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  • il y a 22 heures
Frédérique Rolet, secrétaire générale et porte-parole du SNES-FSU, le syndicat national de l'enseignement du second degré réagit au plan de déconfinement scolaire annoncé par le premier ministre, Édouard Philippe. Elle souligne l'absence d'un protocole national qui doit accompagner cette reprise progressive de l'école, seule garantie de traitement sanitaire entre les établissements.

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Transcription
00:00Bonjour Frédérique Rollet. Bonjour. Vous êtes la secrétaire générale et porte-parole du SNES FSU,
00:06le premier syndicat de l'enseignement du second degré. Edouard Philippe hier a présenté un plan
00:13complexe de ce déconfinement scolaire qui devrait être progressif. Une réouverture possible pour les
00:19collégiens s'ils habitent dans un département classé vert est prévu pour le 18 mai, en commençant
00:25par les sixièmes et cinquièmes. Concernant les classes de quatrième et troisième ainsi que les lycées,
00:31une décision sera prise fin mai pour examiner les conditions de réouverture toujours en fonction
00:36de la logique verte ou rouge du département. Alors ma première question c'est que pensez-vous de cette
00:42reprise progressive à partir du 18 mai et surtout de ce flou concernant les garanties sanitaires dans
00:48les collèges et les lycées ? Vous venez de le dire, le grand absent du discours d'Edouard Philippe
00:54c'est justement le sanitaire. La première chose avant de fixer des dates, ça devrait être de dire,
01:03on prend toutes les mesures pour garantir aux familles, aux parents d'élèves donc, au personnel,
01:09que quand il y aura un retour dans les établissements, toutes les garanties pour la santé publique seront
01:15réunies et elles seront définies dans un protocole qui doit être un protocole national, qu'on ne laisse pas
01:22les choses se gérer localement. Or le premier ministre n'a à peu près rien dit sur le sujet, il
01:29a avancé des dates
01:30avec y compris des niveaux dont on voit bien que ça correspond davantage à des impératifs économiques
01:37qu'à véritablement des impératifs pédagogiques ou au besoin de lutter contre les inégalités, puisque
01:45manifestement sont les enfants les plus jeunes parce que ce sont ceux qui ne peuvent pas rester seuls à la
01:50maison
01:50et qu'on veut remettre le maximum de salariés au travail.
01:55Alors, risque-t-on d'assister à une inégalité de traitement entre les établissements dans les mesures sanitaires mises en
02:01place ?
02:02C'est le problème, c'est pour ça que nous nous voulons d'une part un protocole national, qu'ensuite
02:06ce protocole national établi,
02:10qui s'appuierait sur les préconisations du conseil scientifique, eh bien il y ait dans les établissements et les écoles
02:17une visite de membres du personnel, une visite de la commission hygiène et sécurité, qui vérifie qu'on a les
02:24moyens
02:25de mettre en place ce protocole, c'est-à-dire est-ce que les masques sont arrivés, est-ce qu
02:28'il y a du savon, des essuiements,
02:31est-ce qu'il y a du gel, etc. Et qu'ensuite, on puisse laisser les équipes se réunir, parce
02:39qu'on a toujours l'impression
02:41qu'il y a une ignorance de la façon dont fonctionne un établissement. Il n'y a pas que la
02:45question des classes,
02:46vous avez toute la question des parties communes. Donc il faut établir des sens de circulation pour les élèves
02:52dans les couloirs et les escaliers, établir dans la cour de récréation un marquage pour dire
02:59« vous ne devez pas tous être collés les uns aux autres ». Enfin, ça demande beaucoup de choses.
03:03De même, les équipes sont celles qui connaissent le mieux leurs élèves et ce serait logique que ce soit elles
03:08qui puissent aussi essayer de regarder comment on va organiser les groupes, avec des groupes qui ne doivent
03:14d'ailleurs pas être à 15, mais plutôt moins, puisque à 15, ça ne correspond pas forcément à une demi
03:21-classe d'une part.
03:22Et puis c'est difficile dans des salles qui font en gros 40 mètres carrés de respecter la distance d
03:28'un mètre cinquante,
03:29si on met 15 élèves. Donc pour l'instant, rien, encore une fois, comme assurance nationale.
03:35Et on sait qu'après, les collectivités territoriales ne sont pas toutes à égalité.
03:40Vous avez des régions, des départements plus pauvres, des mairies plus pauvres que d'autres,
03:44qui n'ont pas forcément le personnel pour désinfecter régulièrement les locaux,
03:49qui n'ont pas forcément non plus le nombre de masques.
03:51Donc on a l'impression quand même que l'État se défausse beaucoup sur la responsabilité à la fois des
03:57maires,
03:58des conseils départementaux et régionaux, mais aussi, je ne sais pas si ce sera une dévocation,
04:02mais sur les parents d'élèves. Parce que dire qu'on laisse le volontariat,
04:06ça peut paraître quelque chose de positif pour les parents, mais derrière nous, l'idée,
04:11où on a les garanties et l'école doit être ouverte à tous, dans les conditions évidemment de petits groupes,
04:18où là, on peut avoir le message, écoutez, vous mettez votre enfant à l'école,
04:23s'il lui arrive quelque chose, c'est vous qui en avez pris le risque.
