Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 20 heures
Après le vote des députés britanniques mardi soir contre l'accord final de sortie de l'Union européenne, que reste-t-il comme alternatives et quelles vont en être les conséquences ? Entretien avec la députée européenne Karima Delli (Verts-ALE) qui suit depuis deux ans et demi les négociations de sortie.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:08Générique
00:11Karim Adeli, bonjour.
00:13Je rappelle que vous êtes députée européenne des Verts, Alliance Libre Europe.
00:16Vous avez suivi depuis près de deux ans, plus de deux ans, deux ans et demi, les négociations du Brexit.
00:21Alors, hier soir, on le rappelle, le Parlement britannique a voté largement
00:26contre la dernière mouture de l'accord que présentait l'Union Européenne.
00:32Selon vous, sur quoi les députés britanniques ne sont pas d'accord ?
00:36Parce que ça a été voté assez largement.
00:38Il y a une vraie opinion politique au Royaume-Uni aujourd'hui qui est contre cet accord.
00:43Sur quoi précisément ils ne veulent pas que cet accord soit mis en œuvre ?
00:47Tout d'abord, ce qu'il faut rappeler, c'est un échec puisant de Theresa May.
00:52C'est-à-dire que cet accord, elle est revenue au niveau européen pour le renégocier.
00:56Et à nouveau, c'est rejeté massivement.
01:00Là, ce qu'on peut dire, ce qui crispe toutes les discussions, c'est notamment le cas de l'Irlande.
01:05Avec justement cette volonté de mettre ce qu'on appelle un backstop.
01:09C'est-à-dire que, désolé, mais s'il sort de l'Union Européenne,
01:13il va falloir entre la Grande-Bretagne et l'Irlande mettre une frontière.
01:21Les Européens sont contre remettre une frontière physique parce que c'est encadré par ce qu'on appelle le Vendredi
01:29Saint.
01:29Et donc là, on dit quoi ? Il faut quand même une union douanière parce que vous sortez, vous êtes
01:33un pays tiers.
01:34Donc on contrôlera les marchandises.
01:37Et là, le gouvernement de Theresa May ainsi que sa majorité sont hors de question pour mettre une union douanière.
01:43Et c'est ça qui crispe les passions.
01:46Elle n'a pas trouvé, justement, de manière à calmer sa majorité pour dire que c'est du bon sens.
01:52Si on sort de l'Union Européenne, ben oui, il va falloir contrôler les marchandises.
01:57Mais on voit quand même que cette classe politique britannique actuelle est dans une espèce de course en avant
02:03dont on ne voit pas très bien Michel Barnier, le chef des négociateurs de l'Union Européenne dans le Brexit,
02:10l'a dit, la balle est dans leur camp, on ne voit pas très bien où vous voulez aller.
02:14Quelle est votre proposition ? Qu'est-ce que vous voulez, tout simplement ?
02:17Et on ne voit pas, à l'heure actuelle, on n'entend pas en tout cas, de discours extrêmement articulés,
02:22extrêmement clairs pour dire ce que veulent précisément le Parlement et, au-delà de ça,
02:27effectivement, l'opinion politique britannique à l'heure actuelle.
02:30Alors c'est clair. Ce qu'on peut dire, c'est que la classe politique britannique, ce sont des politiciens
02:35irresponsables.
02:36Pourquoi ? Parce que depuis le début, on doit féliciter tout le travail qu'avait fait M. Michel Barnier
02:42avec une très grande sérénité depuis plus de deux ans.
02:45C'est-à-dire qu'on a des travaillistes qui sont l'opposition de Theresa May,
02:50qui n'ont pas mis de l'eau dans leur vin pour essayer justement de pousser vers un accord.
02:54On a vu que c'était des logiques politiciennes parce qu'ils voulaient, souvenez-vous,
02:58renverser Theresa May pour reprendre le pouvoir.
03:00Ça n'a pas marché.
03:01Et ensuite, du côté des Brexiteurs, on a dit, vous allez voir ce que vous allez voir.
03:06Nous, nous avons un plan B.
03:07Ils ont fait une campagne de mensonges.
