00:00Les artistes, 1937.
00:01Surtout quand il s'agit de Louis Jouvet, on va parler de ce film, mais tout d'abord Louis Jouvet
00:04qui est mort il y a 75 ans, c'était à la fin de l'été 51, c'était une
00:07gloire nationale quand on l'enterre en 1951, d'ailleurs ça fait déplacer des milliers et des milliers de Parisiens.
00:14Je vous propose ce reportage sur ces objets.
00:15Générique d'abord de la séquence des spectateurs, générique quelques secondes.
00:24Et le générique passé, écoutons, on est Place Saint-Sulpice, on est en 1951 et vous allez voir le monde
00:31pour les autres séques de Louis Jouvet, c'est fascinant.
00:37Louis Jouvet est mort.
00:39Ce magnifique homme de théâtre, animateur, metteur en scène, acteur, disparaît d'au terme d'une carrière où il teint
00:46sa place dans la rénovation du théâtre français.
00:48Et où il se fit à travers le monde l'ambassadeur du même théâtre.
00:52À Saint-Sulpice, une foule considérable où l'on reconnaissait monsieur et madame Bidot, Jean-Louis Barraud et nombre de
00:59figures d'un tout Paris vibrant et attristé, est venu s'incliner devant le disparu.
01:04Pendant 30 ans, du vieux Colombier à l'Athénée.
01:07C'est sidérant quand même, c'est ça il ne veut pas d'être populaire.
01:10Gloire nationale, c'était l'incarnation du théâtre, il était le théâtre français, il était la comédie, il était le
01:16jeu, Louis Jouvet.
01:18Admirable homme de théâtre et aussi de cinéma, même s'il méprisait un petit peu le cinéma comme ça, il
01:22en a fait énormément des chefs-d'oeuvre, dont Entrée des artistes, où il joue plus ou moins son propre
01:27rôle.
01:27Vous parliez d'enseignement de discipline, on est en plein dedans avec Entrée des artistes.
01:32C'était la première scène que je voulais vous partager, c'est celle où Louis Jouvet, le professeur au conservatoire
01:37d'art dramatique, va chez les parents d'une de ses élèves qui ont écrit une lettre au professeur Jouvet
01:42pour dire qu'ils ne veulent pas que sa fille suive ses cours.
01:45Ils préfèreraient qu'elle travaille dans la blanchisserie familiale et c'est une scène absolument admirable que j'ai un
01:51petit peu compressée parce qu'elle est un petit peu longue.
01:52Regardez.
01:56Monsieur Grenaison, mon mari, l'oncle de la petite.
01:59J'aurai tout de suite reconnu Monsieur Grenaison.
02:02Vraiment ?
02:03Vous ressemblez furieusement à votre écriture.
02:06Vous allez bien prendre une tasse de café avec nous.
02:07Mais certainement, vous asseyez-vous, Monsieur.
02:11Fernand, allez, essuie la table.
02:21Les parents sont bien coupables qui ne respectent pas les cheveux blonds ou bruns de la jeunesse.
02:27Cet enfant est un sujet de premier ordre et vous n'avez pas le droit de lui gâcher la vie
02:31sous le prétexte assez vain que vous lui tenez le lieu de mère en qualité de temps.
02:35C'est une amoureuse.
02:37Comment ?
02:38Je parle de son emploi.
02:40Amoureuse, c'est pas un métier, ça.
02:41Je ne doute pas de sa vertu.
02:42C'est une Réjeanne, si vous préférez.
02:45Oui.
02:45Je parle du genre de rôle qu'elle interprétera.
02:48Si c'est une Réjeanne, alors ?
02:50Certainement.
02:51Voilà.
02:52Je vous rends votre lettre pour vous laisser la joie d'avoir le remords de la déchirer vous-même.
02:58Je t'en vais maître.
03:00Je pense qu'elle aurait vécu dans cette atmosphère blanchisseuse.
03:05Vous ne lui interdisiez pas l'accès de la boutique ?
03:07On n'a jamais vu des enfants qui voulaient devenir blanchisseurs contregarrés par leurs parents.
03:11C'est que c'est un métier.
03:12Laver en famille, le lâche sale des autres, vous appelez ça un métier ?
03:15Innoble.
03:17Mes pauvres enfants, je vous plains.
03:19Mes mères, enfin !
03:21Tandis que familien, ce n'est pas une profession, n'est-ce pas ?
