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  • il y a 1 semaine
Le 11 mars 2023, Guillaume Diopp était nommé danseur étoile à l’Opéra de Paris. Devenant ainsi le premier homme noir à obtenir la distinction ultime du danseur classique.
Une question a alors ressurgi : où en est-on d’un racisme institutionnel dénoncé il y a quelque années, dans le milieu historique du ballet ?

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Transcription
00:00Le premier homme noir nommé Danseur-Etoile à l'Opéra de Paris en 2023, qu'est-ce que ça change
00:05?
00:05Celui dont on parle ici, c'est Guillaume Diop.
00:07Il a reçu le 11 mars 2023 la distinction ultime du Danseur-Etoile.
00:11Et depuis, une question a ressurgi.
00:13Où en est-on du racisme institutionnel dénoncé il y a quelques années dans le milieu historique du ballet ?
00:19Binkadi Emmanuel Yé est le manager de Guillaume Diop.
00:22Il a été membre de l'Association pour le rayonnement de l'Opéra National de Paris de 2017 à 2021.
00:27Et c'est en 2020 qu'avec d'autres salariés noirs et métisses de l'Opéra National de Paris, dont
00:32Guillaume Diop,
00:33qu'il publie un manifeste de 4 à 5 pages pour interroger sur la place de la diversité au sein
00:38de l'institution.
00:40D'abord partagé en interne pour ouvrir la discussion, le manifeste avait reçu plus de 400 signatures de soutien.
00:45Depuis, Binkadi Emmanuel Yé a quitté l'Opéra de Paris mais travaille toujours sur les questions de diversité
00:50et a accepté de revenir pour nous sur les backstage de ce manifeste.
00:54C'était une période qui était un peu particulière à deux titres.
00:57Premièrement, on était en plein confinement.
00:59Il y avait beaucoup de temps pour se poser et pour peut-être avoir des réflexions qu'on n'a
01:03pas habituellement.
01:05Et ça a coïncidé justement avec l'assassinat de George Floyd aux Etats-Unis,
01:08qui a vraiment poussé dans l'actualité les thématiques de discrimination, de représentation des personnes noires
01:17et qui a poussé aussi beaucoup d'institutions et beaucoup d'individus à se remettre un peu en question,
01:23à faire un peu un état des lieux justement des questions de diversité ethno-raciale en leur sein.
01:28Du coup, au moment du déconfinement, on s'est réunis avec des artistes noirs de la compagnie,
01:34qui étaient cinq à l'époque, et on s'est réunis autour d'un café pour parler de tout ça,
01:37en fait, pour parler un petit peu de notre expérience en tant que personne racisée,
01:41en tant que personne noire, dans cette institution et de manière générale dans le monde du ballet.
01:46Et en fait, cette discussion, elle a été très enrichissante, elle a été un peu bouleversante aussi,
01:49parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait des choses qui n'allaient pas, des choses qui
01:53étaient partagées.
01:54On a quand même identifié des problèmes qui étaient au-delà juste de nos expériences personnelles,
01:59au-delà d'anecdotes, qui avaient plutôt des problèmes structurels.
02:03Et donc, on a décidé de s'emparer de cette question, on trouvait qu'on était finalement les mieux placés
02:08aussi
02:09pour parler de ce sujet à l'opéra, parce que c'est une maison qu'on connaît, c'est une
02:12maison qu'on aime beaucoup.
02:14Donc, on n'était pas non plus dans une démarche qui visait à nuire à la maison,
02:18qui visait à créer un scandale qui pouvait avoir des répercussions néfastes sur nos carrières déjà,
02:23et sur la maison de manière générale.
02:25Le but, c'était plutôt d'ouvrir une discussion et de briser un tabou.
02:30Le but du texte ? Poser cinq pistes de réflexion principale.
02:33En premier point, le répertoire, à savoir les œuvres qui sont jouées sur les scènes de l'opéra Bastille et
02:37Garnier,
02:38et les blackface et yellowface qui les accompagnent, à savoir se peindre le visage pour imiter des personnes non-blanches,
02:44des pratiques qui ont des racines profondément racistes.
