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  • il y a 23 heures
Le comédien Vincent Lindon présente le film “Les Misérables” réalisé par Fred Cavayé qui sortira dans les salles dans une semaine. Il fait un parallèle entre l'œuvre de Victor Hugo et la mobilisation lycéenne.

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Transcription
00:00Il est l'un des acteurs français les plus populaires, des plus singuliers aussi.
00:04Chaque rôle pour lui est un combat en prise avec la société, chômeur, magistrat, syndicaliste, patron et même premier ministre.
00:13Le voilà dans la peau d'un personnage qu'il a toujours fait rêver.
00:17C'est Jean Valjean, vous êtes le héros de Victor Hugo.
00:20Bonjour Vincent Lindon.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter à une semaine de la sortie des Misérables au cinéma
00:27réalisé par Fred Cavaillé.
00:28Avec vous aussi, amis auditeurs qui aimez Hugo et Lindon, venez participer à la conversation au 01 45 24 7000
00:36et sur l'applic Radio France.
00:39Vincent Lindon, pour commencer, vous l'attendiez ce rôle, vous en rêviez.
00:43Pourquoi est-ce que vous le désiriez autant ?
00:46Alors d'abord, vous vous rendez compte de cette phrase incroyable que je ne pensais pas que j'entendrais un
00:50jour.
00:50A vous, auditeurs, pour parler avec Hugo et Lindon.
00:55Donc avec Victor Hugo et accessoirement Vincent Lindon.
01:00Oui, j'en rêvais parce que c'est un chemin un peu obligatoire.
01:04Tous les acteurs et toutes les actrices rêvent de jouer des rôles du répertoire,
01:09comme au théâtre, Lorenzaccio, Alceste.
01:12Et là, Jean Valjean s'est rentré dans le patrimoine même des expressions françaises.
01:17On dit d'un couple, c'est les Thénardiers.
01:19On dit, fais pas ta cosette.
01:20On dit, tu te prends pour Jean Valjean.
01:21Je rêvais de ça parce que c'est le roman qui est quasiment écrit avec aucun oubli.
01:30Il y a toutes les franges de la société dedans.
01:34Aussi bien pour Fantine qui est malheureusement la victime sociale.
01:38Il y a Jean Valjean qui est cette justice humaine et c'est une promesse.
01:47C'est un roman de 2000 pages qui tient sur une promesse d'un homme fait à une femme.
01:51Il y a un modernisme fou dans Victor Hugo.
01:56Il y a le lien du sang qui est nécessaire mais pas suffisant.
02:02Un homme qui tout d'un coup va aimer cette petite fille autant que si c'était sa propre fille.
02:06Il y a le rapport de Victor Hugo avec l'égalité homme-femme, avec le droit de vote des femmes,
02:12dont on parlera probablement plus tard.
02:15Il y a Javert qui est la justice impitoyable, quoi qu'il en coûte.
02:21Il y a aussi ces personnages dont on a besoin dans une société.
02:24Le personnage de Marius qui est l'idéaliste.
02:28On a besoin d'idéalistes, de gens qui partent la fleur au fusil causette,
02:33qui passent de l'ombre à la lumière.
02:36Il y a absolument tout le panel de toutes les personnalités de la société française
02:41depuis des décennies, des centaines d'années et ça continue.
02:44Mais vous, vous n'êtes pas n'importe lequel de ces personnages puisque vous êtes Valjean.
02:49Il paraît qu'au cours Florent en 1982, à un prof qui vous demandait pourquoi vous voulez faire ce métier,
02:54vous avez répondu pour faire Jean Valjean.
02:56Alors, j'ai dit ça une fois, j'aurais dû me taire, mais c'est pas grave.
03:01J'ai dit ça une fois parce que j'étais jeune et il y avait cinq ou six questions.
03:05Et dans les cinq ou six questions, j'ai répondu ça.
03:08Est-ce que la mémoire lui fait défaut ? Est-ce que c'est vrai ?
03:12J'ai très envie que ce soit vrai, il n'y a aucun problème.
03:13Mais nous aussi, on a envie d'y croire.
03:15Bien sûr.
03:16Après un rêve, en ce qui me concerne moi, je les laisse de côté.
03:20J'ai essayé de trouver une technique qui me va, c'est-à-dire que je cesse de rêver des
03:25choses
03:25parce que c'est trop déprimant, trop dur à porter si ça ne se réalise pas.
