00:00Bonjour Philippe Gauthier.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes secrétaire général du SNAM, le syndicat des artistes musiciens et musiciennes CGT.
00:07Depuis une semaine, vous occupez le théâtre de l'Odéon à Paris avec de nombreux professionnels de la culture
00:11afin d'exiger la réouverture des lieux culturels et la prolongation de l'année blanche pour les intermittents du spectacle.
00:19Alors ce matin, vous avez participé avec d'autres organisations syndicales à une rencontre avec le Premier ministre Jean Castex.
00:27Comment s'est déroulé votre échange ?
00:30Ce qu'il faut comprendre, c'est que le gouvernement a une certaine vision de la vie culturelle de ce
00:37pays
00:37qui, premièrement, n'est pas la nôtre, mais surtout est une fausse vision.
00:41Donc Jean Castex a annoncé notamment 20 millions d'euros d'aides déployées auprès de ce qu'ils appellent les
00:49équipes d'artistique
00:50qui sont en fait les compagnies, les ensembles musicaux qui sont déjà financés par le ministère de la Culture.
00:58Et nous sommes… ce n'est pas du tout ce que nous demandons.
01:01Parce que les équipes artistiques qui sont déjà aidées par le ministère de la Culture,
01:08c'est une minorité des artistes de ce pays.
01:11Parce que si on prend le cas de la vie musicale, la vie musicale c'est beaucoup plus large.
01:17Évidemment, il y a tout le secteur marchand, il y a tout le secteur associatif,
01:21il y a tout le secteur occasionnel, des fêtes et des festivités.
01:26Et donc nous, ce qu'on demande, c'est que le gouvernement finance l'emploi artistique
01:31pour tous les types d'activités musicales.
01:35Et là, on a la réponse sur une partie du secteur seulement.
01:40C'est très positif d'avoir 20 millions de plus.
01:43Ce n'est pas assez, mais c'est déjà mieux que rien d'avoir 20 millions de plus.
01:46Pour le secteur des musiques et musiciens et musiciennes qui sont déjà aidés
01:52par le ministère de la Culture, mais la plupart des artistes et des techniciens
01:57de notre pays, la majorité d'entre eux, n'en verra pas la couleur.
02:03Concernant la date d'une réouverture, est-ce que vous avez obtenu une réponse ?
02:08Écoutez, nous, par rapport à la réouverture, nous sommes dans une position,
02:16premièrement, de dénoncer un gouvernement qui dit que la culture n'est pas essentielle.
02:21C'est la première chose.
02:22Et puis, dans un deuxième temps, nous sommes pragmatiques.
02:26C'est-à-dire que ça va reprendre.
02:31Quand ça reprendra, la vraie question, c'est est-ce que ça va reprendre partout ?
02:37On a déjà vécu une reprise, rappelez-vous, c'était au mois de juin l'année dernière.
02:41Et ce qui s'est passé l'été dernier, c'est que ça a repris peut-être à 20 %.
02:47Et c'est ce qu'on ne veut pas.
02:49Donc, je dirais que nous, le moment où ça ouvre, ce n'est pas obligatoirement
02:53la question la plus importante.
02:55Pour nous, la question la plus importante, c'est au moment où ça reprend,
03:00ça reprend partout et ça reprend pour tous les artistes et tous les techniciens du pays.
03:04On sait très bien qu'au moment où ça va reprendre, tout ne pourra pas reprendre en même temps.
03:10Tous les théâtres ne pourront pas rouvrir certainement en même temps.
03:12Tous les artistes ne pourront pas jouer en même temps.
03:16De toute façon, tout s'est accumulé depuis bientôt, depuis le mois d'octobre, notamment.
03:21C'est pour ça que nous disons qu'il y a une question de moyens.
03:23On sait que les salles seront peut-être pleines à un quart de leur capacité.
03:31Eh bien, je vous le dis, là où on jouait un jour, il faudra jouer quatre jours.
03:36Si on veut qu'il y ait autant de public.
03:38On nous dit que les festivals les plus importants vont devoir se réduire à 5000 spectateurs.
03:44Ça veut dire que la durée des festivals doit être très, très augmentée
03:50pour que tout le monde puisse en profiter.
03:55Vous voyez, c'est notre optique.
03:57C'est de dire, subventionner l'emploi, subventionner l'activité.
04:03Et puis, il y aura de la musique partout.
04:06Il y aura de la musique pour tout le monde.
04:07Et on jouera quatre fois, dix fois de rang s'il faut,
04:13pour voir autant de spectateurs qu'on aurait vus.
04:16Si on avait joué une seule fois, il y a beaucoup de scènes
04:19dans notre pays.
04:22Il y a les salles, avec les beaux jours vont revenir les plein airs.
04:26On a la capacité d'organiser vraiment de très nombreux spectacles
04:31à condition que la barrière financière saute.
04:37Concernant la prolongation de l'année blanche pour le régime des intermittents,
04:42qui s'arrête donc au 31 août prochain,
04:45est-ce que vous avez obtenu des garanties ou des réponses ?
04:48Alors, pour l'instant, nous devons toujours faire avec les promesses.
04:52C'est toujours la promesse que pour l'année blanche, ça va se faire.
04:56Ça date, la première promesse de Roselyne Bachelot,
04:58si ma mémoire est bonne, elle date du 13 janvier.
