Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 13 heures
A la veille d'une audience cruciale de la justice fédérale américaine, convoquée à la demande des avocats de Mumia Abu Jamal et durant laquelle l'administration devra justifier publiquement pourquoi elle s’oppose au traitement urgent dont Mumia a besoin pour mettre sa vie hors de danger, Patrick le Hyaric, député européen et directeur de l'Humanité et Jacky Hortaut, co-animateur du Collectif français "Libérons Mumia !" rappellent à quel point « sans une mobilisation massive et de haut niveau, est cruciale pour sauver Mumia »
C’est pourquoi, après une visite au prisonnier le 12 novembre dernier Patrick Le Hyaric qui, a mobilisé plus d'une centaine de parlementaires français et européens pour qui ont interpellé ensemble le gouverneur de Pennsylvanie au sujet de Mumia Abu Jamal. Une première initiative qui ne sera pas sans suites…

Réalisation : Eugénie Barbezat et Franck Cartelet

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Jackie Hurto, bonjour. Bonjour. Vous êtes du Comité France Libérons Mumia et Patrick Le Yarig, bonjour.
00:09Bonjour. Vous êtes député européen et directeur de l'Humanité et vous êtes allé donc tous les deux il y
00:15a un peu plus d'un mois,
00:16c'était le 12 novembre dernier, rencontrer Mumia Abu Djamal dans sa prison en Pennsylvanie.
00:21Jackie Hurto, je commence par vous. Est-ce que vous pouvez nous rappeler très rapidement qui est Mumia Abu Djamal
00:25?
00:26Oui, Mumia Abu Djamal est un journaliste noir américain, un journaliste de radio qui en 1981 s'est trouvé au
00:41mauvais moment, au mauvais endroit.
00:43Il a failli mourir dans une fusillade donc qui a coûté la vie à un policier et Mumia a été
00:50grillément blessé puisqu'il a passé six mois à l'hôpital
00:54et que grâce au corps médical il a été particulièrement protégé mais que ça n'a pas empêché que la
01:00police l'accuse d'être le responsable du crime,
01:03de l'homicide à l'encontre du policier qui a été tué à cette occasion.
01:08Donc Mumia est un homme, est un journaliste engagé, un ancien militant des Black Panthers à Philadelphie.
01:17Il a même été dans sa jeunesse à l'âge de 16 ans le porte-parole des Black Panthers à
01:21Philadelphie
01:22et que cette longue histoire d'engagement de sa part dont je viens brièvement de parler lui colle à la
01:29peau depuis toujours.
01:30Et c'est la raison pour laquelle je crois qu'on lui a sans preuve sérieuse puisque les conditions du
01:39procès dans lesquelles il a été condamné à mort en 1982,
01:44Mumia n'a jamais pu se défendre, défendre son innocence qu'il clame depuis toujours
01:48et surtout il n'a jamais obtenu la révision de son procès, ce qui lui a valu de passer plus
01:52de 30 ans dans le couloir de la mort.
01:54Aujourd'hui il y a quatre ans qu'il a quitté le couloir de la mort mais il est condamné,
01:57sa peine a été commuée en perpétuité.
02:00Donc il est condamné à mourir en prison puisque la peine, elle est assortie d'aucune possibilité de libération conditionnelle,
02:08ce qui veut dire que si les choses restent en état, Mumia serait condamné à mourir en prison.
02:13D'accord, et donc ce comité s'est monté pour sa défense, il y a des comités dans le monde
02:17entier.
02:18Patrick Leyaric, vous c'était la première fois que vous rencontriez Mumia ?
02:21Oui tout à fait, on a eu une rencontre de trois heures dans sa prison à Fragville qui est à
02:29deux heures et demie de la ville où il habite
02:32et également à deux heures et demie de New York et où nous avons pu discuter avec lui de sa
02:37situation, de son histoire bien évidemment
02:39mais de sa situation présente qui est une de nos préoccupations, c'est-à-dire celle de sa maladie puisqu
02:44'il est atteint d'une hépatite C.
02:46Et le problème c'est donc que Mumia n'a pas accès aux soins, c'est-à-dire que certes
02:52il n'est plus condamné à mort par la justice
02:55mais il est de fait condamné à mort s'il n'est pas soigné.
02:58Tout à fait, l'administration pénitentiaire et je pense les institutions qui gouvernent l'État ont décidé de ne pas
03:09lui donner accès aux médicaments
03:11alors que les comités de soutien à Mumia ont déjà collecté l'argent pour une valeur de 80 000 euros.
03:19Et donc il y a ce vendredi une procédure qu'il a demandé avec ses avocats où un juge fédéral
03:30va examiner sa situation de santé
03:33avec des médecins et des experts tout en le faisant parler de sa prison par téléphone
03:38de telle sorte que les médecins et les experts demandent à la fois à l'administration pénitentiaire
03:45pourquoi il n'a pas ce traitement et dans quelles conditions il devrait l'avoir.
