- il y a 22 heures
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce mercredi, Pascal Praud revient sur la récupération politique des revendications des lycéens et au problème anthropologique qui se pose entre les générations.
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00:00Les poubelles en feu, des voitures de police caillassées, ce sont les vidéos relayées par le compte Instagram
00:04Blocus Lycée Île-de-France, avec à chaque fois sur ces images, des messages écrits se félicitant de ces débordements.
00:10Faut que ça pète !
00:11Ça allume les keufs !
00:12Leur ligne est claire.
00:13Venez pas sur les blocus si c'est pour pacifier notre colère légitime.
00:17Arrêtez de distinguer lycéens et casseurs.
00:19On est tous ensemble et on leur fait peur parce qu'on est incontrôlables.
00:22D'autres profitent de la situation pour appeler à la casse, comme aux abords d'un lycée à Compiègne.
00:26Blocus, blocus, blocus, on coupe-tons !
00:29Sur TikTok, certains lycéens présentent ces dégradations comme la seule manière de faire entendre leurs revendications.
00:35Le fait de mettre le feu ou d'user de la violence, ça a été extrêmement utile, notamment lors de
00:39la révolution française.
00:40Sans ça, il y aurait beaucoup moins de droits de l'homme en France.
00:42Bref, ce serait un bordel absolu.
00:44Les plateformes incitent les adolescents à la violence, analyse le hacker éthique Clément Domingo.
00:48Sans les réseaux sociaux, on n'aurait pas la même proportion autour de ces mouvements.
00:52Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un réseau social se nourrit de contenus dont on va lui abreuver.
00:57Et il y a de plus en plus de jeunes, et même certains qui, jusqu'à présent, ne publiaient pas
01:00ce type de contenu, même eux se laissent porter.
01:02Un contenu qui échappe à tout contrôle et qui obéit à la seule loi de l'algorithme.
01:06Un réseau social se nourrit de ce que tu lui donnes à manger, si j'ose dire.
01:13Ce que disait aussi tout à l'heure Vincent Herouet, en disant, voilà, c'est warolien.
01:18C'est-à-dire que c'est ta minute de gloire.
01:20Et il y a cette dimension-là, aujourd'hui, de spectacle qui est mise en scène.
01:25Avec aussi des bulles de réalité façonnées par les algorithmes.
01:29C'est-à-dire que les jeunes ne sont confrontés qu'à des messages qui vont dans le sens de
01:32ce qu'ils pensent déjà,
01:33qui les confortent dans leurs idées.
01:34Et ils se auto-persuadent de vivre dans un état policier qui leur voudrait du mal et qui les stigmatiserait
01:40en permanence.
01:41Et donc, en fait, ils finissent par le croire au détriment de la vérité.
01:44Le rôle des adultes, précisément, c'est de les sortir de cette fausse réalité.
01:48Or, la France insoumise, par sa présence dans les cortèges, fait précisément l'inverse.
01:53On est maintenant dans cette fausse idée, fausse perception.
01:57Et puis, Jérôme Fourquet, qui essaye de réfléchir à la société, qui parle de psychisme qui a changé.
02:01On va réécouter ce qu'il disait hier et qu'on a déjà entendu.
02:04Mais ça, je peux vous interroger là-dessus.
02:06Parce que c'est une réalité.
02:08Elle nous interroge, nous, qu'est-ce qu'on va faire de ces jeunes qui paraissent tellement éloignés d'autres
02:14générations.
02:15Il y a toujours eu des fractures entre les générations.
02:17Mais il me semble, il me semble, qu'aujourd'hui, ces fractures sont infiniment plus importantes entre un jeune de
02:2420 ans et un homme de 60 ou 70 ans.
02:27Écoutez ce que disait M. Fourquet.
02:30Le sous-jacent commun, c'est que depuis une soixantaine d'années, nous avons vécu à la fois une grande
02:35bascule anthropologique,
02:36donc nouvelle structure familiale, nouveau rapport au corps.
02:39Et parallèlement, ce que Ruben Rabinovitch appelle le passage d'un ancien, un nouveau régime psychique,
02:45c'est-à-dire un nouveau fonctionnement psychique à la fois individuel et collectif,
02:51la bascule anthropologique et le basculement psychique opérant de concert,
02:55pour aboutir à la naissance de ce qu'on appelait, nous, l'homo occidentalis,
02:59donc l'homme nouveau, qui se comporte sur le plan psychique et anthropologique
03:03de manière très différente de ce que nous avons pu constater ou observer au cours des siècles précédents.
03:10Donc c'est une rupture qui est quand même historique et assez vertigineuse.
03:13Mais on constate aujourd'hui le coup qu'a été provoqué par cette entrée dans ce nouveau régime.
03:21Est-ce qu'il est possible de revenir en arrière ?
03:24Quand on voit l'ampleur de la transformation, c'est sans doute un peu illusoire.