04:26Et ça, c'est évidemment inacceptable.
04:28Alors, l'avis du Conseil scientifique, qui recommandait une rentrée scolaire pour tous en septembre,
04:34n'a pas été retenu. Qu'en pensez-vous ?
04:37Oui, alors, on sait bien, si on prend des propos du président de la République,
04:41il y a quelque temps, il disait « je m'appuierai toujours sur la science ».
04:45Bon, là, on voit bien que le politique a pris le pas sur le scientifique.
04:50Donc, que le gouvernement, à un moment, prenne des décisions, c'est son rôle.
04:54Mais on ne peut pas avoir caché, en tout cas, cet avis, qui n'a été publié que quelques jours
04:59après.
05:01Et enfin, ce qui a été publié, c'est les recommandations, d'ailleurs, du Conseil scientifique, le 25,
05:04quand il a su que, de toute façon, il y avait une décision d'ouverture des écoles et établissements scolaires.
05:12Donc, on ne joue pas la transparence. Et en ne jouant pas la transparence, on contribue à un climat anxiogène.
05:19On sait que tout le monde, les familles, les personnels, tout le monde est quand même dans la crainte d
05:23'un rebond de l'épidémie.
05:25Et qu'on a quand même intérêt à ce qu'on ait au moins une circulation des informations qui soit
05:31la plus claire et la plus transparente possible.
05:34Alors, vous, en tant que représentant des syndicats de l'enseignement, est-ce que vous avez été sollicité pour déterminer
05:43les caractéristiques de ce plan de déconfinement ?
05:48Alors, contrairement à ce que dit Jean-Michel Blanquer, qu'il y a une drôle de conception de ce qu
05:51'est une concertation.
05:53Une concertation, pour lui, c'est on vous laisse parler, on ne sait pas quelle conclusion est tirée, puis on
05:59considère après que le ministre prend la décision.
06:01Bon. Pour l'instant, nous n'avons eu pas véritablement de concertation.
06:06Nous, pour le SNES-FSU et même pour toute la fédération, on a fait remonter des préconisations en disant «
06:11il faudrait ça, ça, ça ».
06:12Mais c'est à vous, ensuite, évidemment, d'établir ce protocole sanitaire.
06:18Le CHS, c'est-à-dire le Comité d'hygiène et de sécurité ministériel, s'est réuni.
06:23Et les militants qui y étaient ont été très surpris parce qu'eux ont dit beaucoup de choses.
06:28Et en face, l'administration n'avait strictement aucune proposition.
06:31On n'a eu aucun document préparatoire, on a eu en tout et pour tout une heure de consacré à
06:38ce qui était garantie sanitaire.
06:40Donc là, on est vraiment inquiet, on a l'impression qu'il y a un peu de, comment dire, de
06:45beaucoup de flou même, et qu'on navigue un peu à vue.
06:48Alors, pour favoriser la reprise du travail des parents, le gouvernement a donné de toute évidence la priorité aux primaires
06:56et aux sixièmes et cinquièmes,
06:58considérant que les enfants plus âgés pouvaient poursuivre la continuité pédagogique à distance.
07:04Est-ce, selon vous, un bon choix ?
07:07Non, je disais avant, je pense qu'il fallait laisser les équipes choisir.
07:11On sait que la situation n'est pas la même, de toute façon, pour les élèves.
07:14Quand vous êtes en lycée professionnel, quand vous êtes en collège RET+, quand vous êtes en lycée de centre
07:20-ville,
07:21certains élèves ont pu suivre l'enseignement à distance dans des conditions à peu près favorables,
07:28parce qu'il y avait aussi un accompagnement des parents, parce qu'il y avait la connexion Internet, le matériel,
07:36les lieux dans l'habitation qui permettaient de s'isoler.
07:40Ça n'a pas été le cas de tout le monde.
07:44Donc il faut, encore une fois, dire que l'école doit être ouverte à tout le monde,
07:49parce qu'il ne s'agit pas non plus de dire que les enfants des classes défavorisées,
07:52eux, ils doivent forcément retourner à l'école et pas les autres.
07:54Nous, nous tenons à la mixité sociale.
07:56Mais fixer a priori des niveaux, ça ne paraît pas forcément judicieux.
08:02J'ai des collègues qui disent, par exemple, que les élèves de troisième qui vont entrer au lycée,
08:07qui, pour certains, étaient hésitants sur l'orientation.
08:11Est-ce qu'ils demandaient une seconde générale, professionnelle, technologique ?
08:15Ont peut-être besoin de refaire le point avec le professeur principal de la classe,
08:20de recréer aussi du lien, parce qu'il est évident qu'il ne faut pas leurrer ni l'opinion ni
08:27les familles.
08:27Quand le ministre dit qu'on ne va pas reprendre des cours,
08:31on sait bien que, vu les conditions, le fait qu'au mieux, si on peut avoir ces conditions sanitaires,
08:36on aura des petits groupes en alternance, le tout, c'est quand même, et ça, les enseignants, ils tenaient.
