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  • il y a 8 minutes
L'écrivain Bernard-Henri Lévy, publie "Mémoires provisoires" (Olivier Nora Editions). Un livre dans lequel il retrace sa vie, ses rencontres tout au long de sa carrière.

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00:05Il a été de tous les combats, c'est l'homme qui a amené Mitterrand à Sarajevo,
00:10conduit les insurgés libyens jusqu'à l'Elysée et devinez avant tout le monde que Zelensky
00:16tiendrait tête à Poutine. Trois lettres et une chemise blanche suffisent à reconnaître ce
00:22philosophe qui ne laisse personne indifférent. Bonjour Bernard-Henri Lévy. Merci d'être avec
00:26nous sur France Inter alors que vous publiez vos mémoires provisoires chez votre éditeur
00:31de toujours, Olivier Nora. C'est d'ailleurs le premier livre de sa nouvelle maison depuis
00:35son éviction de Grasset. J'invite les auditeurs à nous rejoindre. 01 45 24 7000 ou l'application
00:42Radio France pour leurs questions et leurs observations. Vous avez longtemps pensé Bernard-Henri Lévy
00:48que les mémoires, ça n'était pas pour vous. Vous disiez mémoire, ça veut dire je vais
00:53mourir. Pourquoi maintenant à bientôt 78 ans ?
00:57Parce que j'ai bientôt 78 ans et parce que j'ai eu tellement de chance de rencontrer
01:06Louis Aragon, Albert Cohen, Romain Garry, d'être proche de Romain Garry dans les dernières
01:13années de sa vie, d'être témoin d'avoir eu des conversations bouleversantes tout près
01:20de son suicide, qu'il y a un moment donné où je me suis dit il faut raconter tout ça,
01:25il faut transmettre tout cela.
01:26Alors ça s'appelle mémoire, pourtant vous parlez de vous en parlant des autres.
01:33Ce sont des exomémoires, c'est un genre de mémoire un peu différent. Je crois que je
01:40raconte ma vie, je raconte ce que je fais, de manière parfois assez intime. Mais c'est vrai
01:48que mon fil conducteur, ceux qui guident le récit, c'est les autres. C'est des chefs
01:54de guerre comme Massoud Ouzanowski, c'est des écrivains comme Norman Mailer ou André
02:00Malraux. Ce sont des passants considérables comme disait un grand poète.
02:06Ce sont parfois des géants du siècle, du siècle dernier.
02:11Ou des géants du siècle hélas dernier, puisqu'en effet j'ai trois quarts de siècle.
02:18Et vous allez, on va raconter un certain nombre de ces rencontres. Est-ce que le fait de vous
02:23raconter à travers les autres, Bernard-Henri Lévis, c'est une manière pour vous aussi
02:26de tenter d'échapper à la caricature qui est parfois faite, celle d'un philosophe qui
02:32aime parler de lui, qui est très médiatique ? Est-ce que c'est une façon de répondre
02:37à cette critique-là ?
02:39Vous savez, Benjamin Diol, on n'écrit pas 860 pages pendant quatre ans, en immersion
02:44totale, en se demandant comment on va échapper à sa caricature. Vous voyez, il n'y a pas
02:51de... Non, non, c'est venu comme cela. Je vous le répète, les choses que j'ai vécues
02:57avec tous ceux dont je viens de vous parler. L'expérience qui a été la mienne avec
03:02Emmanuel Lévinas, ce que j'ai vécu auprès de François Hollande, ce que j'ai vécu
03:06de l'intérieur, les relations Zéneschi-Macron pour parler de choses extrêmement récentes.
03:11Mon rapport avec François Mitterrand, cet âge incroyable quand même de la gauche française
03:17à l'époque où son leader s'appelait François Mitterrand, tout ça, je ne voulais pas
03:21le garder pour moi, c'est tout.
03:22Et vous l'avez effectivement proposé à ceux qui vont vous lire. On va donc plonger directement
03:26dans ses Mémoires provisoires, Bernard-Henri Lévy. Vous parliez il y a quelques instants
03:30et c'est sans doute l'un des plus beaux chapitres de ce livre, de votre rencontre
03:33avec Louis Aragon. On est en 1975, vous avez 27 ans et vous dormez parfois sur une banquette
03:38d'un bar qui s'appelle le Twickenham qui est à Saint-Germain-des-Prés. On est la nuit
03:43et vous croisez Louis Aragon qui est vieillissant, qui est veuve de sa muse Elsa Triolet,
03:47qui est à la recherche, il faut le dire, de rencontres masculines. Racontez-nous cette rencontre
03:51avec Louis Aragon, l'auteur d'Aurélien ?