03:23Pas une profession, crétin.
03:26Monsieur Grenaison, vous ressemblez furieusement à votre écriture.
03:30Le dialogue de Henri Jansson.
03:31Henri Jansson, qui était un des grands dialoguistes de l'époque.
03:35Mais là, on voit tout le charisme de Jouvet.
03:36Il est très dur d'exister face à lui parce qu'il impose une telle présence.
03:41Et puis dans ce rythme, cette voix, on a le temps pour un autre extrait ?
03:44Je voudrais qu'on écoute Bernard Blier.
03:45Il est dans le film, mais Bernard Blier, vous avez une archive de lui qui est absolument extraordinaire.
03:50C'était l'un des élèves.
03:50Avec Philippe Bouvard.
03:51Il doit tout à Jouvet, Bernard Blier.
03:53Effectivement, il faisait beaucoup de canulars téléphoniques juste après la guerre,
03:58quand les téléphones commencent à être un peu partout.
04:00En imitant la voix de Louis Jouvet, il raconte ça en 83 sur le plateau du Petit Hade de Bouvard.
04:06Et c'est absolument tordant.
04:07Je le dis vraiment, c'est tordant.
04:09On téléphonait à des comédiens.
04:11À quelle heure ?
04:13En général, deux heures du matin.
04:14Oui, le premier sommeil, c'est meilleur.
04:18Alors, ça donnait ça.
04:20Allô, un tel ?
04:21Dis donc, mon vieux gars, ici, c'est Louis Jouvet.
04:24Qu'est-ce que tu dirais ?
04:25T'as déjà joué des classiques, toi, mon vieux gars ?
04:27Parce que Jouvet parlait très gentiment comme ça dans la vie.
04:32Oui, maître, mais...
04:34Mais est-ce que ça t'intéresserait de jouer Tartuffe avec moi ?
04:38Mais oui, maître.
04:40Alors, dis-moi quelque chose de Tartuffe.
04:42Tu sais bien un petit peu de choses.
04:43Dis-moi quelques verres.
04:44Dis-moi quelques verres de Molière.
04:46Et le gars...
04:47À deux heures du matin.
04:47À deux heures du matin, ça ne ratait pas.
04:50Il partait dans sa tirade.
04:52C'était très méchant.
05:00Je l'ai raconté à Jouvet qu'il m'a engueulé comme il n'est pas possible.
05:06Il y a aussi les blagues qu'on se fait dans les coulisses, que le public ignore, mais qui provoquent
05:13une certaine animation joyeuse dans un théâtre.
05:16Moi, il m'est arrivé d'aller saluer dans une pièce dont je n'étais pas.
05:22Ah oui ? Et qu'est-ce qu'elle était la réaction du public ? Ils s'en apercevaient quand
05:26même.
05:26Mais je suis allé saluer derrière François Perrier qui jouait Bobos.
05:30Et moi, je jouais le petit café dans un autre théâtre.
05:33Mais je finissais avant lui.
05:34Et alors, il saluait tout seul.
05:36Et tout d'un coup, il a senti que le public s'amusait et applaudissait chaleureusement.
05:40Et moi, j'étais deux mètres derrière et je saluais derrière François.
05:44Ces gens sont merveilleux parce qu'il y a une légèreté.
05:47Il ne se prenait évidemment pas au sérieux.
05:50Il n'y a pas cet esprit de gravité qu'il y a aujourd'hui.
05:53Il y a une spontanéité, en fait.
05:54Il a perdu beaucoup d'acteurs.
05:56Et oui, et Blier, c'est un génie.
05:58Il s'est très bien raconté les histoires.
05:59Mais c'est un génie.
06:01C'est un acteur prodigieux, Bernard Blier.
06:04C'est-à-dire, dans les films de son père, Bertrand Blier,
06:07dans les films, évidemment, avec Gabin, c'est un acteur incroyable.
06:11En Italie, beaucoup aussi.
06:13Et l'art de faire des canulars.
06:15Aujourd'hui, on a perdu ça.
06:17Oui, si on t'appelle à 2h du matin.
06:20Non, non, bien d'aller saluer.
06:22Merci, on a raccourci, Julien.
06:24Mais vraiment, je vous remercie de vous être adapté.
06:27Que me dit Lucas Busutil, qui est avec nous ?
06:29On est à tous.
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