00:00On a abandonné l'école ? On a abandonné les lycéens, les lycées, les jeunes ?
00:03Non, je crois qu'on a abandonné le sens d'abord, le sens commun,
00:07mais depuis tout à l'heure, effectivement, je fais partie des gens qui n'intervenaient pas
00:11parce qu'on est en train de parler de nos gamins, je suis père de deux lycéens,
00:15on est en train de parler de nos gamins, et en fait, on parle de tout, sauf de nos gamins.
00:19Monsieur Dupont-Aignan est venu ajouter du diesel, qui coûte cher pourtant,
00:23aux allumettes allumées par d'autres.
00:25Moi, je suis le seul représentant de la gauche, alors de la vieille gauche,
00:28celle qui aimait l'éducation populaire, celle qui pensait qu'il fallait accompagner les gamins des lycées
00:33pour qu'ils aient une émancipation, une vie, pas celle qui venait cramer des poubelles
00:37en disant qu'elle servait la cause.
00:38Bon, chacun sa façon d'envisager la responsabilité politique.
00:42Moi, je crois que fondamentalement, je ne veux pas non plus tomber dans le débat naphtaline.
00:48C'est-à-dire ?
00:48C'est-à-dire que j'entends, chacun rappelle ses souvenirs, moi aussi j'ai fait des manifs.
00:53Moi aussi, alors à l'époque, on les mettait plutôt dehors, ceux qui essayaient de nous récupérer.
00:55D'ailleurs, je ne comprends pas que les lycéens aiment autant se faire récupérer,
00:59parce que nous, on avait plutôt tendance à leur dire d'aller se faire voir,
01:01considérant que finalement, ce qui comptait, c'était ce qu'on avait à raconter
01:04et pas ce qu'ils voulaient nous faire dire.
01:06Moi, je crois quand même que, surtout, ce qui a été raté, c'est la perception par les politiques,
01:12et j'en fais partie, même si je n'étais pas aux affaires, du changement de société.
01:16Je voudrais juste rappeler un truc.
01:18Mes gamins, ils ont appris à se cacher sous un bureau pour échapper à des attaques terroristes.
01:23Mes gamins, ils ont appris à faire l'école à distance et à ne pas embrasser leurs grands-parents,
01:27parce qu'ils pouvaient les tuer.
01:29Mes gamins, ils ont perçu que la bombe climatique leur arrivait dessus,
01:32nous, on n'en parlait pas encore.
01:34Mes gamins, ils sont en train de comprendre qu'ils vivront beaucoup moins bien que nous,
01:38et que la crise financière qui s'annonce est annonciatrice
01:42de difficultés encore plus fortes que celles qu'on a connues.
01:45Mes gamins, ils aiment bien l'IA, parce que ça permet de gruger un peu pour faire les devoirs,
01:49mais quand même, ils sont en train de se rendre compte que ça va peut-être leur piquer leur premier
01:53boulot.
01:54On est dans ce monde, et on a des politiques qui parlent comme quand on était dans Le Monde il
01:58y a 30 ans.
01:59On ne peut pas demander à nos mômes de se construire dans une société
02:02dans laquelle on n'a rien imaginé qui corresponde à leur vie,
02:07qui corresponde à leur réalité.
02:09Je ne dis pas qu'il faut tout bazarder.
02:11Je suis attaché à l'école de la République laïque, obligatoire, gratuite.
02:16Je crois même qu'aujourd'hui, il y a des dérivatifs à ce système
02:18qui fait qu'on n'arrive même plus à se parler parce qu'on ne se croise plus.
02:21Au moins, on se croise à l'école, maintenant, on ne se croise plus.
02:23Donc, on est tranquille.
02:24Il y a des gens qui ont trouvé des voies de dérivation,
02:27souvent coûteuses, souvent ceux qui vont plutôt mieux.
02:30Et on se retrouve, moi, mes gamins, ils sont dans le public à Bourg-en-Bresse.
02:33Vous voyez ce que je veux dire ?
02:33Je ne suis pas en train de raconter une histoire que j'ai lue dans un bouquin.
02:38Ils étaient sur les barraquettes ce matin.
02:39Je suis ravi de découvrir qu'ils ne sont pas contents quand les profs ne sont pas là.
02:43Parce que des fois, j'ai pu avoir des doutes.
02:46Je les taquine et ils vont m'en vouloir.
02:47Mais les revendications des lycéens, elles sont, je crois, sérieuses aujourd'hui.
02:52Je crois qu'elles reposent sur des réalités aussi,
02:55mais je crois qu'elles taisent des souffrances.
02:56Et je veux terminer sur les violences.
02:59Et je ne supporte pas la violence.
03:01C'est une partie de cette gauche républicaine qui est attachée aux valeurs, aux principes, aux cadres.
03:04Je ne supporte pas la violence.
03:05Mais cette génération qui se promène avec des couteaux au fond des sacs,
03:09cette génération qui poignarde celui qui est en face pour un désaccord amoureux,
03:12ou pour un désaccord politique.
03:13Il faut aussi qu'on se mette autour de la table avec nos idées différentes
03:17pour se demander ce qui s'est passé
03:19et comment on leur offre un monde
03:21dans lequel ils considèrent qu'ils sont partie prenante de leur avenir.
03:25Donc oui, il faut écouter les lycéens et les mouvements étudiants.
03:28Il faut arrêter de leur chauffer la tête avec des âneries
03:31et des faux procès sur le racisme systémique, la violence systémique.
03:35C'est la génération de 68 ?
03:37Il faut aussi qu'on soit capable, nous qui sommes adultes,
03:40d'arrêter de penser à nous et de penser à eux
03:44dans un monde qui sera différent du nôtre.
03:46Et il faut qu'on l'accepte.
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