- il y a 2 heures
Depuis 2014, la guerre en Ukraine est au cœur d’un affrontement militaire, géopolitique et informationnel. Depuis le début de l’invasion russe en 2022, le récit dominant en Occident présente ce conflit sous un angle largement établi. Mais que révèlent les événements des douze dernières années lorsqu’on confronte les narratifs aux faits ?
Agrégé de sciences sociales et auteur de "Narratifs et réalité de la guerre en Ukraine 2014-2026", Sergueï Kolessnikow revient sur les origines du conflit, le rôle des États-Unis et les différents récits qui ont accompagné la guerre. Il évoque également la situation sur le front, les difficultés de l’armée ukrainienne, la mobilisation et l’évolution du rapport de force militaire.
Une analyse qui interroge aussi les objectifs américains, le rôle des Européens et l’avenir du conflit.
Agrégé de sciences sociales et auteur de "Narratifs et réalité de la guerre en Ukraine 2014-2026", Sergueï Kolessnikow revient sur les origines du conflit, le rôle des États-Unis et les différents récits qui ont accompagné la guerre. Il évoque également la situation sur le front, les difficultés de l’armée ukrainienne, la mobilisation et l’évolution du rapport de force militaire.
Une analyse qui interroge aussi les objectifs américains, le rôle des Européens et l’avenir du conflit.
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00:05Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom, aujourd'hui en compagnie de Sergueï Kolesnikov.
00:10Bonjour Monsieur.
00:11Bonjour Pierre.
00:12Sergueï Kolesnikov, professeur agrégé de l'université en sciences sociales, spécialiste des relations internationales,
00:19notamment entre la Russie et l'Occident, et votre dernier ouvrage, on en parle dans un instant,
00:23« Narratif et réalité de la guerre en Ukraine 2014-2026 » aux éditions RIC, à retrouver sur la boutique
00:33de TV Liberté.
00:34Alors, commençons avec vous, Sergueï Kolesnikov, est-ce que vous pouvez nous expliquer au juste ce qui se passe en
00:41ce moment sur le front ukrainien ?
00:45Est-ce un front gelé ? Y a-t-il un espoir de voir la paix arriver à court terme
00:52?
00:53Alors, est-ce un front gelé ? Si vous écoutez le narratif dominant des télévisions mainstream,
01:01évidemment c'est un front gelé, voire pire, l'armée, enfin pire pour la Russie, qui était en train de
01:08regagner le Donbass,
01:09l'armée ukrainienne reprendrait le dessus, c'est ce qui a été dit par exemple par Macron au sommet d
01:17'Ankara.
01:18C'est-à-dire que, c'est triste, mais triste à dire, je veux dire que depuis 2022, on n
01:23'a toujours pas compris,
01:24on fait semblant de ne pas comprendre quelle est cette guerre.
01:29On a commencé avec les chars, les blindés, ensuite on s'est aperçu avec l'apparition des drones FPV que
01:36ça n'allait plus,
01:37ensuite on a continué avec l'infanterie, et maintenant on en est déjà à envoyer des brigades de deux soldats
01:47pour infiltrer les zones,
01:49parce qu'avec les drones, vous ne pouvez rien faire de route.
01:51Dès que vous avez mis un pied dehors, vous êtes mort.
01:54Alors, c'est pour ça que le front paraît, paraît gelé.
01:59En réalité, si vous regardez les mois après mois, l'armée russe, elle avance inexorablement,
02:07et l'armée ukrainienne, elle recule.
02:10Ce qui est d'ailleurs assez paradoxal, Sergei Kolesnikov, c'est qu'on essaie quand même de nous expliquer
02:15que la Russie serait en difficulté sur le front ukrainien, tout en nous disant que la Russie veut envahir, va
02:22envahir l'Europe.
02:23– Tout à fait. Alors, on nous dit qu'effectivement qu'elle est en difficulté,
02:27c'est-à-dire qu'on n'a toujours rien compris à cette guerre.
02:30Comme je vous disais, vous avez deux frontassins qui sont chargés d'infiltrer les lignes,
02:36et ensuite ça avance comme ça.