03:54Écoutez,
03:54il est magnifique.
03:57Il a l'air d'un...
03:58Il erre en effet dans les rues de Paris,
04:00entre l'angle de la rue
04:02de Saint-Père et la rue de Grenelle,
04:05pardon pour ceux qui n'habitent pas Paris,
04:06mais c'est le cœur du quartier latin,
04:08et le drugstore à l'époque.
04:10Et moi j'allais dans ce drugstore
04:12parce qu'on trouvait les journaux à 2h moins 20
04:15du matin. On trouvait Libération,
04:17l'Aurore, le Figaro,
04:18l'encre encore sèche et j'allais tous les jours.
04:20Et là il était là
04:22parce qu'il le rencontrait en effet.
04:23Il était à la fois
04:25inconsolé, veuf,
04:27inconsolé
04:28et étrangement libre.
04:29Les trois à la fois.
04:31Vraiment je crois inconsolé
04:32de la mort d'Elsa, la femme de sa vie.
04:34Et en même temps une sorte de liberté étrange.
04:37Et ce jour-là,
04:38comment dire les choses de manière simple,
04:40il m'a...
04:41Il m'a dragué.
04:43Enfin voilà, il a tenté de me draguer.
04:45Et ça a donné en vérité
04:47une conversation magnifique
04:49comme un jeune homme
04:51ne peut même pas l'imaginer.
04:53Louis Aragon pour moi
04:54c'est l'auteur de quelques-uns
04:55des plus grands romans
04:56de la littérature française.
04:58Ça donne cette conversation
05:00et puis ça donne un très beau film
05:02mis en scène par un réalisateur
05:04qui s'appelle Michel Favard
05:05qui est encore réalisateur aujourd'hui.
05:07Adaptation d'Aurélien pour TF1.
05:08A l'époque c'était la grande affaire de TF1,
05:11la plus grosse téléfiction.
05:13Mais Bernard Lévy, ça donne ce film
05:14dans lequel vous jouez.
05:16Puisque Louis Aragon vous dit notamment
05:18j'ai pensé à vous pour jouer dans ce film
05:20et vous racontez bien dans ce livre
05:21que c'est au fond de ce rôle
05:23dans ce téléfilm
05:24que vous vient décritiquer
05:27cette réputation aussi
05:28de sorte de philosophe inclassable
05:30médiatique
05:30puisqu'un journaliste du Figaro
05:31à l'époque dit
05:32c'est un philosophe sans caleçon
05:33parce qu'il y a une scène
05:34où on vous voit nu.
05:36Le philosophe c'est Louis Pauwels
05:37qui est à l'époque
05:39qui commence d'inventer la nouvelle droite
05:40et qui écrit dans le premier Figaro magazine.
05:43Et en effet, ça c'est les folies de la vie
05:46c'est que j'oublie complètement
05:48que j'ai tourné ce film.
05:50Ça met du temps.
05:51Vous tournez,
05:51j'ai tourné avec grand bonheur,
05:53je rencontre Nicole Garcia,
05:55je joue avec Française Lebrun
05:56qui était l'héroïne de la maman
05:57et la putain de Jean Estache.
05:59Mais enfin j'oublie ça.
06:00Et le temps que le film soit mis
06:02dans les tuyaux
06:03et qu'il sorte à TF1,
06:04j'écris la barbarie visage humain.
06:06Et je pars en guerre
06:07contre le totalitarisme
06:08et je lance avec mon ami André Glucksmann,
06:11le père de Raphaël,
06:12un grand débat idéologique.
06:13Et à peu près au moment
06:15où la bataille des nouveaux philosophes éclate,
06:18arrive ce film sur TF1
06:19où en effet il y a, je crois,
06:21pour une des premières fois
06:23dans l'histoire du service public,
06:25puisque TF1 à l'époque
06:25c'était le service public,
06:27il y a une scène d'amour
06:29où en effet
06:30Française Lebrun et moi
06:32sommes vaguement,
06:33oui, on est nus quoi.
06:34Alors Louis Pauwels s'écrit,
06:36c'est un scandale,
06:37comment peut-on être
06:38un philosophe sérieux
06:39quand on fait le clown
06:41à la télévision,
06:42ce qui en plus n'était pas vrai.
