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  • il y a 12 heures
Et si le covid-19 avait raison d’AirBnB ? La ville de Paris souhaite saisir cette opportunité historique afin de réguler la location touristique des logements parisiens via les plateformes de location.
En effet, la désertion des touristes étrangers dans la capitale laisse penser à Ian Brossat, en charge du logement à la mairie de Paris, que le contexte est favorable pour que le logement traditionnel retrouve sa place dans la capitale. Entretien.
© photo Michel GAILLARD/REA

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Transcription
00:00Bonjour Yann Brossard.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes adjoint à la mairie de Paris en charge du logement
00:05et l'équipe municipale a jugé que le contexte sanitaire était propice
00:09à remettre des logements Airbnb de la capitale sur le marché locatif.
00:13Alors, avant de nous expliquer votre démarche,
00:16pouvez-vous nous décrire les problèmes qui ne datent pas d'aujourd'hui,
00:19que rencontrent les familles les plus pauvres et les classes moyennes à Paris
00:23depuis déjà un certain nombre d'années ?
00:26À Paris, on a depuis longtemps maintenant un phénomène qui est très clair.
00:31C'est un problème de cherté.
00:34C'est cher à la location et c'est cher à l'achat.
00:38Et c'est lié à un problème structurel qui est un décalage très fort
00:42entre l'offre et la demande.
00:44À Paris, vous avez une offre de logement qui n'est pas extensible à l'infini
00:48parce que Paris est une ville qui est déjà extrêmement dense,
00:52extrêmement pleine et dans laquelle on a très peu de possibilités
00:56de construire du logement neutre.
00:57Vous avez une offre qui est relativement réduite
01:01et vous avez une demande qui est absolument considérable
01:05parce que Paris, c'est Paris et c'est donc une ville attractive
01:10et qui d'ailleurs fait l'objet de convoitises,
01:12y compris de gens qui viennent de l'étranger.
01:14Donc, vous avez au final un décalage très important
01:18entre l'offre et la demande.
01:19Et le marché de lui-même ne produit en conséquence que de la cherté.
01:25Et donc, le rôle des pouvoirs publics, c'est de remettre un peu de modération là-dedans
01:30et de faire en sorte que des gens qui ont des revenus normaux,
01:35qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche,
01:38puissent vivre à Paris.
01:39Et c'est au fond tout l'objectif de notre politique municipale.
01:43Alors, combien d'appartements sont concernés sur la capitale ?
01:48À Paris, vous avez environ 60 000 logements
01:51qui sont loués sur les plateformes de location touristique.
01:55Ce qui signifie non pas que tous ces logements sont loués à l'année
02:01sur des plateformes de location touristique,
02:03mais qu'une bonne part de ces logements sont effectivement aujourd'hui
02:07dédiés uniquement à des touristes.
02:10C'est-à-dire qu'un certain nombre de logements
02:12qui auparavant étaient loués à des Parisiens
02:15et notamment à des classes moyennes parisiennes,
02:17aujourd'hui sont devenues des hôtels clandestins.
02:19C'est-à-dire que ce ne sont plus des logements habités,
02:23ce sont des logements qui sont visités par des touristes
02:25et ça a de très nombreuses conséquences,
02:28y compris des conséquences sur la vie des quartiers
02:31dans lesquels ces locations touristiques se sont le plus développées,
02:35des conséquences sur le type de commerce que vous trouvez dans ces quartiers,
02:39moins de commerce de bouche, plus de commerce de fringues,
02:42de grandes marques par exemple.
02:44Et donc, toutes ces raisons additionnées font qu'on a besoin de réguler ce secteur.
02:50Alors, on va rentrer dans le vif du sujet.
02:53Qu'est-ce qui pourrait inciter les propriétaires parisiens
02:56à remettre leurs biens sur le marché locatif ?
02:59C'est qu'il n'y a plus de tourisme.
03:01C'est qu'aujourd'hui, bon nombre de ces propriétaires
03:04qui misaient sur une rentabilité très forte grâce à la location touristique,
03:09que la location touristique est 2,6 fois plus rentable en moyenne
03:13que la location traditionnelle,
03:15ces propriétaires-là se retrouvent sans tourisme.