02:39Eh bien, en réalité, le front paraît gelé, mais il faut voir à l'intérieur de l'armée russe
02:50et à l'intérieur de l'armée ukrainienne comment ça se passe.
02:53L'armée ukrainienne, vous le savez très bien, il y a au bas mot un million de morts,
02:59avec les blessés, avec les environ 400 000 personnes qui sont des déserteurs,
03:06on arrive à 2 millions de personnes qui sont out.
03:10On recrute les gens de force.
03:13Les Ukrainiens ne veulent pas aller se battre.
03:15Il n'y a aucun sentiment…
03:17Est-ce que se battre pour quoi ?
03:19Pour se battre pour l'Ukraine, oui, mais pour se battre pour un mafieux
03:22qui s'appelle Zelensky et qui dirige un clan mafieux à Kiev ?
03:27Bien sûr que non, ils ne veulent pas y aller.
03:29Et maintenant qu'ils n'ont plus d'hommes,
03:31eh bien, Zelensky envoie les femmes.
03:33Donc, ils n'ont plus de munitions,
03:35ils n'ont plus pratiquement d'aide de la part des Américains.
03:43Ils ont arrêté.
03:43Nous, tout le monde explique qu'il va falloir réduire, réduire,
03:48sinon pas arrêter, parce que quand même, les élections approchent.
03:51Et puis, les gens se rendent compte qu'on n'a plus rien à donner.
03:55Donc, je dirais que, si vous voulez, pour résumer,
03:58l'armée russe, elle avance en économisant ses soldats,
04:02en agissant intelligemment.
04:05Là, actuellement, c'est Kramatorsk et Slaviansk
04:08qui sont en voie d'encerclement.
04:10Et après, tout le Dombas est libéré.
04:11Et puis après, la voie est libre pour aller éventuellement plus loin.
04:15Tandis que l'armée ukrainienne, elle se bat dans des conditions atroces.
04:20Elle n'a… La population est affamée.
04:25Enfin, elle n'a plus d'eau, d'électricité, de chauffage.
04:28Les soldats sont souvent isolés, mal commandés, abandonnés.
04:33Et ils aimeraient bien pouvoir se rendre.
04:36Seulement, il y a les bataillons néo-nazis
04:41qui sont derrière comme faisait Trotsky avec l'armée rouge.
04:44On tirait dans le dos de ses propres soldats pour les empêcher de reculer.
04:48– Alors, on a pour l'Occident,
04:50dans cette vision, l'attaque russe en Ukraine du 24 février 2022
04:55serait une guerre d'agression de Poutine
04:57qui voudrait rétablir les frontières de l'URSS.
05:00Et pour la Russie, c'est la décision, dites-vous,
05:02de stopper 20 ans d'impérialisme des États-Unis.
05:06Où est le vrai ?
05:07– Alors, moi, je commence mon bouquin en disant…
05:10Vous savez, Jean-Noël Barraud, il a dit
05:12« Oui, c'est une opération préparée de longue date, planifiée, etc. »
05:17– Alors, pour une opération de préparée de longue date,
05:20les Russes ont commencé à attaquer à un Russe contre trois Ukrainiens.
05:24C'est stupide.
05:26D'ordinaire, sur le plan militaire, une offensive se prépare à un,
05:30à trois contre un.
05:31Voilà, sinon on n'a aucune chance.
05:33Ça prouve bien que c'était fait dans l'urgence.
05:35D'ailleurs, on a bien vu comment ça s'est déroulé
05:37avec la colonne de chars qui effonçait sur Kiev,
05:40qui était désorganisée, qui manquait de pétrole, etc.
05:44En fait, la guerre, elle a été menée pour échapper au plan américain
05:50« Standing Russia », qui était un plan machiavélique,
05:54mais du point de vue américain, très bien mené.
05:57C'est-à-dire que les Américains, bon, on ne va pas reprendre toute l'histoire,
06:00mais c'est développé dans le bouquin,
06:01ont utilisé le proxy ukrainien pour délivrer le Donbass et la Crimée,
06:10en agissant selon la fameuse plateforme crimée de Zelensky.
06:17Zelensky, d'ailleurs, qui avait été élu pour la paix.
06:21– Oui, pour faire la paix.
06:23– Pour appliquer les accords de Minsk 1 et 2, de 2014 et 2015.