06:43Mais ça poursuit,
06:44c'est comme un poison lent.
06:46Et ce qu'il faut dire,
06:47c'est que des années plus tard,
06:48Pierre Berger vous propose
06:49d'être mannequin
06:50pour un parfum.
06:51Yves Saint-Laurent,
06:52vous avez refusé évidemment.
06:54Au fond, ces gens-là,
06:55ils avaient pressenti
06:57votre goût de la mise en scène,
06:59de votre théâtralité
07:01qui a servi à
07:03servir vos causes,
07:04en l'occurrence.
07:06Pierre Berger,
07:07c'est différent.
07:08Pierre Berger,
07:09j'avais déjà publié
07:11beaucoup de livres
07:12et c'est François-Marie Bagné
07:14qui un jour
07:17me voit dans un reportage
07:19de match,
07:20peut-être sur Le Diable en tête
07:21et il dit à Pierre Berger
07:22pour en effet
07:23la campagne publicitaire
07:24à laquelle vous faites allusion,
07:25il lance un nouveau parfum.
07:26Il nous faut cet homme-là
07:28pour le clip.
07:30C'est un clip publicitaire.
07:31J'étais supposé en effet
07:33sauter en l'air comme ça
07:34avec une serviette éponge
07:35autour des reins
07:35en criant jazz
07:37pour la télévision.
07:38Donc là, honnêtement,
07:39j'ai dit à Pierre Berger,
07:40c'est adorable,
07:42merci beaucoup,
07:43mais ce n'est pas l'idée du moment.
07:45Mais en revanche,
07:46on est devenus
07:47extrêmement amis,
07:48on a créé un journal
07:49ensemble,
07:50on a peut-être
07:52un peu,
07:53tout y peut contribué
07:54avec beaucoup d'autres
07:55à la campagne électorale
07:57et à la victoire
07:58de François Mitterrand
07:59en 88
07:59et on a fait
08:00de belles choses ensemble.
08:01Et le goût du théâtre,
08:02le goût de la mise en scène,
08:03il vous a servi,
08:04encore une fois,
08:06pour vos combats ?
08:08Le goût du théâtre,
08:09vous savez,
08:09moi j'ai le goût
08:10de l'écriture d'abord
08:11et puis j'ai le goût
08:12de l'action ensuite.
08:13Et quand vous avez
08:14le goût de l'écriture
08:15et le goût de l'action,
08:16vous avez envie en effet
08:17que ça soit vu,
08:19que ça soit mis en scène.
08:20Si j'ai la chance
08:23de rencontrer
08:24Volodymyr Zelensky
08:25dans son bunker,
08:27comme je le raconte
08:27dans un chapitre du livre,
08:29la veille de son humiliation
08:31par Donald Trump,
08:33la veille de cette séance déchirante,
08:35qu'est-ce que je vous dise ?
08:36Je filme,
08:37je suis avec mon ami Marc Roussel,
08:38on filme
08:39et puis on filme les soldats
08:40sur le fond de Pokrovsk
08:41en train de pleurer
08:42de rage,
08:43de honte et de fierté
08:44en voyant leur président humilié
08:46par un président américain
08:49crapuleux
08:50et c'est vrai que tout ça,
08:52c'est la mise en scène du siècle.
08:54Un mot Bernard-Henri Lévy
08:55avant de parler
08:55de vos rencontres politiques
08:56sur un autre chapitre
08:57qui nous a beaucoup plu,
08:58celui de votre rencontre
08:59avec Albert Cohen,
09:00l'auteur de Belle du Seigneur
09:02que là vous rencontrez
09:02à Genève en 77,
09:04donc deux ans après Aragon
09:05et il vous dit
09:06en vous rencontrant
09:06vous êtes Solal
09:07du nom de son héros,
09:09solaire, séducteur,
09:10né dans une famille juive
09:11en Grèce
09:11et devenu diplomate
09:12et vous confiez
09:1320 fois dans ma vie
09:14j'ai voulu arrêter
09:14d'être Solal.
09:16Pourquoi ?
09:16Et pourquoi ce personnage
09:18vous a collé à la peau ?
