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Dans "Notre Salut", le film d'Emmanuel Marre récompensé à Cannes du Prix du Scénario, Swann Arlaud a dû se livrer à des impros, lesquelles l'ont mis "dans un état presque de transe, où l'on est obligé de s'abandonner complètement et d'accepter d'être nul."

L'acteur, à mille lieues de la nullité, apparaît au contraire à son climax, incarnant un petit fonctionnaire vichyste dans tout son cynisme. L'occasion de parler avec lui de son histoire familiale, des échos du XXè siècle sur notre époque et de la façon dont il conçoit l’engagement.

Interview : Thomas Jean
Image : Marine Lorotte
Montage : @raynaud.laetitia

#notresalut #swannarlaud #emmanuelmarre #cannes #movies
Transcription
00:00Il y a un état presque de transe. On est obligé de s'abandonner complètement à la chose et d
00:04'accepter d'être nul.
00:08La défaite nous a tous amené à nous repenser. J'aimerais tenter d'apporter ma pierre à l'édifice.
00:13On en peut aller comme ça, de manière un peu lointaine, d'avoir un grand-père qui a traversé ça.
00:20Un arrière-grand-père aussi, pour ma part, assassiné en 1944 à la Libération parce que soupçonné d'avoir collaboré.
00:27C'est comme si on ne voulait pas ouvrir les archives, vraiment, que ce film essaye de faire et de
00:31sortir de cette idée un peu toute faite et confortable qu'on se fait d'un peuple de résistants.
00:37Le film, il nous montre tout simplement comment des névroses personnelles peuvent rencontrer des régimes autoritaires et de se dire,
00:46tiens, qu'est-ce qui rentre en résonance, notamment dans le langage,
00:50quand on parle de retour à l'ordre, de préférence nationale, d'efficacité au travail, quand on parle de trier
00:56les gens, les bons, les mauvais, les étrangers, les français.
01:00Regardons ce moment et voyons comment il éclaire notre présent.
01:02C'est simplement un être humain. Il y a beaucoup de lâcheté, il y a beaucoup de faiblesse, il y
01:08a beaucoup de peur chez l'être humain en général.
01:11Les figures de héros, elles sont vraiment très, très rares.
01:14Peut-être que c'est des archétypes dont on a besoin pour se rassurer. Je dirais que le film, il
01:20n'est pas au verdict, il n'est pas au jugement.
01:21Il est au moment du dossier d'instruction, de manière factuelle. Comment est-ce que ça s'est passé concrètement
01:25?
01:26Et du coup, le juge, c'est le spectateur. Il amène à se regarder soi, en fait, à se demander,
01:31tiens, j'aurais fait quoi et je ferais quoi si ça se reproduit ?
01:35Qu'est-ce qui va nous toucher chez un personnage ? C'est tous les moments où on s'y
01:38voit nous-mêmes.
01:39Et où est-ce qu'on se voit principalement ? On se voit dans les détails, dans les fragilités, dans
01:44les petits manquements.
01:45On vient quand même beaucoup me chercher avec des films comme ça. L'engagement pour moi, il est citoyen.
01:51Je ne me dis pas, ah oui, tiens, ça va être une pierre de plus sur des revendications, etc.
01:56Là où ça se rejoint, c'est que quand on est exposé, on a une parole qui est publique.
02:01Et donc à partir de ce moment-là, la question se pose de savoir qu'est-ce qu'on fait
02:03de cette parole.

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