06:28– Oui, il a été élu pour faire la paix, mais très rapidement,
06:32il s'est aperçu, d'ailleurs, il a dû lui-même, moi je suis un comédien,
06:35je ne connais rien à la politique, il s'est aperçu très rapidement
06:38que les Américains sont là, qui le tiennent au collet,
06:42parce que c'est eux qui financent, les oligarques sont là,
06:47c'est Kolomoisky, l'oligarque qui a fait monter Zelensky,
06:51qui le tiennent au collet.
06:52Et les néo-nazis sont là aussi, qui sont la garde prétorienne de ces oligarques.
07:00C'est d'ailleurs, en quelque sorte, curieux d'ailleurs.
07:03Les gens ont dit, oui, mais c'est une idiotie,
07:06comment des nazis peuvent-ils protéger des juifs ?
07:10C'est la situation, mais c'est ainsi.
07:12La relation est très, très complexe.
07:16Les oligarques ukrainiens ont besoin de ces groupuscules ultra-nationalistes
07:24pour se maintenir en place au pouvoir.
07:27Et maintenant, il sert le collet à Zelensky,
07:29qui a été, et l'ont dit carrément, je ne sais plus quel dirigeant,
07:33lui a dit, si tu appliques ton programme de paix, nous, on te zigouille.
07:38Donc, pas question de faire la paix, tu vas faire la guerre.
07:41Et alors, le pauvre Zelensky s'est retrouvé comme ça, piégé,
07:47dans une situation où, au bout d'un an et demi de présidence,
07:51l'économie ukrainienne est vraiment au fond du trou.
07:56Sa cote de popularité passe de 75% à 25%.
08:01Son conseiller, Arestovitch, lui dit, écoute, Volodymyr,
08:07moi, je sais, je suis persuadé que les Russes vont nous attaquer,
08:10de toute manière, vers 2021-2022.
08:14Si on a une chance de raccrocher les wagons pour aller vers l'OTAN,
08:19il faut, à ce moment-là, essayer la carte américaine.
08:23On a essayé la carte soviétique.
08:26Bon, on n'était pas très, très bien contents.
08:28On va essayer la carte américaine.
08:29Et ce Arestovitch, vous n'en connaissez pas plus que Zelensky,
08:35mais c'est ce qu'il fallait pour les Américains.
08:37C'est pour ça que Joe Biden, il arrive, lui,
08:40il envoie son ministre des Affaires étrangères, Anthony Blinken.
08:47Il signe un partenariat stratégique fin 2021
08:53avec Dmitry Kouléba, son homologue ukrainien,
08:57en lui disant, vas-y, mon gars, tu attaques, et nous, on te soutient.
09:01On te livre des armes, des munitions, des dollars,
09:04tout ce que tu veux jusqu'à la fin.
09:06On te soutient.
09:07Et, bon, il était piégé.
09:09Alors, tout le monde piège quelqu'un dans cette histoire.
09:13– Alors, on se souvient quand même des relations russo-américaines,
09:17telles qu'elles étaient au début des années 90.
09:21On se souvient de ce fourrure entre le président Clinton et le président Eltsin.
09:26C'était à la Maison-Blanche en 95.
09:28On se souvient aussi qu'après les attaques, en tout cas les événements du 11 septembre,
09:33Vladimir Poutine s'était engagé auprès des États-Unis
09:35dans cette guerre internationale contre le terrorisme.
09:39Qu'est-ce que les Américains, c'est un peu la thèse de votre ouvrage,
09:43avaient derrière la tête, malgré cette bonne entente ?
09:46– La bonne entente, à l'époque d'Herbert Bush, le papa Bush,
09:51elle était en quelque sorte honnête encore.
09:55Il s'agissait de transformer l'OTAN en une organisation pacifique,
10:00de coopération économique, c'était merveilleux.
10:03Mais arrivera assez rapidement Bill Clinton.
10:08Bill Clinton, justement, alors là on est dans les années Yeltsin.
10:12Et pour Bill Clinton, un Yeltsin, c'est merveilleux.
10:15– C'est un vieil alcoolique.
10:17– Un vieil alcoolique qui offre aux Américains la Russie
10:22comme un quartier de bœuf à la découpe.
