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  • il y a 3 semaines
Roger Lenglet, co-auteur avec Jean Luc Touly de "L' armoire est pleine, le scandale des rapports enterrés de la République", constate que malgré les multiples alertes et les catastrophes meurtrières, certains élus n’hésitent pas à laisser construire sur des zones inondables, moyennant quelques dessous de table au passage… Par ailleurs, Paris reste menacé par une crue de la Seine et les travaux d’aménagement nécessaires pour qu’une inondation de la capitale ne se traduise pas par un désastre humain et économique sont sans cesse repoussés.

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Transcription
00:02Dans l'armoire est pleine, le scandale des rapports enterrés de la République, vous évoquez les inondations.
00:08On considère souvent que c'est un épiphénomène, surtout quand on habite une grande ville comme Paris, mais pas du
00:15tout.
00:15En fait, on se rend compte que le scandale des terrains inondables a été très nourri de rapports qui sont
00:22restés sans suite.
00:24Là aussi, c'est sans doute un des sujets sur lesquels il y a le plus de rapports et depuis
00:29le plus longtemps.
00:31C'est-à-dire qu'on trouve déjà les rapports au Moyen-Âge, sur les zones inondables et les erreurs
00:35à éviter, les endroits où ne pas construire.
00:38Et ce qui est tout à fait étonnant, c'est qu'on découvre très souvent pour des drames, des tragédies
00:44d'aujourd'hui,
00:45quand on recherche dans les archives, on trouve des rapports d'il y a déjà plusieurs siècles disant on ne
00:50construit pas en bas, par exemple.
00:52On construit dans les hauteurs et les gens vivaient dans les hauteurs, d'ailleurs.
00:55Et c'est sous la pression après de la spéculation immobilière qu'on a commencé à construire plus bas, donc
01:00dans des zones plus dangereuses.
01:02Même si ça n'arrive qu'une fois tous les 50 ans ou une fois toutes les trois générations, quand
01:05ça arrive, ça fait très mal.
01:06Donc Vaison-la-Romaine, on est évidemment l'exemple majeur, je dirais, puisque là, on a une toute petite rivière
01:12louvaise, bien gentille, bien tranquille, charmante
01:16et qui peut se transformer en enfer, mais vraiment en quelques heures.
01:21Et ça avait été le drame. Et on découvre qu'autrefois, il n'y avait pas d'habitation, il n
01:25'y avait pas de spéculation immobilière.
01:27Et les gens étaient habitués à vivre dans les hauteurs, donc il n'y avait pas de drame.
01:31Et les premières fois où il y en a eu, il y a eu des rapports, justement, ou des notes
01:35importantes.
01:37Et il aurait suffi de les regarder, de les lire, ces anciens rapports, pour certaines dates même du deuxième, troisième
01:44siècle après Jésus-Christ,
01:45vous voyez, c'est très ancien, et où on avait déjà l'avertissement, l'alerte sur le type de danger.
01:50Et ça, on a cette situation dans plein d'endroits en France.
01:53Mais la spéculation immobilière, finalement, fait tout refouler.
01:59Et avec l'entente là-dessus, puisque souvent on a des élus qui se trouvent corrompus, en fait, ou en
02:05conflit d'intérêts.
02:07Par exemple, le fils qui va monter une entreprise, qui va construire, et le maire, le père, va laisser faire.
02:15Et on a des situations un peu mafieuses comme ça, ou très mafieuses même.
02:18Ça a été le cas notamment à la faute sur maire ?
02:20Alors, à la faute sur maire, il y avait conflit d'intérêts, d'une façon très très suspecte.
02:25Donc le maire avait été condamné en première instance à de la prison ferme.
02:28Ça a été transformé en sursis ensuite, avec en plus une suspension très partielle seulement de ses droits civiques.
02:36C'est-à-dire qu'il ne pouvait plus se représenter comme maire, mais on lui donnait la possibilité quand
02:39même de se représenter au sein du conseil municipal
02:41et de peser toujours avec sa décision de mentor.
02:45Donc on sait qu'il pouvait continuer à défendre finalement des projets immobiliers dans des zones inondables.
02:53Et des zones qui avaient été inondées, il y a eu des morts.
02:55Et qui avaient été inondées.
02:57Donc là, pour la faute sur maire, on avait 47 morts, 36 disparus, qui ne reviendront jamais.
03:07On se dit bien qu'ils sont morts aussi, ça fait une centaine de morts, qui étaient parfaitement évitables.
03:12Donc encore une fois, il y a une condamnation.
03:13Et là aussi, c'est le problème.
03:16Tout a été levé, personne n'a eu peine, même pas le promoteur immobilier qui manifestement avait eu des pratiques
03:26d'influence qui n'étaient pas légales.
03:29Donc les parents n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer, totalement indignés.