03:27Peut-être, une forme de sagesse, c'est essayer de prendre conscience collectivement de ce que nous sommes devenus,
03:34et peut-être essayer de corriger un certain nombre de nos travers, chacun dans nos vies respectives,
03:40parce que nous sommes tous, à un stade ou à un autre, quelque part devenus ces homo occidentalis.
03:46Homo occidentalis par Jérôme Fourquet. Est-ce que vous validez, as il lise le corps, cette analyse ?
03:51Ce livre est absolument brillant. En effet, Jérôme Fourquet a cité son co-auteur, Ruben Rabinovitch,
03:56qui est psychanalyste et qui est un homme, je pense, qu'il faut suivre pour les prochaines années.
04:00Ce qui est très intéressant dans cet ouvrage, c'est qu'il ne parle pas d'un âge d'or,
04:04c'est-à-dire qu'il ne dit pas qu'il y a 60 ans, c'était mieux qu'aujourd
04:06'hui.
04:06Il dit simplement ce qui s'est passé, c'est-à-dire qu'on est passé du névrosé,
04:09à une époque où, en effet, le fameux clivage psychique était structuré autour des interdits,
04:15de l'autorité, de la notion de frustration.
04:18On a gommé tout cela, et aujourd'hui, on se retrouve dans une société où il n'y a plus
04:21de frustration,
04:23il n'y a plus d'autorité.
04:25Et donc, cela pose la question de comment est-ce qu'on se structure,
04:27et il parle surtout des conséquences aussi de cela,
04:30c'est-à-dire beaucoup plus de personnes dépressives,
04:33beaucoup plus de jeunes isolés,
04:34et beaucoup plus aussi de difficultés à avoir un idéal à se sortir de cet isolement
04:42et une surconsommation d'antidépresseurs et de psychotropes.
04:47Donc ça, je trouve que c'est très intéressant et c'est évidemment aussi très angoissant.
04:51Parce qu'on se demande comment est-ce qu'on peut,
04:53si on n'a plus d'idéal commun et que la jeunesse d'aujourd'hui est déprimée et sous médicaments,
05:01comment est-ce qu'on peut construire un monde pour demain ?
05:03– Ce qui est intéressant, c'est l'adjectif, ce n'est pas rupture,
05:06c'est rupture anthropologique et rupture psychique.
05:09Ça veut dire qu'il n'y a pas de langage commun.
05:10Vous ne pouvez pas discuter avec les gens, vous ne pouvez pas échanger,
05:13vous ne pouvez pas trouver un compromis,
05:14puisque vous ne parlez pas le même langage.
05:16Littéralement, vous ne vous comprenez pas les uns les autres.
05:18D'ailleurs, c'est ce qu'on ressent quand vous essayez de parler avec certaines personnes,
05:23vous voyez que ce que vous dites ne fait aucun sens pour eux
05:26et ce qu'ils me répondent, moi, ne fait pas de sens pour moi.
05:29C'est assez inquiétant parce que c'est que le début d'un processus.
05:32– Moi, je crois que…
05:32– Vincent Évouette.
05:34– Je suis entièrement d'accord avec tout ce qui vient d'être dit,
05:36mais ce n'est pas d'aujourd'hui que la France a le taux record de suicide,
05:40de jeûne ou de dépression, etc.
05:43Il y a eu des ruptures bien réelles, comme par exemple la loi sur l'euthanasie.
05:47Ça, c'est une rupture anthropologique.
05:49Mais je ne suis pas d'accord sur le fond,
05:50parce qu'après tout ce discours, on aurait pu le tenir en 1968.
05:54Le dialogue entre les générations était aussi difficile
05:56et nos parents avaient l'impression d'être nés au 19e siècle
06:00et ne pas comprendre tellement leurs enfants.
06:02On ne comprenait pas très bien ce que racontait Cohn-Bendit et ses copains.
06:05Ce qui est différent, ce qui est profondément différent,
06:08et ce que vous ne voulez pas voir, en tout cas vous n'en parlez pas,
06:10ni M. Fourquet, c'est que depuis les années 80,
06:13la France a profondément changé ce qui est une nouvelle France,
06:16effectivement, ce que vous avez eu l'apport d'une population immigrée
06:18qui n'a pas les mêmes références culturelles,
06:21qui ne relève pas de la même civilisation,
06:23qui ne paradique pas la même religion,
06:24qui est souvent animée, pour une part d'entre elles,
06:30d'une volonté de revanche néocoloniale,
06:33qui porte en germe donc une violence
06:36qui n'a rien à voir avec la contestation bonnasse
06:39des petits crétins de la rue Saint-Guillaume,
06:41qui sont des petits bourgeois, qui finiront de notaire.
06:45Il n'y a pas de problème pour eux.
06:47Oui, mais sauf qu'en 68, quand on disait ni Dieu ni maître,
06:50en fait, pourquoi ils disaient ça ?
06:51Parce qu'ils avaient des maîtres.
