00:00A 7h43, c'est l'invité d'ici matin.
00:02Alors qu'une nouvelle enquête est ouverte à Dunkerque
00:04pour un véhicule de police manœuvrant à vive allure au milieu des manifestants,
00:08le gouvernement doit-il repenser ses instructions en termes de maintien de l'ordre ?
00:12Nous sommes en direct avec Thomas et Emmanuel Jourdan-Chartier,
00:15la vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme.
00:17Bonjour Emmanuel Jourdan-Chartier.
00:19Bonjour.
00:19Vous avez vu, j'imagine, à la LDH, les images de cette Jeep de la police
00:23qui fonce dans un barrage de poubelles lundi à Dunkerque
00:25avec des jeunes manifestants obligés de s'enflir dans tous les coins.
00:27Votre réaction quand vous avez vu ces images ?
00:29On était extrêmement choqués.
00:31On était extrêmement choqués parce que ça conforte l'impression qu'on a,
00:37qui n'est pas qu'une impression.
00:38Il y a trois mutiles et graves qu'il y a eu un très très gros problème,
00:43une bascule dans la répression contre ce mouvement social lycéen.
00:47Là, en l'occurrence, on voit quand même des fonctionnaires de police
00:52qui utilisent leur voiture comme une arme contre des mineurs.
00:57C'est illégal, c'est non nécessaire.
00:59Tout le monde sait que c'est très dangereux, une voiture lancée à vive allure.
01:02Donc, je me réjouis qu'il y ait une enquête et qu'il n'y ait pas eu de mort.
01:08Vous faites référence aux trois mutilés, je précise.
01:10Il y a bien sûr eu Lens en début de semaine, un jeune garçon âgé de 15 ans qui a
01:14perdu sa main après un tir de grenade.
01:16Il y a aussi à Tours un lycéen qui a été blessé à l'œil, un autre lycéen ailleurs en
01:21France blessé au niveau de la mâchoire.
01:22Si on revient sur Dunkerque, pour coup, tout le monde, jusqu'au ministre de l'Intérieur,
01:26dit que ce qui s'est passé à Dunkerque n'est pas réglementaire, a priori.
01:28Mais Laurent Nunez dit qu'il faut considérer qu'il s'agit d'un fait exceptionnel.
01:33Écoutez, moi, je pense que tout prouve depuis le début de la semaine,
01:37enfin, depuis le début du mouvement lycéen, que ça n'est pas exceptionnel,
01:40qu'il y a eu une répression extrêmement rapide, extrêmement brutale de ce mouvement social,
01:45avec d'ailleurs de la part du gouvernement, cette volonté d'assimiler le mouvement à des violences urbaines.
01:52Alors ça a un impact, y compris sur le type de maintien de l'ordre.
01:55On passe sur un autre type de maintien de l'ordre quand c'est des violences urbaines.
01:58Les lycéens, tous les observatoires des pratiques policières sur le terrain de la LDH ont pu l'observer.
02:04On fait l'objet d'une répression très violente.
02:07Parce que ce n'est pas le cas, il n'y a pas de violences urbaines.
02:09Selon vous, on a quand même vu du mobilier urbain dégradé.
02:12On a vu des incendies touchant des établissements scolaires.
02:15On voit comme dans souvent lors des manifestations aussi des personnes qui sont cagoulées.
02:19Ce ne sont pas pour vous des violences urbaines ?
02:21Alors en droit, les violences c'est contre les personnes.
02:25Quand c'est des poubelles, ça s'appelle des dégradations.
02:28Il y a aussi eu des personnels de l'éducation nationale qui ont pu être blessés.
02:31On en a eu un proviseur.
02:32Pas l'utilé jusqu'à présent.
02:34Je pense qu'il faut prendre la mesure du fait qu'il y a trois enfants.
02:37On est signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant.
02:40L'intérêt supérieur de l'enfant doit primer.
02:42Jusqu'à 18 ans, on est un enfant.
02:43Il y en a au moins, rien que ça, ça devrait suffire à se dire, ça ne va pas.
02:49Cette confusion entre la dégradation et la violence, je pense qu'elle est aussi extrêmement grave.
02:54Parce que ça contribue à une espèce de criminalisation de ce mouvement lycéen
02:59qui est décrédibilisé, y compris dans ses revendications.
03:04Donc il y a là, à mon avis, un énorme problème en France.
03:09Ici Nord, il est 7h47.
03:10Nous sommes en direct avec Emmanuel Jourdan-Chartier, vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme.
03:14Emmanuel Jourdan-Chartier, la Ligue des droits de l'homme est une association qui est régulièrement présente sur les manifestations.
03:19Avez-vous observé ces derniers jours dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, sur les différents cortèges,
03:22où vous étiez comme observateur des événements, des choses qui vous ont interpellé plus que d'habitude,
03:26plus que dans d'autres mouvements sociaux, puisque vous prenez la parole régulièrement sur ces sujets.
03:30Est-ce qu'il y a eu davantage de choses qui vous ont interpellé ?
03:35Ce qui nous a interpellé, c'est le fait qu'il y ait énormément de monde.