09:21Il m'a collé à la peau,
09:22c'est pas tellement
09:22qu'il m'a collé à la peau,
09:23c'est qu'en effet
09:25quand j'ai rencontré
09:26Albert Cohen
09:27et quand j'ai lu
09:28Belle du Seigneur,
09:29ça a été une vraie date
09:30dans ma vie
09:31parce qu'on avait
09:32tellement l'habitude
09:33dans la littérature française
09:35des juifs courbés,
09:36des juifs qui demandaient pardon,
09:38des juifs qui rasaient les murs,
09:40des juifs qui n'osaient pas
09:41être eux-mêmes
09:42et tout à coup surgissait
09:43dans la littérature française,
09:45dans la plus belle langue française
09:47qui soit un personnage juif
09:50solaire,
09:51libre,
09:52qui ne s'excusait de rien,
09:55qui avait peut-être
09:57le sens de la,
09:58comme vous dites,
09:59de la théâtralisation.
10:02Un juif d'affirmation.
10:03Le premier juif d'affirmation
10:05pour parler comme mon ami
10:07Jean-Claude Milner,
10:08c'est le Solal
10:09de Belle du Seigneur.
10:10Et c'est vrai que
10:11pendant tous ces samedis
10:13où je venais le voir
10:14à Genève,
10:15au 7 avenue Krieg,
10:16au dernier étage
10:16de cet immeuble
10:17dont il ne sortait plus,
10:19c'était des moments
10:21d'enchantement naturellement
10:22mais philosophiquement importants.
10:24On lisait ensemble
10:25Belle du Seigneur,
10:26il le jouait.
10:26Alors lui, pour le coup,
10:27il aimait le théâtre.
10:28Lui, il lisait son livre à...
10:30Il jouait tous les personnages.
10:31Il jouait les personnages.
10:33Alors il jouait Solal,
10:34il jouait Ariane,
10:34il jouait Mangekou.
10:35Parfois, il me demandait
10:36de le jouer avec lui.
10:38Et c'est vrai que surgissait
10:40soudain de cette espèce
10:42de marécage
10:44qu'a si longtemps été...
10:45Enfin, l'image du juif
10:48dans la littérature,
10:49un personnage glorieux.
10:51Voilà.
10:51Et ça m'a beaucoup marqué.
10:55Mais pas seulement moi.
10:56Tous les jeunes juifs
10:57de ma génération
10:58ont été marqués
10:59par ce personnage.
11:00Alors, dans cette galerie
11:02de portraits,
11:03il y a aussi des politiques.
11:04Vous avez connu
11:05tous les présidents.
11:06François Mitterrand,
11:07vous avez beaucoup aimé.
11:08et qui vous a beaucoup déçu
11:11voulait faire de vous
11:12un député.
11:13On est en 1973.
11:15Vous voilà parachuté
11:16dans le Calvados.
11:18Racontez-nous
11:18ce qui s'est passé.
11:19En 72, oui.
11:21Il m'avait donné
11:21la circonception
11:22la plus...
11:23Une des plus pourries.
11:25Soyons modestes.
11:26Qui était ingagnable.
11:27Ingagnable.
11:28Ingagnable.
11:28Et en effet,
11:29je commence à faire campagne
11:31et je fais campagne
11:31comme je sais faire,
11:32c'est-à-dire avec des idées.
11:34Et très vite,
11:34je me rends compte
11:35que les idées,
11:37le marxisme
11:38ou l'antimarxisme,
11:39à l'époque,
11:40j'étais partisan
11:40de l'autogestion,
11:41que ce n'est pas
11:42ce qui faisait vraiment
11:43recette dans le bocage local.
11:44À coûtance.
11:45Et je découvre...
11:45À coûtance.
11:46Et je découvre
11:47que ce qui marche,
11:48ce qui impressionne
11:49les électeurs,
11:49c'est que je suis capable
11:51de boire
11:52de grandes quantités
11:53de calvards
11:54sans apparemment
11:56être enivré.
11:57Et donc,
11:57tous les vendredis soirs
11:58et tous les samedis soirs,
11:59on organise,
11:59en hommage à Lino Ventura
12:01qui vient de faire ça
12:01dans un film
12:02qui s'appelait
12:03le boulevard du Rhum,
12:04Lino Ventura
12:04qui était aussi
12:06une petite idole
12:07pour moi à l'époque,
12:08on organise une chose
12:08qui s'appelle
12:09le boulevard du Calva.
12:10Donc,
12:11on mettait sur une grande
12:12table de ferme
12:13de ma permanence
12:14de campagne
12:14l'équivalent
12:15d'un litre de calva
12:17dans des petits verres,
12:18une quinzaine de verres.