03:09Il n'y avait pas de plan B.
03:10Et on se rend compte de quoi ?
03:11Que les conséquences, notamment d'une sortie de l'Union, seront désastreuses.
03:15Pas seulement pour des politiques, mais pour les citoyens directement.
03:19Et aujourd'hui, ils se retrouvent dans un magma où on ne sait plus quoi faire.
03:24Hier, le symbole a été très fort.
03:26Ce n'est pas d'accord.
03:28Aujourd'hui, ils vont voter.
03:30La date fatidique a été...
03:31Il y a un nouveau vote, bien sûr.
03:32Rappelons-le.
03:33Il y a un nouveau vote aujourd'hui pour savoir,
03:35est-ce que le 29 mars, les Anglais sortent de l'Union européenne sans un corps ?
03:41Moi, je fais le pari, je vous le dis tout de suite sur votre plateau,
03:44qu'ils vont rejeter, justement.
03:46Ils vont dire, on veut bien sortir, mais il faut quand même un filet de sécurité.
03:49Donc Theresa May va devoir revenir au niveau de l'Union européenne
03:53pour négocier, justement, cette période de transition.
03:56Et là, les 27 vont dire oui ou non.
03:58Le problème qui se pose aujourd'hui, c'est pourquoi allons-nous donner une prolongation
04:03alors que nous ne savons pas du tout ce que veulent faire les Britanniques ?
04:07Reculer pour mieux sauter, ça ne sert strictement à rien.
04:10Michel Barrier l'a dit ce matin devant vous, devant les députés.
04:13Il a brandi le traité en disant, c'est là, il n'y a plus rien à discuter.
04:17Il n'y a plus d'accord. L'accord, il est là. Et c'est ça ou rien.
04:20Ben voilà. Et donc, on voit bien que Theresa May est en train de gagner du temps,
04:24mais on ne sait pas du tout où elle veut aller.
04:27Ça, c'est la première chose.
04:28La deuxième chose qui nous pose un réel problème,
04:30c'est que si vous avez une période de transition,
04:33la période de transition, elle est pendant la campagne,
04:36notamment des européennes, le 26 mai.
04:39Et là, ça pose un autre problème. Pourquoi ?
04:41Parce que juridiquement, normalement, les Anglais sont obligés
04:44de présenter des candidats aux élections européennes.
04:47Et là, c'est le double effet qui se coule pour tous les représentants de l'Union.
04:51Pourquoi ? Tout simplement parce que je ne vois pas comment ils peuvent faire campagne
04:55pour l'Europe alors qu'ils vont sortir après.
04:57Premier grand problème.
04:59Deuxième grand problème, on a redistribué,
05:01dans l'ensemble des autres États, les 27,
05:04le nombre de sièges des Anglais.
05:06Par exemple, la France, qui avait 74 sièges,
05:08va passer à 79 et finalement, on va leur dire,
05:10« Les élections européennes, vous les allez faire sur 74 ».
05:13On les vote avec un point d'interrogation.
05:15On les a mis avec un point d'interrogation.
05:17Donc, réel point d'interrogation.
05:19Ensuite, on nous dit qu'il y aurait peut-être le scénario
05:21de faire en sorte que les Britanniques,
05:23qui sont déjà députés européens,
05:25on leur laisse un laps de temps de rester députés européens
05:30jusqu'à encore trois mois,
05:31ce qui paraît juridiquement difficile,
05:33ou sinon, ils prendraient la décision de ne pas présenter de candidats.
05:37C'est rien que sur cette question, on ne sait pas.
05:39Ensuite, il y a un autre objectif,
05:41c'est qu'après ce laps de temps donné,
05:43il y aura des élections nationales, début juillet, en Angleterre.
05:47Et on ne sait absolument pas quelle sera la majorité.
05:50Mais si c'est une nouvelle majorité, qu'est-ce qui se passera ?
05:53Eh bien, là aussi, il y a des grandes questions.
05:55Est-ce qu'on va refaire un référendum ?
05:57Alors, voilà, c'est ça.
05:58C'est ce que j'allais dire.
