00:00Est-ce que tu as un endroit où dormir ?
00:01Non, non. Je dors dans la tente avec mes amis.
00:05Et tu viens quand même tous les jours ici à l'école ?
00:08En France ici, on dit que l'école c'est une obligation.
00:11Il faut aller à l'école.
00:12C'est bon pour la vie d'un être humain.
00:14Aujourd'hui, je vous emmène à l'école des sans-écoles.
00:17C'est une école un peu spéciale qui accueille des mineurs non accompagnés,
00:21c'est-à-dire des mineurs étrangers isolés.
00:23Il faut savoir qu'en France, ils ont beaucoup de mal à accéder à l'école.
00:27Les procédures administratives auxquelles ils sont confrontés,
00:30notamment pour faire reconnaître leur minorité, sont parfois très longues.
00:34Et ces jeunes peuvent rester jusqu'à 3 ans sans scolarité.
00:38Pour les aider, l'association Droits à l'école leur propose toutes les semaines
00:42des cours de maths et de français dispensés par des professeurs bénévoles.
00:46Ce sont des jeunes qui sont âgés entre 15 et 18 ans,
00:49qui arrivent de l'étranger, en grande majorité d'Afrique de l'Ouest.
00:53Et ce sont des jeunes qui ne sont pas encore reconnus mineurs par les départements,
00:58donc ce sont des jeunes qui ne sont pas encore pris en charge par l'aide sociale à l'enfance.
01:01Ce sont des jeunes qui ont déposé un recours auprès du juge des enfants pour être reconnus mineurs.
01:05On n'est pas une vraie école, on n'a pas pour but de remplacer l'école de la République,
01:10mais on est une passerelle pour les jeunes, pour les préparer au mieux à la vraie scolarité en France.
01:14En fait, sans droit à l'école, ils sont dans la rue et ils ne font rien.
01:17L'objectif pour ces jeunes, c'est un jour d'avoir un travail en France,
01:20une vie en France, un avenir en France, et on les aide, nous, pour arriver à cet objectif-là.
01:25Est-ce qu'on dit mot-photo ?
01:27Non.
01:28Qu'est-ce qu'on dit ?
01:29Ma photo.
01:30Voilà.
01:31C'est ici que j'ai appris à lire et écrire, et on m'a orienté au lycée.
01:34Et là, je suis en deuxième année, en formation, en CAP.
01:38Je viens de la Côte d'Ivoire, je suis venu en clandestin, je n'ai pas de famille ici.
01:41Quand tu n'es pas reconnu encore comme mineur, ce n'est pas facile d'aller à l'école.
01:46Tu vas à l'école, tu apprends à parler, tu apprends à lire, et après, tu as un diplôme, tu peux travailler.
01:52Quand tu ne vas pas à l'école, tu te retrouves seul.
01:54Mais quand tu vas à l'école, il y a toujours les gens qui ont les bras ouverts pour t'aider.
01:57En arrivant ici, je n'ai même pas prononcé les lettres alphabétiques.
02:03J'ai mis du bruit jusqu'à ce que j'arrive un peu, grâce à eux.
02:06Quand on est dans un pays, il faut que tu arrives à parler ta langue pour que tu puisses comprendre entre vous.
02:12C'est mieux pour moi-même et pour les autres.
02:16C'est des jeunes qui sont hyper motivés.
02:18De toute façon, quelque part, ils ont un peu risqué leur vie pour venir ici.
02:21Ils viennent ici pour apprendre.
02:24Et vraiment, ils en veulent.
02:25C'est-à-dire que les cours commencent à 10h, à 10h45, ils sont là.
02:28Y compris ceux qui dorment à la rue.
02:30L'année dernière, sur 80 élèves, il y en avait 60 qui étaient à la rue.
02:35C'est un vrai scandale.
02:36Jusqu'à ce que le juge décide, ils devraient être considérés comme des mineurs.
02:40Donc, ils devraient être pris en charge par l'ASE et ils devraient être scolarisés.
02:45On fait le travail parce que les politiques ne font pas le leur.
02:47Les politiques ne respectent pas les lois de la République.
02:51Moi, j'ai des remerciements.
02:53Enfin, j'en ai des larmes aux yeux, des fois, parce que j'ai vu des messages sur mon répondeur.
02:57On se dit qu'on ne fait pas les choses pour rien et que c'est utile.
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