10:24Il n'y a plus qu'à se servir d'ailleurs.
10:26C'est pour ça qu'il va lui financer sa réélection en 1996.
10:31Donc du point de vue…
10:32– Alors Clinton, alors pourquoi va-t-il…
10:35Parce que c'est lui qui va trahir les engagements pris avec Gorbatchev
10:39entre James Baker et Gorbatchev et Helmut Kohl.
10:43– Oui, selon lequel l'Ukraine devait rester un État neutre.
10:46– L'Ukraine devait rester un État neutre.
10:48– Et l'OTAN ne pas aller davantage plus à l'Est.
10:51– Exactement, rester un État neutre,
10:53ça c'était le mémorandum de Butapest.
10:56Et rester un…
10:58Et ne pas aller plus loin vers l'Est,
11:02pas un pouce vers l'Est.
11:04Alors ça, il a décidé de trahir cette position.
11:07Moi je me suis demandé pourquoi,
11:09dans un autre bouquin j'y réponds,
11:11je pense que, un, il y avait quand même,
11:14il ne faut pas oublier la poussée du lobby militaire ou industriel
11:18qui a besoin de guerre pour vendre ses armes
11:21et a besoin de faire rentrer tous les pays de l'Est dans l'OTAN
11:24pour lui fournir des armes.
11:26Deuxièmement, il y a le fait que la Russie, à cette époque-là,
11:32elle est au fond du trou, économiquement parlant.
11:34C'est ça, elle connaît sa crise de 29, si vous voulez.
11:38Le PIB est divisé par deux.
11:40Les salaires ne sont quasiment plus payés.
11:43C'est la mafia qui règne, le pouvoir ne contrôle plus rien.
11:46C'est pour ça que Clinton est content.
11:48Et finalement, c'est le moment ou jamais, d'un point de vue américain,
11:52de se débarrasser définitivement de ce compétiteur éventuel
11:58et un petit peu encombrant,
12:02en prenant le pouvoir via une énième révolution colorée.
12:10Enfin, les révolutions colorées, elles arriveront vers les années 2000.
12:14Alors justement, les révolutions colorées, c'est la révolution dite du Maïdan,
12:19dont on commence à connaître, à apprendre,
12:22qu'elle a été largement organisée, financée par les services de renseignement américains.
12:29Les États-Unis, donc, après cette révolution,
12:31installent le régime de M. Yatsenyuk
12:35et 12 bases militaires sur le territoire ukrainien.
12:39C'est cela le ferment de la guerre civile qui va naître en Ukraine ?
12:43Oui. Alors, rapidement, le Maïdan arrive parce que les accords d'association
12:50entre Yanukovitch et l'UE sont rompus.
12:54Mais il faut dire que l'UE ne veut pas ouvrir son porte-monnaie
12:59à un régime ukrainien qui est en faillite, qui n'a plus d'argent,
13:03alors que Vladimir Poutine offre 15 milliards de dollars
13:07et un contrat gazier hyper intéressant.
13:10Yanukovitch, qui avait les deux fers au feu,
13:13je fais monter les enchères, choisit forcément Poutine.
13:16Et puis, heureusement, parce qu'il se rend compte finalement
13:19que du point de vue allemand, c'est un piège.
13:24L'Ukraine, au lieu de se développer en rentrant dans l'UE,
13:29aurait été un réservoir de travailleurs à bas salaire
13:32pour l'industrie allemande.
13:33Alors maintenant, ces accords de coopération sont niés.
13:39En fait, ils seront effectivement appliqués en 2016.
13:42Ils ne vont rien apporter de bon.
13:45Donc, du coup, les gens manifestent dans la rue.
13:48Au départ, c'est bon enfant.
13:49Mais il y a les Américains qui sont là,
13:54qui entraînent les gens, enfin les paramilitaires.
14:01Oui, les manifestants et surtout les paramilitaires
14:05qui manifestent aussi dans la foule
14:08et qui se tiennent prêts.
14:11Pendant ce temps-là, il y a Victoria Nuland
14:12qui arrive sous secrétaire d'État.
14:14Elle arrive pas toute seule avec John McCain.