02:47Deuxième point, le matériel mis à disposition des artistes, des collants ou des chaussons,
02:51couleur chair pour paraître le plus invisible possible, mais qui ne correspondent pas à l'incarnation des peaux les plus
02:56foncées.
02:57Troisième point, le personnel de maquillage et de coiffure,
02:59qui ne sont pas formés pour s'occuper des peaux noires ou des cheveux texturés ou crépus.
03:04Quatrième point, la gestion et la sanction des propos ou attitudes discriminantes et racistes.
03:09Et enfin, cinquième point, la diversité des corps artistiques de l'opéra,
03:13dont l'origine dépasse en partie l'institution.
03:15La question, justement, est de la présence de personnes non-blanches dans l'orchestre, dans les chœurs, dans le ballet.
03:21Ce n'est pas un sujet qui est vraiment entre les mains de l'opéra, parce que l'opéra arrive
03:24un peu en bout de chaîne.
03:26Souvent, dans les candidatures que l'opéra reçoit pour ses corps artistiques, il y a très peu de personnes non
03:31-blanches.
03:32Donc, ça veut dire que le problème est en amont, en fait, il est dans les conservatoires,
03:35il est dans l'accès ou en tout cas la volonté de certains enfants, justement,
03:39de s'orienter vers des carrières professionnelles de danseurs, de junteurs, de musiciens.
03:43Mais l'opéra a quand même une part de responsabilité dans le processus.
03:47C'est une institution qui a aussi suffisamment de moyens, suffisamment de pouvoir, suffisamment de rayonnement en France
03:52pour pouvoir aussi être motrice dans ces changements.
03:57Mais alors, quelles ont été les conséquences concrètes de cette tribune ?
03:59Alexander Neff, tout juste arrivé à la direction de l'opéra de Paris à l'époque,
04:03avait commandé un rapport à Papendiaï, reconnu comme étant un expert des questions raciales,
04:07et Constance Rivière, membre du Défenseur des droits.
04:10Ils ont réalisé un audit pendant plusieurs mois au sein de l'opéra et auprès d'acteurs extérieurs
04:14pour faire un bilan de la diversité ethno-raciale au sein de l'institution.
04:18Publié en février 2021, le rapport contenait une quinzaine de préconisations
04:22et depuis, un poste de responsable diversité a été créé à l'opéra de Paris.
04:26Ce poste aujourd'hui, c'est Myriam Mazouzi qui l'occupe.
04:28Interrogée par l'humanité au sujet de la diversité, elle a déclaré
04:31L'opéra fait beaucoup de choses sur le sujet.
04:33On a créé un comité consultatif sur la diversité,
04:36composé notamment d'intellectuels spécialisés
04:38qui nous accompagnent pour réfléchir sur notre patrimoine.
04:41Il y a eu la création d'une mission de référent diversité,
04:44c'est une première dans le secteur culturel.
04:46La nomination de Guillaume n'a rien à voir avec ça.
04:49Guillaume a été nommé car c'est un danseur exceptionnel.
04:52Il sera peut-être un rôle modèle pour des enfants de toutes origines,
04:55mais en tout cas, on ne peut pas le réduire à ce symbole.
04:56Il est porteur de beaucoup plus, la réussite au plus haut niveau
05:00grâce au travail, à l'exigence, au talent,
05:02des valeurs indispensables dans nos métiers.
05:04Mais le manifeste que nous avons évoqué
05:06n'a pas été le seul coup d'éclat pour éveiller les consciences.
05:09En 2021, le grand public découvrait notamment
05:12Chloé Lopez-Comes sur le plateau de l'émission Quotidien,
05:16sœur de l'un des signataires du manifeste,
05:17mais surtout première danseuse noire à avoir rejoint le Stade Ballet de Berlin.
05:21Elle avait déposé un recours en justice
05:23contre l'une de ses maîtresses de ballet
05:25qu'elle accusait d'avoir tenu des propos
05:26discriminants.