03:39Et le cortège en particulier, non pas hier, mais avant-hier à Lille, était extrêmement impressionnant, très dense.
03:46Donc la Ligue des droits de l'homme, la LDH, elle appelait à se joindre au cortège.
03:50Nous sommes en soutien de ce mouvement lycéen, on pense que leurs revendications sont justes, légitimes,
03:55qu'on a besoin de ça.
03:57Donc on a surtout observé un cortège qui était très déterminé, mais très festif, très gai.
04:02Le cortège d'ailleurs à Lille, la manifestation lilloise de mardi, comme celle d'hier,
04:05qui s'est par ailleurs, là aussi, de l'avis de tout le monde, très bien passée.
04:08Pourquoi est-ce qu'il y a certaines manifestations qui se déroulent très bien,
04:10et d'autres où on peut voir effectivement les débordements ?
04:12Alors ça, très clairement, je n'étais pas à Lille hier, j'étais là avant-hier,
04:16les forces de l'ordre se sont tenues à distance.
04:18Les fonctionnaires de police ont fait leur travail de fonctionnaires de police,
04:20ils se sont tenus à distance, il y a eu vraiment...
04:23Et je pense que ce n'est pas pour rien, c'est un peu partout en France,
04:25qu'on voit bien qu'il y a, en tous les cas, une volonté d'une forme de désescalade.
04:30Il n'est que tant, compte tenu du premier bilan,
04:33mais là, effectivement, c'est des fonctionnaires de police qui se sont tenus à distance,
04:35il n'y a pas eu d'usage de la lacrymogène,
04:38et la manifestation s'est bien passée.
04:41Peut-être qu'on doit quand même y réfléchir,
04:42il y a un petit côté, quand on veut, on peut.
04:44La police des foules, c'est un métier, le maintien de l'ordre, c'est un métier,
04:48donc il faut des forces spécialisées, qui se tiennent à distance,
04:51qui soient là pour faire de la désescalade,
04:53que l'information circule bien,
04:55que les forces de l'ordre n'aient pas des pratiques
05:00qui puissent apparaître comme des formes de provocation,
05:02et ça se passe bien.
05:03Concernant l'équipement des forces de l'ordre,
05:05aujourd'hui, nous faisions référence à ce lycéen lundi,
05:08qui a eu la main arrachée à Lens,
05:09le temps que l'enquête se termine,
05:10l'usage des grenades assourdissantes est suspendu.
05:13Décision logique, j'imagine, pour vous,
05:14est-ce que vous appelez à abandonner le reste des équipements,
05:17qui font aussi des balles,
05:18lanceurs de balles de défense,
05:19la lacrymogène à laquelle vous faites référence ?
05:21On l'a déjà dit depuis longtemps,
05:23on pense que ces armes ne doivent pas être utilisées en matière de l'ordre,
05:28qu'elles ne doivent pas être autorisées pour les fonctionnaires de police.
05:30On demande le retrait de l'ensemble de ces armes.
05:33Ce sont des armes mutilantes.
05:36Il y a dans le langage,
05:37parfois on utilise l'expression d'armes à létalité réduite.
05:42Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ?
05:43Comment on fait pour maintenir l'ordre sans ces équipements ?
05:45Parce que c'est ce que vont vous répondre ceux qui...
05:47Mais comment font tous les autres pays européens,
05:49qui n'ont pas équipé leur police,
05:51ni de grenades de désencerclement qui mutilent,
05:54ni de lanceurs extrêmement dangereux ?
05:56Comment font-ils ?
05:57Ils y arrivent.
05:58La police des foules, c'est maintenir à distance.
06:00Le canon à eau, ça permet de maintenir à distance la circulation de l'information.
06:05C'est des pratiques de désescalade.
06:07Tout ça, ça a été très bien étudié et documenté par de très nombreux spécialistes.
06:11Il y a des tactiques de maintien de l'ordre.
06:13Il faut des forces spécialisées, entraînées.
06:15Il faut de la distance.
06:16Il faut de la communication avec la foule.
06:18Il n'y a pas besoin d'avoir un armement de guerre,
06:20avec des armes qui tuent, en l'occurrence des enfants,
06:24pour gérer les mobilisations sociales.
06:26Et puis, il faut aussi accepter qu'il y ait des mobilisations sociales.
06:29Ces mobilisations, elles sont légitimes.
06:31Et une mobilisation sociale, c'est l'utilisation du droit de manifester,
06:36du droit de réunion pacifique reconnu par le droit international.
06:40Ça peut provoquer des entraves à la circulation, des contraintes.
06:43Il peut y avoir des éléments marginaux qui vont commettre des dégradations.
06:46Ça ne condamne pas pour autant le droit à manifester,
06:51y compris pour des lycéens.
06:52Un droit auquel vous êtes attentif,
06:53puisque vous déposez aussi régulièrement des recours
06:55contre les arrêtés qui interdisent les manifestations.
06:58Merci beaucoup, Emmanuel Jourdan-Chartier,
07:00d'avoir accepté notre invitation ce matin
07:01pour nous expliquer le rôle de la Ligue des droits de l'homme,
07:04l'association dont vous êtes vice-présidente.
07:05Bonne journée à vous.
07:06Merci.
Commentaires