03:30Par contre, une fois que j'ai fait quelque chose que j'aime énormément, que j'ai adoré,
03:34je décide rétroactivement de me dire que j'en rêvais.
03:39Vous avez évoqué, Vincent Lindon, quelques-unes des résonances contemporaines des misérables
03:42et on va bien sûr en parler.
03:44Mais pour vous, qu'incarne Jean Valjean ?
03:48Victor Hugo, il percevait ce personnage mythique comme une sorte de saint laïc.
03:53Est-ce que ça, ça vous convient ?
03:55Pour vous, Jean Valjean, c'est quoi et c'est qui ?
03:57Alors, c'est d'abord, je pense à un ambassadeur de Hugo.
04:01C'est formidable, il pense les mêmes choses que Victor Hugo.
04:03Je pense qu'il s'est mis vraiment dans la peau de Jean Valjean.
04:07C'est la bravoure, c'est beaucoup de choses.
04:10C'est la première fois que je fais un rôle où je me dis que je n'ai absolument aucune
04:13chance
04:14d'égaler, ni de près ni de loin, le personnage que j'interprète.
04:17Mais qui va me servir peut-être de tuteur.
04:19C'est un personnage qui vous oblige, qui vous oblige et qui vous oblige à vous tenir droit,
04:24à ne pas faire ceci, à ne pas faire cela.
04:26Mais c'est la bravoure, l'humanité, la promesse.
04:31C'est très important la promesse, la parole donnée.
04:33Et comme disait Albert Camus, essayer de tenir sa parole.
04:37Dans un monde où c'est de plus en plus rare, c'était une poignée de main, c'était
04:41un regard, c'était dire je vais tenir ma parole, je vous le promets, je vous le jure.
04:46Aujourd'hui, quelquefois, il y a des centaines de pages, parafaits, recto, verso, avec des
04:52notaires, des avocats.
04:53Et pourtant, ça ne sert pas à tenir sa parole.
04:56Donc c'est ça.
04:56C'est aussi un modernisme incroyable.
04:59C'est, comme je disais tout à l'heure, quelqu'un qui va aimer Cosette comme sa fille.
05:04Alors que, avant de rentrer dans le garni des Thénardiers pour aller chercher cet enfant,
05:10ils ne se connaissent pas.
05:12Et en quelques heures, quand il va ressortir avec cette petite fille, c'est mon image préférée
05:17en ce qui concerne mon rôle, pas un film, c'est quand ce monsieur ressort, Jean Valjean,
05:24avec, enfin, monsieur Madeleine, en l'occurrence, avec sa valise, son manteau, ce poids, cette
05:29prestance, et qui tient cette petite main menu de cette petite fille, et qui vont à la
05:34diligence, et qu'on se dit, voilà, ça y est, Cosette est passée de l'ombre à la
05:40lumière, elle est protégée, il va s'en occuper.
05:43C'est un symbole formidable, et surtout, c'est un, je vous dis, un roman qui tient
05:48sur une promesse, et je trouve ça incroyable.
05:51Après, il y a aussi Valjean qui dit à Cosette qu'elle s'occupe bien plus tard, qu'elle
05:57se batte pour les femmes, pour le vote des femmes, pour l'égalité des hommes et des
06:01femmes.
06:02Tout ça, c'est en 1862, c'est presque, c'est vertigineux.
06:09Et de la part d'un homme.
06:10Ce qui est frappant, Vincent Lindon, c'est que Valjean, c'est l'incarnation de la lutte
06:13contre les injustices, et c'est aussi ce que vous dégagez dans le choix de vos rôles,
06:20dans la façon dont vous en parlez.
06:21Pourquoi est-ce que cette corde-là, elle résonne si sensiblement en vous ?
06:27Parce que je pense que, d'abord, j'ai presque du mal à opiner du chef et à recevoir ce
06:33compliment
06:34par rapport à l'immensité du rôle que j'ai interprété.
06:37Mais c'est beaucoup une question d'éducation et d'exemple.
06:42J'ai été élevé par des parents et particulièrement par un père qui m'a toujours dit que, voilà,
06:48on se lève le matin, il faut faire au moins une chose pour les autres.
06:51Sinon, ton passage sur Terre n'a absolument aucun intérêt.
06:55Mais il y a un slogan aujourd'hui, on y reviendra, des lycéens formidables, par exemple, à Paris,
07:02qui disent « on a des privilèges, on veut les partager ».