05:27Aujourd'hui, elle ne donne plus d'interviews à ce sujet
05:30car pour elle, les choses ont vraiment évolué.
05:32Bien évidemment que les choses ont évolué.
05:34Il y a beaucoup de danseurs qui prennent la parole
05:36et pas juste sur le racisme,
05:38sur des faits divers qu'ils ont eux-mêmes subis.
05:42Donc jusqu'il n'y a pas si longtemps que ça,
05:44il y a deux ans de cela,
05:45les blackface par exemple,
05:46c'était des pratiques qui étaient encore normales,
05:48dans le ballet et dans les opéras.
05:50Ça a été aboli en tout cas
05:52dans les ballets
05:53et ça dans plusieurs compagnies en Europe.
05:56Le white bleaching aussi,
05:58au cours des ballets comme le Lac des Seignes,
06:00Giselle, Sylphine,
06:01il était normal de demander au corps de ballet
06:02de se maquiller la peau en blanc
06:04à n'importe quelle danseuse,
06:05qu'elle soit noire ou blanche,
06:07pour uniformiser le corps de ballet,
06:08pour que nous apparaissons
06:10toutes de la même manière.
06:11Ce sont des choses aussi
06:12qui ne se font plus.
06:14Pendant très longtemps,
06:15les coiffeurs, les maquilleuses,
06:17au sein de théâtres,
06:18n'avaient pas la formation
06:19pour traiter des cheveux afro
06:22et asiatiques
06:23et pareil pour le maquillage.
06:26Donc pendant très longtemps,
06:28les danseurs noirs,
06:29et ça c'était dans le monde entier,
06:30devaient eux-mêmes apprendre à se maquiller,
06:32eux-mêmes faire leurs propres cheveux.
06:34Donc ça maintenant,
06:35ce n'est plus le cas.
06:36Dans la plupart des compagnies maintenant,
06:38les maquilleurs et les coiffeurs
06:40ont des formations pour ça.
06:44Je comprends que vous vouliez parler de ça,
06:46mais c'est vrai que je n'en vois pas
06:47l'utilité là encore d'en reparler,
06:49d'en rajouter une couche.
06:51Ça serait juste se répéter encore
06:53sur des choses qui ont,
06:55pour ma part, je trouve,
06:56évolué dans le bon sens.
06:57Des changements qui restent à relativiser
06:59pour Binkadi et Manuelier.
07:00Pour moi, pour l'instant,
07:01trois ans, c'est un peu tôt
07:03pour faire un bilan.
07:03Je pense qu'il y a vraiment
07:04un travail qui a été entamé.
07:06Et c'est un travail qui sera très long.
07:08Ce serait une erreur
07:09et ça serait être très peu réaliste
07:12de penser que ces sujets-là,
07:13on les règle en quelques mois,
07:15en quelques semaines,
07:15même quelques années.
07:16C'est un travail de fond,
07:18c'est un travail de profondeur
07:19qui force aussi à repenser
07:22une institution,
07:23à repenser des dynamiques
07:25au sein d'une structure
07:25qui parfois sont très, très
07:27fortement enracinées,
07:29qui parfois sont très, très inconscientes
07:31et très involontaires.
07:32Et je pense que l'important,
07:33c'est juste de commencer
07:35et de faire comprendre
07:36qu'il ne s'agit pas d'une mode,
07:39qu'il ne s'agit pas d'une tendance,
07:40qu'il ne s'agit pas aussi
07:41de susceptibilité, d'opinion,
07:44de choses légères,
07:45très subjectives.
07:46Il s'agit de choses objectives,
07:48de choses sérieuses,
07:49de choses qui ont des conséquences
07:50qui sont importantes
07:51sur le parcours des personnes
07:52et de les traiter
07:53avec l'importance
07:55qui leur est due.
07:56Si le dialogue
07:56sur la question de diversité,
07:58racisme et représentation
07:59a été ouvert
08:00dans le milieu du ballet,
08:01un long chemin
08:01reste donc à parcourir.
08:03Sous-titrage Société Radio-Canada

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