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  • il y a 1 semaine
En 1995, elle était humanitaire dans une Sarajevo assiégée. Le quotidien mortifère, les tirs de snipers, la faim et le froid n'altèrent ni le processus créatif, ni la curiosité de ses habitants. Dans sa bande dessinée "Des bombes et des hommes", elle s'inspire de sa propre expérience pour raconter la guerre mais aussi revendiquer l'idée que les besoins essentiels s'étendent bien au-delà de l'alimentation.

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Transcription
00:00...
00:10Quelle est la jeunesse de ce livre ?
00:12Ça commence par une expérience vécue, c'est une histoire vraie,
00:17qui a été vécue en 1995, à Sarajevo, vécue par moi,
00:23vécue profondément, d'une manière bouleversée et bouleversante,
00:30que j'ai gardée en moi pendant plusieurs années,
00:32et qu'un jour, même si c'est 25 ans plus tard, j'ose raconter.
00:38Quelle est la part de fiction de ce livre ?
00:41Je dirais 80% de réel et 20% de fiction.
00:46Les 20% de fiction que j'ai injectées, même si j'aurais voulu faire du 100%,
00:50c'était vraiment pour permettre au scénario, à l'histoire,
00:57de s'incarner sur quelque chose de plus efficace,
01:00au niveau des nœuds dramaturgiques,
01:01pardon, je parle techniquement au niveau du scénario,
01:06mais voilà, il fallait que ça s'imbrique,
01:11et il a fallu que j'injecte de la fiction pour ça.
01:16Et puis la deuxième raison pourquoi j'ai mis 20% de fiction,
01:19c'est parce que j'avais envie de vivre à travers le personnage d'Isabelle,
01:27des histoires que je n'ai pas vécues et que j'aurais fantasmées de vivre,
01:32donc ça m'a fait plaisir de les vivre malgré tout à travers le personnage d'Isabelle.
01:38Comment un scénario de film devient-il un scénario de bande dessinée ?
01:43Eh bien, par hasard, la vie est parfois bien faite,
01:47et souvent bien faite d'ailleurs.
01:49Le scénario, effectivement, était au départ pour le cinéma.
01:53Le scénario a été sélectionné au Festival de Cannes en 2015,
01:59par la Maison des Scénaristes,
02:01et je n'ai pas trouvé de producteur de cinéma.
02:04Et j'ai eu la chance de rencontrer un monsieur qui s'appelle Sébastien Gnaïdig,
02:10qui est directeur éditorial chez Futuropolis,
02:12à qui j'ai raconté mon malheur de ne pas trouver de producteur par rapport à mon scénario.
02:19Et il m'a dit « Mais moi, je veux bien lire,
02:21et pourquoi ça ne deviendrait pas une BD ? »
02:23Et voilà, c'est devenu une BD.
02:24Que nous apprend ce livre de la guerre et du désir de survie ?
02:29Moi, j'ai pris un point de vue très intime.
02:34Nous suivons Isabelle dès le départ.
02:39Pour moi, ce n'est pas l'héroïne.
02:40La vraie héroïne, finalement, c'est les gens de Gorachdé dans cette BD, dans cette histoire.
02:47Isabelle n'est qu'une ligne rouge, celle qu'on va suivre, un trait directeur.
02:55Mais en tous les cas, elle nous incarne, nous.
02:58C'est là, nous, en tant que lecteurs, on s'identifie à cette jeune femme,
03:02parce que cette jeune femme, finalement, Isabelle, elle pourrait être notre voisine,
03:07elle pourrait être notre cousine, notre copine, notre fille, notre soeur, notre belle-soeur.
03:16C'est son point de vue à elle, qu'on connaît bien, qui nous fait rentrer dans cette guerre.
03:23Et on apprend la guerre via ce point de vue de cette humanitaire qui nous ressemble.
03:28Et c'est pour ça que j'ai fait qu'Isabelle soit dès le départ dans l'histoire
03:33et qu'elle soit le fil conducteur pour qu'on puisse apprendre ensemble
03:39qu'est-ce qui se passe pour une humanitaire,
03:41donc qu'est-ce qui se passe dans le quotidien d'une ville assigée.
03:45Comment le livre et le récit que vous racontez
03:49résonne-t-il dans cette période de confinement ici, en France ?
03:55Malheureusement.
03:57Alors, je suis super choquée de sortir la BD
04:03alors que j'ai commencé à l'écrire ce scénario.
04:06Je l'ai vécu en 1995, j'ai commencé à l'écrire en 2011,
04:10loin de moi, loin de nous,
04:12de savoir que nous allions vivre ce que nous sommes en train de vivre.
04:16Je ne suis pas une donneuse de leçons et je ne suis pas là pour faire de la politique.
04:19Il n'empêche qu'aujourd'hui, en fait factuel,
04:22l'exécutif a décidé de fermer les lieux culturels,
04:26les librairies, les théâtres, les expositions,
04:30alors que c'est exactement le contraire
04:33que je raconte dans cette histoire des bombes et des hommes
04:39que je revendique et que je voulais raconter.
04:43L'art, la culture est indispensable
04:46autant que la nourriture pour l'être humain.
04:48Ce n'est pas moi qui le dis, c'est les gens de Gorachdé
04:50qui sont des gens qui ont été dans une ville,
04:53dans leur bourgade de 30 000 habitants pendant 3 ans et demi,
04:57complètement isolés.
04:58Personne n'en est sorti, personne n'y est rentré pendant 3 ans et demi.
05:01Et une des premières choses qu'ils ont demandé
05:04et qu'ils ont revendiqué,
05:05ils ont dit, on n'est pas des animaux.
05:08Donnez-nous de la nourriture, oui, on a faim,
05:10mais faites-nous rêver.
05:11Et c'est tout le sens même de pourquoi j'ai écrit cette histoire.
05:21Et aujourd'hui, au moment où la BD sort en France,
05:26c'est au moment où l'exécutif décide de fermer la population
05:32à une porte culturelle.
05:36Pour moi, c'est une bombe à retardement.
05:38Je pense qu'on est vraiment en train d'enlever
05:41quelque chose d'essentiel et d'indispensable
05:43à la population française aujourd'hui.

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