00:00Ubisoft déçoit ses joueurs, Ubisoft déçoit ses employés.
00:03La question est de savoir qui n'a pas encore été déçu par Ubisoft.
00:05La grève et son sens dans l'histoire.
00:07C'est le moment où les travailleurs et les travailleuses
00:10enfin se saisissent de leurs conditions d'existence.
00:12Le moment où on cesse d'être considéré comme des enfants
00:15pour devenir enfin des adultes, responsables de notre propre destin.
00:19Ça a commencé en mi-septembre, la direction a envoyé un mail pour dire
00:22« tous les salariés du groupe, tous, quel que soit le pays,
00:26vont revenir trois jours en présentiel et on va le forcer.
00:29Ça sera obligatoire. »
00:31Et en fait, moi tout de suite, j'ai des collègues qui sont venus me demander
00:34« mais bon, ok, quand est-ce qu'on fait grève ? »
00:35Aujourd'hui, en fait, on a plus de 90% des salariés
00:37qui ont recours au télétravail d'une modalité ou d'une autre.
00:41Et en fait, ce retour au télétravail, c'est un retour sur une forme d'acquis social.
00:45Alors certes, on ne s'est pas battu pour ça.
00:46L'épidémie l'a fait pour nous.
00:48Mais finalement, c'est quand même quelque chose qui profite aux salariés.
00:51C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a nous, des collègues
00:52qui ont déménagé à l'autre bout de la France,
00:54qui habitent à Montpellier, dans les Ardennes, enfin je ne sais pas trop quoi.
00:57Et en fait, ce retour-là, ça va les forcer à prendre le train tous les jours.
01:01Il n'y a aucune raison pour ça, en fait.
01:03Il faut savoir que la direction, quand elle nous annonce le retour au télétravail,
01:05elle ne fournit aucun argument.
01:09L'inflation est toujours présente.
01:12Nos salaires n'ont pas augmenté entre-temps.
01:14Et justement, la question du télétravail est intimement liée à tout ça.
01:17Ça a été ressenti, même très au-delà des gens qui sont adhérents à des organisations syndicales,
01:23comme un manque de respect, une décision cruelle, injuste.
01:26Et en plus, qui va mettre la production dans un état de chaos absolument total,
01:31puisqu'on s'attend à ce qu'un nombre assez important de nos collègues n'ait pas d'autre choix
01:36que de renoncer à leur emploi.
01:37Le jeu vidéo, c'est un métier collectif.
01:39S'il manque un des maillons de la chaîne, tout s'effondre.
01:45La direction avance que ce serait effectivement une raison pour faire de l'émulsion,
01:50de la cohésion entre les équipes, de faire revenir les salariés.
01:53Or, on est quand même une multinationale.
01:55On travaille rarement uniquement sur un seul studio de production.
01:58Les gens de Paris travaillent notamment avec des gens de Newcastle, de Bucarest, de Belgrade, d'autres studios.
02:04Donc on a déjà des gens qui ne sont physiquement pas à côté de nous.
02:07La cohésion, on a appris à travailler à distance.
02:10On a appris à discuter.
02:12On ne force personne à aller entrer les travails.
02:14Nous, tout ce qu'on veut, c'est faire en sorte que les gens aient le choix
02:16de s'ils se sentent mieux à travailler chez eux, qu'ils puissent travailler chez eux.
02:20On ne veut pas forcer des gens qui ont besoin du contact avec d'autres collègues
02:23de partir en 100% télétravail.
02:25Ce n'est absolument pas le but.
02:26C'est ne pas reconnaître la grande attente que les salariés ou envers leur entreprise.
02:31Cette industrie qu'on nous dit si riche, si puissante, si omniprésente, etc.
02:37C'est moi, en fait.
02:39L'industrie, elle n'existe pas sans nous.
02:40Quand on problématise ça, on arrive à se dire, à un moment,
02:45la répartition des gains, elle n'est pas OK.
02:47Et la façon dont on me traite, elle n'est pas OK.
02:49Et ça, c'est important.
02:50Et je trouve que là, c'est aussi ça, cette prise de conscience pour beaucoup de gens.
02:53C'est dire, en fait, maintenant, on va arrêter de nous traiter comme des poids.
02:58Parce que ce n'est pas ça.
02:59On n'est pas des poids.
02:59On est la richesse de cette entreprise.
03:01Vous avez raison.
03:01Vous avez enregistré cette année-là un résultat positif de 150 000.
03:05On essaie d'industrialiser les processus de création du jeu vidéo.
03:08Aujourd'hui, nous, on va s'organiser comme des ouvriers en syndicat.
03:12On va s'organiser avec des revendications.
03:14Donc, pour moi, les sociétés qui ont imposé ce retour au présentiel ne font pas confiance à leurs salariés.
03:20Et de mon point de vue syndical, c'est d'une gravité extrême.
03:23C'est-à-dire qu'on ne fait pas confiance aux travailleurs et aux travailleuses.
03:25Ils sont les premiers qui sont face, finalement, au marché.
03:29Ils sont les premiers soldats de ce marché, finalement.
03:31Et ce n'est pas le top management qui a des idées de G&E.
03:34C'est les travailleurs et les travailleuses qui viennent avec ces idées.
03:42Alors, merci beaucoup.
03:45Merci encore une fois à votre venue.
03:48Merci aussi aux médias de prendre notre sujet au sérieux.