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  • il y a 1 semaine
Maurice Ulrich, éditorialiste de l'Humanité, analyse l'annonce de l'Insee selon laquelle la croissance française frôlerait 2% en 2017 et maintiendrait le cap.
Il explique que mesurer l’amélioration de la situation à l'aune du PIB ne suffit pas, et constate que la France est le pays qui détient le plus prisonniers en Europe, avec une crise dans le système pénitencier, qu'y sévit une "maltraitance institutionnelle" dont on a pu voir un exemple frappant cette semaine avec le mouvement social au sein des maisons de retraites, que nos universités vont très mal et que le chômage de masse gangrène tout... Réalisation : Abrahim Saravaki.

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Transcription
00:01Le tenteur des tests de questions intellectuelles, qui s'appelait Binet, un scientifique important,
00:09avait eu cette phrase quand même assez amusante en disant, quand on lui demandait qu'est-ce que l'intelligence,
00:14il disait l'intelligence c'est ce que mesure mon test.
00:17Au fond il en va un peu de même pour le PIB, le fameux produit intérieur brut.
00:21Parce que ce que mesure le PIB c'est exactement ce que les économistes qui l'ont mis en place
00:26veulent mesurer.
00:27Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on nous annonce, là c'est un beau
00:32titre dans le Figaro Économie,
00:34la croissance est au plus haut depuis 2011. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire
00:37que le PIB croît.
00:39Et le PIB représente quoi dans un pays ? Les entreprises, la production, mais qu'est-ce qu'il en
00:44est par exemple des prisons ?
00:46La France est le pays d'Europe qui emprisonne le plus. On l'a vu avec le conflit des gardiens,
00:53des surveillants,
00:53c'est une profession sous-estimée, mal payée, avec des risques importants.
00:59Donc là il y a une crise du côté des gardiens, mais la crise elle est dans le système pénitentiaire
01:03lui-même.
01:04C'est une crise profonde avec 30% environ de détenus qui sont en détention provisoire,
01:10c'est-à-dire qu'ils ne sont pas encore jugés, avec des détenus à trois par cellule.
01:15Et donc où est la justice quand trois hommes sont condamnés à vivre dans une promiscuité absolument dégradante pour leur
01:20dignité ?
01:21Comment peut-on se reconstruire dans ces conditions ? La prison française va très mal.
01:25On vient de voir aussi cette semaine avec les maisons de retraite, un certain nombre de gens, de spécialistes,
01:31parlent de maltraitance institutionnelle.
01:33Ça veut dire que ce n'est pas la maltraitance des personnes âgées dans les maisons de retraite,
01:37c'est pas seulement le fait d'une maison ou deux, c'est une situation générale qui fait que les
01:41aides-soignants qui sont là,
01:43les infirmières, n'ont pas la possibilité d'attumer leur tâche auprès des personnes dont elles ont la charge.
01:49Donc oui, les maisons de retraite françaises vont très, très mal.
01:54Demain, ces jours-ci, on va avoir une grève de l'université.
01:58Tous les grands syndicats d'enseignants, les syndicats d'étudiants,
02:04donc il va y avoir des manifestations pour les universités.
02:07Pourquoi ? Parce que l'université française va très mal.
02:10Et les nouvelles mesures annoncées au niveau de l'éducation nationale,
02:14qui vont renforcer au fond une sélection larvée qui ne veut pas dire son nom,
02:18mais en incitant les jeunes des 14-15 ans à prendre une direction dont ils ne pourront plus se détacher,
02:24eh bien, ça prouve que cette université, ça ne va pas.
02:27Ça ne va pas parce qu'elle ne répond pas aux besoins du pays,
02:30mais pas forcément en termes de besoins pour produire davantage,
02:35non, aussi pour réfléchir, pour penser, pour prendre du recul sur ce que veulent nos sociétés aujourd'hui.
02:39Donc, la France, au fond, peut-être que la croissance va mieux,
02:43mais la croissance, elle va mal, et ceux qui croient, c'est ceux qui vont mal.
02:47Mais il y a encore une chose, c'est que sur l'éducation nationale,
02:50je ne résiste pas quand même à l'idée d'interroger ce que veut faire le ministre Jean-Michel Blanquer
02:56en parlant des neurosciences, en mettant en avant les neurosciences.
03:01Soyons clairs, les neurosciences, c'est un atout.
03:03Ça permet de comprendre le fonctionnement du cerveau,
03:06ça permet de comprendre, effectivement, même comment marchent certains apprentissages.
03:09Mais en réalité, les neurosciences de Jean-Michel Blanquer,
03:15c'est une façon d'occulter une réalité beaucoup plus prégnante,
03:19c'est que la réussite à l'université, la réussite dans les études,
03:22elle dépend aussi du milieu social d'où l'on vient.
03:24Pourquoi y a-t-il qu'on pourra passer au scanner le cerveau de tous les enfants d'ouvriers ?
03:29Rien ne nous expliquera pourquoi ils ne sont que 1% dans les formations supérieures,
03:34que 1% en polytechnique, que 1% ou à peine plus à l'ENA.
03:38Donc la question sociale, elle est majeure.
03:41Et là aussi, la France va mal.
03:43Les inégalités sont un déficit, sont un handicap pour une nation comme la nôtre.
03:47Et je dirais que sur cette histoire de neurosciences, comme de PIB d'ailleurs,
03:51qui sont censées être des instruments scientifiques,
03:54et bien comme disait Montaigne,
03:55science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

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