03:34Et le problème, c'est que c'est partout comme ça en France.
03:36Il y a une impunité quand même, là, qui est aussi très malsaine et qui est à l'origine finalement
03:41de la chronicisation du problème.
03:44Et donc aujourd'hui, on en arrive à dire qu'après ces milliers, ces milliers de rapports, quand on dit
03:49des milliers de rapports, c'est vraiment ça.
03:52Et je dirais chaque année, tant que la société elle-même, tant que les gens eux-mêmes ne créent pas
03:59des associations de pression pour empêcher de bâtir dans les zones inondables,
04:02et pour surveiller tout ça, les choses n'évolueront pas.
04:06Donc remettre en question les plans d'occupation des sols, les décisions qui sont prises par la municipalité elle-même,
04:13aujourd'hui, ça c'est carrément vital, en fait, dans les zones inondables.
04:17Et pour le nombre de rapports, là aussi, tout à fait étonnant.
04:21C'est-à-dire qu'on a toutes les collectivités locales qui produisent des rapports, presque chaque année,
04:26pour ça, le Conseil régional, le Conseil général, le département, la Cour des comptes en produit,
04:32l'Assemblée nationale, en l'espace de 10-15 ans, l'Assemblée nationale, sur le problème des zones inondables,
04:38on a plus de 100 rapports.
04:41Bon, et tout ça, donc fini en déplacant, personne ne les lit, et pourtant, j'ai envie de dire,
04:47c'est la conscience, aujourd'hui, critique de la République, elle est là.
04:50– Et alors, quid de Paris ? Parce qu'évidemment, il y a la fameuse crue de Paris dont on
04:55parle et reparle,
04:57mais qui n'arrive pas, donc est-ce que c'est un mythe, ou est-ce que vous avez pu
05:01consulter des rapports
05:02qui disent qu'une crue à Paris serait peut-être évitable ou prévenable,
05:08et est-ce que ça peut arriver, et quelles en seraient les conséquences ?
05:12– Alors, les conséquences, elles viennent d'être rechiffrées pour la énième fois par l'OCDE récemment.
05:20C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a des organismes internationaux qui produisent aussi des rapports
05:23exactement sur les mêmes problèmes.
05:25On a des dangers, des conséquences prévues qui sont du même ordre.
05:30Donc là, ce sont des milliards et des milliards, donc certains parlent de 30 milliards, 10 milliards, 15 milliards,
05:35rien que pour Paris.
05:38Et puis pour l'Île-de-France, avec les risques d'une scène qui déborde,
05:43on l'a vu l'année dernière, l'année d'avant aussi, chaque année on n'est pas loin d
05:47'une catastrophe.
05:49Et à chaque fois, on a l'impression de redécouvrir le problème,
05:52alors que les rapports sont une précision absolue sur ce qu'il y a à faire,
05:56sur les risques, sur le nombre de morts qu'il y aurait, sur les conséquences aussi économiques.
06:01Pour Paris et la banlieue, ce serait quelque chose comme 5 millions de personnes
06:05qui seraient directement impactées, qu'il faudrait déplacer.
06:09C'est un demi-million de travailleurs qui seraient sans emploi pendant des années.
06:14Enfin, les conséquences sont inimaginables.
06:16Des hôpitaux inondés, parce que de plus en plus aujourd'hui,
06:19en plus on a des infrastructures en sous-sol,
06:21donc ils seraient bien évidemment inondés.
06:23Pour ne pas parler des réseaux informatiques et autres,
06:27ce serait vraiment une paralysie complète.
06:28Ce qu'on a connu au début du XXe siècle à Paris,
06:31des gens qui se déplaçaient en barque dans Paris,
06:33c'est rien à côté des conséquences qu'il y aurait aujourd'hui.
06:37On aurait non seulement une paralysie générale de l'électricité et de l'informatique,
06:43ça paraît à peu près inimaginable aujourd'hui, les conséquences,
06:46et puis en termes de coûts humains directs,
06:51ce serait tout simplement effroyable.
06:54Parce que là, on voit bien aussi au fil des jours ce que c'est qu'une inondation.
06:58Il y a les premières réactions, on monte dans les étages, etc.
07:01Et si ça continue, c'est un problème de survie pure, alimentaire et autres.
07:07Donc maladie, impossibilité de soigner les gens, etc.
07:11Donc l'OCDE, par exemple, a bien chiffré tout ça,
07:14a souligné les conséquences et déplore le fait que les travaux ne sont toujours pas à la hauteur.
07:17Il n'y en a quasiment pas des travaux en réalité.
07:20Et donc chaque gouvernement se refile en quelque sorte toujours la patate chaude
07:24et on attend une catastrophe majeure pour poser la question ensuite officiellement
07:30de dire où sont les coupables, c'est le système qui ne va pas,
07:34on aurait dû le faire avant, et voilà.

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