07:07On aimerait même que leurs parents, que les gens qui sont à la tête des grandes industries,
07:14la tête de ces entreprises, s'ils avaient la même phrase, vous vous rendez compte,
07:19« on a des privilèges et on veut les partager », ce serait un monde, en tout cas, meilleur
07:24et qui marcherait plus sur deux jambes que sur une jambe, c'est sûr.
07:27Mais puisque vous en parlez, Vincent Lindon, effectivement, alors sans faire de parallèle
07:32entre ce qui se passe et ce qu'on voit dans le film, Gavroche, la révolte de 1830 à Paris,
07:38mais votre regard sur le mouvement des lycéens, est-ce que cette colère,
07:42est-ce que ces mots d'ordre qu'on les entend dire, est-ce que ça vous émeut ?
07:46Est-ce que vous partagez leur combat ?
07:47Ça me touche énormément, après, il faut pas, j'essaie de faire la différence entre
07:52ce qui s'est passé en mai 68, ce qui se passe aujourd'hui.
07:56En mai 68, c'était le rejet de la société de consommation, on se battait contre l'abondance,
08:02aujourd'hui c'est une crise de la pénurie, c'est des jeunes gens qui veulent des chaises
08:07pour s'asseoir, pour travailler mieux, aller au collège, au lycée, à la fac.
08:12C'est des petites choses, pas que des petites choses, c'est des sanitaires décents, fonctionnels.
08:19C'est la répartition des moyens, donc des chances.
08:21Et c'est vrai que, dans le sens contraire de mai 68, ça part des territoires français,
08:31des territoires perdus de la République, et ça monte vers Paris.
08:36Alors que mai 68, c'était contraire.
08:39Ça se passait, en fait, dans une rue, la rue Guélu-Sac, et ça s'est après étendu dans la
08:44France.
08:45Mais, évidemment que ça parle.
08:48Mais, j'ai toujours du mal, c'est très bizarre, c'est presque mon lot,
08:52souvent, quand un film sort, il y a un événement qui le précède, ou qui le succède.
08:59Et, c'est très délicat pour moi de parler de ça ce matin.
09:02Je ne voudrais absolument pas que ça soit pris comme une corrélation, un argument de promotion.
09:09Il se trouve qu'il se passe ça.
09:11Il se trouve que les jeunes sont dans la rue, et c'est très hugolien.
09:16Ça tombe en ce moment, et c'est très émouvant.
09:22J'ai des enfants qui ont été au collège, au lycée, ainsi de suite.
09:27Et, c'est vrai que c'est une des premières fois où la jeune génération revendique, d'une manière légitime,
09:34des demandes et des droits, en face d'un État qui n'a pas actuellement, en ce moment,
09:41assez d'argent dans les caisses, pour pouvoir s'offrir une paix sociale,
09:46s'acheter une paix sociale, et on tombe dans le piège de cette phrase de Jean Valjean,
09:52qui dit, à trop vouloir l'ordre, on finit par créer le chaos.
09:55Vincent Lindon, Florence parlait effectivement de votre combat contre l'injustice,
10:00et on le voit dans votre filmographie.
10:02Qu'est-ce qui vous révolte aujourd'hui ?
10:06Vous vous rendez compte de la question, vous me posez un matin à 8h28, il faudrait des années.
10:12Beaucoup de cultures me révoltent les mêmes choses que vous.
10:17Je ne me défile pas, mais toujours la même chose.
10:21Trop pour l'un, pas assez pour l'autre.
10:23Qu'il y ait des inégalités sociales, il y en a eu tout le temps.
10:27Mais la question qui est fondamentale, c'est, jusqu'où sont-elles acceptables ?
10:34Si tant est qu'elles soient acceptables.
10:36Mais il y a des écarts qui ne sont plus supportables.
10:38Voilà ce qui me révolte.
10:40Dans tous les domaines, quand le fort a trop de pouvoir sur le faible,
10:46enfin, je vais dire des choses qui sont d'un manichéen déroutant.
10:52Mais qu'on n'entend pas souvent, ou pas tout le temps, de la part de l'acteur et de
10:55personnalité du monde de la culture.
10:57Mais parce que parfois, je pense aussi, pour prendre la défense de mes camarades,
11:00qu'ils sont ou intimidés, ou pas invités à l'endroit où ils peuvent s'exprimer.
11:05Mais c'est très bien que vous me disiez ça, parce qu'il y a une chose qui me touche
11:08beaucoup,
11:09et je vais en profiter ce matin, puisqu'on est à une matinale.