03:18Et donc, se voient confrontés à des rentrées financières qui n'arrivent plus.
03:24Et un certain nombre de ces propriétaires ont d'ailleurs contracté des prêts
03:28et n'arrivent plus à payer leurs traites
03:30parce qu'ils misaient sur cette rentabilité-là pour rembourser leurs traites.
03:33Et donc, nous, ce que nous considérons, ce que nous pensons,
03:37c'est que nous avons là une occasion historique
03:39de faire en sorte que ces logements, demain,
03:42puissent être à nouveau occupés par des parisiens
03:45et donc de faire basculer de la location touristique
03:48vers de la location traditionnelle.
03:50Alors, vous avez créé la foncière de Paris.
03:54Quel est ce dispositif ?
03:56Et combien de logements pourraient être concernés ?
03:58Nous avons effectivement décidé de créer une foncière
04:02qui va s'appeler la foncière logement abordable.
04:06C'est une foncière dans laquelle il y aura des fonds publics municipaux
04:09et de la caisse des dépôts.
04:10Et puis, des fonds privés également.
04:13L'idée est de lever plusieurs milliards d'euros
04:15pour racheter des appartements,
04:19racheter des immeubles
04:21pour les mettre ensuite en location 20% en dessous du prix de marché.
04:26Et donc, cette foncière, elle va être créée dans les mois qui viennent.
04:30Et l'une de ces fonctions, ce sera de racheter des logements Airbnb
04:35pour justement faire en sorte que demain,
04:38ils soient à nouveau loués à des parisiens.
04:39Alors, ce n'est pas le seul moyen par lequel nous souhaitons intervenir
04:43et faire basculer ces logements vers de la location traditionnelle.
04:47Et d'ailleurs, le constat que nous faisons d'ores et déjà,
04:50c'est qu'un certain nombre de propriétaires
04:51qui louaient sur Airbnb, faute de touristes,
04:55se remettent à louer à des parisiens
04:57sans que la ville de Paris n'ait besoin d'intervenir.
04:59Donc, on sent qu'on a un climat qui est en train d'évoluer,
05:02que la location touristique a de bonnes chances de reculer
05:04et qu'à l'inverse, on va pouvoir gagner de la location traditionnelle,
05:09ce qui est après tout notre objet.
05:11Alors, quel autre moyen vous comptez mettre en place
05:14pour pousser ces propriétaires à remettre leurs biens
05:19sur le marché locatif ?
05:20Vous savez, ces dernières années, pour réguler ce secteur,
05:24la ville de Paris a mis en place une brigade de contrôleurs.
05:28Ces contrôleurs ont procédé à des constats d'infractions
05:34dans un certain nombre de cas.
05:36Et régulièrement, d'ailleurs,
05:38les propriétaires qui louaient de manière illégale
05:41ont été soumis à des sanctions
05:42qui peuvent aller jusqu'à 50 000 euros d'amende
05:45par appartement loué illégalement.
05:48Aujourd'hui, nous avons un stock de 300 propriétaires
05:51contre lesquels nous avons engagé des poursuites.
05:54Et donc, aujourd'hui, nous proposons à ces propriétaires
05:58au fond une transaction.
05:59Nous disons, vous avez deux possibilités.
06:02Soit vous persistez et à ce moment-là,
06:05vous serez soumis à des sanctions
06:08et les poursuites se poursuivront.
06:13Soit vous faites le choix de la responsabilité
06:15d'une certaine manière et vous acceptez notre proposition.
06:19Et notre proposition est la suivante,
06:21c'est nous levons les sanctions à la condition
06:23que vous remettiez votre logement en location
06:26de 20 % en dessous du prix de marché.
06:29Et c'est un peu pétrole contre nourriture,
06:31si vous me permettez l'expression.
06:33Et donc, c'est une proposition que nous leur faisons.
06:35Donc, ça concerne les 300 propriétaires
06:37contre lesquels nous avons engagé des poursuites.
06:39Ça concerne aussi les 5 000 propriétaires parisiens
06:43qui se sont signalés au service de la ville
06:47ces dernières années en disant que leur logement,
06:50le logement qu'ils louent sur les plateformes
06:53de location touristique n'est pas leur résidence principale.
