00:00Bonjour Yann Brossard.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes adjoint à la mairie de Paris en charge du logement
00:05et l'équipe municipale a jugé que le contexte sanitaire était propice
00:09à remettre des logements Airbnb de la capitale sur le marché locatif.
00:13Alors, avant de nous expliquer votre démarche,
00:16pouvez-vous nous décrire les problèmes qui ne datent pas d'aujourd'hui,
00:19que rencontrent les familles les plus pauvres et les classes moyennes à Paris
00:23depuis déjà un certain nombre d'années ?
00:26À Paris, on a depuis longtemps maintenant un phénomène qui est très clair.
00:31C'est un problème de cherté.
00:34C'est cher à la location et c'est cher à l'achat.
00:38Et c'est lié à un problème structurel qui est un décalage très fort
00:42entre l'offre et la demande.
00:44À Paris, vous avez une offre de logement qui n'est pas extensible à l'infini
00:48parce que Paris est une ville qui est déjà extrêmement dense,
00:52extrêmement pleine et dans laquelle on a très peu de possibilités
00:56de construire du logement neutre.
00:57Vous avez une offre qui est relativement réduite
01:01et vous avez une demande qui est absolument considérable
01:05parce que Paris, c'est Paris et c'est donc une ville attractive
01:10et qui d'ailleurs fait l'objet de convoitises,
01:12y compris de gens qui viennent de l'étranger.
01:14Donc, vous avez au final un décalage très important
01:18entre l'offre et la demande.
01:19Et le marché de lui-même ne produit en conséquence que de la cherté.
01:25Et donc, le rôle des pouvoirs publics, c'est de remettre un peu de modération là-dedans
01:30et de faire en sorte que des gens qui ont des revenus normaux,
01:35qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche,
01:38puissent vivre à Paris.
01:39Et c'est au fond tout l'objectif de notre politique municipale.
01:43Alors, combien d'appartements sont concernés sur la capitale ?
01:48À Paris, vous avez environ 60 000 logements
01:51qui sont loués sur les plateformes de location touristique.
01:55Ce qui signifie non pas que tous ces logements sont loués à l'année
02:01sur des plateformes de location touristique,
02:03mais qu'une bonne part de ces logements sont effectivement aujourd'hui
02:07dédiés uniquement à des touristes.
02:10C'est-à-dire qu'un certain nombre de logements
02:12qui auparavant étaient loués à des Parisiens
02:15et notamment à des classes moyennes parisiennes,
02:17aujourd'hui sont devenues des hôtels clandestins.
02:19C'est-à-dire que ce ne sont plus des logements habités,
02:23ce sont des logements qui sont visités par des touristes
02:25et ça a de très nombreuses conséquences,
02:28y compris des conséquences sur la vie des quartiers
02:31dans lesquels ces locations touristiques se sont le plus développées,
02:35des conséquences sur le type de commerce que vous trouvez dans ces quartiers,
02:39moins de commerce de bouche, plus de commerce de fringues,
02:42de grandes marques par exemple.
02:44Et donc, toutes ces raisons additionnées font qu'on a besoin de réguler ce secteur.
02:50Alors, on va rentrer dans le vif du sujet.
02:53Qu'est-ce qui pourrait inciter les propriétaires parisiens
02:56à remettre leurs biens sur le marché locatif ?
02:59C'est qu'il n'y a plus de tourisme.
03:01C'est qu'aujourd'hui, bon nombre de ces propriétaires
03:04qui misaient sur une rentabilité très forte grâce à la location touristique,
03:09que la location touristique est 2,6 fois plus rentable en moyenne
03:13que la location traditionnelle,
03:15ces propriétaires-là se retrouvent sans tourisme.
03:18Et donc, se voient confrontés à des rentrées financières qui n'arrivent plus.
03:24Et un certain nombre de ces propriétaires ont d'ailleurs contracté des prêts
03:28et n'arrivent plus à payer leurs traites
03:30parce qu'ils misaient sur cette rentabilité-là pour rembourser leurs traites.
