00:00...
00:10Quelle est la jeunesse de ce livre ?
00:12Ça commence par une expérience vécue, c'est une histoire vraie,
00:17qui a été vécue en 1995, à Sarajevo, vécue par moi,
00:23vécue profondément, d'une manière bouleversée et bouleversante,
00:30que j'ai gardée en moi pendant plusieurs années,
00:32et qu'un jour, même si c'est 25 ans plus tard, j'ose raconter.
00:38Quelle est la part de fiction de ce livre ?
00:41Je dirais 80% de réel et 20% de fiction.
00:46Les 20% de fiction que j'ai injectées, même si j'aurais voulu faire du 100%,
00:50c'était vraiment pour permettre au scénario, à l'histoire,
00:57de s'incarner sur quelque chose de plus efficace,
01:00au niveau des nœuds dramaturgiques,
01:01pardon, je parle techniquement au niveau du scénario,
01:06mais voilà, il fallait que ça s'imbrique,
01:11et il a fallu que j'injecte de la fiction pour ça.
01:16Et puis la deuxième raison pourquoi j'ai mis 20% de fiction,
01:19c'est parce que j'avais envie de vivre à travers le personnage d'Isabelle,
01:27des histoires que je n'ai pas vécues et que j'aurais fantasmées de vivre,
01:32donc ça m'a fait plaisir de les vivre malgré tout à travers le personnage d'Isabelle.
01:38Comment un scénario de film devient-il un scénario de bande dessinée ?
01:43Eh bien, par hasard, la vie est parfois bien faite,
01:47et souvent bien faite d'ailleurs.
01:49Le scénario, effectivement, était au départ pour le cinéma.
01:53Le scénario a été sélectionné au Festival de Cannes en 2015,
01:59par la Maison des Scénaristes,
02:01et je n'ai pas trouvé de producteur de cinéma.
02:04Et j'ai eu la chance de rencontrer un monsieur qui s'appelle Sébastien Gnaïdig,
02:10qui est directeur éditorial chez Futuropolis,
02:12à qui j'ai raconté mon malheur de ne pas trouver de producteur par rapport à mon scénario.
02:19Et il m'a dit « Mais moi, je veux bien lire,
02:21et pourquoi ça ne deviendrait pas une BD ? »
02:23Et voilà, c'est devenu une BD.
02:24Que nous apprend ce livre de la guerre et du désir de survie ?
02:29Moi, j'ai pris un point de vue très intime.
02:34Nous suivons Isabelle dès le départ.
02:39Pour moi, ce n'est pas l'héroïne.
02:40La vraie héroïne, finalement, c'est les gens de Gorachdé dans cette BD, dans cette histoire.
02:47Isabelle n'est qu'une ligne rouge, celle qu'on va suivre, un trait directeur.
02:55Mais en tous les cas, elle nous incarne, nous.
02:58C'est là, nous, en tant que lecteurs, on s'identifie à cette jeune femme,
03:02parce que cette jeune femme, finalement, Isabelle, elle pourrait être notre voisine,
03:07elle pourrait être notre cousine, notre copine, notre fille, notre soeur, notre belle-soeur.
03:16C'est son point de vue à elle, qu'on connaît bien, qui nous fait rentrer dans cette guerre.
03:23Et on apprend la guerre via ce point de vue de cette humanitaire qui nous ressemble.
03:28Et c'est pour ça que j'ai fait qu'Isabelle soit dès le départ dans l'histoire
03:33et qu'elle soit le fil conducteur pour qu'on puisse apprendre ensemble
03:39qu'est-ce qui se passe pour une humanitaire,
03:41donc qu'est-ce qui se passe dans le quotidien d'une ville assigée.
03:45Comment le livre et le récit que vous racontez
03:49résonne-t-il dans cette période de confinement ici, en France ?
03:55Malheureusement.
03:57Alors, je suis super choquée de sortir la BD
04:03alors que j'ai commencé à l'écrire ce scénario.
04:06Je l'ai vécu en 1995, j'ai commencé à l'écrire en 2011,
04:10loin de moi, loin de nous,
04:12de savoir que nous allions vivre ce que nous sommes en train de vivre.
04:16Je ne suis pas une donneuse de leçons et je ne suis pas là pour faire de la politique.
04:19Il n'empêche qu'aujourd'hui, en fait factuel,
04:22l'exécutif a décidé de fermer les lieux culturels,
04:26les librairies, les théâtres, les expositions,
04:30alors que c'est exactement le contraire
04:33que je raconte dans cette histoire des bombes et des hommes
04:39que je revendique et que je voulais raconter.
04:43L'art, la culture est indispensable
04:46autant que la nourriture pour l'être humain.
04:48Ce n'est pas moi qui le dis, c'est les gens de Gorachdé
04:50qui sont des gens qui ont été dans une ville,
04:53dans leur bourgade de 30 000 habitants pendant 3 ans et demi,
04:57complètement isolés.
04:58Personne n'en est sorti, personne n'y est rentré pendant 3 ans et demi.
05:01Et une des premières choses qu'ils ont demandé
05:04et qu'ils ont revendiqué,
05:05ils ont dit, on n'est pas des animaux.
05:08Donnez-nous de la nourriture, oui, on a faim,
05:10mais faites-nous rêver.
05:11Et c'est tout le sens même de pourquoi j'ai écrit cette histoire.
05:21Et aujourd'hui, au moment où la BD sort en France,
05:26c'est au moment où l'exécutif décide de fermer la population
05:32à une porte culturelle.
05:36Pour moi, c'est une bombe à retardement.
05:38Je pense qu'on est vraiment en train d'enlever
05:41quelque chose d'essentiel et d'indispensable
05:43à la population française aujourd'hui.