03:50Il faut savoir que dans l'État d'à côté New York, les prisonniers ont accès à ces traitements
03:56donc ce n'est pas qu'une question d'argent, encore que vous savez, on paye les traitements pour traiter
04:04l'hépatite C
04:0580 000 euros, 80 000 dollars là-bas. En France, ça varie de 40 à 70 000 euros
04:11mais je sais qu'il y a un traitement, puisque l'information a été donnée ce matin même, en Égypte
04:17pour 2 500 euros.
04:20Autrement dit, ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de volonté politique
04:25et cela concerne Moumias et 10 000 prisonniers dans l'État où il est aujourd'hui enfermé.
04:34Patrick Leharic, vous venez de nous dire qu'il y avait donc cette audience prévue le 18 décembre.
04:39Cette audience, elle a un caractère exceptionnel parce qu'elle est à la demande de Moumias
04:43et elle a été acceptée. Ce n'est pas venu du ciel, c'est-à-dire que c'est grâce
04:49à la mobilisation
04:50et notamment aussi la mobilisation que vous avez initiée depuis votre retour en France et au Parlement européen.
04:57Pour votre part, vous avez fait signer vos collègues, vous les avez informés de cette situation
05:02et vous avez obtenu plus d'une centaine de signatures de parlementaires européens et français
05:07qui ont décidé de prendre en compte la situation de Moumias et de faire pression.
05:13Oui, d'abord il y a eu tout le mouvement qui a eu lieu avant, dont le comité Moumias français
05:21qui a fait déposer sur le bureau du gouverneur de l'État 30 000 signatures, ce qui n'est pas
05:28rien.
05:29Secondement, il y a eu les campagnes d'explication d'informations qui ont été données
05:35et le fait que nous nous déplacions. J'ai bien vu l'intérêt des comités de soutien Moumias
05:43mais surtout une partie de la presse, une partie de la radio et de la télévision
05:47qui ont montré de l'intérêt à notre visite.
05:51Et j'avais par courtoisie emmené un mot au gouverneur pour annoncer
05:58que je venais rencontrer Moumias et que j'étais disponible pour le rencontrer lui-même
06:04pour discuter de cette situation, comme d'ailleurs le maire de sa ville.
06:08Et nous avons eu plutôt l'agréable surprise d'être attendus à la prison.
06:15Nous n'avons pas subi ni de vexation ni de procédés visant à retarder notre entretien avec lui
06:24et qui s'est déroulé dans un climat plutôt libre.
06:26Donc il y a quand même un début de rapport de force qui est en train de se créer
06:31et je m'étais engagé à mobiliser des parlementaires français et les parlementaires européens
06:39de toutes opinions pour écrire ensemble au gouverneur sur la base d'un seul objectif
06:48qu'on examine sa situation de santé et qu'on lui permette de pouvoir être traité contre l'hépatite C
06:56et de petit eczéma qu'il a. Et 109 parlementaires nous ont rejoints et la lettre est arrivée
07:04chez le gouverneur je pense avant-hier. Et ceci est un point d'appui mais évidemment
07:10cette mobilisation devra se poursuivre. Tout ça a contribué en tout cas à permettre
07:17un examen par le juge fédéral, ce qui n'est pas si banal que ça.
07:22– Jackie Horto, je m'adresse à vous maintenant. Qu'est-ce qu'on peut attendre de cette audience
07:26du 18 décembre ? Et surtout, je crois savoir, puisque vous en avez déjà beaucoup parlé,
07:31que le Moumia parle pour son cas mais il parle aussi pour tous les prisonniers.
07:35C'est quelqu'un qui n'est pas du tout individualiste et il se bat pour l'ensemble des prisonniers
07:38et l'ensemble des Noirs américains aussi. Et pour les libertés et pour l'accès aux soins
07:43en général, est-ce qu'il, même s'il obtient lui le droit de se soigner, il va continuer
07:48à se battre pour les autres ?
07:49– D'abord sur l'audience, il faut signaler que je précise tout de suite que c'est la
07:55justice fédérale. Donc c'est une justice indépendante du pouvoir politique. C'est une
08:02justice qui a tranché en appel, en quelque sorte, sur la justice de Pennsylvanie, puisque
08:10la justice de Pennsylvanie a déjà, depuis plusieurs mois, s'est prononcé à plusieurs
08:14reprises et toujours dans la même direction, c'est de confirmer que s'agissant de la
08:19maladie de Moumia, l'administration pénitentiaire faisait en gros ce qu'il fallait.
08:23Bon, donc ça vient en appel de ces décisions de la justice de Pennsylvanie qui fait barrage
08:30finalement au traitement dont Moumia a absolument besoin, comme tous les autres prisonniers dont
08:36je vais dire un mot. Mais c'est donc, c'est très important. Et les conditions dans lesquelles
08:40le juge Mariani qui préside cette audience est un juge, enfin dans l'apparence que nous
08:48avons, c'est un peu les échanges que nous avons, que nous avions américains, c'est
08:51la première fois dans l'histoire, la longue histoire judiciaire de Moumia qu'un juge
08:55s'implique autant, puisque Patrick vient de le rappeler à l'instant, Moumia sera joint
08:59par téléphone, donc sera en quelque sorte présent, de cette manière en tout cas à l'audience.
