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  • il y a 2 semaines
Sur les réseaux, les libertariens clament que la politique de Javier Milei aurait permis de faire baisser la pauvreté en Argentine. Sauf que ce n'est pas vraiment le cas… Retour sur une manipulation statistique avec Vadim Kamenka, chef de la rubrique monde au micro de Sarah Nedjar.

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Transcription
00:00Est-ce que vous connaissez ce monsieur qui a l'air fortement, on va dire jovial, avec sa tronçonneuse qui
00:07porte elle-même son nom ?
00:10C'est Javier Milley, c'est le président, la personne à la tête du pays de l'Argentine.
00:18On est en Amérique du Sud et le gouvernement argentin, il y a quelques jours, a félicité le président,
00:26qui était anciennement économiste, avec un taux de pauvreté qui a chuté de 15 points.
00:32Alors, on se pose la question, comment a-t-il fait ce monsieur qui est quand même ultra-libéral, on
00:40peut le présenter comme ça ?
00:42Oui, ultra-tout.
00:43Ultra-tout, ultra-libéral, vous voyez comment on le présente sur le journal ?
00:49Hop, l'humain, on parle d'un ultra-libéral à visage fasciste.
00:55Il l'a prouvé encore très récemment.
00:58En fait, il a copié d'une certaine manière Donald Trump, parce qu'en gros, il le dit clairement.
01:04Donald Trump, quand il est arrivé en 2016 au pouvoir aux États-Unis, personne n'avait misé dessus.
01:07Pareil, il avait fait une campagne assez surprenante, avec tout un tas de déclarations.
01:13On a vu sa deuxième campagne qui allait encore plus loin aux États-Unis.
01:16Et Bolsonaro, comme Milley, sont un peu les enfants.
01:21C'est un ancien journaliste, d'ailleurs.
01:23Et en fait, en quelques mois, il a mis à mal tous les sondages en arrivant en tête et en
01:30remportant l'élection,
01:31alors qu'il n'avait aucune formation politique derrière lui.
01:33Il n'avait rien.
01:34Il a juste arrivé au bout moment, puisqu'il y avait une vraie crise sociale et économique en Argentine,
01:39avec une gauche qui, finalement, était depuis un certain nombre d'années au pouvoir,
01:42mais n'a pas réussi à inverser la tendance, notamment socialement.
01:46Et du coup, avec des discours forts d'extrême droite, il a réussi à capter un certain nombre d'électeurs.
01:54Et du coup, aujourd'hui, il met en place une politique, en effet, ultra libérale, ultra conservatiste,
01:59proche du fascisme, puisque du coup, il y a eu quand même une dictature militaire dans le pays.
02:03Et lui, en fait, ne renie pas ce passé.
02:06Il dit oui, il y a eu peut-être quelques erreurs, mais en tout cas,
02:08alors que ça faisait consensus politique, aujourd'hui,
02:11même la dictature militaire qui a eu lieu en Argentine,
02:16il ne dénonce pas, en fait, cette sombre période pour les Argentins.
02:21Eh bien, en tout cas, est-ce qu'on peut le présenter ?
02:25Est-ce qu'on peut présenter cette extrême droite argentine comme, comment dire,
02:29rempart contre la pauvreté ?
02:31Parce que c'est ce que dit le gouvernement argentin.
02:33Il félicite le président d'avoir fait chuter le taux de pauvreté
02:38de 15 points.
02:39Et en réalité, sa politique, elle avait un peu fait bondir ce taux
02:43au début de sa politique d'austérité.
02:47On rappelle que le taux de pauvreté avait été à plus de 50% dans le pays
02:51les premiers mois de sa présidence.
02:54Donc, cette chute en pourcentage, c'est plus un retour à la normale qu'une vraie chute
02:58de la pauvreté au prix de la dégradation quand même des services publics,
03:02où il a mis des gros coups de tronçonneux, justement, dans le financement des hôpitaux,
03:08des écoles, etc.