12:20Un électeur partait
12:21d'un bout de la table,
12:22moi je partais
12:22de l'autre bout de la table
12:23et le gagnant
12:24était celui
12:25qui arrivait au milieu.
12:25On venait du fin fond
12:27de la sous-préfecture,
12:28la préfecture du...
12:28Pour participer au jeu.
12:30D'abord,
12:30pour voir l'hercule,
12:33candidat socialiste
12:34dont le principal argument
12:35électoral était ça.
12:35Et de réussir à boire
12:36sans être ivre.
12:37Et il faut quand même
12:37me dire, Bernard Lévy,
12:38que tout ça se termine mal
12:39puisque vous vous rendez compte
12:40finalement...
12:40Que je ne suis pas inscrit
12:44sur les listes électorales,
12:45pas éligible
12:46et je cède la place
12:48à un monsieur
12:49auquel je rends son dû
12:51dans le chapitre
12:52où je narre
12:53cette aventure
12:54par le menu.
12:54C'était un acte manqué ?
12:56Ce n'était pas pour vous
12:57la politique ?
12:58Probablement.
12:59Bien sûr,
12:59c'était un acte manqué
13:00et à mon avis
13:00de la part de François Mitterrand
13:02aussi
13:02qui avec cet art
13:04de pianoteur des âmes
13:06qui était le sien
13:07avait voulu me tester.
13:09Et il savait bien
13:10que ça n'allait pas ranger
13:10à mon avis.
13:11Un autre chapitre politique
13:12qui nous a beaucoup amusé
13:13c'est celui de votre rencontre
13:15avec Ségolène Royal.
13:16On est en 2007.
13:17On est au moment où...
13:19Pendant la campagne présidentielle
13:20en février
13:22et le point de départ
13:23de tout cela
13:23c'est que vous êtes au Crazy Horse.
13:25Alors là,
13:25le lien entre le Crazy Horse
13:26et Ségolène Royal...
13:28Et racontez-nous
13:29cette rencontre
13:30avec la candidate socialiste
13:31en 2007.
13:31Le point de départ de tout ça
13:32c'est que j'écris dans le Parisien
13:33un papier
13:34où je dis
13:35qu'elle est nulle
13:36et qu'il faut la débrancher.
13:38Le deuxième point de départ
13:39c'est que je me dis
13:39que je suis un con.
13:41Que c'est pas bien
13:42de dire ça.
13:44Que je participe
13:46du cœur machiste
13:47qui la disqualifie
13:48parce qu'elle est une femme
13:49etc.
13:49Et je la rencontre
13:50d'abord
13:51dans un restaurant
13:52à Paris
13:52un dimanche soir
13:53et je la trouve
13:54à l'époque
13:55ça a bien changé depuis
13:56mais je la trouve formidable.
13:57Et quelques jours plus tard
13:59elle m'appelle
13:59je suis en effet
14:00au Crazy Horse
14:01avec ma femme
14:01qui s'apprête
14:02à jouer
14:05à participer
14:05au spectacle
14:06du Crazy Horse
14:06et elle m'appelle
14:07est-ce qu'on peut se voir
14:08très vite ?
14:09Je la vois
14:10et elle me dit
14:11vous m'avez dit
14:12la dernière fois
14:13que nous nous sommes vus
14:13que c'était Pramedé
14:14si j'en avais besoin
14:15j'ai besoin
14:16mon discours
14:17mon grand discours
14:18de rentrée
14:18à Villepinte
14:20et demain
14:20et mon discours
14:21n'est pas prêt
14:22et elle me met sur la table
14:23d'un hôtel à Paris
14:24un énorme paquet
14:26de feuilles
14:28des centaines de feuillets
14:30qui étaient visiblement
14:31sortis
14:32d'ordinateurs différents
14:33de conseillers différents
14:35tout ça dans un désordre total
14:37une sorte de fatras
14:38Et vous vous retrouvez donc
14:39à écrire
14:39l'un des grands discours
14:41de campagne
14:41de Ségolène Royal
14:42Et je me trouve avec la nuit
14:42pour écrire le grand discours
14:45de début de campagne
14:46de Ségolène Royal
14:47dans des conditions
14:48en effet
14:49ubuesques
14:52croquignolesques
14:53que ce serait trop long
14:54à raconter
14:54enfin c'est dans le chapitre
14:56et voilà
14:57et c'est à la fois
14:58la misère
14:59et la grandeur
15:00de la politique
15:00parce qu'à l'époque
15:01cette femme
15:02était vaillante
15:04et j'ai cru
15:07à sa victoire
15:07et j'ai cru
15:08à l'hypothèse
15:09d'une femme
15:10entrant à l'Elysée
15:10Et aujourd'hui ?