14:17Elle arrive, ils vont dans la rue,
14:20ils prennent des contacts avec l'opposition ouvertement.
14:24Et donc, tout est prêt pour que les néo-nazifs
14:28transforment ces manifestations bon enfant en…
14:32– Guerre civile.
14:33– Attendez, avant la guerre civile, en insurrection.
14:37– Oui.
14:37– Grâce aux snipers qui ne sont pas des snipers de Yanukovitch,
14:42qui sont au contraire des snipers des manifestants
14:46qui vont tirer sur leurs propres hommes et…
14:51– Pour mettre le feu aux poudres.
14:53– Pour mettre le feu aux poudres.
14:54D'un point de vue nazi, pas de problème.
14:57L'essentiel, c'est d'arriver à ses fins.
15:00Alors, c'est ça qui va faire que les groupes,
15:06comme le Pravi Sector et Svoboda, vont sortir de l'ombre,
15:10vont créer le chaos, vont prendre le pouvoir.
15:13Dès trois jours après, Yanukovitch est contraint…
15:19Yanukovitch, le président, légitimement élu tout de même,
15:22est contraint de s'en aller.
15:24Et un régime policier prend la place, un régime policier à la botte des Américains,
15:29qui est un régime avec… qui ressemble fort à un régime ultra-nationaliste néo-nazi.
15:35Et alors, la guerre civile, c'est que ce régime applique son programme, quoi.
15:40C'est-à-dire pour les sous-hommes de l'Est,
15:46les sous-hommes, c'est-à-dire les ukrainiens de l'Est.
15:48– Les russophones, il s'agissait de les interdire de parler russe.
15:51– Alors, on leur interdit leur langue, on leur interdit leur culture,
15:56on leur interdit leur histoire, on leur interdit leur identité.
16:00Alors que pendant la Deuxième Guerre mondiale,
16:02ils ont laissé, il y a 4 millions d'Ukrainiens qui se sont battus avec l'armée rouge.
16:06Tandis que de l'autre côté, du côté de Lvov,
16:12enfin ce qu'ils appellent Lvov, qui était auparavant…
16:16Enfin, non, ils appellent Lviv.
16:18Avant, c'était Lemberg, du temps de l'Empire autrichien.
16:21Ils vont se battre avec Hitler, pour Hitler.
16:27Parce que l'Ukraine, c'est une plaque tectonique, vous voyez.
16:32– Le fameux Heartland.
16:33– Oui, le fameux Heartland des Américains.
16:35Il faut absolument prendre pied sur le Heartland
16:38pour repousser la Russie vers l'Eurasie au fin fond.
16:43Et ensuite, espérer prendre le…
16:46Parce que c'est toujours le but des Américains,
16:48prendre la domination mondiale.
16:50Là, je fais une incidente, mais l'ADN des Américains,
16:54c'est pas de s'arroger le pouvoir mondial comme ça pour en extraire l'argent.
17:02Non, c'est… Dieu veut que l'Amérique dirige le monde.
17:06Ils en sont convaincus depuis…
17:08C'est la raison pour laquelle les accords de Minsk 1 et 2
17:11n'ont pas été faits, appliqués par l'Allemagne et la France,
17:14qui en étaient des signataires de ces deux accords.
17:18Il fallait, en fait, c'est ce que dira Mme Angela Merkel,
17:23c'était du temps gagné pour armer l'Ukraine contre la Russie.
17:27– Tout à fait. Alors, Minsk 2, c'est 2015.
17:33Entre-temps, il ne faut pas oublier que Reagan, donc, est arrivé,
17:38Herbert Bush, etc.
17:38On est en pleine révolution ultralibérale.
17:41C'est-à-dire que toutes les idées se…
17:44Parce que, rappelez-vous, avant, il y a 20 ans,
17:48il y avait encore des idées keynésiennes, marxistes, régulationnistes,
17:54institutionnalistes, etc., ne reste plus que la révolution ultralibérale
17:59au sein de laquelle, dans cette ambiance, si vous voulez,
18:02Sarkozy va rejoindre le commandement intégré d'OTAN.
18:06Tout le monde s'aligne sur cet atlantisme.
18:10On est convaincu que, comme disait Fukuyama en 1992,
18:16c'est la fin de l'histoire.