11:12Je déplore le fait qu'on ne donne pas plus de place aux héroïnes et aux héros français,
11:18mondiaux, mais en ce qui concerne plus particulièrement aujourd'hui en France.
11:22Ces gens qui, hier soir, ce matin, demain, après-demain, font des choses héroïques dont on ne parle jamais.
11:28Et j'avais dit une fois, je le redis ce matin,
11:30on devrait avoir une capsule, cette petite minute, cette petite minute de rêve français.
11:36Vous pensez à qui ?
11:37A tous ces gens qu'on ne connaît pas, et dont tout d'un coup, dans votre journal,
11:43ou pour le commencer, ou pour le finir, dire, voilà, hier, telle personne,
11:49Alain Durand, Yvonne Dupont, a fait ceci, cela.
11:53Ça serait un peu comme cette morale qu'on nous faisait à l'école le matin,
11:56qu'on n'écoutait pas toujours, mais en fait, ça rentrait par une oreille,
11:59ça sortait par l'autre jusqu'au moment où trop d'informations arrivaient,
12:03et on retenait ces choses-là.
12:04Je trouve que les Françaises et les Français mériteraient ce petit hommage,
12:08parce que moi, je suis en lumière, je suis connu, et je suis presque gêné de temps en temps
12:12quand on me dit, vous, Vincent, qui vous battez contre l'injustice,
12:16je pense qu'il y a des gens qui ne sont absolument pas célèbres ni connus
12:19qui se battent huit fois plus que moi.
12:23Les Misérables, c'est l'incontournable absolu de la littérature française,
12:27qui est encore étudiée quasi systématiquement dans tous les collèges.
12:32On voit, en en discutant avec vous depuis tout à l'heure,
12:35l'incroyable modernité de son propos, de la pensée des textes d'Hugo.
12:41Vous avez retrouvé, en préparant cet entretien, une lettre de Victor Hugo
12:47que vous voulez nous lire ? Vous allez le faire dans un instant.
12:50Dites-nous, en deux mots, pourquoi cette lettre ?
12:52C'est une lettre que Victor Hugo a écrite à Léon Richet,
12:56qui était le rédacteur en chef d'un journal qui s'appelait L'Avenir des femmes,
13:01qu'il a écrit en juin 1872, et qui est d'une telle intelligence,
13:08d'une telle générosité, d'une telle modernité, que je regardais et j'ai vu cette lettre.
13:14Alors, j'ai fait un tout petit arrangement, parce que si je lis toute la lettre,
13:19je pense que vous allez me dire à France Inter, je vais vous voir bouger plus vite.
13:25Donc j'ai essayé d'en prendre les meilleurs passages et de les regrouper pour que ça ait un peu...
13:31Allez-y !
13:32Bon, quel exemple ?
13:34Je bois une gorgée d'eau.
13:39Monsieur, il est douloureux de le dire, dans la civilisation actuelle, il y a une esclave.
13:45La loi a des euphémismes.
13:47Ce que j'appelle une esclave, elle l'appelle une mineure.
13:51Cette mineure, selon la loi, cette esclave, selon la réalité, c'est la femme.
13:55L'homme a chargé inégalement les deux plateaux du code,
13:59dont l'équilibre importe à la conscience humaine.
14:02L'homme a fait verser tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme.
14:08De là un trouble profond, de là la servitude de la femme.
14:12Dans notre législation telle qu'elle est, la femme ne possède pas.
14:16Elle n'est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas.
14:21Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyenne.
14:24C'est là un État violent.
14:26Il faut qu'il cesse.
14:27Je sais que les philosophes vont vite et que les gouvernements vont lentement.
14:32Cela tient à ce que les philosophes sont dans l'absolu et les gouvernements dans le relatif.
14:38Cependant, il faut que les gouvernants finissent par rejoindre les philosophes.
14:42Quand cette jonction est faite à temps, le progrès est obtenu et les révolutions sont évitées.
14:48Si la jonction tarde, il y a péril.
14:51Redoublons de persévérance et d'efforts.
14:53On en viendra, espérons-le, à comprendre qu'une société est mal faite.
14:58Quand l'enfant est laissé sans lumière.
15:00Quand la femme est maintenue sans initiative.
15:03Quand la servitude se déguise sous le nom de tutelle.
15:06Quand la charge est d'autant plus lourde que l'épaule est plus faible.
