00:00Gna gna gna, ce que cette scène faisait, ce n'était pas moral.
00:02Nique les pédos, tu m'entends pas ?
00:04Nique les pédos.
00:06Prime Time est une satire médiatique, un thriller et un film d'horreur aussi.
00:09Imaginez bien les missions de télévision qui piègent les prédateurs sexuels,
00:12qui les confrontent à leurs actes devant des caméras
00:14et puis qui transforment leur humiliation en divertissement pour des millions de spectateurs.
00:18Difficile de ne pas se dire que ces gens méritent ce qui leur arrive.
00:21Je pense que c'est là où Prime Time devient une sorte de terrain glissant.
00:25En fait, pour moi, dès le départ, dès la première scène du film, qui pour moi est la meilleure,
00:28Le film pose une question qui est assez dérangeante.
00:31Est-ce qu'une bonne cause justifie absolument tous les moyens ?
00:35Même quand les personnes visées sont parmi les plus détestables qui soient.
00:38Et surtout, à quel moment la volonté de rendre justice devient-elle simplement une manière de produire du spectacle ?
00:44C'est tout le sujet du film de Lance Oppenheim.
00:47Il s'inspire de l'émission américaine To Catch a Predator, présentée par Chris Henson.
00:51Après, le film ne cherche absolument pas à reproduire des événements
00:54ou à nous présenter une sorte de documentaire déguisé.
00:57Je pense que ce film nous est présenté comme une sorte de cauchemar, en fait.
01:00Déjà, juste par rapport à la mise en scène qui est absolument fabuleuse.
01:03Le format 4 tiers, les gros plans extrêmes, le grain de l'image, les couleurs saturées,
01:07plus les déformations visuelles, les sauts qui rappellent les vieilles cassettes VHS.
01:10Tout semble sortir directement d'un téléviseur des années 2000.
01:13Sauf qu'ici, je ne vois pas ça comme nostalgique, mais plutôt comme une ambiance poisseuse et maladive.
01:18Je pense que le film nous interroge aussi sur notre plaisir à regarder la télévision.
01:21Et au centre de tout ça, on a Robert Pattinson qui, encore une fois, mais quelle performance !
01:26Il incarne Chris Henson qui est persuadé d'accomplir une mission presque divine.
01:30Le mec ne veut pas juste faire son travail, il veut marquer la télévision.
01:33Il veut être celui qui expose les monstres, il veut être celui qui les confronte,
01:37celui qui obtient les images que personne d'autre ne peut obtenir.
01:41Pattinson a ce regard vide, mais malgré ça, cette lueur d'anticipation,
01:44lorsqu'il s'apprête à entrer dans la pièce.
01:46Il sait ce qu'il va faire, il connaît ses répliques, il a préparé la scène,
01:49il se prend pour le héros de sa propre émission.
01:52Toute l'émission fonctionne comme une machine, il faut absolument trouver la prochaine cible,
01:55il faut absolument obtenir une confrontation, il faut produire des images, il faut faire de l'audience.
02:00Et c'est là que le film devient une satire des médias.
02:02Le but, c'est de faire grimper les audiences et de conquérir une meilleure case horaire
02:05pour devenir le programme dont tout le monde parle.
02:08Les êtres humains deviennent du contenu et la justice devient un produit.