00:00C'est la première fois que l'Union européenne fait l'objet d'une fiction cinématographique,
00:09même si le matériau que vous utilisez est très dense et bien réel.
00:13Est-ce que c'est le tragique de la crise grecque qui vous a permis de la porter à l
00:19'écran ?
00:19Finalement, c'est une tragédie avec ses personnages, ses rebondissements, ses intrigues ?
00:23Oui, c'est cela. J'avais prévu de faire une sorte de mélodrame sur la vie des Grecs.
00:30Et finalement, comme l'Europe intervenait d'une manière violente, j'ai changé complètement d'idée
00:35et j'ai fait une sorte de tragédie sur la crise grecque et l'intervention de l'Europe
00:41qui était absolument incompréhensible et inacceptable.
00:44Vous rappelez souvent que l'un des effets les plus tristes de cette crise,
00:50c'est le départ de dizaines de milliers de jeunes Grecs diplômés
00:54qui sont contraints de quitter le pays parce qu'il n'y a plus de futur là-bas pour eux.
00:58Est-ce que leur exil fait écho à celui qui fut le vôtre ?
01:02Oui, il faut préciser qu'entre 500 et 600 000 jeunes Grecs diplômés sont partis du pays
01:09après avoir été éduqués par le pays même pour le servir.
01:14Et puis ils sont partis, ils vont servir les intérêts d'autres pays.
01:16Très bien. Et ça, ils ne retourneront pas de demain.
01:21Il va y avoir une sorte d'appauvrissement pour au moins une génération pour la Grèce.
01:27C'est ça le grand grand, mais c'est là aussi la grande responsabilité de l'Europe.
01:32Vous, vous dites que ce n'est pas vrai, ça ne va pas mieux en Grèce.
01:34Non, ça ne va pas mieux en Grèce.
01:36On ne peut pas aller mieux.
01:36Après avoir vécu dix années d'une situation impouvantable,
01:40ça ne change pas du jour au lendemain.
01:40La dette est toujours là, donc les investissements ne reviennent pas pour changer l'économie.
01:45Les salaires sont très très bas.
01:48Il y a 35% de pauvres en Grèce.
01:52Les taxes sont très hautes.
01:54Et le chômage est aussi énorme.
01:57Et ça ne va pas changer du jour au lendemain.
01:58Voilà. Il faut du temps.
02:00Il faut du temps et encore.
02:02Il faut quand même que les conditions du paiement de cette dette changent complètement.
02:08Ce qui n'est pas dans... ça ne se voit pas encore.
02:10Il y a tout juste 50 ans, vous réalisiez Z et puis un an plus tard, L'Aveu.
02:15Ces films, ils gardent une force intacte.
02:18Ils gardent aussi une place intacte dans le cœur du public.
02:21Quel a été le fil rouge pour vous de ce demi-siècle ?
02:25Le fil rouge, c'est de continuer à faire des films selon la façon...
02:30Moi, façon personnelle, comment je vois le monde.
02:33Et je fais des films pas sûrement pour, disons, pour faire des films,
02:36mais pour faire des films pour raconter quelque chose sur le monde que j'essaye d'observer.
02:40Et de comprendre ce qui se passe. Voilà.
02:42Et c'est ça qui m'attouche profondément parce que je pense que les films, c'est une passion.
02:45Et qu'on ne peut pas faire avec le cinéma, qui est une passion,
02:49n'importe quoi, des choses qui ne m'intéresseraient pas profondément.
02:52En 82, vous en parliez tout à l'heure, vous réalisiez Missing,
02:56qui était un réquisitoire implacable sur le coup d'État de Pinochet,
02:59sur l'installation de la dictature au Chili.
03:03Que vous inspire le soulèvement populaire en cours aujourd'hui au pays d'Allende,
03:07de l'unité populaire ?
03:08C'est formidable parce que je pense que les souvenirs d'Allende,
03:12malgré le temps passé, il est toujours là.
03:13C'est-à-dire faire de Chili ce qu'il voulait Allende,
03:16une sorte de démocratie précisément chilienne.
03:18Et pas reprendre un système, si vous voulez,
03:22comme il disait à l'époque, il l'a accusé,
03:23dire qu'il faut faire une Union soviétique ici.
03:26Lui, je l'ai rencontré, il l'a répété vraiment avec force.
03:29Et il m'a même dit à un moment donné,
03:31dites-le partout que je veux faire une démocratie à la chilienne.
03:34– Et ce mouvement populaire, il est aussi contemporain d'autres soulèvements ?
03:39Vous évoquiez tout à l'heure ce qui se passe en Algérie.
03:43– On voit que le peuple commence à bouger.
03:47Il y a eu en France une chose formidable,
03:49ces gilets jaunes.
03:51Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui commencent en France, n'est-ce pas ?
03:53Et puis il y a eu le Chili, il y a l'Algérie,
03:55qui dure maintenant depuis plusieurs semaines,
03:57et qui continue, et ça trouve ça très émouvant et très fort.
04:00Il y a aussi ailleurs, où les gens ne peuvent pas accepter
04:03la politique comme elle se fait,
04:04c'est-à-dire sous la tutelle, la démocratie,
04:07sous la tutelle des banques et du gros capital.
04:11– Merci beaucoup.
04:17– Il n'y a pas de restructuration de la crise grecque à l'ordre du jour.
04:22– Sous-titrage ST' 501