00:00Le Grand Entretien avec Nicolas Dufourque ce matin, directeur général de BPI France.
00:05Bonjour Nicolas Dufourque et merci d'être avec nous pour le Grand Entretien.
00:09Nous sommes ici en direct de BIC, c'est le Grand Salon des Entrepreneurs que vous organisez ici à l
00:14'Accor Arena de Bercy.
00:16Merci de nous recevoir.
00:18Une question d'actualité pour commencer.
00:19Le Premier ministre a annoncé hier une baisse de 12 à 18 centimes du gazole.
00:25Est-ce que c'est une bonne nouvelle, voire un soulagement pour les entreprises ?
00:30C'est sûr que les patrons de PME que je rencontre, encore hier, disent tous que leurs collaborateurs qui ont
00:36pas mal de kilomètres à faire quand même, souffrent.
00:39C'est clair.
00:40Et en particulier dans l'industrie, l'industrie c'est les territoires.
00:43Donc beaucoup, beaucoup d'ouvriers en particulier ont une demi-heure, trois quarts d'heure de voiture, matin et soir.
00:50Donc on peut comprendre la pression que ça représente sur leur budget.
00:54Donc ce salon de l'Accor Arena ici, BIG, il réunit 95 000 inscrits, donc c'est un record cette
01:01année, 1000 intervenants, 500 ateliers et conférences, 225 heures de débat avec un thème retenu qui est le culot.
01:08Alors comment avoir le culot d'entreprendre, d'investir quand on a un taux à 10 ans qui frôle les
01:155%, peut-être une crise de la dette ?
01:17On n'est pas sûr d'avoir un budget ni même un gouvernement d'ici la fin de l'année.
01:20Oui.
01:20Bah écoutez, il arrive à la France des choses qui sont arrivées à tous les pays.
01:24Ça devait finir par arriver, vous savez.
01:26Bon, et donc l'Allemagne l'a vécu dans les années 2000, la Grande-Bretagne l'a vécu il n
01:31'y a pas longtemps, la Suède l'a vécu également, tous les pays du Sud l'ont vécu.
01:35Donc maintenant, c'est au tour de la France de faire ce travail qui consiste à ranger la maison de
01:40ses finances publiques, vous savez.
01:42Et on va tous y mettre, parce que si les finances publiques sont dans une grande grande difficulté, c'est
01:48aussi parce que le peuple français l'a finalement un peu souhaité, demandant, demandant, demandant, demandant, toujours plus de prestations
01:53sociales.
01:54C'est la faute des Français ?
01:55Comment ?
01:56C'est la faute des Français ?
01:56Non, je n'ai absolument pas la faute sur quiconque, c'est juste que c'est notre modèle de société.
02:01On ne peut pas à la fois dire qu'on a un modèle de société, dire qu'on en est
02:04fier, et dire que personne n'en est responsable.
02:06On est tous responsables de notre modèle.
02:08Voilà. On a tous nos empreintes digitales sur le truc, et on a tous nos doigts dans le pot de
02:13confiture.
02:14Voilà. Donc on va tous faire des efforts.
02:16Vous, BPI France, êtes un bon baromètre, finalement, de l'indicateur des entreprises.
02:20Vous êtes inquiet de la situation financière et budgétaire pour la France, pour les entreprises ?
02:27Ce qui m'inquiète beaucoup, c'est que beaucoup de gens ne prennent pas conscience de l'impact de leur
02:32comportement sur les marchés.
02:35Voyez-vous, on est comme une bande de tout petits personnages dans une cour de récréation qui se chamaille.
02:42Et dehors, vous avez un espèce de gigantesque yéti de 40 mètres de haut, très très poilu comme ça, avec
02:49des yeux méchants qui nous regardent et qui va nous donner un grand coup de jambe.
02:51Enfin, ça s'appelle le marché. C'est lui qui commande. C'est lui qui nous prête. C'est lui
02:57qui nous finance notre pouvoir d'achat.
02:59Le marché, le fameux marché que tout le monde déteste. Sauf que c'est grâce à lui qu'on a
03:03eu une augmentation du pouvoir d'achat pendant le Covid.
