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  • il y a 2 jours
- Que pensez-vous du vaccinodrome qui vient d’être inauguré au stade de France (Seine-Saint-Denis) ?

Christophe Prudhomme: Le vaccinodrome, en soit, c'est une bonne opération, pour vacciner en masse contre le Covid-19. Malheureusement, nous n'avons pas de vaccins en nombre suffisant pour vacciner en masse dans notre pays. Par conséquent, nous nous retrouvons avec une opération médiatique contre-productive: les centres de vaccination de proximité se sont vu retirer 50% de leurs doses cette semaine -en particulier en Seine-Saint-Denis- pour une opération médiatique au stade de France, où se sont rendus tous les élus, tous les gouvernants pour faire les beaux devant les chaînes d'information en continu.

- Comment cela se traduit-il sur le terrain ?

Christophe Prudhomme: Au centre de vaccination de Rosny-sous-Bois, par exemple, un de mes collègues, qui est l'organisateur de ce centre de vaccination, a dû passer son week-end à téléphoner à des citoyens pour annuler leur rendez-vous de vaccination contre le coronavirus. C’est une catastrophe, alors que le temps des soignants est aujourd’hui très précieux. Cette gestion erratique de la crise fait que l’on consomme beaucoup de temps des soignants pour des tâches administratives, alors que ce temps serait beaucoup plus utile pour la prise en charge des patients, à l'hôpital, où l’on accumule les heures supplémentaires, et où nous sommes obligés de pousser les murs, avec les conséquences sanitaires que cela aura dans les semaines et les mois qui viennent sur les patients.

Mis à part le problème des doses, la France a-t-elle les capacités d’utiliser ces vaccinodromes ?

Christophe Prudhomme: Si on ne vaccine pas en masse, non. Et aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Des enceintes sportives de cette taille, quand elles sont utilisées pour vacciner, comme c'est le cas par exemple aux Etats-Unis ou dans d'autres pays, ce n'est pas pour utiliser 10.000 vaccins par semaine contre le Covid-19, mais plutôt pour administrer 10.000 vaccins par jour.

- Pour en revenir au département de la Seine-Saint-Denis, pour l’urgence vaccinale y est-elle si forte ?

Christophe Prudhomme: L'état de la Seine-Saint-Denis est catastrophique depuis le début de la crise. En effet, les inégalités préexistantes ont aggravé la situation. Dans le département, il n’y a que 100 lits de réanimation pour 1 800 000 habitants réels sur le terrain, alors que la population ne peut pas bénéficier majoritairement du télétravail. Les habitants sont ceux qu'on a appelés les premiers de cordée, ceux qui travaillent pour que les autres puissent télétravailler.

Aujourd’hui, après avoir ciblé la population âgée qui est désormais en grande partie vaccinée, il faut cibler les populations les plus exposées, pour les protéger du Covid-19. Celles qui sont obligées de circuler dans les transports en commun, d'être en contact avec d'autres collègues de travail, parce qu'ils assurent ce qui est essentiel au quotidien. On sait d’ailleurs aujourd’hui, entre l

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00:00Le vaccinodrome en soi c'est une bonne opération, c'est pour vacciner en masse.
00:04Malheureusement, nous n'avons pas de vaccin en nombre suffisant pour vacciner en masse dans notre pays.
00:09Et donc nous nous retrouvons avec une opération médiatique contre-productive
00:13puisque les centres de vaccination de proximité se sont vus retirer 50% de leur dose cette semaine,
00:21en particulier en Seine-Saint-Denis, pour une opération médiatique au Stade de France
00:25où se sont rendus tous les élus, tous les gouvernants pour faire les beaux devant les chaînes d'information en
00:30continu.
00:30Je peux vous citer le centre de vaccination de René-Soubois par exemple,
00:33où un de mes collègues m'a signalé, enfin il est l'organisateur de ce centre de vaccination,
00:37il a fallu qu'il passe son week-end à téléphoner à des patients, enfin pas des patients parce qu
00:43'ils ne sont pas malades,
00:44mais à des citoyens pour annuler leur rendez-vous.
00:47Voilà, donc c'est une catastrophe, c'est-à-dire que le temps aujourd'hui des soignants est précieux.
00:53Donc la gestion erratique de la crise fait qu'on consomme beaucoup de temps des soignants pour des tâches administratives,
01:02alors que ce temps serait beaucoup plus utile pour la prise en charge des patients à l'hôpital,
01:10où on accumule les heures supplémentaires, on est obligé de pousser les murs,
01:14et puis surtout on déprogramme des patients avec les conséquences sanitaires que cela aura dans les semaines et les mois
01:18qui viennent.
01:18L'autre argument, c'est que c'est très bien de créer ces vaccinodromes, encore faut-il vacciner en masse,
01:26ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, des enceintes sportives de cette taille quand elles sont utilisées pour
01:31vacciner,
01:32comme c'est le cas par exemple aux Etats-Unis ou dans d'autres pays, c'est pas 10 000
01:35vaccins par semaine, c'est 10 000 vaccins par jour.
01:37L'état de la Seine-Saint-Denis est catastrophique, on peut dire les choses comme cela.
01:42Depuis le début de la crise, les inégalités préexistantes ont aggravé la situation.
01:47100 lits de réanimation pour 1 650 000 habitants déclarés, mais 1 800 000 habitants réels sur le terrain.
01:53Une population qui ne peut pas bénéficier majoritairement du télétravail, puisque ce sont ceux qu'on a appelés les premiers
01:59de cordée,
01:59ceux qui travaillent pour que les autres puissent télétravailler justement.
02:03Le fait qu'on ait ciblé la population âgée, c'est une bonne chose.
02:06Vous savez, aujourd'hui, dans mon activité quotidienne au SAMU, je suis très content d'avoir très peu de patients
02:10âgés,
02:11en particulier en provenance des EHPAD, parce qu'ils ont été vaccinés.
02:15Peut-être que maintenant, il faut cibler les populations les plus exposées,
02:19et les populations qui, effectivement, sont obligées de circuler dans les transports en commun,
02:24d'être en contact avec d'autres collègues de travail,
02:27parce qu'ils assurent ce qui est essentiel au quotidien, dont on ne s'était pas rendu compte avant cette
02:33crise.
02:34Aujourd'hui, je pense qu'entre le trader boursier qui télétravaille de chez lui,
02:40et l'ouvrier qui est derrière sa baigne pour ramasser des poubelles,
02:43on sait qui est le plus efficace aujourd'hui et le plus utile.
02:45La solution, c'est celle que l'on a mise sur la table en France, en Europe et dans le
02:50monde,
02:51c'est de ne pas être à genoux devant l'industrie pharmaceutique.
02:54C'est la levée des brevets, comme c'est prévu dans le cadre des instances internationales
02:58comme l'Organisation mondiale du commerce, et la réquisition des usines,
03:02et ne pas attendre que, généreusement, le patron de Sanofi prête généreusement deux usines,
03:09alors que sa préoccupation, c'est plutôt de verser des dividendes monstrueux à ses actionnaires,
03:15plutôt que de mettre son outil de production à disposition pour pouvoir produire massivement des vaccins
03:21pour la France, pour l'Europe et pour le monde entier.
03:23Parce qu'il faut comprendre que si on ne vaccine pas l'ensemble de la planète au même rythme,
03:27des variants vont apparaître dans les pays peu vaccinés,
03:30et les variants ne connaissent pas les murs ni les frontières.
03:32Vous savez, si vous vaccinez une population d'un côté d'un mur et pas de l'autre côté du
03:36mur,
03:37le variant passera au-dessus du mur, quelle que soit la hauteur de ce mur.

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