15:12Aujourd'hui
15:14hélas
15:15ce qu'elle dit
15:16sur l'Algérie
15:17ce qu'elle dit
15:18sur la Russie
15:19ce qu'elle dit
15:20ce qu'elle vient de dire
15:21l'autre jour
15:22cette façon
15:22de demander
15:24à tous les juifs
15:25de France
15:25de s'exprimer
15:27sur les éventuels crimes
15:28commis par Netanyahou
15:30ça c'est pas possible
15:31donc je suis maintenant
15:32je suis hélas
15:33très très loin d'elle
15:34mais comme il faut toujours
15:37être proche
15:38de sa vérité
15:39c'est vrai
15:39qu'il y a 20 ans
15:40il s'est passé cela
15:41et l'honnêteté fait
15:42que je le raconte
15:43dans un chapitre
15:44des mémoires
15:45Alors vous en parliez
15:46tout à l'heure
15:47le livre fondateur
15:48de vos combats
15:49de votre pensée
15:50c'est la barbarie
15:51à visage humain
15:52paru en 1977
15:53c'est un plaidoyer
15:54pour une gauche
15:55anti-totalitaire
15:56la première phrase
15:57de ce livre
15:58c'est
15:58je suis l'enfant naturel
15:59d'un couple diabolique
16:01le fascisme
16:02et le stalinisme
16:03et vous terminez
16:04vos mémoires
16:05aujourd'hui
16:06en écrivant
16:07que 50 ans plus tard
16:07vous en êtes toujours là
16:09que le même couple infernal
16:12n'a pas disparu
16:13l'un appelant l'autre
16:14ça veut dire
16:15qu'on n'est pas sortis
16:16de ce risque totalitaire
16:18que ce combat là
16:19il a été perdu
16:21ça veut dire
16:22pour le dire
16:22en langue politique
16:23d'aujourd'hui
16:24que le culbuto
16:26d'aujourd'hui
16:27le culbuto
16:27ça passe à gauche
16:29quand on croit la mienne
16:29c'est le Front National
16:31le Rassemblement National
16:32et LFI
16:33et en effet
16:34quand j'entends partout
16:36là ces jours-ci
16:37on me demande
16:37que voteriez-vous
16:38en cas de deuxième tour
16:39on allait vous poser la question
16:40ah bah oui d'accord
16:40mais c'est une question
16:43insupportable
16:43bah oui mais qui peut arriver
16:45quand on regarde
16:45Bernard Lévy
16:46les sondages
16:47une des façons
16:48une des façons
16:48qu'elle arrive
16:49une des façons
16:50qu'elle arrive
16:50c'est de poser à tout propos
16:51la question
16:52et de nous la poser
16:53à nous-mêmes
16:53mais ça veut dire
16:54juste pour comprendre
16:54que vous renvoyez
16:55vous mettez un signe égal
16:56entre ces deux forces-là
16:57vous les renvoyez dos à dos
16:58oui
16:59si des périls
17:00comme je le faisais
17:01à l'époque
17:01de la barbarie
17:02à visage humain
17:03de ce point de vue
17:04je n'ai pas changé
17:05entre les populistes
17:07de Mélenchon
17:08et les populistes
17:10de Bardella
17:10entre les antisémites
17:13de LFI
17:13et les antisémites
17:15du Rassemblement National
17:16je vois pas au nom de quoi
17:17je mettrais
17:18un signe inégal
17:19Bernard Lévy
17:20sur l'aveu d'échec
17:21qui est celui
17:23que vous venez de décrire
17:24par rapport
17:24à la barbarie
17:25à visage humain
17:26quand vous voyez
17:26qu'à gauche
17:28Jean-Luc Mélenchon
17:29malgré les critiques
17:29que vous adressez
17:30est en tête
17:31dans les sondages
17:32il domine de la tête
17:32et des épaules
17:33les autres candidats de gauche
17:34c'est un échec
17:35de votre combat
17:36c'est un échec
17:38dans la bataille idéologique
17:39de ce que doit être
17:39la gauche en France
17:40Oui mais il n'y a pas
17:42que Jean-Luc Mélenchon
17:43j'attire votre attention
17:45tout de même
17:45sur le cas
17:46d'un jeune
17:48probable candidat
17:49qui s'appelle
17:50Raphaël Luxman
17:51et qui n'est pas
17:53très loin
17:53qui n'est pas très loin
17:55de penser
