00:02Dans l'armoire est pleine, le scandale des rapports enterrés de la République, vous évoquez les inondations.
00:08On considère souvent que c'est un épiphénomène, surtout quand on habite une grande ville comme Paris, mais pas du
00:15tout.
00:15En fait, on se rend compte que le scandale des terrains inondables a été très nourri de rapports qui sont
00:22restés sans suite.
00:24Là aussi, c'est sans doute un des sujets sur lesquels il y a le plus de rapports et depuis
00:29le plus longtemps.
00:31C'est-à-dire qu'on trouve déjà les rapports au Moyen-Âge, sur les zones inondables et les erreurs
00:35à éviter, les endroits où ne pas construire.
00:38Et ce qui est tout à fait étonnant, c'est qu'on découvre très souvent pour des drames, des tragédies
00:44d'aujourd'hui,
00:45quand on recherche dans les archives, on trouve des rapports d'il y a déjà plusieurs siècles disant on ne
00:50construit pas en bas, par exemple.
00:52On construit dans les hauteurs et les gens vivaient dans les hauteurs, d'ailleurs.
00:55Et c'est sous la pression après de la spéculation immobilière qu'on a commencé à construire plus bas, donc
01:00dans des zones plus dangereuses.
01:02Même si ça n'arrive qu'une fois tous les 50 ans ou une fois toutes les trois générations, quand
01:05ça arrive, ça fait très mal.
01:06Donc Vaison-la-Romaine, on est évidemment l'exemple majeur, je dirais, puisque là, on a une toute petite rivière
01:12louvaise, bien gentille, bien tranquille, charmante
01:16et qui peut se transformer en enfer, mais vraiment en quelques heures.
01:21Et ça avait été le drame. Et on découvre qu'autrefois, il n'y avait pas d'habitation, il n
01:25'y avait pas de spéculation immobilière.
01:27Et les gens étaient habitués à vivre dans les hauteurs, donc il n'y avait pas de drame.
01:31Et les premières fois où il y en a eu, il y a eu des rapports, justement, ou des notes
01:35importantes.
01:37Et il aurait suffi de les regarder, de les lire, ces anciens rapports, pour certaines dates même du deuxième, troisième
01:44siècle après Jésus-Christ,
01:45vous voyez, c'est très ancien, et où on avait déjà l'avertissement, l'alerte sur le type de danger.
01:50Et ça, on a cette situation dans plein d'endroits en France.
01:53Mais la spéculation immobilière, finalement, fait tout refouler.
01:59Et avec l'entente là-dessus, puisque souvent on a des élus qui se trouvent corrompus, en fait, ou en
02:05conflit d'intérêts.
02:07Par exemple, le fils qui va monter une entreprise, qui va construire, et le maire, le père, va laisser faire.
02:15Et on a des situations un peu mafieuses comme ça, ou très mafieuses même.
02:18Ça a été le cas notamment à la faute sur maire ?
02:20Alors, à la faute sur maire, il y avait conflit d'intérêts, d'une façon très très suspecte.
02:25Donc le maire avait été condamné en première instance à de la prison ferme.
02:28Ça a été transformé en sursis ensuite, avec en plus une suspension très partielle seulement de ses droits civiques.
02:36C'est-à-dire qu'il ne pouvait plus se représenter comme maire, mais on lui donnait la possibilité quand
02:39même de se représenter au sein du conseil municipal
02:41et de peser toujours avec sa décision de mentor.
02:45Donc on sait qu'il pouvait continuer à défendre finalement des projets immobiliers dans des zones inondables.
02:53Et des zones qui avaient été inondées, il y a eu des morts.
02:55Et qui avaient été inondées.
02:57Donc là, pour la faute sur maire, on avait 47 morts, 36 disparus, qui ne reviendront jamais.
03:07On se dit bien qu'ils sont morts aussi, ça fait une centaine de morts, qui étaient parfaitement évitables.
03:12Donc encore une fois, il y a une condamnation.
03:13Et là aussi, c'est le problème.
03:16Tout a été levé, personne n'a eu peine, même pas le promoteur immobilier qui manifestement avait eu des pratiques
03:26d'influence qui n'étaient pas légales.
03:29Donc les parents n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer, totalement indignés.
03:34Et le problème, c'est que c'est partout comme ça en France.
03:36Il y a une impunité quand même, là, qui est aussi très malsaine et qui est à l'origine finalement
03:41de la chronicisation du problème.
03:44Et donc aujourd'hui, on en arrive à dire qu'après ces milliers, ces milliers de rapports, quand on dit
03:49des milliers de rapports, c'est vraiment ça.