05:58Quelles sont les hypothèses maintenant ?
06:00Donc, nouveau référendum, on en parle, etc.
06:04Plaisible ou pas ?
06:04Nouveau référendum, mais la question, c'est
06:06nouveau référendum sur quoi ?
06:07Est-ce qu'on fait un référendum sur l'accord négocié avec les 27 ?
06:11Première hypothèse.
06:13Deuxième hypothèse, c'est
06:14est-ce que vous êtes pour ou contre rester dans l'Union européenne ?
06:18Donc ça, c'est vraiment le point de départ
06:21qui a fait justement le vote sur le Brexit.
06:24Et ensuite, la troisième hypothèse, c'est
06:26est-ce que la proposition formulée par Theresa May hier
06:30sera mise au vote du référendum ?
06:32Vous avez déjà trois hypothèses.
06:35Il y a encore aussi une négociation sur l'article 50.
06:39Pourquoi ?
06:39Parce que l'article 50 dit, en gros,
06:42les Britanniques peuvent revenir sur cet article 50.
06:45Est-ce qu'ils vont le faire ?
06:47On en sait rien.
06:47Oui, c'est ça.
06:48Alors, envisageons l'autre hypothèse,
06:50on ne parle pas, pas d'accord,
06:52no deal, on l'a dit.
06:53Ce qui va du coup entraîner, alors là,
06:54de sérieuses conséquences pour tout le monde,
06:56pour l'Union européenne, bien sûr,
06:58les pays de l'Union européenne,
06:59dans différents domaines,
07:00pour les Britanniques également.
07:01Est-ce qu'on peut essayer de voir un peu comme ça
07:04quelques-uns des points d'achoppement
07:05si, effectivement, on arrive au no deal, comme on dit ?
07:09Si on arrive à un no deal,
07:11ça veut dire concrètement que nous,
07:12nous avons anticipé,
07:15ici, au Parlement européen,
07:16avec notamment le Conseil,
07:18de faire ce qu'on appelle un bouclier législatif.
07:20Moi, je suis la présidente de la commission de transport.
07:23Donc, dans les différents secteurs,
07:25on a fait un bouclier.
07:26Premier exemple, c'est l'aviation.
07:29S'ils sortent du jour au lendemain,
07:30on ne va pas dire à l'ensemble des avions
07:32« restez au sol ».
07:34Parce que normalement, c'est ce qu'on devrait faire.
07:36Sauf qu'il y aura une paralysie du trafic.
07:38On ne peut pas se permettre.
07:39C'est-à-dire qu'on leur laisse un laps de temps,
07:42notamment jusqu'à fin 2019,
07:44pour pouvoir se réorganiser.
07:46Et là, il y aura de très, très gros problèmes,
07:48parce qu'en même temps, dans cette période,
07:50ils vont devoir renégocier leur futur statut.
07:53Est-ce que ça va être un statut à la norvégienne ?
07:55Est-ce qu'ils vont être plutôt sur un statut un peu comme les Canadas,
07:58sur un libre-échange, etc.
08:00Et par exemple, sur le côté de l'aviation,
08:02il y a des pays qui vont subir de plein fouet des conséquences.
08:06Exemple, les Espagnols.
08:0870% de leurs vols, ce sont des compagnies britanniques.
08:1170%, c'est beaucoup.
08:13Vous voyez ?
08:13Donc, on a essayé de faire en sorte de leur laisser un laps de temps.
08:18Aujourd'hui, vous avez cette affaire qui est très triste et désastreuse avec Boeing.
08:22Aujourd'hui, on voit bien que l'ensemble des avions, grâce à l'Europe,
08:26nous avons une agence européenne de sécurité de l'aviation.
08:30C'est l'EASA.
08:31Eh bien, les Britanniques n'ont pas cette agence.
08:34Eh bien, on leur dit, vous allez pouvoir bénéficier de cette agence
08:37encore un laps de temps parce qu'on a besoin de protéger la sécurité de nos passagers et de nos
08:42avions.
08:42Donc, vous voyez, on a un filet de sécurité jusqu'au moment où ils vont choisir un autre statut.