05:01Ça fait donc deux mois qu'on nous le promet,
05:03mais ça ne sort pas parce qu'il y a des blocages.
05:07Ces blocages, on les connaît.
05:09Ces blocages, Mme Bachelot l'a même écrit,
05:13dans un courrier commun avec la ministre du Travail, Elisabeth Borne,
05:18c'est que parallèlement, il y a une réforme de l'assurance chômage
05:21qui va toucher toutes les autres catégories de travailleurs précaires.
05:26Et le gouvernement dit qu'il ne veut pas prolonger les intermittents du spectacle
05:32et réduire les droits des autres.
05:35D'ailleurs, on ne demande pas ça.
05:36Nous, on ne demande pas une mesure de faveur.
05:38On demande que les travailleurs précaires du spectacle voient leur droit prolongé,
05:44que tous les travailleurs précaires de tous les secteurs d'activité voient leur droit prolongé.
05:50Et le projet du gouvernement, comme chacun sait,
05:52puisque l'ensemble des syndicats unis sur cette question,
05:55l'ensemble des syndicats de salariés de ce pays,
05:57ont écrit au gouvernement pour dire qu'ils refusaient cette réforme de l'assurance chômage
06:02parce qu'elle est injuste, parce qu'elle est dure aux plus pauvres de notre pays.
06:06Et donc, il n'y aura d'année blanche que s'il y a en même temps un retrait de
06:14cette réforme de l'assurance chômage
06:16et une réelle prise en compte de la précarité partout dans l'économie et dans le pays.
06:24Nous ne sommes pas là pour une bataille corporatiste.
06:29Nous sommes là pour des droits sociaux, des droits sociaux pour nous, des droits sociaux pour toutes et tous.
06:35De nombreux théâtres en province, je pense au Théâtre National de Strasbourg,
06:40le Théâtre en région parisienne de la Colline,
06:42mais aussi en province, de nombreux théâtres sont occupés par des artistes, par des étudiants.
06:49C'est quelque chose qui, j'imagine, doit vous motiver au Théâtre de l'Odéon,
06:54qui doit un petit peu vous renforcer ?
06:56Bien entendu, parce que je vais vous le dire à ce près, on ne l'avait pas du tout prévu.
07:02Ça fait sept jours aujourd'hui, lorsque nous sommes rentrés ici jeudi dernier,
07:08premièrement, nous n'avions pas prévu de rester aussi longtemps.
07:11Nous n'avions pas prévu non plus cet effet tâche d'huile, mais c'est la vérité.
07:16Et cet effet tâche d'huile, pourquoi il se réalise ?
07:19Pour deux raisons.
07:21Premièrement, on nous l'a assez dit, on nous l'a assez fait comprendre,
07:25nous ne serions pas essentiels.
07:27Et deuxièmement, nous recevons des soutiens de toute la société,
07:32nous recevons des soutiens, je dirais même, de nombreux groupes politiques
07:38et de nombreuses personnalités politiques.
07:41C'est pour ça que le mouvement dure, c'est pour ça qu'il s'étend,
07:44c'est parce que, à la fois, les professionnels n'en peuvent plus d'attendre
07:49et à la fois, on ne va pas arrêter un mouvement aussi populaire.
07:54Comment ça se passe aux terres de l'Odéon quotidiennement ?
07:58Écoutez, on apprend à vivre dans des conditions de confort un peu précaires,
08:05mais aussi, on apprend à vivre en collectif, il y a aussi de la fraternité,
08:12de l'amitié, de la solidarité, on débat, même si vous voulez un scoop,
08:17des fois on s'engueule, mais on avance et en fait,
08:21on tire toutes et tous en le même sens, c'est ça qui compte.
08:23Et pour ceux qui voudraient vous soutenir, ils peuvent se rendre sur place ?
08:27Il n'est pas possible de rentrer dans le théâtre,
08:29mais tous les jours de 14h à 15h30, nous tenons une agora
08:34sur la place de l'Odéon devant le théâtre.
08:38Et donc, à la fois, nous diffusons des messages de soutien
08:41qui nous viennent de partout, des gens prennent la parole en bas,
08:46c'est une agora, on essaye de faire un peu circuler la parole
08:49de manière libre, nous sommes un lieu de culture
08:52et un lieu de lutte sociale, et donc, l'endroit où la culture
08:58et la lutte sociale se réunissent, ça s'appelle la démocratie,
09:01et c'est ce qu'on essaye de faire vivre ici.
09:04Quelles vont être vos initiatives prochaines ?
09:06Nos initiatives, ça va être de rester là, ça va être d'appeler
09:11et de voir des théâtres occupés encore plus demain qu'aujourd'hui,
09:16le mouvement s'amplifiait et puis on va gagner.
09:20On va gagner, notre cause est juste, c'est une cause sociale,
09:24c'est une cause culturelle, c'est une cause qui consiste à dire
09:28que nous voulons travailler, mais c'est travailler,
09:33pour moi qui représente ici des musiciens et des musiciennes,
09:35ça veut dire porter la musique là où se trouve le public,
09:39là où vivent les gens, c'est pas un métier qu'on fait pour nous,
09:43c'est un métier qu'on fait pour le public,
09:44et on va continuer dans ce sens-là.