09:04Les experts, des médecins experts des deux parties seront présents et l'administration
09:09pénitentiaire s'est vu contraint par obligation, injonction du juge en quelque sorte, de produire
09:16l'ensemble des éléments du dossier médical de Moumia. Donc tout devrait être sur la
09:20table à cette occasion et ce juge donc devra trancher ou il tranchera, d'ailleurs dans
09:27le même sens que la décision de la justice de Pennsylvanie, d'ailleurs de ne pas donner
09:31une suite favorable. Et dans ce cas-là, Moumia n'aura pas accès au traitement ou il
09:36prendra une décision collective, ce qui vient de se passer dans l'état de New York, comme
09:41il vient d'être rappelé. Et là, les 10 000 condamnés concernés dans l'état de Pennsylvanie
09:45pourront accéder effectivement aux traitements médicaux qui sont particulièrement efficaces,
09:50puisque ce médicament qui a été produit par un laboratoire américain date d'il y a
09:542-3 ans, pas plus, et qu'il se vend à l'échelle planétaire maintenant, comme on vient
09:58de le rappeler là. Mais dans des conditions évidemment, comme agissent tous les labos
10:03américains et même au-delà des labos américains, quand il s'agit d'argent, les labos, quand
10:08ils détiennent un brevet d'une telle importance pour tous ces gens qui sont atteints de l'hépatite
10:13C, en vous rappelant que ce traitement, il est efficace, il ne dure que sur une durée
10:18de 3 mois à raison d'un cachet par jour et que ce traitement éradique la maladie à
10:2495% des gens qui sont traités. Donc ça montre l'importance à la fois du traitement,
10:29évidemment, mais en tant que tel, d'où l'importance évidemment de la décision que devra prendre
10:33le juge. Donc voilà les conditions dans lesquelles, en tout cas, et Patrick avait raison de rappeler
10:38à l'instant que ça se fait, il y a une longue bataille de mobilisation qui est engagée
10:42par les soutiens américains, mais aussi par les soutiens internationaux, si on peut les
10:46appeler comme ça, dont le collectif français. Une bataille que nous venons maintenant depuis
10:497 ou 8 mois et que là, on a marqué des points à la fois dans la mobilisation, dans la
10:55sensibilisation
10:56nationale aux Etats-Unis, mais dans la sensibilisation internationale. Et l'initiative qu'a pris Patrick
11:01en direction des parlementaires européens et des parlementaires français est évidemment
11:05un élément de plus qui va dans le sens de faire encore grandir cette mobilisation et
11:09de mettre les autorités politiques, judiciaires devant leurs responsabilités, puisque dépend seulement
11:17en deux, effectivement, que les prisonniers puissent avoir accès. Et évidemment, si le
11:21juge répondait de manière favorable à la demande de la défense de Moumia, ça serait
11:26une victoire non seulement pour Moumia, mais pour tous les prisonniers de Pennsylvanie.
11:31Donc on l'a compris, c'est une décision en grande part politique que d'accorder ou pas
11:36ce traitement, ces médicaments, donc à Moumia. Est-ce que vous diriez de Moumia, Patrick
11:41Luyari, que c'est un prisonnier politique ?
11:43Oui, je considère que c'est un prisonnier politique. Quand on examine son dossier à
11:49fond, comme nous l'avons fait, on se rend bien compte qu'il a été arrêté simplement
11:55parce qu'il est noir et parce qu'il était dans un mouvement de contestation de la société
12:00capitaliste américaine et de la société discriminatoire, ségrégationniste américaine.
12:05Donc je considère, oui, que c'est un prisonnier politique. Et à partir de ce moment-là, il
12:11faudra encore prendre de nouvelles initiatives, y compris auprès du président des États-Unis,
12:16qui devrait être sensible à ça. C'est un appel que nous avons lancé depuis le sol nord-américain,
12:22donc nous le faisons également ici, qu'il traite cet enjeu du point de vue des droits humains
12:28et du point de vue de la liberté pour chacune et chacun de se mouvoir, de professer des idées
12:36et de se regrouper. Et donc il y a là un grand enjeu. C'est pour ça qu'à la
12:42fête de l'humanité
12:43prochaine, nous allons rehausser assez sensiblement l'aide que nous apportons au comité français
12:51et au comité nord-américain de soutien Moumia à Abu Jamal. Et vraisemblablement, nous serons amenés
12:58à prendre une nouvelle initiative auprès des institutions françaises, mais aussi auprès
13:03des institutions européennes, la semaine qui suivra la fête de l'humanité.
13:08Merci beaucoup à tous les deux.

Recommandations