15:10Et l'on reconnaîtra que, même au point de vue de notre égoïsme,
15:14il est difficile de composer le bonheur de l'homme avec la souffrance de la femme.
15:20Voilà.
15:20Merci.
15:21Magnifique.
15:22Tout est dit.
15:22Merci Vincent Lindon.
15:24Je vous en prie.
15:24Les gouvernements vont lentement.
15:27J'ai retenu ça de ce texte.
15:29On sait, on l'a entendu, votre appétence pour la politique.
15:33Pas ce matin en tout cas.
15:34Non, mais pour les débats qui traversent la société.
15:37Là, vous venez de nous lire un texte féministe magnifique.
15:41On est en pleine campagne présidentielle.
15:44Vincent Lindon, ça ne vous aura pas échappé.
15:46Est-ce que vous la suivez attentivement ?
15:48Je la suis de près et de loin.
15:50Le plus près possible pour être un citoyen informé et le plus loin possible pour ne pas me faire éclabousser
15:59par quelque chose que je ressens aujourd'hui dans tous les domaines, quels qu'ils soient.
16:05Et qui m'agressent énormément, qui est une sorte de familiarité et de non-respect pour la fonction qui a
16:11été tant admirée.
16:11C'est-à-dire ?
16:13J'avais l'impression avant que les hommes d'État, les femmes d'État, étaient des papas et des mamans.
16:18Aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est des copains, des voisins.
16:21Il y a un tutoiement extrêmement facile.
16:24Il y a quelque chose de familier.
16:28Moi, je n'aime pas la familiarité que l'on confond souvent avec la compréhension ou avec le côté démocrate
16:37et républicain.
16:37Je pense qu'on a tous besoin, les femmes et les hommes, de quelqu'un qui nous guide, qui a
16:44un cap, qui nous gouverne, qui est un chef ou une chef.
16:48Une autorité que l'on respecte, où de temps en temps on peut transgresser.
16:53Et je trouve que ça se perd.
16:55Je pense que les choses que l'on dit, quand elles sont dites avec calme, ce qui se conçoit bien
17:01s'énonce clairement.
17:02Et les mots, pour le dire, arrivent aisément.
17:05Et aujourd'hui, je trouve que les mots, pour le dire, n'arrivent pas aisément, arrivent dans le chahut.
17:10Et donc, ça se conçoit de moins en moins bien.
17:13Et donc, je comprends de moins en moins bien ce qu'on veut me dire.
17:15Sur ce chahut, Vincent Landon, ce n'est pas trahir un secret de dire que vous n'avez pas une
17:19passion pour les réseaux sociaux ?
17:20Ce n'est pas une passion, je n'en ai pas.
17:22Voilà, vous n'en avez pas.
17:23Et vous n'aimez pas, franchement, ce que vous y voyez quand parfois vous regardez ceux des autres.
17:27Quand vous voyez, si on reste sur la politique et la campagne, un candidat à l'élection présidentielle qui se
17:33filme en train de faire des frites pour ses réseaux sociaux.
17:36Quand vous avez vu un président de la République...
17:38Et je n'ai pas vu !
17:39Alors oui, on vous le raconte.
17:40Quand vous voyez, par exemple, un président de la République qui, cet été, est pris en photographie par image en
17:45train de faire du jet ski.
17:47Ça, le regard de Vincent Landon qui considère que c'était mieux avant sur ses éléments de communication.
17:52Ça me désole.
17:54Voilà, le mot que j'ai, c'est ça me désole.
17:57Ils ne sont pas là pour ça.
17:58Ça me désole.
17:59Je ne peux pas vous dire autrement.
18:00Ça m'attriste, ça me chagrine, ça me désole, ça me fait perdre confiance en moi, en nous et en
18:08eux.
18:08Donc je suis extrêmement...
18:10Mais les réseaux sociaux, pour en revenir une seconde là-dessus, moi qui n'en ai pas,
18:14les réseaux sociaux à l'époque, ils existaient déjà, mais d'une autre manière, quand Michel Rocard avait dit
18:22on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, on a toujours oublié la deuxième partie de la phrase
18:28qui fait, mais elles sont, on doit savoir en prendre fidèlement sa part.
18:32Les réseaux sociaux, c'est aussi la concision, c'est la simplification, c'est quelquefois la réflexion qui laisse part
18:41à la réaction.
18:42Moi, je n'aime pas les réactions.