17:56ce que je suis en train
17:58de vous dire
17:58en ce moment
17:59jamais d'alliance
18:00avec LFI
18:01et pas de quartier
18:03avec le Rassemblement National
18:04Donc c'est lui
18:05votre candidat naturel
18:07c'était justement
18:07la question de civile
18:08au standard de France Inter
18:11Mon candidat
18:12sera le moment venu
18:13celui
18:16dont nous nous dirons
18:17dont je me dirais
18:18qui a le plus de chance
18:20d'empêcher
18:21ce face-à-face
18:22mortifère
18:23horrible
18:24horrible
18:24pour la France
18:25qui est le face-à-face
18:26dans un deuxième tour
18:27présidentiel
18:28de Le Pen et de Mme
18:28Alors celle qui a quand même
18:29le plus de chance
18:30d'accéder au pouvoir
18:31selon tous les sondages
18:32c'est Marine Le Pen
18:33et pas tellement
18:34Jean-Luc Mélenchon
18:35sa stratégie
18:37de dédiabolisation
18:38elle est mise à mal
18:40par les dernières révélations
18:41de Mediapart
18:42ses propos attribués
18:42à Jordan Bardella
18:43quand il a 17-18 ans
18:46profondément antisémite
18:47le juif doit dominer
18:48les autres peuples
18:49les écraser
18:50et les voler
18:51un sioniste
18:52est forcément juif
18:53et en profondeur
18:54en France
18:55il vous cite
18:55deux beaux exemples
18:57sont BHL ou Attali
18:58ça vous a surpris ?
19:00Non ça ne m'a pas surpris
19:02parce que moi j'ai toujours pensé
19:03que cette histoire
19:04cette histoire
19:05d'idée
19:06de dédiabolisation
19:07c'est du bidon
19:08vous savez
19:09c'est aussi un des thèmes
19:10que j'aborde
19:11il y a des récits
19:12dans mon livre
19:12mais il y a aussi
19:13des considérations
19:14philosophiques
19:15en passant
19:15et je pense que
19:17l'antisémitisme
19:18ça ne s'abolit pas
19:19par décret
19:20on ne décide pas
19:21un jour
19:21en réunion de bureau politique
19:23qu'on arrête
19:24d'être antisémite
19:24et qu'on décide
19:25d'être bouclé
19:25le Rassemblement National
19:26vous répondra
19:27que Marine Le Pen
19:28a exclu Jean-Marie Le Pen
19:29en 2015
19:30que Jordan Bardella
19:31et les membres
19:32du Rassemblement National
19:32viennent en plateau
19:33et dire
19:34il s'est rendu en Israël
19:36il est allé à Yad Vashem
19:37ça pour vous
19:38ça ne comprend pas ?
19:39Mais bien sûr que non
19:39on peut avoir été antisémite
19:42et ne plus l'être
19:43mais ça suppose
19:44un travail sur soi
19:45ça suppose
19:46une compréhension
19:47de son erreur
19:48ça suppose
19:49un cheminement intérieur
19:50croyez-moi
19:51qui est plus long
19:52qu'un vol Paris-Tal-Aviv
19:54Et d'ailleurs un mot là-dessus
19:55puisque en novembre 2023
19:57Jordan Bardella
19:58avait refusé de qualifier
19:59Jean-Marie Le Pen
19:59d'antisémite
20:00et dans la foulée
20:01vous aviez dit
20:01je crois que Jordan Bardella
20:02est antisémite
20:03il porte plainte contre vous
20:04et on a appris
20:06que cette plainte
20:06avait été abandonnée
20:09retirée
20:10quelques semaines
20:11avant la tenue du procès
20:12J'avais dit une chose
20:13qui me paraît
20:14tellement évidente
20:16un type qui est incapable
20:17de qualifier
20:19les propos les plus abjects
20:20de Jean-Marie Le Pen
20:21qui dit
20:22ah non
20:24rien à signaler
20:24c'est pas de l'antisémitisme
20:26il y a toute chance
20:28qu'il soit antisémite lui-même
20:29donc j'avais dit ça
20:30il avait fait le malin
20:31il avait roulé des mécaniques
20:32je fais un procès
20:32etc
20:33tout ça va se régler
20:34dans les tribunaux
20:34et puis il s'est dégonflé
20:36en effet
20:36juste avant le procès
20:38à mon grand dame
20:40parce que je peux vous dire