08:47Ça, c'est juste le volet aviation.
08:49Il y a des conséquences sur les ports, par exemple.
08:52C'est ça.
08:53La Commission européenne avait décidé que l'ensemble des marchandises
08:56qui transitent par la mer iraient à Rotterdam, Zébruges et Anvers.
09:01C'est pas possible. Pourquoi ?
09:02Parce qu'il y a les ports français qui, eux, gèrent aussi
09:06un très fort tôt les marchandises britanniques.
09:09On a justement fait un filet de sécurité pour dire que demain,
09:13dans le corridor mer du Nord-Méditerranée, il y a bien Calais, Dunkerque, Le Havre.
09:18On a poussé pour que les ports bretons ne soient pas les grands oubliés.
09:22Donc là, ils vont pouvoir bénéficier de financements pour vite s'adapter.
09:25Ça veut dire quoi, s'adapter ?
09:26C'est-à-dire que la France a joué les premiers rôles sur cette création de frontières.
09:31C'est-à-dire que dans tous les ports, il va falloir des contrôles douaniers, des contrôles sanitaires,
09:35des contrôles vétérinaires.
09:37Ça veut dire qu'il nous faut du monde, ça veut dire qu'il faut équiper
09:39et ça veut dire qu'il faut des financements.
09:41On a réussi à faire en sorte que, dans cet accord, on prenne des financements européens
09:46parce que ce n'est pas aux régions françaises de payer les conséquences du Brexit.
09:51Il y aura une solidarité européenne.
09:52Mais moi, je le dis, s'il y a un no deal, ça ne suffira pas.
09:55C'est la raison pour laquelle j'appelle la grande responsabilité européenne
10:00de faire jouer la solidarité et de créer un fonds d'urgence des conséquences du Brexit
10:05pour les régions comme les Hauts-de-France, les Bretons, etc.
10:09La pêche, on n'en a pas parlé.
10:10La pêche, on n'en a pas passé, etc.
10:11Il faut vite créer un filet de sécurité, d'investissement et surtout financier.
10:17Michel Barnier, on vient à lui, il a dit ce matin, la situation est très grave.
10:20Elle est grave, vous trouvez-vous, en Europe aujourd'hui à cause de cette situation par rapport au Brexit ?
10:24Elle est très grave parce que justement, le fait d'avoir des politiciens qui ont menti sur
10:30vous allez voir, on va être les rois du monde en sortant de l'Union européenne.
10:34L'Angleterre est un confetti face à la mondialisation.
10:37C'est pour ça que l'Europe comme projet, nous sommes forts, nous sommes 28.
10:41Face à des grands émergents, que ce soit la Chine ou même les États-Unis,
10:44on a un espace important.
10:47La deuxième chose, c'est que quand vous allez transiter l'ensemble des marchandises,
10:50du fait qu'il y aura des contrôles, par exemple, il y aura une hausse des tarifs.
10:55Moi, je l'ai évalué dans ma commission, c'est 5%.
10:585% des marchandises qui vont arriver dans le sol britannique, ça veut dire quoi ?
11:02Ça veut dire que les plus pauvres vont voir les prix augmenter.
11:05Et c'est là où on a menti aux plus pauvres, parce qu'on leur a dit justement,
11:08l'Europe ne servait pas, ils vont sortir de l'Europe,
11:10ils vont payer aussi les conséquences du Brexit.
11:13C'est la raison pour laquelle, vous pouvez regarder maintenant partout en Europe,
11:17parce que la plus-value entre guillemets européenne durant ce débat,
11:21c'est que les 27 ont parlé d'une seule voix.
11:24Et on a que les populistes et l'extrême droite maintenant mettent de l'eau dans leur vin,
11:27on ne parle plus de Frexit ou de sortie de l'Union ou de l'Europe, ou de l'euro,
11:32pardon.
11:32Et donc on voit bien que tout ça, ce sont des mensonges,
11:35et surtout que personne ne savait concrètement comment sortir de l'Union européenne.
11:40Karim Adély, je vous remercie.
11:42Merci à vous.

Recommandations