18:44Je trouve que c'est trop rapide, trop furtif, c'est trop des coups de sang.
18:51C'est vrai qu'aujourd'hui, on a envie qu'il y ait plus de réflexion.
18:53Quelqu'un qui dit, écoutez, je ne vais pas vous répondre tout de suite, je vais y réfléchir,
18:57mais je reviens vers vous dans quelques heures, dans quelques jours, dans quelques semaines, pour répondre à cette question.
19:03Aujourd'hui, il faut absolument avoir une réponse à tout, tout le temps.
19:06Et évidemment, personne n'est génial et donc forcément, on se trompe très souvent.
19:09Vincent Landon, comme vous êtes un passionné de la chose publique, tout de même, et de la politique,
19:15il se trouve que nos auditeurs s'y intéressent aussi et que François, au standard, a une question assez précise
19:22à vous poser.
19:22Bonjour, bienvenue François.
19:24Oui, bonjour à tous et merci de prendre ma question.
19:27Bonjour François.
19:28Je voulais savoir ce que vous pensez, M. Landon, de la probable arrivée de l'extrême droite au pouvoir
19:33qui va remettre en cause tout un tas d'éléments d'acquis sociaux et sociétaux.
19:39Merci François.
19:41Qu'est-ce que j'en pense ? J'en pense pas du bien.
19:46Voilà, mais j'ai pas une réponse extrêmement précise.
19:52C'est toujours pareil, je ne me défile pas, vous me connaissez, j'imagine.
19:57Je suis pas quelqu'un qui se défile.
19:58Par contre, répondre en 20 secondes à quelque chose qui est un phénomène important de la politique française,
20:07comme le sont les autres, c'est très compliqué.
20:10Je pense qu'on parle beaucoup, beaucoup d'eux, énormément en ce moment.
20:21J'ai toujours tendance à penser que l'esprit français qui m'a toujours fasciné,
20:27et si je devais le résoudre en une phrase, c'est
20:30« Eh bien, puisque c'est comme ça, c'est ce qu'on va voir »,
20:33j'ai toujours une question qui me vient à l'esprit,
20:36c'est quand on donne trop souvent des gens gagnants,
20:40est-ce que les Français, au dernier moment, ne réagissent pas et se disent
20:43« Eh bien, puisque c'est comme ça, nous verrons bien et ça ne va pas se passer comme ça
20:48».
20:48Donc ça a été le cas depuis des décennies et des décennies.
20:52Ce n'est pas les favoris qui gagnent ?
20:54Je n'irai pas jusque-là, je dis juste qu'il ne faut pas être favori trop tôt,
20:58il ne faut pas être en place trop tôt,
21:00parce que quelquefois, on a ce côté,
21:03la France, c'est aussi Jacques Antille et Poulidor, Poupou.
21:06C'est aussi Henri Lecomte qui gagne devant Pete Samprasse à la Coupe Davis,
21:10alors qu'il n'avait aucune chance de gagner.
21:13Les Français, c'est aussi la coureuse à pied ou le coureur à pied,
21:16qui tout d'un coup remontent dans les derniers 400 mètres, tout le monde.
21:19Les Français, c'est aussi Jacques Chirac qui était à 9%
21:23et Édouard Balladur qui était à 28% au mois d'octobre ou novembre 1994.
21:29Et Jacques Chirac qui devient président de la République.
21:31Les Français, c'est aussi les élections législatives, les dernières,
21:36où on donnait 230 sièges pour le Front National,
21:39et qui finalement n'en a fait que 130.
21:41Bon, le scénario n'est pas écrit.
21:44Il n'est pas écrit, pour l'instant c'est un brouillon.
21:47Merci beaucoup, c'est trop court, mais j'ai envie de s'arrêter là.
21:49Merci, je signale que vous êtes le parrain d'une association qui s'appelle Un Rien C'est Tout,
21:54avec Marie Drucker et Antoine Griezmann, ça vous tient beaucoup à cœur.
21:58Je crois que vous travaillez beaucoup.
21:59C'est une asso qui s'attache au droit, à la dignité, à l'enfance, à l'éducation,
22:03à l'environnement, à la santé.
22:04J'invite les auditeurs à aller voir de quoi il s'agit.
22:07Merci beaucoup Vincent Lindon d'être venu au micro de France Inter.
22:10Et Griezmann, ça sort la semaine prochaine, réalisé par Fred Cavaillé, et c'est formidable.
22:14Merci beaucoup.

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