18:17Voilà, l'Amérique a gagné la guerre froide, c'est la fin de l'histoire.
18:21Le modèle américain, il faut le suivre.
18:23Sauf qu'il y a cet axe Paris-Berlin-Moscou
18:27qui va émerger avec l'arrivée de Vladimir Poutine.
18:32On se souvient que Vladimir Poutine s'entendait extrêmement bien
18:35avec le président Chirac, il l'appelait même le professeur.
18:37Et puis, il avait aussi des relations très cordiales avec Angela Merkel.
18:41Et tout cela déplaisait, évidemment, aux anglo-saxons.
18:44Eh bien, effectivement.
18:46Alors là, c'est peut-être le point fondamental.
18:49C'est-à-dire que le développement…
18:51Alors, on avait commencé dans les années 2010 à coopérer avec la Russie.
18:57C'est-à-dire que nos entreprises françaises étaient sur le marché russe.
19:01Les entreprises allemandes aussi.
19:03Nous, on avait Renault.
19:04– Total, M. de Margerie qui a peut-être laissé la vie.
19:07– Oui, sans doute, oui.
19:09Il ne fait pas bon s'opposer aux Américains.
19:13Mais il y avait, bon, toutes nos entreprises, les Allemands.
19:16Et puis, il y avait surtout Nord Stream 1 qui apportait du gaz pas cher,
19:20notamment à l'industrie allemande,
19:23qui lui permettait de fabriquer les machines outils,
19:27l'automobile, vendre tout ça à la Chine.
19:30C'est un axe de développement fabuleux.
19:32Comme il s'en était construit un,
19:34il y a longtemps, du temps du Tsar Nicolas II.
19:36Mais ça, ça va directement contre les visées américaines,
19:41contre le projet Brzezinski.
19:43C'est l'horreur, l'horreur de base pour les Américains.
19:48Ça veut dire qu'ils vont être rejetés à la mer, en quelque sorte.
19:52Donc, il faut absolument que ce projet n'arrive pas.
19:55C'est pour ça que, finalement, ils vont faire sauter Nord Stream 2.
19:59– Et dites-vous, c'est bien l'élection,
20:01l'arrivée au pouvoir du président américain Biden
20:04qui va précipiter l'invasion russe de l'Ukraine.
20:08– Absolument, parce que Biden, lui, il a rangé son frein
20:11pendant dix ans en tant que vice-président d'Obama.
20:16Son rêve, c'est un petit peu poulidor par rapport à Ancetil.
20:21Il est toujours arrivé après, il n'a jamais gagné.
20:24Mais pendant ce temps-là, il est arrivé quand même, in fine,
20:27il a été président des États-Unis d'Amérique un peu tard.
20:31Il était déjà âgé, même très âgé, tellement âgé qu'en fait…
20:36– Il faisait des petites crises de sénilité.
20:38– Il faisait des petites crises de sénilité.
20:40Et derrière, c'était Blinken et Obama qui tiraient les ficelles.
20:45Mais bon, il arrive en position de…
20:48Pour lui, il va obtenir enfin le Graal, quoi.
20:52C'est-à-dire le projet Brzezinski.
20:55C'est-à-dire, je vais permettre à l'Amérique
20:59de dominer le monde, enfin.
21:02– Il avait d'ailleurs aussi quelques petits intérêts financiers
21:04avec son fils en Ukraine.
21:06– Oui, Burisma, oui.
21:07D'ailleurs, là, il s'est même vanté d'avoir fait sauter
21:12le haut procureur ukrainien qui dérangeait, justement,
21:16qui se mettait son nez un peu trop près dans les affaires de son fils, quoi.
21:20C'est-à-dire le degré d'emprise des Américains sur Kiev, voilà.
21:27– Alors, après le lancement de cette opération spéciale,
21:30le 24 février 2022, on s'en souvient,
21:33il y a eu des accords de paix qui se sont organisés
21:36en Turquie, à Istanbul exactement,
21:39et qui devaient aboutir le 29 mars 2022 sur une paix.
21:46Les Ukrainiens et les Russes étaient mis autour de la table,
21:50mais cette paix n'est pas advenue.