06:52Il y avait encore l'idée de Dieu qui structurait aussi
06:54le rapport à une société qui était certes déjà sécularisée,
06:58mais qui avait quand même des référents,
06:59qui étaient des référents aussi d'autorité,
07:01et qui structurait l'ensemble de la société.
07:03Et pour rompre avec ces maîtres, il fallait en avoir...
07:05Aujourd'hui, il n'y a plus de maîtres.
07:06Tour de table, très rapide là-dessus.
07:08Moi, je trouve que c'est passionnant ce que dit Fouquet,
07:10je voulais que tout le monde s'exprime.
07:11Deux mots parce que c'est passionnant.
07:12Très vite.
07:12À la chute de l'Empire romain, il n'y a plus de solution.
07:16Il n'y a plus rien.
07:16Les limes, les frontières ont été explosées.
07:20Les étrangers, entre guillemets, ont envahi Rome.
07:24Et c'est l'effondrement.
07:26Le souïcisme a été puisé,
07:28et il y a une solution spirituelle qui arrive,
07:32et qui va tout sauver.
07:33Nous ne l'avons pas.
07:35La solution, c'est le christianisme, à ce moment-là.
07:37Nous, là, nous sommes dans un vide, un vide mental.
07:41Voilà.
07:42Et je ne sais pas comment on pourra se sortir de ce vide mental.
07:45Mathias Leboeuf, moi, je souscris à l'excellente analyse de Vincent Hervouet.
07:49Je le disais d'ailleurs hier soir,
07:50ce qui manque chez Jérôme Fouquet,
07:52qu'on va recevoir d'ailleurs,
07:53il ne parle pas d'immigration.
07:54Il parle d'immigration massive à changer, évidemment, ce pays.
07:57Vous avez à l'esprit son analyse des prénoms ?
08:00Ça dépend par rapport à...
08:01Oui, mais il en...
08:01Vous remontez jusqu'où ?
08:031830, l'Empire romain, Constantinople...
08:06Ça n'a jamais été bien.
08:10Depuis le dernier des Valois, ça ne va pas très bien.
08:12Quand j'entends Vincent dire, c'est des petits bourgeois...
08:15C'est dans un film de Michel Auvier.
08:17Non, non, mais...
08:17Regardez-le.
08:18Vous avez raison.
08:20Et je vais vous dire, juste, il suffit de relire le manifeste du Parti communiste.
08:24Qu'est-ce que dit Marx ?
08:25Marx dit, le fer de lance de la révolution, c'est la bourgeoisie qu'il porte.
08:29C'est toujours...
08:30La bourgeoisie, c'est la classe révolutionnaire, premièrement.
08:33Deuxièmement, juste une chose, vous prenez...
08:36Mais ce n'est pas vrai ?
08:37Ce n'est pas ce que dit Mélenchon.
08:39C'est ce que dit Marx, en tout cas.
08:40Mais Mélenchon dit, on ne fera pas la révolution avec les bourgeois.
08:42Non, non, non.
08:42C'est gentil, c'est terminé, Mathias, il n'y a pas la pause et on n'intervient plus.
08:46C'est les bourgeois qui amorcent la révolution et après ils agrègent, pardonnez, les prolos et les ouvriers.
08:52Bon, fermons la parenthèse.
08:54Si vous prenez mai 68, puisqu'on parle de 60 ans, moi je ne crois pas que les choses aient
08:59vraiment changé.
09:00Il y a une chose qui a changé, effectivement, c'est les réseaux sociaux qui enferment les gens dans des
09:05boucles cognitives.
09:05Ça, c'est extrêmement important et extrêmement grave.
09:09Après, si vous prenez mai 68...
09:12Mais non, mais prenez...
09:13Si vous trouvez que rien n'a vraiment changé, je vous assure, mais je tombe de ma chaise.
09:17J'ai 60 ans, j'ai 60 ans.
09:19Si vous trouvez que la vie de l'enfant que j'ai eue en 75, quand j'avais 10 ans,
09:25est celle d'aujourd'hui.
09:26Mais on est à des années-lumière, Mathias.
09:28Mais Pascal, lisez, relisez.
09:29Mais vous, manifestement, vous ne voyez pas ce que vous voulez voir.
09:33Rien n'a vraiment changé.
09:34Mais relisez, Pascal, relisez La société bloquée de Michel Crozier, qui est un bouquin qui est paru...
09:40Je n'ai pas besoin de la relire.
09:42Je sais ce que j'ai vécu, je sais ce qu'on vit aujourd'hui.
09:44C'est tout.
09:45C'est exactement ce qu'on vit aujourd'hui.
09:48Une société qui est bloquée, avec des revendications de la jeunesse, qui a envie de faire sa place.
09:53Non, mais je vous assure, moi, je vous adore tous, mais d'expliquer que les choses n'ont pas changé
09:59et que c'est la même chose qu'en 75.
10:01Soyez gentils, s'il vous plaît.
10:03Voilà, vous êtes indisciplinés.
10:04L'autorité, il faut la retrouver.
10:07On va recevoir Alexandre Arcadine.