00:02Jackie Hurto, bonjour. Bonjour. Vous êtes du Comité France Libérons Mumia et Patrick Le Yarig, bonjour.
00:09Bonjour. Vous êtes député européen et directeur de l'Humanité et vous êtes allé donc tous les deux il y
00:15a un peu plus d'un mois,
00:16c'était le 12 novembre dernier, rencontrer Mumia Abu Djamal dans sa prison en Pennsylvanie.
00:21Jackie Hurto, je commence par vous. Est-ce que vous pouvez nous rappeler très rapidement qui est Mumia Abu Djamal
00:25?
00:26Oui, Mumia Abu Djamal est un journaliste noir américain, un journaliste de radio qui en 1981 s'est trouvé au
00:41mauvais moment, au mauvais endroit.
00:43Il a failli mourir dans une fusillade donc qui a coûté la vie à un policier et Mumia a été
00:50grillément blessé puisqu'il a passé six mois à l'hôpital
00:54et que grâce au corps médical il a été particulièrement protégé mais que ça n'a pas empêché que la
01:00police l'accuse d'être le responsable du crime,
01:03de l'homicide à l'encontre du policier qui a été tué à cette occasion.
01:08Donc Mumia est un homme, est un journaliste engagé, un ancien militant des Black Panthers à Philadelphie.
01:17Il a même été dans sa jeunesse à l'âge de 16 ans le porte-parole des Black Panthers à
01:21Philadelphie
01:22et que cette longue histoire d'engagement de sa part dont je viens brièvement de parler lui colle à la
01:29peau depuis toujours.
01:30Et c'est la raison pour laquelle je crois qu'on lui a sans preuve sérieuse puisque les conditions du
01:39procès dans lesquelles il a été condamné à mort en 1982,
01:44Mumia n'a jamais pu se défendre, défendre son innocence qu'il clame depuis toujours
01:48et surtout il n'a jamais obtenu la révision de son procès, ce qui lui a valu de passer plus
01:52de 30 ans dans le couloir de la mort.
01:54Aujourd'hui il y a quatre ans qu'il a quitté le couloir de la mort mais il est condamné,
01:57sa peine a été commuée en perpétuité.
02:00Donc il est condamné à mourir en prison puisque la peine, elle est assortie d'aucune possibilité de libération conditionnelle,
02:08ce qui veut dire que si les choses restent en état, Mumia serait condamné à mourir en prison.
02:13D'accord, et donc ce comité s'est monté pour sa défense, il y a des comités dans le monde
02:17entier.
02:18Patrick Leyaric, vous c'était la première fois que vous rencontriez Mumia ?
02:21Oui tout à fait, on a eu une rencontre de trois heures dans sa prison à Fragville qui est à
02:29deux heures et demie de la ville où il habite
02:32et également à deux heures et demie de New York et où nous avons pu discuter avec lui de sa
02:37situation, de son histoire bien évidemment
02:39mais de sa situation présente qui est une de nos préoccupations, c'est-à-dire celle de sa maladie puisqu
02:44'il est atteint d'une hépatite C.
02:46Et le problème c'est donc que Mumia n'a pas accès aux soins, c'est-à-dire que certes
02:52il n'est plus condamné à mort par la justice
02:55mais il est de fait condamné à mort s'il n'est pas soigné.
02:58Tout à fait, l'administration pénitentiaire et je pense les institutions qui gouvernent l'État ont décidé de ne pas
03:09lui donner accès aux médicaments
03:11alors que les comités de soutien à Mumia ont déjà collecté l'argent pour une valeur de 80 000 euros.
03:19Et donc il y a ce vendredi une procédure qu'il a demandé avec ses avocats où un juge fédéral
03:30va examiner sa situation de santé
03:33avec des médecins et des experts tout en le faisant parler de sa prison par téléphone
03:38de telle sorte que les médecins et les experts demandent à la fois à l'administration pénitentiaire
03:45pourquoi il n'a pas ce traitement et dans quelles conditions il devrait l'avoir.
03:50Il faut savoir que dans l'État d'à côté New York, les prisonniers ont accès à ces traitements
03:56donc ce n'est pas qu'une question d'argent, encore que vous savez, on paye les traitements pour traiter
04:04l'hépatite C
04:0580 000 euros, 80 000 dollars là-bas. En France, ça varie de 40 à 70 000 euros
04:11mais je sais qu'il y a un traitement, puisque l'information a été donnée ce matin même, en Égypte
04:17pour 2 500 euros.
04:20Autrement dit, ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de volonté politique
04:25et cela concerne Moumias et 10 000 prisonniers dans l'État où il est aujourd'hui enfermé.
