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  • il y a 20 heures
A l’occasion de la sortie de son dernier film, « Adults in the Room » -exactement cinquante ans après son mythique « Z »- le réalisateur franco-grec Costa-Gavras était l’invité de l’Humanité. Retrouvez le dans son rôle de rédacteur en chef d’un jour sur notre site avant de découvrir en intégralité son point de vue sur les sujets qui font l’actualité dans notre édition datée du 6 novembre. Et en exclusivité, son interview réalisée par Rosa Moussaoui, grand reporter à la rubrique Monde.

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Transcription
00:00C'est la première fois que l'Union européenne fait l'objet d'une fiction cinématographique,
00:09même si le matériau que vous utilisez est très dense et bien réel.
00:13Est-ce que c'est le tragique de la crise grecque qui vous a permis de la porter à l
00:19'écran ?
00:19Finalement, c'est une tragédie avec ses personnages, ses rebondissements, ses intrigues ?
00:23Oui, c'est cela. J'avais prévu de faire une sorte de mélodrame sur la vie des Grecs.
00:30Et finalement, comme l'Europe intervenait d'une manière violente, j'ai changé complètement d'idée
00:35et j'ai fait une sorte de tragédie sur la crise grecque et l'intervention de l'Europe
00:41qui était absolument incompréhensible et inacceptable.
00:44Vous rappelez souvent que l'un des effets les plus tristes de cette crise,
00:50c'est le départ de dizaines de milliers de jeunes Grecs diplômés
00:54qui sont contraints de quitter le pays parce qu'il n'y a plus de futur là-bas pour eux.
00:58Est-ce que leur exil fait écho à celui qui fut le vôtre ?
01:02Oui, il faut préciser qu'entre 500 et 600 000 jeunes Grecs diplômés sont partis du pays
01:09après avoir été éduqués par le pays même pour le servir.
01:14Et puis ils sont partis, ils vont servir les intérêts d'autres pays.
01:16Très bien. Et ça, ils ne retourneront pas de demain.
01:21Il va y avoir une sorte d'appauvrissement pour au moins une génération pour la Grèce.
01:27C'est ça le grand grand, mais c'est là aussi la grande responsabilité de l'Europe.
01:32Vous, vous dites que ce n'est pas vrai, ça ne va pas mieux en Grèce.
01:34Non, ça ne va pas mieux en Grèce.
01:36On ne peut pas aller mieux.
01:36Après avoir vécu dix années d'une situation impouvantable,
01:40ça ne change pas du jour au lendemain.
01:40La dette est toujours là, donc les investissements ne reviennent pas pour changer l'économie.
01:45Les salaires sont très très bas.
01:48Il y a 35% de pauvres en Grèce.
01:52Les taxes sont très hautes.
01:54Et le chômage est aussi énorme.
01:57Et ça ne va pas changer du jour au lendemain.
01:58Voilà. Il faut du temps.
02:00Il faut du temps et encore.
02:02Il faut quand même que les conditions du paiement de cette dette changent complètement.
02:08Ce qui n'est pas dans... ça ne se voit pas encore.
02:10Il y a tout juste 50 ans, vous réalisiez Z et puis un an plus tard, L'Aveu.
02:15Ces films, ils gardent une force intacte.
02:18Ils gardent aussi une place intacte dans le cœur du public.
02:21Quel a été le fil rouge pour vous de ce demi-siècle ?
02:25Le fil rouge, c'est de continuer à faire des films selon la façon...
02:30Moi, façon personnelle, comment je vois le monde.
02:33Et je fais des films pas sûrement pour, disons, pour faire des films,
02:36mais pour faire des films pour raconter quelque chose sur le monde que j'essaye d'observer.
02:40Et de comprendre ce qui se passe. Voilà.
02:42Et c'est ça qui m'attouche profondément parce que je pense que les films, c'est une passion.
02:45Et qu'on ne peut pas faire avec le cinéma, qui est une passion,
02:49n'importe quoi, des choses qui ne m'intéresseraient pas profondément.
02:52En 82, vous en parliez tout à l'heure, vous réalisiez Missing,
02:56qui était un réquisitoire implacable sur le coup d'État de Pinochet,
02:59sur l'installation de la dictature au Chili.
03:03Que vous inspire le soulèvement populaire en cours aujourd'hui au pays d'Allende,
03:07de l'unité populaire ?
03:08C'est formidable parce que je pense que les souvenirs d'Allende,
03:12malgré le temps passé, il est toujours là.
03:13C'est-à-dire faire de Chili ce qu'il voulait Allende,
03:16une sorte de démocratie précisément chilienne.
03:18Et pas reprendre un système, si vous voulez,
03:22comme il disait à l'époque, il l'a accusé,
03:23dire qu'il faut faire une Union soviétique ici.
03:26Lui, je l'ai rencontré, il l'a répété vraiment avec force.
03:29Et il m'a même dit à un moment donné,
03:31dites-le partout que je veux faire une démocratie à la chilienne.
03:34– Et ce mouvement populaire, il est aussi contemporain d'autres soulèvements ?
03:39Vous évoquiez tout à l'heure ce qui se passe en Algérie.
03:43– On voit que le peuple commence à bouger.
03:47Il y a eu en France une chose formidable,
03:49ces gilets jaunes.
03:51Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui commencent en France, n'est-ce pas ?
03:53Et puis il y a eu le Chili, il y a l'Algérie,
03:55qui dure maintenant depuis plusieurs semaines,
03:57et qui continue, et ça trouve ça très émouvant et très fort.
04:00Il y a aussi ailleurs, où les gens ne peuvent pas accepter
04:03la politique comme elle se fait,
04:04c'est-à-dire sous la tutelle, la démocratie,
04:07sous la tutelle des banques et du gros capital.
04:11– Merci beaucoup.
04:17– Il n'y a pas de restructuration de la crise grecque à l'ordre du jour.
04:22– Sous-titrage ST' 501

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