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Le cinéaste franco-grec Costa-Gavras était l’invité de la rédaction de l’Humanité à l’occasion de la sortie de son film « Adults in the room ». Il est revenu sur le "rôle inacceptable" de l’Union européenne dans le règlement de la dette grecque en 2015.

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Transcription
00:00Costa, chacun va annoncer, chaque rubrique va annoncer son menu.
00:04Vous êtes libre d'intervenir où vous voulez.
00:06Si un sujet vous parle, vous pouvez réagir.
00:09Alors, la tâche de me revient de présenter l'ouverture, donc,
00:13Adults in the Room, le dernier film de Costa Gavras.
00:17Pour aller vite, moi je l'ai vécu ressenti en tout cas comme un huis clos.
00:22C'est un film extrêmement puissant qui démonte la mécanique à l'œuvre
00:28européenne pour imposer ces politiques d'austérité.
00:31Le rôle qu'ils ont joué sous la dette de la Grèce est absolument inacceptable
00:37parce qu'ils auraient pu faire un effort, ils auraient pu faire quelque chose
00:40pour alléger un tout petit peu l'essor du pays.
00:44Parce que, je commence à le dire, je crois tout à l'heure,
00:47il y a quand même entre 500 et 600 000 Grecs qui ont quitté les pays jeunes diplômés
00:53qui sont partis par ailleurs. Et le pays vit ces drames-là depuis dix ans maintenant.
00:59Je suis allé à l'époque là-bas, c'était une catastrophe.
01:03Comme un tsunami, très vite, dès les premiers mois, des milliers de gens ont perdu leur travail.
01:08Les salaires, enfin vous devez savoir, tout ça a baissé beaucoup.
01:12Les taxes ont monté. Alors, les gens n'avaient pas d'argent pour faire des achats.
01:17Les magasins ont fermé. Encore du chômage. Et moi, des impôts, enfin c'est devenu,
01:22je raconte un tout petit peu dans le film, j'essaie d'esquisser ça aussi un peu dans le film,
01:27une vraie catastrophe. Et l'Europe, à l'autre bout, disait, non, il faut payer cette dette.
01:32Tout en sachant que cette dette n'est pas payable.
01:34D'ailleurs, madame la garde, elle a dit ouvertement à un moment donné,
01:36cette dette, il faut trouver une solution, cette dette ne peut pas la payer.
01:40Les Grecs ne pourront jamais la payer.
01:42Mais tous les autres, à commencer par les Allemands, ils disaient, il faut la payer, il faut la payer.
01:47Pourquoi ? Il y avait plusieurs raisons, à mon avis.
01:49D'abord, il y avait le fait que c'est un gouvernement de gauche et aussi de gauche radicale,
01:54comme ils disaient. Donc, ils ne pouvaient pas faire un cadeau à un gouvernement de gauche.
01:56C'était impossible.
01:58Ensuite, ils voulaient punir la Grèce.
02:00Parce que c'est vrai que les gouvernements qui ont précédé,
02:02précédé la Grèce, ils étaient le gouvernement des socialistes et la droite.
02:08Ils avaient laissé, pour des raisons, beaucoup, à mon avis, clientélistes,
02:12laissé des dettes aller vers des auteurs extraordinaires.
02:15En même temps, l'Europe vendait des sous-marins, des tanks.
02:20La France, des hélicoptères en Grèce, à crédit.
02:24Et la dette montait.
02:25Puis, ils étaient contents pour ces pays-là, parce que ça faisait marcher les usines.
02:31Toutes les contradictions se trouvent là.
02:33Et à l'arrivée, qu'est-ce qu'on trouve ?
02:35Le trouble du peuple grec qui souffre, de plus en plus.
02:37Et qui a un avenir, à mon avis, gâché.
02:40Parce que tous ceux qui sont partis et ceux qui sont restés, qui sont sans espoir, sans futur ouvert,
02:46ça fait vraiment un bouleversement total du pays.
02:49Sur le plan culturel, social et sur le plan économique aussi.
02:53Tous vos films, enfin presque tous vos films, parlent de la question du pouvoir, en fait.
02:57Ils interrogent cette question du pouvoir.
03:00Et là, ce qui est surprenant, je pense que c'est la première fois qu'il y a un film
03:03de fiction sur l'Union Européenne.
03:05On ne filme pas tellement ni la vie politique, ni les institutions.
03:09Pourquoi vous avez eu envie de faire ce film-là depuis l'intérieur de l'institution ?
03:15Je veux dire, parce que moi, au départ, je voulais faire une sorte de mélodrame sur la vie grecque.
03:21Je suis allé sur place, j'ai vu des familles, j'ai vu des gens, j'ai rencontré, j'ai
03:25vu, même,
03:26je me souviens, une de vos collègues m'a dit un jour, voilà, cet hiver, on n'a pas d
03:30'échauffage,
03:30parce qu'on a décidé tout l'immeuble de cet étage, on n'a pas assez d'argent, on n
03:34'a pas de chauffage.
03:34C'est des choses que les gens ne reconnaissent pas.
03:37Donc, m'intéresse.
03:38Et puis très bien, très vite, je me suis aperçu qu'il y avait de l'autre côté l'Europe,
03:42et que l'Europe avait cette indifférence.
03:44Alors, je me suis retourné vers l'Europe.
03:46Et le scénario était impossible jusqu'au moment où j'ai rencontré Varoufakis,
03:50et j'ai pu voir ce qui se passe à l'intérieur de l'Europe.
03:53Comme je vous le disais avant, ayant connu un tout petit peu l'intérieur de l'Europe,
03:57il y avait ça Barozon, mais il n'y avait pas d'élément précis.
04:03Et Varoufakis m'a fait écouter ce qu'il avait registré, vous l'avez dit, qu'est-ce qui s
04:06'est passé ?
04:07Varoufakis a découvert dès la première réunion qu'il n'y avait pas de compte-rendu.
04:11Il a demandé les comptes-rendus, il a dit non, on ne tient pas de compte-rendu.
04:15Et chacun sortait de ces réunions, et il disait ce qu'il voulait.
04:19Et lui-même ne pouvait pas dire à son gouvernement, je dis ceci, on m'a répondu cela.
04:23Donc il a tout enregistré.
04:25Il a tout enregistré, et là j'ai pu avoir les vrais dialogues, et les vrais comportements des uns et
04:29des autres.
04:30Pendant ces 12 ou 13 réunions qu'ils ont eues, qui étaient des enregistrements énormes.
04:37Parce que les discours de chacun ne durent pas 3 minutes, ils durent 20 minutes, 30 minutes.
04:42Donc il a fallu sélectionner, parce que pour la première fois, on voyait comment ça se passait, ces réunions, dont
04:50on ne connaît rien du tout.
04:53Or, si on réfléchit un tout petit peu sur l'importance de ces réunions, il faut se rappeler qu'elles
05:03devraient être complètement publiques.
05:05Jusqu'au ministre allemand, qui dit à un moment donné, quand on va au fréquilibre, je lui demande à ma
05:10place, qu'est-ce qu'il me ferait ?
05:11Est-ce que vous ne signeriez cet accord ?
05:14Et il dit non, compatriote, je ne le ferai pas, parce que ce n'est pas bon pour votre peuple.
05:18Aussitôt après, il dit, mais il faut quand même le signer pour ceci, pour cela.
05:21Voilà une espèce de cynisme total, et quand il y a du cynisme, il y a du suspense, à mon
05:26avis, dans le scénario.

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