00:00En Guinée, je disais que je vivais pauvre, mais pas comme ça.
00:04On était pauvres, mais pas comme ça.
00:07Notre pauvreté, ça ne nous faisait pas pitié.
00:09On est misérables.
00:12On est pauvres au milieu des riches.
00:42Sous-titrage Société Radio-Canada
00:45J'ai dormi dehors, faire la manche, demander de l'argent.
00:49Je n'ai jamais imaginé ça si j'étais en Guinée.
00:52Sincèrement, je n'ai jamais imaginé ça.
00:55Le jour où tu as lancé le recours, tu as donné des papiers, c'est ça ?
00:58Oui.
00:58Ok, alors je t'explique ce qui risque de se passer.
01:00Il risque de se passer.
01:03Les nouveaux arrivent ici tous les jours,
01:06puisqu'il y a toujours cet ordre qui est donné de zéro temps dans Paris,
01:09que dès qu'un campement essaie de se remonter, la police l'empêche.
01:14Et donc là, moi j'arrive, il y a ce jeune de 15 ans
01:17qui s'est présenté au dispositif d'évaluation pour la minorité gérée par la Croix-Rouge,
01:23partenaire prestataire de Bobigny, du département du 93,
01:28pour une évaluation de minorité,
01:30qui est censé le mettre à l'abri jusqu'à notification poste à l'évaluation qui sera faite.
01:37Là, en fait, on est en train de l'accueillir à la place de l'État,
01:39puisque c'est une obligation de mettre à l'abri le temps d'une évaluation
01:44jusqu'à notification et rendue de la décision.
01:47Et donc là, en fait, c'est complètement hallucinant.
01:50Et les dispositifs d'Île-de-France, depuis que nous sommes ici,
01:54orientent allègrement les jeunes vers nous.
01:56Donc nous, on se demande vraiment quel est notre rôle là-dedans.
02:00C'est-à-dire qu'on pallie évidemment un problème d'un manquement de l'État.
02:04Mais là, c'est bien pire que ça, en fait.
02:06C'est qu'on assure le job à la place de l'État réellement,
02:09même quand la loi oblige à ce que l'État le fasse.
02:16On a eu des vidéos de jeunes qui nous ont été envoyées de Portes de la Villette
02:20en pleine journée, que la police mettait en pratique du coup l'ordre du préfet
02:24sur le fait qu'il n'y aurait pas de nouvelles tentes dans Paris.
02:26Et donc, on a décidé de soutenir les jeunes
02:30pour qu'ils trouvent du coup refuge ici
02:32et que cette opération, qui devait être une opération un peu coup-point,
02:36fasse une mise à l'abri, déclenche une mise à l'abri le plus vite possible.
02:40On a imaginé que ça allait durer 48 heures ou quelques jours.
02:43Et ça fait deux mois.
02:44La mairie de Paris, du coup, s'est vue demander, a priori, par la préfecture
02:48de déposer une plainte, une assignation au tribunal judiciaire
02:52pour occupation illégale.
02:54Et donc, une date d'audience nous a été communiquée
02:57pour une audience au tribunal judiciaire
02:58pour une évacuation du lieu, une expulsion du lieu le 12 juin.
03:04Cette audience devrait donc donner normalement le ton
03:08et déclencher, on l'espère, une opération de mise à l'abri
03:11contrainte et forcée de la préfecture
03:13parce que de toute façon, où vont aller maintenant ces plus de 500 jeunes.
03:17Je pense que d'ici au 12 juin, on va finir vraiment à plus de 650 jeunes
03:21parce qu'il en arrive tous les jours.
03:23Il y a une menace ambiante de l'extrême droite également
03:26qui est venue à plusieurs reprises.
03:28Je rappelle qu'il y a une enquête qui a été ouverte pour incitation à la haine.
03:31Que fait l'État, en fait ?
03:32L'État laisse les gentilles associations se débrouiller
03:35avec plus de 500 jeunes dans Paris,
03:39condamne, puisque du coup, on est condamnable.
03:42On nous emmène au tribunal judiciaire.
03:43C'est la seule réponse qu'on trouve à nous faire, en fait.
03:47Bon, voilà, il faut tenir la ligne et quand ils sont 500, c'est un boulot, quoi.
03:51Et voilà, ça tient bien.
03:54Il n'y a pas de délinquance chez ces jeunes-là.
03:56Ces jeunes-là sont des personnes perdues
03:58qui essayent de s'en sortir tant bien que mal.
04:02Et au final, on parle de délinquance.
04:04Moi, ça m'hallucine parce que quand on les connaît,
04:06ces jeunes, ils sont 500 à vivre les uns sur les autres
04:09dans des conditions catastrophiques.
04:11Et franchement, ils font de mal à personne.
04:12Ils sont tous souriants, ils font tous comme ils peuvent.
04:15Et bien entendu, une école n'est pas faite de base
04:17pour accueillir des migrants qui ont du mal, en fait, à survivre ici.
04:23Et c'est moi qui a demandé le papier.
04:25C'est toi qui a demandé le papier.
04:26Là, je regarde parce qu'il veut faire venir
04:28son certificat de naissance en France.
04:31Et en fait, je regardais s'il n'y a pas d'erreur dessus
04:33parce que c'est vrai que parfois,
04:35eux, il y a des erreurs de formalité.
04:37Il va manquer un E, il va manquer un S.
04:39Là-bas, c'est rien, ça passe.
04:40Ils remarquent qu'on n'aime pas.
04:41Mais ici, en France, ça ne marche pas.
04:44Quand les documents vont être analysés,
04:45ils peuvent dire que c'est un faux document
04:47ou en tout cas, que ce n'est pas un document officiel.
04:49À cause d'une faute d'orthographe
04:51qui, pour eux, n'est pas importante.
04:53Ici, ça l'est.
04:54Donc, avant de faire venir leurs documents,
04:56quand même, on vérifie qu'ils soient bien.
04:57Ça coûte cher, donc on ne fait pas venir
04:59des mauvais documents.
05:00Des documents qui viennent d'Afrique ?
05:01Qui viennent d'Afrique, oui.
05:02Métro 9 jusqu'à République.
05:09Et après, Métro 5 jusqu'à Saint-Marcel.
05:17Sous-titrage Société Radio-Canada
05:17...