03:33Et donc, nous, ce que nous considérons, ce que nous pensons,
03:37c'est que nous avons là une occasion historique
03:39de faire en sorte que ces logements, demain,
03:42puissent être à nouveau occupés par des parisiens
03:45et donc de faire basculer de la location touristique
03:48vers de la location traditionnelle.
03:50Alors, vous avez créé la foncière de Paris.
03:54Quel est ce dispositif ?
03:56Et combien de logements pourraient être concernés ?
03:58Nous avons effectivement décidé de créer une foncière
04:02qui va s'appeler la foncière logement abordable.
04:06C'est une foncière dans laquelle il y aura des fonds publics municipaux
04:09et de la caisse des dépôts.
04:10Et puis, des fonds privés également.
04:13L'idée est de lever plusieurs milliards d'euros
04:15pour racheter des appartements,
04:19racheter des immeubles
04:21pour les mettre ensuite en location 20% en dessous du prix de marché.
04:26Et donc, cette foncière, elle va être créée dans les mois qui viennent.
04:30Et l'une de ces fonctions, ce sera de racheter des logements Airbnb
04:35pour justement faire en sorte que demain,
04:38ils soient à nouveau loués à des parisiens.
04:39Alors, ce n'est pas le seul moyen par lequel nous souhaitons intervenir
04:43et faire basculer ces logements vers de la location traditionnelle.
04:47Et d'ailleurs, le constat que nous faisons d'ores et déjà,
04:50c'est qu'un certain nombre de propriétaires
04:51qui louaient sur Airbnb, faute de touristes,
04:55se remettent à louer à des parisiens
04:57sans que la ville de Paris n'ait besoin d'intervenir.
04:59Donc, on sent qu'on a un climat qui est en train d'évoluer,
05:02que la location touristique a de bonnes chances de reculer
05:04et qu'à l'inverse, on va pouvoir gagner de la location traditionnelle,
05:09ce qui est après tout notre objet.
05:11Alors, quel autre moyen vous comptez mettre en place
05:14pour pousser ces propriétaires à remettre leurs biens
05:19sur le marché locatif ?
05:20Vous savez, ces dernières années, pour réguler ce secteur,
05:24la ville de Paris a mis en place une brigade de contrôleurs.
05:28Ces contrôleurs ont procédé à des constats d'infractions
05:34dans un certain nombre de cas.
05:36Et régulièrement, d'ailleurs,
05:38les propriétaires qui louaient de manière illégale
05:41ont été soumis à des sanctions
05:42qui peuvent aller jusqu'à 50 000 euros d'amende
05:45par appartement loué illégalement.
05:48Aujourd'hui, nous avons un stock de 300 propriétaires
05:51contre lesquels nous avons engagé des poursuites.
05:54Et donc, aujourd'hui, nous proposons à ces propriétaires
05:58au fond une transaction.
05:59Nous disons, vous avez deux possibilités.
06:02Soit vous persistez et à ce moment-là,
06:05vous serez soumis à des sanctions
06:08et les poursuites se poursuivront.
06:13Soit vous faites le choix de la responsabilité
06:15d'une certaine manière et vous acceptez notre proposition.
06:19Et notre proposition est la suivante,
06:21c'est nous levons les sanctions à la condition
06:23que vous remettiez votre logement en location
06:26de 20 % en dessous du prix de marché.
06:29Et c'est un peu pétrole contre nourriture,
06:31si vous me permettez l'expression.
06:33Et donc, c'est une proposition que nous leur faisons.
06:35Donc, ça concerne les 300 propriétaires
06:37contre lesquels nous avons engagé des poursuites.
06:39Ça concerne aussi les 5 000 propriétaires parisiens
06:43qui se sont signalés au service de la ville
06:47ces dernières années en disant que leur logement,
06:50le logement qu'ils louent sur les plateformes
06:53de location touristique n'est pas leur résidence principale.
06:55En principe, on n'a pas le droit de louer une résidence
06:58qui n'est pas sa résidence principale
06:59sur une plateforme de location touristique
07:01et ça concerne pour le coup 5 000 propriétaires.