03:06Seul pays au monde. Donc il y a un moment, le yéti, il nous dit, vous êtes gentil, mais vous
03:11voulez ranger votre maison.
03:12Mais là, vous dites qu'il y a urgence. Il est minu moins le quart ?
03:15Il y a urgence.
03:17Il y a urgence.
03:18Absolument.
03:19Le culot. Pourquoi le culot, ce thème retenu pour ce salon big ?
03:24Eh bien parce que je voulais retrouver un thème qui soit autour de ces questions de l'audace et de
03:32la prise de risque.
03:33Je trouvais que la plupart des mots étaient des mots finalement un peu abîmés, fatigués. Même le mot audace finalement,
03:40un peu surutilisé.
03:42Et je me suis dit qu'en fait, le vrai mot qui définit la manière française d'être entrepreneur, c
03:49'est culot.
03:50D'ailleurs, c'est un mot intraduisible. C'est vraiment, c'est d'artagnan. C'est le panache. C'est
03:55le truc que vous retrouvez au fond de votre ventre.
03:58C'est sensationnellement animal. Et c'est ça qui vous emmène.
04:01Et ça, ça existe toujours du côté des chefs d'entreprise, des entrepreneurs. Vous sentez, vous, ce culot-là à
04:07vouloir, malgré les multiples crises, démographiques, climatiques, budgétaires...
04:13Les entrepreneurs, ils prennent des risques. C'est compliqué. Ce qui définit l'entrepreneur, c'est qu'il prend des
04:17risques tous les jours.
04:18Vous savez, quand vous avez un salarié qui travaille avec un entrepreneur et qui le regarde bien en se disant
04:22« Est-ce que je serais peut-être entrepreneur moi-même ? »
04:24Si vous observez bien comment fonctionne l'entrepreneur, vous allez reconnaître qu'il prend un risque tous les jours. Un
04:29nouveau risque.
04:30Voilà. Donc, il n'y a pas un entrepreneur qui ne comprenne le côté fondamental du culot. Ils ont tous
04:35eu leur moment.
04:36Il ne faut pas avoir du culot tous les jours, parce que le culot, il y a sa part de
04:39danger, quand même.
04:42Mais régulièrement, dans ces moments qui sont un peu décroisées des chemins, où il faut... ça passe ou ça casse,
04:46en réalité.
04:47Il faut se projeter, là, et vous allez chercher des ressources qui sont des ressources intimes, en fait, presque des
04:51ressources d'enfance,
04:54qui vous projettent vers le futur. Et quand vous avez agi, il y a un avant et un après. Vous
04:59ne vous retournez plus.
05:01Le budget vient d'être présenté. Il est en débat à l'Assemblée nationale. Il y a 4 milliards, déjà,
05:07de dépenses qui ont été supprimées dans les débats en commission.
05:13Vous, vous êtes inquiet ? Vous dites qu'il faut un budget ? Ce budget-là, il vous convient ?
05:19Ou il faut le modifier ?
05:21Non, il faut absolument le voter, ce budget. 54 milliards d'euros, c'est courageux. Et donc, il faut y
05:27aller, maintenant. Et il ne faut surtout pas le détricoter.
05:31Parce que s'il n'y a pas de budget, ça veut dire quoi pour les entreprises ? Ça veut
05:34dire quoi pour BPI France ?
05:35Mais s'il n'y a pas de budget, il y a une crise financière. Il faut que les gens
05:39comprennent ce que ça veut dire, une crise financière, quand même.
05:41Une crise financière, ça veut dire qu'un jour, vous avez quelqu'un qui va arriver à la télé, vous
05:45verrez son visage, on ne saura pas qui c'est.
05:47L'homme ou la femme providentielle du moment, et qui va dire, écoutez, voilà le plan, maintenant. Comme Jacques Delors,
05:52en 1983.
05:53Et le plan, c'est retraite à tel âge, c'est tant d'années de cotisation, c'est le chômage
05:58réduit à temps, c'est l'assurance maladie réduite de temps,
06:02c'est des efforts considérables sur le pouvoir d'achat pendant tant d'années. Il va vous le dire. C
06:07'est ça, une crise financière.