20:41qu'avec mon avocat
20:42Patrick Lugman
20:43on s'était bien préparé
20:44pour ce procès
20:45et on en avait découvert
20:46des vertes et des pas mûres
20:47mais ça on verra
20:48attendons déjà
20:49que Mediapart
20:50et rappelons que Jordan Bardella
20:52dit que tout ça est faux
20:53et que c'est une barbouzerie
20:55tout ça est faux
20:55le plus probable
20:56vous savez
20:57c'est que
20:58Jordan Bardella
20:59lui-même disait
21:00on élimine les brebis galeuses
21:02bah les brebis galeuses
21:03c'était le berger
21:04apparemment
21:05et on en aura la confirmation
21:07peut-être
21:07dans les jours qui viennent
21:09un dernier mot
21:11Bernard-Henri Lévy
21:12le dernier chapitre
21:13de votre livre
21:14s'appelle
21:14Adieu Grasset
21:15puisque le 10 avril dernier
21:17Olivier Nora
21:18refusant de publier
21:19un livre
21:20de l'éditeur
21:20de Jordan Bardella
21:21justement
21:22sera limogé
21:23dans la foulée
21:25vous partez
21:26avec lui
21:26après quoi
21:2754 ans de compagnonnage
21:29dans sa maison
21:30vous êtes le premier livre
21:32de sa nouvelle
21:33maison d'édition
21:35vous
21:35j'imagine que c'est
21:37avec une certaine fierté
21:39c'est avec
21:42avec un peu de tristesse
21:44quand même
21:44parce qu'en effet
21:45Grasset
21:45c'était ma maison
21:46depuis que j'ai 20 ans
21:48je suis rentré
21:48j'ai Grasset
21:49j'avais 22 ans
21:50je ne l'ai jamais quitté
21:51j'étais d'une fidélité
21:53en général
21:54je suis plutôt
21:54un garçon fidèle
21:55y compris
21:55à ma maison d'édition
21:57donc évidemment
21:57c'est un déchirement
21:58mais je suis très heureux
22:00très fier
22:00et très ému
22:01que ce livre
22:03porte pour la première fois
22:04la jaquette
22:05de cette maison d'édition
22:08Olivier Nora
22:09et vous reconnaissez
22:10Bernard Olivier
22:10avoir été naïf
22:11face à Vincent Bolloré
22:12puisque au moment
22:13du rachat
22:14d'un certain nombre
22:14de médias
22:15vous croyez
22:17en les engagements
22:17qui avaient été pris
22:18par Vincent Bolloré
22:19vous avez été naïf
22:20je suis comme tout le monde
22:21je suis
22:22il m'arrive
22:23peut-être plus souvent
22:24que d'autres
22:24enfin ça c'est une autre affaire
22:26il m'arrive d'être naïf
22:27et de croire les gens
22:28sur parole
22:29c'est vrai que lorsque
22:30Vincent Bolloré me dit
22:34j'ai la plus grande admiration
22:35pour Olivier Nora
22:36j'avais le plus grand respect
22:38pour son père
22:39Simon Nora
22:39grand commis de l'état
22:40conseiller de Jacques Delors
22:42etc
22:43et je ne toucherai jamais
22:44à un cheveu
22:45d'Olivier Nora
22:47je le crois
22:48quand il me le dit
22:49les yeux dans les yeux
22:50je le crois
22:51donc oui oui
22:51je me suis trompé
22:53ben voilà
22:53c'est ainsi
22:54j'ai pas fait tellement d'erreurs
22:56dans la vie
22:56celle-là
22:57on était une
22:58mais l'homme a changé
23:00mais l'homme a changé
23:02mais l'homme a changé
23:03entre un conservateur catholique
23:05qu'il était à l'époque
23:06et puis le pro-russe
23:09qu'il est devenu aujourd'hui
23:10il y a quand même un abîme
23:12donc l'homme a profondément changé
23:13je le crois
23:14merci Bernard-Henri Lévy
23:15d'être venu au micro
23:16de France Inter
23:17ce matin
23:18ce sont donc vos mémoires
23:19provisoires
23:20qui sortent chez Olivier Nora
23:22édition
23:22quoi ?
23:23dans la semaine ?
23:23dans quelques jours ?
23:24là là où ?
23:25ce matin
23:25ce matin
23:26merci beaucoup
23:27la revue de place à suivre

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