21:51– Alors, c'est encore un point capital,
21:55parce que nos médias mainstream,
21:59ou souvent semblant ne pas comprendre,
22:01ou réellement ne comprennent pas,
22:03moi j'opterais plutôt pour la deuxième option,
22:07ils ne comprennent pas que, en réalité,
22:11comme Poutine l'avait dit,
22:13au bout de quelques jours, la paix sera gagnée.
22:15C'était une opération militaire spéciale,
22:18ce n'était pas une guerre,
22:19c'est une super opération commando,
22:21un peu comme fera Trump sur le Venezuela.
22:26Alors, effectivement, au bout de 4 jours de combat,
22:32Kiev a perdu la partie,
22:34et les premières négociations ont lieu sur la frontière biélorusse.
22:39Et ces négociations vont mener au bout d'un mois
22:42à cette fameuse paix d'Istanbul,
22:45signée par Zelensky,
22:47enfin, par RAF interposé,
22:49signée par Zelensky et par…
22:53– Lavrov, peut-être.
22:55– Non, par Poutine et Zelensky.
23:00Donc, et cette paix, évidemment,
23:02ne fait absolument pas l'affaire des Américains,
23:05puisque, eux, ça fait 20 ans
23:07qui se préparent à cette guerre,
23:09à provoquer cette guerre,
23:11à allumer le feu.
23:12En fait, l'ADN de l'Amérique,
23:14l'Amérique, elle est guerrière,
23:15elle est belliqueuse,
23:16elle veut dominer le monde,
23:18ça a toujours été…
23:19On ne s'en rend pas bien compte
23:20parce qu'on a eu la guerre froide.
23:23Nous, les Américains jouaient le rôle
23:24de gentils défenseurs,
23:25mais ce n'est pas leur ADN.
23:27Leur ADN…
23:27– On sait que l'Amérique,
23:28depuis sa naissance,
23:30n'a connu que 15 années de paix
23:31sans guerre extérieure.
23:33– Absolument.
23:34Donc, qu'est-ce qui s'est passé
23:35pour faire capoter cette paix ?
23:37C'est très simple.
23:38Boris Johnson et les Chevelets
23:40est venu rencontrer Zelensky
23:44et lui donner les ordres de l'Amérique.
23:47Il faut absolument que tu continues la guerre.
23:50C'est nous qui te finançons.
23:52Ne l'oublie pas.
23:53De toute manière, on va gagner
23:55parce que là…
23:56Oui, je n'avais pas dit
23:58qu'en quatre jours,
24:00l'armée russe a fait ça en quatre jours.
24:02Il n'avait pas encore
24:03les renseignements de Starlink
24:05parce qu'Elon Musk n'avait pas donné…
24:08Il lui faudrait quatre jours
24:09donner les terminaux de Starlink.
24:12Et ça, c'est crucial.
24:13Donc, Boris Johnson
24:19oblige finalement,
24:21il ne laisse pas le choix à Zelensky,
24:22de continuer la guerre.
24:24Et c'est pour ça que la CIA,
24:26comme chaque fois qu'elle a besoin
24:27de faire passer une guerre,
24:30organise une petite mise en scène.
24:32Vous vous souvenez,
24:33les petites fioles de Colin Powell
24:35pour attaquer l'Irak,
24:37ou bien les faux massacres de Benghazi,
24:40ou bien les chernétis Michouara.
24:42Ce qui s'est passé à Boucha, selon vous ?
24:44C'est exactement ce qui s'est passé.
24:45Alors, ce n'est pas selon moi.
24:46On a des preuves.
24:48Quand vous regardez…
24:49Les massacres de Boucha
24:51ont été non pas organisés par les Russes,
24:53mais par le camp d'en face ?
24:54Oui, quand vous regardez bien les vidéos,
24:56vous voyez que ces cadavres sont frais.
24:59Ils sont frais de la veille.
25:00Et la veille,
25:02c'est l'arrivée du régiment Azov.
25:05À Boucha, les Russes sont partis
25:07déjà depuis quelques jours.
25:09Et on nous fait croire
25:10que ces cadavres étaient là par terre
25:11depuis trois semaines.
25:12Ils devraient être en décomposition.