06:09Donc, il faut peut-être essayer de l'éviter.
06:11BPI France a octroyé ces cinq dernières années 5 milliards à plus de 6 000 opérateurs du tourisme et des
06:17loisirs.
06:17Vous lancez aujourd'hui la French Experience. C'est quoi le but ?
06:21Le tourisme, ça représente 8% du PIB, c'est gigantesque.
06:25C'est presque aussi gros que l'industrie.
06:27Et donc, c'est une communauté d'entrepreneurs exceptionnelle, qui d'ailleurs traverse à peu près toute la société,
06:32puisqu'il y avait beaucoup d'entrepreneurs de l'industrie qui investissent une partie de leur fortune dans le tourisme,
06:37ou des entrepreneurs de la French Tech, qui ayant fait une petite pelote, investissent également dans l'hôtellerie, par exemple,
06:44ou dans la restauration.
06:45Donc, c'est quelque chose qui est culturel chez nous, un énorme secteur.
06:48Ça représente donc une communauté humaine que nous rassemblons dans une nouvelle tribu, qui s'appelle la French Experience.
06:55Alors, il y a toujours un anglicisme, parce qu'en fait, on est en projection mondiale.
06:58C'est un peu comme la K-pop.
07:00Et donc, ça, c'est l'emblème désormais, l'espèce de fagnon romain, comme ça,
07:06qui descend les Champs-Elysées de la communauté française des entrepreneurs du tourisme.
07:10Et puis, il y a le fonds BPI France Défense, qui a été lancé il y a un an.
07:15Est-ce qu'il rencontre le succès escompté ?
07:17Ah ben, complètement, puisqu'on a passé les 150 millions d'euros.
07:21Ça ne nous est jamais arrivé, de collecter autant, aussi vite.
07:25Donc, non, ça rencontre vraiment un désir important de beaucoup de Français de savoir où va le répargne.
07:32Vous savez, ils mettent le répargne dans l'assurance-vie, ils ne savent pas très bien ce que ça devient,
07:35finalement.
07:36Ils ne savent pas très bien que ça finance la dette de l'État, pour partie, ils ne savent pas
07:39où ça va, en fait.
07:41Donc, ce côté anonyme, c'est un peu froid.
07:45Et puis, ça ne permet pas de comprendre comment fonctionne le capitalisme, au fond.
07:50BPI, c'est une banque de financement du capitalisme.
07:53Il y a une banque qui respecte le capitalisme.
07:54Le capitalisme, c'est quoi ? C'est les entrepreneurs, on les finance.
07:56Donc, notre produit grand public, complètement démocratique, d'investissement au fonds propres dans les PME,
08:04il répond à cette demande de compréhension intime du fonctionnement du circuit économique.
08:09Vous savez, on vous donne la liste, en plus, des PME dans lesquelles on va investir.
08:12Mais les Français, en tout cas, sont intéressés à investir dans la défense, dans la situation géopolitique que l'on
08:18connaît.
08:19Je voudrais vous faire réagir à Emmanuel Moulin, qui a été accusé de trahison par Jean-Luc Mélenchon,
08:24qui veut le poursuivre s'il est élu en 2027.
08:26Il l'accuse d'avoir publiquement pris parti contre son pays à l'étranger pour avoir déclaré au FT que
08:32la France risquait d'être étranglée par les taux d'intérêt.
08:35Donc, Emmanuel Moulin a répliqué sur France Inter, disant qu'il ne se laisserait pas intimider.
08:39Accusé de trahison, c'est quand même pas rien.
08:42Vous le soutenez ?
08:44Bah, c'est une vieille vieille tradition française qui remonte à Robespierre, quand même, à tout ça.
08:48Donc, je ne peux que déplorer le passage à la violence dans le discours politique français.
08:55Voilà, on a une banque centrale française, ça s'appelle la Banque de France.
08:58Elle est totalement indépendante depuis les lois qu'on a votées il y a maintenant bien longtemps.
09:03Il faut respecter cette indépendance.
09:05L'indépendance des banques centrales, c'est une condition de la démocratie économique.