03:09Alors moi, la question que j'ai envie de te poser, c'est est-ce qu'on peut vraiment
03:12parler de pauvreté en baisse quand on dépouille les services publics à ce point-là ?
03:17Non, on ne peut pas parler de pauvreté en baisse.
03:19Et puis surtout que, en fait, cette thérapie de chute, c'est une vraie thérapie de chute
03:22qu'il a appliquée, comme tu l'as rappelé.
03:24C'est des coupes massives.
03:25Mais dans tous les services, on ne s'en rend pas compte.
03:27Mais en gros, il y a des dizaines de milliers de fonctionnaires qui ont vu leur poste supprimer.
03:32Un peu ce que fait d'ailleurs Donald Trump désormais aux États-Unis.
03:37Et voilà, ça touche tous les secteurs.
03:39Donc les fonctionnaires, mais aussi la recherche, l'enseignement, la santé.
03:44Et on voit qu'en fait, ça va avoir un impact profond sur la société argentine.
03:49Et en fait, il y a un recours finalement au ce qu'on appelle à l'emploi informel,
03:53c'est-à-dire des emplois qui sont cachés, l'économie informelle.
03:57Et donc en fait, les Argentins essayent de s'en sortir comme ça,
04:01en ayant soit deux travails ou alors en faisant de l'économie informelle.
04:06Donc sa politique, en fait, sur le long terme,
04:09ça va peut-être produire en tout cas immédiatement des résultats que la FMI va mettre en avant
04:13sur des résultats, on va dire, économiques, sur des chiffres et des indicateurs.
04:18Mais sur le long terme, ce que va devenir la société argentine avec toutes ces coupes,
04:22c'est-à-dire quel est l'avenir pour les Argentins,
04:24dont toute une partie vont être privées d'un certain nombre de choses.
04:26La recherche aussi, pareil, qui a été principalement visée.
04:28On voit que ça va avoir un épais considérable.
04:31Et sur les femmes, sur les femmes dont il a attaqué directement en arrivant au pouvoir,
04:35il n'y a plus de poste sur la question des femmes aujourd'hui en Argentine.
04:38Il a réduit déjà les ministères par deux.
04:41Pareil sur le climat, mais sur le droit des femmes, c'est assez bien.
04:44Je veux dire, sur l'aventement, sur tout un tas de choses,
04:46il a attaqué frontalement cette question-là.
04:50Donc je pense qu'en fait, la vraie question, c'est de voir dans les années qui viennent,
04:53parce que peut-être que sur les deux, trois prochaines années, le résultat va être bon.
04:57D'ailleurs, on l'a déjà vu, l'Argentine a déjà eu une crise,
04:59il y a plus d'une vingtaine d'années, économique.
05:02Et ça avait abouti, enfin plutôt, cette crise a été le résultat,
05:06finalement, de toute une politique, pareil, ultra-libérale,
05:08qui avait été mise en place, saluée par le FMI, etc.
05:10Et on sait très bien que ce genre de méthode vont fonctionner au début,
05:14mais sur le long terme, elle ne va pas empêcher une nouvelle crise d'arriver.
05:18Et le pire, c'est qu'en fait, quel projet de société on va mettre en place en Argentine,
05:23sachant qu'en gros, vos principaux cerveaux, pareil, vont fuir.
05:25Vous ne vous misez pas sur une communauté, sur la société elle-même.
05:30Donc voilà, moi, c'est plus sur le long terme.
05:31On a des gros doutes, et on le sait, généralement, de la thérapie de choc.
05:34On l'a vu dans les pays de l'Est, on l'a vu aussi en Amérique latine,
05:36dans plusieurs élus, on l'a vu aussi en Afrique, à chaque fois, ça ne fonctionne pas,
05:40puisqu'on ne mise pas sur le développement, mais sur les coupes budgétaires.
05:42Donc on coupe au lieu d'investir. Et ça, ça n'a jamais fonctionné.
05:45Et comme tu l'as dit, les coupes budgétaires, il ne les a pas faites n'importe où.
05:48Ça reste un chef d'État qui est populiste et qui est profondément climato-sceptique, par exemple.