25:14On sait, avec le logiciel Sankal,
25:18calculer l'heure exacte
25:20à laquelle les images ont été prises.
25:24Eh bien, c'est le 1er avril,
25:25au début de l'après-midi.
25:27Et la radio de Kiev crache le morceau.
25:30Nos troupes sont en train d'opérer un nettoyage.
25:34– Et on a entendu récemment
25:36le ministre français des Affaires étrangères,
25:39M. Barrault, nous expliquer
25:40que c'est aujourd'hui la Russie
25:42qui est en difficulté économique
25:46pour financer sa guerre.
25:47Qu'en est-il, en réalité ?
25:48– Oui, en réalité,
25:50c'est exactement l'inverse.
25:51Si vous voulez savoir la vérité,
25:53c'est simple,
25:53vous prenez ce que disent nos médias
25:56et vous l'inversez.
25:58C'est-à-dire qu'en réalité,
25:59c'est nous qui sommes au fond du gouffre,
26:03qui dépensons,
26:04nous avons une dette effroyable.
26:06Le pire est à venir,
26:08le gazole, le chauffage,
26:09tout va flamber.
26:11Déjà, on a eu une flambée
26:12du prix de l'énergie
26:13lorsque la guerre avait commencé.
26:16Alors que si vous regardez la Russie,
26:19évidemment, je ne vais pas dire
26:21qu'elle se porte…
26:21– La Russie est désendettée déjà.
26:23– La Russie n'a pas de dette.
26:25La Russie n'a pas de dette.
26:26Son déficit est très léger.
26:31Le patriotisme, surtout,
26:33est au zénith.
26:33Plus Zelensky frappe l'URSS,
26:37et plus les Russes demandent
26:39qu'on tape fort, quoi.
26:42Et Poutine retient, retient.
26:45S'il voulait en finir rapidement,
26:46ce serait très facile.
26:48Mais c'est quand même…
26:49Il est venu pour protéger
26:51les Russes du Donbass,
26:52il ne faut pas oublier.
26:53– Il a redit il y a quelques jours
26:55qu'il ne voulait pas de mal à l'Europe
26:58et au contraire qu'il voulait réorganiser
27:01la coopération économique avec elle.
27:03– Mais on se demande vraiment
27:06qu'est-ce qu'il aurait besoin
27:08de rentrer en Europe,
27:10dans un pays qui serait un fardeau financier monumental,
27:15avec des gens qui sont mal positionnés envers lui,
27:20puisque la propagande a fait son effet.
27:22Puis la Russie est largement assez grande.
27:25– C'est le plus grand pays du monde
27:27et ils ont toutes les ressources imaginables.
27:29– Mais oui, qu'est-ce que vous voulez que…
27:30Non, il faut, comme le disait le général de Gaulle,
27:35reprendre contact.
27:36D'ailleurs, c'est ce que va faire l'Allemagne avant nous,
27:40puisque chez nous, le RN ne comprend rien à rien.
27:44Dominique de Villepin…
27:45– Ils veulent quand même le RN stopper
27:47les financements à l'Ukraine.
27:49– C'est déjà un moindre mal.
27:51– Parait-il, oui.
27:52Mais enfin, vous prenez de Villepin, par exemple,
27:54lui, il avait compris pour la guerre d'Irak,
27:56mais là, pour la guerre d'Ukraine, il n'a rien compris.
27:59Il faut continuer à protéger l'Ukraine
28:03puisqu'elle représente une démocratie.
28:06C'est-à-dire que, vu l'allure
28:10que prend notre Union européenne de Bruxelles,
28:13qui n'a plus de démocratie que le nom
28:16et qui devient un monstre bureaucratique,
28:19néo-dictatorial orwellien,
28:21effectivement, on est très proche
28:23de l'Ukraine néo-nazide aujourd'hui.
28:25– Oui, ça oui, en ce sens-là, oui.
28:27– La meilleure synthèse de cette guerre en Ukraine
28:31est expliquée dans ces pages
28:33« Narratif et réalité de la guerre en Ukraine »
28:36de Sergei Kolesnikov.
28:38Merci, monsieur.
28:39– Merci, Pierre.
28:40– Sous-titrage Société Radio-Canada
28:43–