09:09Donc, ça se respecte.
09:10Et puis, le président du MEDEF, Patrick Martin, a dit, lui, qu'une victoire de LFI le ferait fuir physiquement
09:16et financièrement.
09:18Vous aussi, vous partez, si Jean-Luc Mélenchon est élu ?
09:21La question ne se pose pas dans ces termes-là.
09:23Et de toute façon, je vais vous dire, la raison pour laquelle les gens se posent ces questions-là,
09:27c'est qu'on revient à nouveau, à l'occasion de cette présidentielle, un débat sur le capitalisme.
09:33Et donc, il faut traiter ce fond anticapitaliste de la société française,
09:37qui est quand même quelque chose qui nous ramène au Moyen-Âge.
09:40Le capitalisme, fortement régulé, le capitalisme tempéré par un État-providence le plus généreux du monde, c'est bien.
09:52Le capitalisme français, c'est un très beau capitalisme.
09:55Et donc, cette espèce de critique permanente contre les entrepreneurs, contre la vie économique,
10:00contre cette soi-disant accumulation du capital, c'est insupportable.
10:05Je vais vous dire, insupportable.
10:08Je n'admets plus que les entrepreneurs me disent, à chaque fois que je les rencontre, vous savez, j'ai
10:12peur.
10:14J'ai peur de dire que je réussis.
10:17La peur de l'entrepreneur.
10:17Alors que l'entrepreneur, il fait l'économie, et l'économie finance l'État-providence.
10:21Vous voulez quoi ?
10:22Vous voulez des retraites et de l'assurance maladie sans entrepreneurs ?
10:25Mais ça n'existe pas !
10:26Arrêtez de mentir aux gens !
10:28Vous voulez un État-providence ?
10:30Il faut du capitalisme.
10:31Donc, respectez le capitalisme.
10:33Une dernière question sur notre jeunesse qui manifeste, c'est l'acte 4 ce jeudi.
10:37Il y aura aussi une manifestation anti-IA à l'extérieur de Big aujourd'hui.
10:41Les revendications de la jeunesse, elles sont légitimes ?
10:44Est-ce que la jeunesse, elle a des raisons d'être inquiète pour son avenir ?
10:47Justement, peut-être avec l'arrivée de l'IA et aussi d'autres crises qui se profilent ?
10:52Il n'y a rien de très nouveau sous le soleil quand même.
10:54On a tous été jeunes.
10:55Moi aussi, j'ai manifesté.
10:58La jeunesse, c'est par définition une espèce extrêmement sauvage et c'est très bien comme ça.
11:02Quelles sont les revendications de la jeunesse ?
11:03Je ne suis pas sûr de le savoir.
11:07Est-ce qu'il y a un énorme problème du budget d'éducation nationale
11:09quand on voit les augmentations de budget qui ont été faites massives en sortie de Covid ?
11:12Je n'en suis pas sûr.
11:14Est-ce qu'il y a un problème de démographie ?
11:16La démographie de l'éducation nationale, elle est en chute libre quand même.
11:20Est-ce qu'on manque de profs ?
11:21Je n'en suis pas sûr du tout quand on regarde les comparatifs européens.
11:26Je note que...
11:30Vous avez 40% des professeurs français qui prennent au moins un arrêt maladie par an.
11:34Ce n'est pas du tout le cas dans le secteur privé.
11:36Donc il y a quand même des problèmes dans le système de l'éducation nationale.
11:39Et c'est vrai que je me mets à la place d'un élève quand le prof n'est pas
11:41là.
11:41C'est juste insupportable.
11:43Donc c'est ça qu'il faut traiter en réalité.
11:45Pour le reste, l'inquiétude sur le futur, l'inquiétude climatique, toutes les angoisses, elles sont tout à fait normales.
11:50Merci à vous Nicolas Dufourg d'avoir été notre invité ce matin, directeur général de BPI France.
11:56On vous souhaite évidemment un très beau salon BIG qui se tient aujourd'hui ici toute la journée à l
12:01'Accor Arena de Bercy.
12:03Très belle journée à vous.
12:05Merci.