07:04Donc, nous nous considérons que nous avons la possibilité
07:06de reprendre plusieurs centaines,
07:09voire plusieurs milliers de logements
07:12et d'obtenir que ces logements soient demain
07:14loués à des paris.
07:17Alors, le plafond des nuités mis en location
07:21sur ces fameuses plateformes comme Airbnb,
07:24il est plafonné à 120 par an pour une résidence principale.
07:29Pourquoi la ville de Paris ne réduit pas tout simplement ce plafond ?
07:33Parce que la ville de Paris n'en a pas le droit,
07:36elle n'en a pas la compétence.
07:37Aujourd'hui, effectivement, la loi dit que vous avez le droit
07:40de louer votre logement sur une plateforme de location touristique
07:44jusqu'à 120 euros par an, c'est-à-dire 4 mois par an,
07:46ce qui est absolument énorme.
07:49Je connais assez peu de gens qui partent 4 mois par an en vacances
07:52et qui ont donc la possibilité de louer leur logement
07:54sur une période aussi importante.
07:57Par ailleurs, le constat que nous faisons,
07:59c'est que dans toutes les grandes capitales touristiques du monde,
08:05Madrid, Londres, New York ou autres,
08:08les standards sont beaucoup moins élevés,
08:10c'est-à-dire qu'on n'a pas l'autorisation de louer 120 jours par an,
08:14on est plutôt sur 130, 60, voire grand maximum 90 jours par an.
08:19Donc, la ville de Paris souhaiterait pouvoir abaisser ce plafond,
08:23simplement aujourd'hui, nous n'avons pas la possibilité.
08:26Et ce que nous demandons, depuis maintenant très très longtemps,
08:29c'est que le gouvernement nous autorise à abaisser cette durée.
08:32D'ailleurs, il y avait eu un amendement qui avait été adopté au Sénat
08:36dans le cadre de la loi Engagement et Proximité par le biais d'un amendement,
08:41mais il a finalement été retoqué à l'Assemblée nationale
08:44du fait des députés de la République en marche,
08:48qui sont, comment dire, pour le dire poliment,
08:50très à l'écoute d'un certain nombre de lobbies agités par Airbnb.
08:56Alors, vous souhaitez, justement, concernant ce plafond des 128,
09:01vous souhaitez mettre en place un référendum d'ici l'automne prochain.
09:08La question, c'est dans quel but, sachant que les règles d'hébergement
09:12sont décidées à l'échelle nationale ?
09:14Dans la mesure où le travail de conviction mené par les élus parisiens
09:19n'a pas suffi à tordre le bras au gouvernement,
09:23nous pensons que ce rapport de force serait un peu différent
09:27si des milliers et des milliers d'habitants s'exprimaient sur le sujet.
09:31Ce que nous disons, c'est que la parole doit revenir aux parisiens.
09:35Et par ailleurs, mon souhait, enfin ma proposition,
09:37c'est qu'un tel référendum puisse se tenir dans d'autres villes
09:42qui sont confrontées à ce problème.
09:44Il se trouve qu'il y a eu des élections municipales au mois de juin dernier,
09:48qu'il y a de nouvelles majorités dans bon nombre de métropoles
09:51qui sont elles aussi confrontées à ce problème.
09:53Je pense à Bordeaux, je pense à Lyon, je pense à Marseille.
09:57Et si nous étions capables d'organiser un tel référendum le même jour
10:00dans plusieurs villes, je pense que nous pourrions exercer sur le gouvernement
10:04une pression plus importante que l'ensemble des courriers
10:08et des sollicitations que nous avons faites auprès du gouvernement jusqu'à présent
10:12et qui n'ont pas permis de faire bouger la législation.
10:15Merci Ambrosa et l'Humanité continuera à être attentif
10:19à la question du logement dans la capitale.
10:21Merci à vous et je continuerai à lire l'Humanité
10:24tout l'été et par-delà l'été.
10:26Merci, au revoir.
10:29Merci Ambrosa et l'Humanité continuera à lire l'Humanité.