04:34Patrick Leharic, vous venez de nous dire qu'il y avait donc cette audience prévue le 18 décembre.
04:39Cette audience, elle a un caractère exceptionnel parce qu'elle est à la demande de Moumias
04:43et elle a été acceptée. Ce n'est pas venu du ciel, c'est-à-dire que c'est grâce
04:49à la mobilisation
04:50et notamment aussi la mobilisation que vous avez initiée depuis votre retour en France et au Parlement européen.
04:57Pour votre part, vous avez fait signer vos collègues, vous les avez informés de cette situation
05:02et vous avez obtenu plus d'une centaine de signatures de parlementaires européens et français
05:07qui ont décidé de prendre en compte la situation de Moumias et de faire pression.
05:13Oui, d'abord il y a eu tout le mouvement qui a eu lieu avant, dont le comité Moumias français
05:21qui a fait déposer sur le bureau du gouverneur de l'État 30 000 signatures, ce qui n'est pas
05:28rien.
05:29Secondement, il y a eu les campagnes d'explication d'informations qui ont été données
05:35et le fait que nous nous déplacions. J'ai bien vu l'intérêt des comités de soutien Moumias
05:43mais surtout une partie de la presse, une partie de la radio et de la télévision
05:47qui ont montré de l'intérêt à notre visite.
05:51Et j'avais par courtoisie emmené un mot au gouverneur pour annoncer
05:58que je venais rencontrer Moumias et que j'étais disponible pour le rencontrer lui-même
06:04pour discuter de cette situation, comme d'ailleurs le maire de sa ville.
06:08Et nous avons eu plutôt l'agréable surprise d'être attendus à la prison.
06:15Nous n'avons pas subi ni de vexation ni de procédés visant à retarder notre entretien avec lui
06:24et qui s'est déroulé dans un climat plutôt libre.
06:26Donc il y a quand même un début de rapport de force qui est en train de se créer
06:31et je m'étais engagé à mobiliser des parlementaires français et les parlementaires européens
06:39de toutes opinions pour écrire ensemble au gouverneur sur la base d'un seul objectif
06:48qu'on examine sa situation de santé et qu'on lui permette de pouvoir être traité contre l'hépatite C
06:56et de petit eczéma qu'il a. Et 109 parlementaires nous ont rejoints et la lettre est arrivée
07:04chez le gouverneur je pense avant-hier. Et ceci est un point d'appui mais évidemment
07:10cette mobilisation devra se poursuivre. Tout ça a contribué en tout cas à permettre
07:17un examen par le juge fédéral, ce qui n'est pas si banal que ça.
07:22– Jackie Horto, je m'adresse à vous maintenant. Qu'est-ce qu'on peut attendre de cette audience
07:26du 18 décembre ? Et surtout, je crois savoir, puisque vous en avez déjà beaucoup parlé,
07:31que le Moumia parle pour son cas mais il parle aussi pour tous les prisonniers.
07:35C'est quelqu'un qui n'est pas du tout individualiste et il se bat pour l'ensemble des prisonniers
07:38et l'ensemble des Noirs américains aussi. Et pour les libertés et pour l'accès aux soins
07:43en général, est-ce qu'il, même s'il obtient lui le droit de se soigner, il va continuer
07:48à se battre pour les autres ?
07:49– D'abord sur l'audience, il faut signaler que je précise tout de suite que c'est la
07:55justice fédérale. Donc c'est une justice indépendante du pouvoir politique. C'est une
08:02justice qui a tranché en appel, en quelque sorte, sur la justice de Pennsylvanie, puisque
08:10la justice de Pennsylvanie a déjà, depuis plusieurs mois, s'est prononcé à plusieurs
08:14reprises et toujours dans la même direction, c'est de confirmer que s'agissant de la
08:19maladie de Moumia, l'administration pénitentiaire faisait en gros ce qu'il fallait.
08:23Bon, donc ça vient en appel de ces décisions de la justice de Pennsylvanie qui fait barrage
08:30finalement au traitement dont Moumia a absolument besoin, comme tous les autres prisonniers dont
08:36je vais dire un mot. Mais c'est donc, c'est très important. Et les conditions dans lesquelles
08:40le juge Mariani qui préside cette audience est un juge, enfin dans l'apparence que nous
08:48avons, c'est un peu les échanges que nous avons, que nous avions américains, c'est
08:51la première fois dans l'histoire, la longue histoire judiciaire de Moumia qu'un juge
08:55s'implique autant, puisque Patrick vient de le rappeler à l'instant, Moumia sera joint
08:59par téléphone, donc sera en quelque sorte présent, de cette manière en tout cas à l'audience.