03:52Et je dirais chaque année, tant que la société elle-même, tant que les gens eux-mêmes ne créent pas
03:59des associations de pression pour empêcher de bâtir dans les zones inondables,
04:02et pour surveiller tout ça, les choses n'évolueront pas.
04:06Donc remettre en question les plans d'occupation des sols, les décisions qui sont prises par la municipalité elle-même,
04:13aujourd'hui, ça c'est carrément vital, en fait, dans les zones inondables.
04:17Et pour le nombre de rapports, là aussi, tout à fait étonnant.
04:21C'est-à-dire qu'on a toutes les collectivités locales qui produisent des rapports, presque chaque année,
04:26pour ça, le Conseil régional, le Conseil général, le département, la Cour des comptes en produit,
04:32l'Assemblée nationale, en l'espace de 10-15 ans, l'Assemblée nationale, sur le problème des zones inondables,
04:38on a plus de 100 rapports.
04:41Bon, et tout ça, donc fini en déplacant, personne ne les lit, et pourtant, j'ai envie de dire,
04:47c'est la conscience, aujourd'hui, critique de la République, elle est là.
04:50– Et alors, quid de Paris ? Parce qu'évidemment, il y a la fameuse crue de Paris dont on
04:55parle et reparle,
04:57mais qui n'arrive pas, donc est-ce que c'est un mythe, ou est-ce que vous avez pu
05:01consulter des rapports
05:02qui disent qu'une crue à Paris serait peut-être évitable ou prévenable,
05:08et est-ce que ça peut arriver, et quelles en seraient les conséquences ?
05:12– Alors, les conséquences, elles viennent d'être rechiffrées pour la énième fois par l'OCDE récemment.
05:20C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a des organismes internationaux qui produisent aussi des rapports
05:23exactement sur les mêmes problèmes.
05:25On a des dangers, des conséquences prévues qui sont du même ordre.
05:30Donc là, ce sont des milliards et des milliards, donc certains parlent de 30 milliards, 10 milliards, 15 milliards,
05:35rien que pour Paris.
05:38Et puis pour l'Île-de-France, avec les risques d'une scène qui déborde,
05:43on l'a vu l'année dernière, l'année d'avant aussi, chaque année on n'est pas loin d
05:47'une catastrophe.
05:49Et à chaque fois, on a l'impression de redécouvrir le problème,
05:52alors que les rapports sont une précision absolue sur ce qu'il y a à faire,
05:56sur les risques, sur le nombre de morts qu'il y aurait, sur les conséquences aussi économiques.
06:01Pour Paris et la banlieue, ce serait quelque chose comme 5 millions de personnes
06:05qui seraient directement impactées, qu'il faudrait déplacer.
06:09C'est un demi-million de travailleurs qui seraient sans emploi pendant des années.
06:14Enfin, les conséquences sont inimaginables.
06:16Des hôpitaux inondés, parce que de plus en plus aujourd'hui,
06:19en plus on a des infrastructures en sous-sol,
06:21donc ils seraient bien évidemment inondés.
06:23Pour ne pas parler des réseaux informatiques et autres,
06:27ce serait vraiment une paralysie complète.
06:28Ce qu'on a connu au début du XXe siècle à Paris,
06:31des gens qui se déplaçaient en barque dans Paris,
06:33c'est rien à côté des conséquences qu'il y aurait aujourd'hui.
06:37On aurait non seulement une paralysie générale de l'électricité et de l'informatique,
06:43ça paraît à peu près inimaginable aujourd'hui, les conséquences,
06:46et puis en termes de coûts humains directs,
06:51ce serait tout simplement effroyable.
06:54Parce que là, on voit bien aussi au fil des jours ce que c'est qu'une inondation.
06:58Il y a les premières réactions, on monte dans les étages, etc.
07:01Et si ça continue, c'est un problème de survie pure, alimentaire et autres.
07:07Donc maladie, impossibilité de soigner les gens, etc.
07:11Donc l'OCDE, par exemple, a bien chiffré tout ça,
07:14a souligné les conséquences et déplore le fait que les travaux ne sont toujours pas à la hauteur.
07:17Il n'y en a quasiment pas des travaux en réalité.
07:20Et donc chaque gouvernement se refile en quelque sorte toujours la patate chaude
07:24et on attend une catastrophe majeure pour poser la question ensuite officiellement
07:30de dire où sont les coupables, c'est le système qui ne va pas,
07:34on aurait dû le faire avant, et voilà.