08:41Pour la majorité d'entre eux, ils souhaitaient revoir leurs élèves avant les vacances d'été.
08:45C'était recréer ce lien entre eux, entre les élèves eux-mêmes,
08:51voir un petit peu comment ils avaient vécu le confinement,
08:54que ce soit sur le plan psychologique et pas seulement scolaire,
08:58voir si on pouvait les encourager à poursuivre éventuellement le travail à distance qu'ils faisaient,
09:05si on pouvait reprendre certaines difficultés avec eux, conforter certaines notions.
09:10C'est ça, ce travail qui pourra être fait.
09:14C'est évidemment pas avancer dans les programmes,
09:17et encore moins faire des contrôles, des évaluations qui serviraient pour des examens.
09:23Alors, il y a également une question qui se pose,
09:26en ce qui concerne les enseignants du collège.
09:29Comment pourront-ils accueillir les élèves de sixième et cinquième,
09:33et en même temps, continuer à faire cours à distance avec les élèves absents,
09:38et les quatrièmes et troisièmes qui n'auront pas forcément repris les cours ?
09:43Oui, alors la question que vous posez, effectivement, elle tarote beaucoup de collègues,
09:48parce que s'ils doivent reprendre, quand je dis qu'il faudra au moins une semaine d'organisation dans les
09:53établissements,
09:54il faudra d'abord faire le recensement des enseignants qui sont disponibles.
09:59Certains de nos collègues ont des pathologies qui les exposent particulièrement au Covid,
10:05et sont exemptés de présence physique dans les établissements.
10:10Donc tout le monde, déjà, ne sera pas là.
10:13On regarde un petit peu, donc, quels sont les personnels qui pourront éventuellement être présents.
10:19Et ceux-là, s'ils sont prêts à faire un enseignement présentiel avec les élèves qui seront accueillis,
10:27ils doivent être dispensés d'un enseignement distanciel.
10:31On ne peut pas faire les deux.
10:33Quand le ministre dit que ce ne sera pas un double travail, c'est là aussi une ignorance de ce
10:38qu'est le métier.
10:38On n'enseigne pas de la même manière avec les interactions qu'il y a quand on est dans une
10:43classe,
10:43entre les élèves entre eux, entre l'élève et le prof,
10:45et puis à un cours à distance, où tout doit plus ou moins être calé à l'avance,
10:51et où on n'est pas dans les mêmes conditions.
10:55Alors, pour revenir sur ce choix de 15 élèves maximum par classe, qui est surprenant,
11:03comment, selon vous, a-t-il été décidé et pourquoi ?
11:09Alors, encore, on a été surpris, parce que jusqu'ici, on était plutôt dans l'idée qu'on allait reprendre
11:14comme base de données ce qui s'est passé pour l'accueil des enfants, des personnels soignants,
11:19où j'étais une dizaine d'élèves.
11:21Alors, quand une dizaine, ça peut être 9, ça peut être 11, ça dépend évidemment des groupes.
11:27Mais 15, je disais, la majorité des salles de classe ont une quarantaine de mètres carrés.
11:31Si on veut respecter la distance entre les élèves, on ne pourra pas en mettre 15.
11:39Et d'autre part, le Premier ministre dit aussi qu'on va interdire les rassemblements de plus de 10 personnes,
11:46que ce soit à l'extérieur ou à l'intérieur.
11:49Et dans les classes, on pourrait en mettre 15.
11:51Donc là aussi, il y a une forme d'incohérence.
11:53Et on ne sait pas pourquoi la barre a été fixée à 15, encore une fois.
11:58Sur quoi s'appuie ?
12:00Quelle autorité scientifique ou quel conseil s'appuie le Premier ministre ?
12:05On ne sait pas.
12:05Alors, une dernière question, Mme Broulet.
12:09C'est comment, à quelques jours, enfin après-demain, puisque vendredi, ça sera le 1er mai,
12:15comment le SNES-FSU va-t-il s'engager dans les mobilisations du 1er mai ?
12:21Alors, évidemment, on ne pourra pas défiler.
12:24Ça en manquera beaucoup d'entre nous.
12:26Mais on va, évidemment, on a donné toute une série de visuels pour faire des pancartes,
12:33pour faire des banderoles que chacun pourra afficher, par exemple, à sa fenêtre,
12:37chez soi, enfin de façon visible.
12:39Et puis, sur tout ce qui est réseaux sociaux, il y aura justement un certain nombre de visuels
12:46et de discussions qui vont nous permettre de s'engager en intersyndical avec toutes les organisations
12:52qui ont été signataires de la tribune.
12:55Ils ne savaient plus jamais ça pour construire un monde de demain,
12:58qui comprend des associations, des organisations syndicales.
13:01Et donc, il y aura l'équivalent un peu d'un Facebook Live,
13:05où on pourra justement dialoguer, voir comment on essaie de construire un monde
13:12qui soit un peu plus solidaire, un peu plus juste que celui dans lequel nous vivons actuellement.
13:19Merci Frédéric Rollet de nous avoir accordé quelques minutes de votre temps et à bientôt.
13:25Merci à vous. Bonne fin de journée. Au revoir.

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