06:55En principe, on n'a pas le droit de louer une résidence
06:58qui n'est pas sa résidence principale
06:59sur une plateforme de location touristique
07:01et ça concerne pour le coup 5 000 propriétaires.
07:04Donc, nous nous considérons que nous avons la possibilité
07:06de reprendre plusieurs centaines,
07:09voire plusieurs milliers de logements
07:12et d'obtenir que ces logements soient demain
07:14loués à des paris.
07:17Alors, le plafond des nuités mis en location
07:21sur ces fameuses plateformes comme Airbnb,
07:24il est plafonné à 120 par an pour une résidence principale.
07:29Pourquoi la ville de Paris ne réduit pas tout simplement ce plafond ?
07:33Parce que la ville de Paris n'en a pas le droit,
07:36elle n'en a pas la compétence.
07:37Aujourd'hui, effectivement, la loi dit que vous avez le droit
07:40de louer votre logement sur une plateforme de location touristique
07:44jusqu'à 120 euros par an, c'est-à-dire 4 mois par an,
07:46ce qui est absolument énorme.
07:49Je connais assez peu de gens qui partent 4 mois par an en vacances
07:52et qui ont donc la possibilité de louer leur logement
07:54sur une période aussi importante.
07:57Par ailleurs, le constat que nous faisons,
07:59c'est que dans toutes les grandes capitales touristiques du monde,
08:05Madrid, Londres, New York ou autres,
08:08les standards sont beaucoup moins élevés,
08:10c'est-à-dire qu'on n'a pas l'autorisation de louer 120 jours par an,
08:14on est plutôt sur 130, 60, voire grand maximum 90 jours par an.
08:19Donc, la ville de Paris souhaiterait pouvoir abaisser ce plafond,
08:23simplement aujourd'hui, nous n'avons pas la possibilité.
08:26Et ce que nous demandons, depuis maintenant très très longtemps,
08:29c'est que le gouvernement nous autorise à abaisser cette durée.
08:32D'ailleurs, il y avait eu un amendement qui avait été adopté au Sénat
08:36dans le cadre de la loi Engagement et Proximité par le biais d'un amendement,
08:41mais il a finalement été retoqué à l'Assemblée nationale
08:44du fait des députés de la République en marche,
08:48qui sont, comment dire, pour le dire poliment,
08:50très à l'écoute d'un certain nombre de lobbies agités par Airbnb.
08:56Alors, vous souhaitez, justement, concernant ce plafond des 128,
09:01vous souhaitez mettre en place un référendum d'ici l'automne prochain.
09:08La question, c'est dans quel but, sachant que les règles d'hébergement
09:12sont décidées à l'échelle nationale ?
09:14Dans la mesure où le travail de conviction mené par les élus parisiens
09:19n'a pas suffi à tordre le bras au gouvernement,
09:23nous pensons que ce rapport de force serait un peu différent
09:27si des milliers et des milliers d'habitants s'exprimaient sur le sujet.
09:31Ce que nous disons, c'est que la parole doit revenir aux parisiens.
09:35Et par ailleurs, mon souhait, enfin ma proposition,
09:37c'est qu'un tel référendum puisse se tenir dans d'autres villes
09:42qui sont confrontées à ce problème.
09:44Il se trouve qu'il y a eu des élections municipales au mois de juin dernier,
09:48qu'il y a de nouvelles majorités dans bon nombre de métropoles
09:51qui sont elles aussi confrontées à ce problème.
09:53Je pense à Bordeaux, je pense à Lyon, je pense à Marseille.
09:57Et si nous étions capables d'organiser un tel référendum le même jour
10:00dans plusieurs villes, je pense que nous pourrions exercer sur le gouvernement
10:04une pression plus importante que l'ensemble des courriers
10:08et des sollicitations que nous avons faites auprès du gouvernement jusqu'à présent
10:12et qui n'ont pas permis de faire bouger la législation.
10:15Merci Ambrosa et l'Humanité continuera à être attentif
10:19à la question du logement dans la capitale.
10:21Merci à vous et je continuerai à lire l'Humanité
10:24tout l'été et par-delà l'été.
10:26Merci, au revoir.
10:29Merci Ambrosa et l'Humanité continuera à lire l'Humanité.

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