09:04Les experts, des médecins experts des deux parties seront présents et l'administration
09:09pénitentiaire s'est vu contraint par obligation, injonction du juge en quelque sorte, de produire
09:16l'ensemble des éléments du dossier médical de Moumia. Donc tout devrait être sur la
09:20table à cette occasion et ce juge donc devra trancher ou il tranchera, d'ailleurs dans
09:27le même sens que la décision de la justice de Pennsylvanie, d'ailleurs de ne pas donner
09:31une suite favorable. Et dans ce cas-là, Moumia n'aura pas accès au traitement ou il
09:36prendra une décision collective, ce qui vient de se passer dans l'état de New York, comme
09:41il vient d'être rappelé. Et là, les 10 000 condamnés concernés dans l'état de Pennsylvanie
09:45pourront accéder effectivement aux traitements médicaux qui sont particulièrement efficaces,
09:50puisque ce médicament qui a été produit par un laboratoire américain date d'il y a
09:542-3 ans, pas plus, et qu'il se vend à l'échelle planétaire maintenant, comme on vient
09:58de le rappeler là. Mais dans des conditions évidemment, comme agissent tous les labos
10:03américains et même au-delà des labos américains, quand il s'agit d'argent, les labos, quand
10:08ils détiennent un brevet d'une telle importance pour tous ces gens qui sont atteints de l'hépatite
10:13C, en vous rappelant que ce traitement, il est efficace, il ne dure que sur une durée
10:18de 3 mois à raison d'un cachet par jour et que ce traitement éradique la maladie à
10:2495% des gens qui sont traités. Donc ça montre l'importance à la fois du traitement,
10:29évidemment, mais en tant que tel, d'où l'importance évidemment de la décision que devra prendre
10:33le juge. Donc voilà les conditions dans lesquelles, en tout cas, et Patrick avait raison de rappeler
10:38à l'instant que ça se fait, il y a une longue bataille de mobilisation qui est engagée
10:42par les soutiens américains, mais aussi par les soutiens internationaux, si on peut les
10:46appeler comme ça, dont le collectif français. Une bataille que nous venons maintenant depuis
10:497 ou 8 mois et que là, on a marqué des points à la fois dans la mobilisation, dans la
10:55sensibilisation
10:56nationale aux Etats-Unis, mais dans la sensibilisation internationale. Et l'initiative qu'a pris Patrick
11:01en direction des parlementaires européens et des parlementaires français est évidemment
11:05un élément de plus qui va dans le sens de faire encore grandir cette mobilisation et
11:09de mettre les autorités politiques, judiciaires devant leurs responsabilités, puisque dépend seulement
11:17en deux, effectivement, que les prisonniers puissent avoir accès. Et évidemment, si le
11:21juge répondait de manière favorable à la demande de la défense de Moumia, ça serait
11:26une victoire non seulement pour Moumia, mais pour tous les prisonniers de Pennsylvanie.
11:31Donc on l'a compris, c'est une décision en grande part politique que d'accorder ou pas
11:36ce traitement, ces médicaments, donc à Moumia. Est-ce que vous diriez de Moumia, Patrick
11:41Luyari, que c'est un prisonnier politique ?
11:43Oui, je considère que c'est un prisonnier politique. Quand on examine son dossier à
11:49fond, comme nous l'avons fait, on se rend bien compte qu'il a été arrêté simplement
11:55parce qu'il est noir et parce qu'il était dans un mouvement de contestation de la société
12:00capitaliste américaine et de la société discriminatoire, ségrégationniste américaine.
12:05Donc je considère, oui, que c'est un prisonnier politique. Et à partir de ce moment-là, il
12:11faudra encore prendre de nouvelles initiatives, y compris auprès du président des États-Unis,
12:16qui devrait être sensible à ça. C'est un appel que nous avons lancé depuis le sol nord-américain,
12:22donc nous le faisons également ici, qu'il traite cet enjeu du point de vue des droits humains
12:28et du point de vue de la liberté pour chacune et chacun de se mouvoir, de professer des idées
12:36et de se regrouper. Et donc il y a là un grand enjeu. C'est pour ça qu'à la
12:42fête de l'humanité
12:43prochaine, nous allons rehausser assez sensiblement l'aide que nous apportons au comité français
12:51et au comité nord-américain de soutien Moumia à Abu Jamal. Et vraisemblablement, nous serons amenés
12:58à prendre une nouvelle initiative auprès des institutions françaises, mais aussi auprès
13:03des institutions européennes, la semaine qui suivra la fête de l'humanité.
13:08Merci beaucoup à tous les deux.