05:56Et on nous disait justement le fameux Afouero.
05:58On vous a sorti cette vidéo.
06:12Il dit quand même « Education, indoctrination ».
06:16Il dit quand même que l'éducation, c'est de l'endoctrinement.
06:20Voilà comment tout simplement il fait son...
06:24Oui, voilà, c'est ça.
06:26C'est un vrai projet politique, en fait.
06:27On voit que ce n'est pas...
06:30Minay comme d'autres, comme Donald Trump,
06:31ils arrivent avec des vrais projets politiques.
06:33Ils remettent en cause tout un tas de politiques qui ont été mises en place,
06:38je veux dire, sur ces 20 ou 30 dernières années.
06:41Et ils les remettent en cause avec un vrai projet conservateur
06:43qui s'attapent à toutes les...
06:45L'enseignement, quand même, qui est la principale des choses
06:48qu'on met en place, quand même, dans un certain nombre de pays.
06:51Sur le climat, pareil.
06:53Sur les droits des femmes, pareil.
06:54Sur les droits humains, en général, pareil.
06:56Donc ça veut dire que c'est un vrai projet d'extrême droite.
07:00Et c'est un mouvement qui est vraiment, pour le coup, international.
07:04Alors, c'est pareil.
07:06On va suivre ces péripéties dans les pages de l'UMA.
07:13Je pense que ce qu'on peut retenir,
07:14c'est qu'on peut faire un peu dire aux chiffres n'importe quoi,
07:17mais qu'il faut surtout les remettre en contexte.
07:19Et que quand un gouvernement se vante d'avoir fait baisser un taux de pauvreté,
07:23augmenter les chiffres de l'emploi, etc.,
07:26penser toujours à checker à comment c'était à leur arrivée
07:29pour pouvoir avoir quand même des perspectives.
07:32C'est toujours important.
07:33Donc pareil, on a même un débat aussi en France sur le taux de chômage, par exemple.
07:37C'est de prendre le taux dans leur globalité,
07:39puisque si on ne prend que la catégorie A, B ou C,
07:42forcément, on peut mettre en avant que le chômage baisse.
07:44Alors que si on prend dans sa globalité,
07:47ce ne sont pas du tout les mêmes chiffres.
07:48Et pareil, il y a un certain nombre de personnes
07:49qui ne sont plus répertoriées comme chômeurs.
07:51Donc en fait, en les effaçant, du coup, le chômage baisse.
07:55Or, non, c'est juste qu'ils ne sont plus déclarés comme chômeurs.
07:57Ce qui est totalement...
07:59Enfin voilà, c'est un vrai débat sur les chiffres.
08:00À chaque fois, il faut être bien vigilant
08:01pour bien comprendre en fait dans quelle situation on se trouve.
08:04Je te renvoie à une question
08:05à laquelle je n'ai pas la réponse qui est posée par Antoine.
08:09Avant de passer au sujet suivant,
08:11vous parlez du climat.
08:12Est-ce que l'Argentine va bientôt quitter les accords de Paris ?
08:14Je n'en ai aucune idée.
08:16C'est fort prouvable.
08:17Je me demande...
08:18Enfin, il faudrait que je vérifie.
08:20On vérifiera.
08:20Mais c'est une bonne question.
08:22Parce que oui, oui, ça fait partie.
08:23Je veux dire, comme Bolsonaro l'a fait,
08:25comme Trump l'a fait.
08:28Ils veulent quitter...
08:30Je ne sais pas, ça faudrait vérifier,
08:32mais je pense qu'ils ne l'ont pas fait,
08:33ils vont le faire.
08:36Pareil, pardon.
08:37Sur les BRICS,
08:39l'Argentine devait rejoindre les BRICS
08:41et finalement, ils ne l'ont pas fait
08:43à l'arrivée au pouvoir de Miney.
08:45Donc voilà, Antoine, bonne question.
08:47Ça sera la colle du jour.
08:48Et puis, on va regarder ça
08:49et puis on suivra ça ensemble.
08:52Sous-titrage Société Radio-Canada

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