrontation inédite
01:28:08et surtout,
01:28:10restez connectés
01:28:11sur les sites
01:28:12de l'humanité.fr
01:28:13et de la fête de l'humanité
01:28:15puisque le programme
01:28:16n'est pas terminé,
01:28:17d'autres débats sont à venir,
01:28:19pas seulement jusqu'à la fin
01:28:20de ce dimanche,
01:28:21mais d'autres débats
01:28:21seront encore mis en ligne
01:28:23tout au long de la semaine.
01:28:24Rendez-vous sur notre plateforme.
01:28:26Merci à tous.
01:28:29Applaudissements
01:28:29Sous-titrage Société Radio-Canada
01:28:31Sous-titrage Société Radio-Canada

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