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  • il y a 7 minutes
Le réalisateur Emmanuel Marre présente son film "Notre salut", primé à Cannes. Attendu en salles le 30 septembre, il retrace le parcours sous le régime de Vichy de son arrière-grand-père, fonctionnaire au ministère du Travail.

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Transcription
00:00France Inter, la grande matinale, Sonia de Villers.
00:08Je ne vous le dis pas, tous les quatre matins, notre salut frôle le chef-d'oeuvre.
00:14Plongée au cœur du régime de Vichy, pas de pétain, pas de Laval, pas de darlant, aucun des grands visages
00:20de la collaboration.
00:22Des dixièmes couteaux et en fil rouge, un quidam, Henri Marre, fonctionnaire au ministère du Travail.
00:27Un maréchaliste qui peu à peu devient sur le terrain un rouage de l'État français au service des nazis.
00:34Pas de folklore, pas de fausse désuétude, aucun mode d'emploi.
00:38Ceux qui ont rallié Vichy arrivent de familles politiques qui font corps d'abord, puis se déchirent, puis s'affrontent.
00:44Toutes les séquences sont sur le fil, mise en scène d'une subtilité qui rend le résultat totalement hypnotique.
00:50C'est du grand cinéma.
00:51Le film est signé Emmanuel Marre, arrière petit-fils de l'obscur Henri Marre, portrait numéro 184.
01:00Bonjour Emmanuel Marre.
01:02Bonjour.
01:03Notre salut a été primé à Cannes.
01:05C'est un film France Inter, fierté.
01:07Il sera au cinéma le 30 septembre avec Swan Arlo dans le rôle de ce fameux Henri.
01:13avec Sandrine Blanck, extraordinaire, dans le rôle de Paulette, l'épouse d'Henri.
01:20Tous les deux sont d'une très grande justesse.
01:23Extrait.
01:23Voyons ce que l'avenir réserve à notre patriote du management.
01:28S'il vous plaît.
01:36Les lignes, vous voyez, sont très peu marquées.
01:41Pas du tout creusées.
01:44C'est étonnant, j'ai rarement vu ça.
01:47En tout cas, je peux vous assurer que vous êtes à l'abri.
01:49À l'abri de quoi ?
01:53Il n'y a pas de doute qu'il vous arrive, quoi que ce soit d'exceptionnel.
01:57Qui est Henri Marre, votre personnage, lorsqu'il débarque à Vichy ?
02:03Emmanuel Marle, je parle de Henri Marre, votre personnage de cinéma.
02:07Votre arrêt grand-père, on verra après.
02:09Qui est Henri Marre, donc ? Un homme convaincu ?
02:11Alors, Henri Marre est un peu à la fois un mystère et quelqu'un d'assez commun.
02:18C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est avant tout traumatisé par la défaite.
02:23Et c'est aussi quelqu'un qui a vécu lui-même une défaite personnelle.
02:29C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est un consultant,
02:35donc une sorte d'ancêtre des consultants actuels de management.
02:41Et voilà.
02:42Le terme qui existait déjà ?
02:43Alors, le terme existe déjà aux Etats-Unis.
02:45On en reparlera en France.
02:47Ça s'appelle science de gestion.
02:48Mais si vous mettez science de gestion dans un film,
02:51les gens pensent que vous filmez un comptable.
02:53C'est ça.
02:55Donc, voilà.
02:56Et il a ce moment, c'est quelqu'un qui n'a jamais fait de politique,
03:01qui est quelqu'un qui vient de la bourgeoisie,
03:04et qui à un moment, il y a une sorte de confusion dans sa tête,
03:08où il confond sa propre défaite et la défaite du pays.
03:13Et il se met en tête de redresser le pays.
03:15Et il écrit un ouvrage, à moitié à compte d'auteurs,
03:19qui s'appelle « Notre salut », qui donne le titre du film,
03:22où il entend proposer des solutions au pays.
03:26Mais c'est intéressant ce que vous dites.
03:28C'est-à-dire que, est-ce que c'est un opportuniste ?
03:30C'est-à-dire, est-ce que ce qui l'intéresse, dans le fond,
03:33c'est son propre accomplissement ?
03:36Son éperdu besoin de reconnaissance ?
03:39Lui, qui est un raté, qui a fait faillite plusieurs fois,
03:43et qui se croit en réalité victime des élites.
03:46C'est-à-dire, on sent bien que pour ce personnage,
03:49tout le monde est responsable de sa faillite, pas lui.
03:53Alors, c'est vraiment une question qui est le fil rouge du film,
03:59qui est la question de savoir s'il participe,
04:03ce à quoi il participe, par opportunisme ou par conviction.
04:07Moi, j'ai l'impression qu'en fait, de toute manière, les deux sont liés.
04:10C'est-à-dire qu'en fait, on questionne ça.
04:13C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui veut être dans la lumière,
04:16qui estime qu'il n'a jamais eu la place qu'il voulait.
04:18Mais, d'une certaine manière, il y a un déport où il se dit
04:21qu'il faut travailler à un régime où ceux qui en valent la peine,
04:27on en reparlera sur la question de l'égalité,
04:30doivent être au premier plan.
04:31C'est ça.
04:32Et qu'en fait, c'est cette question de la conviction et de l'opportunisme.
04:36Finalement, ce n'est pas forcément la question,
04:40c'est la porte d'entrée.
04:41Mais la question, au fond, c'est vraiment de voir,
04:44de revenir à qu'est-ce que l'on fait concrètement.
04:47Concrètement.
04:48Et pour qu'on comprenne bien,
04:50quand il arrive dans le film, il est un maréchaliste.
04:53Mais ce qui est en fait le cas de beaucoup, beaucoup, beaucoup de Français,
04:55à ce moment-là, c'est juin, juillet, août, septembre,
05:00c'est les tout premiers mois, en réalité, juste après l'armistice.
05:06C'est-à-dire qu'on a confiance dans le vieux maréchal,
05:09il revient, il a rétabli la paix,
05:11il ne va pas envoyer nos enfants au casse-pipe.
05:14Ce qui est très intéressant, c'est la bascule juste après.
05:17Et lui, il va bien au-delà du simple maréchalisme.
05:20Il devient ce qu'on appelle un pétiniste.
05:21Alors, le terme maréchaliste est un terme a posteriori,
05:26mais il y a cette idée de comment, en fait,
05:32son point de départ, c'est effectivement l'amour du maréchal,
05:34et la croyance dans le maréchal.
05:37Et moi, ce qui m'a fasciné chez ce personnage,
05:39c'est qu'à la base, il ne veut pas être nazi.
05:41Il croit encore qu'on peut trouver une voie authentiquement française
05:45de restaurer l'autorité.
05:48Et au fur et à mesure,
05:49tout lui montre que, finalement,
05:52le régime se rapproche de plus en plus du nazisme.
05:58Et, finalement, il s'aveugle.
06:01Il continue.
06:02Et c'est ça qui me pose question.
06:21Emmanuel Marre, est-ce qu'on dit pourquoi on écoute
06:23cet énorme tube des années 80 ?
06:26Non, on ne peut pas le dire.
06:28C'est vrai que je...
06:29On peut ne pas le dire.
06:30C'est la première fois de ma vie que je n'ai pas envie de divulgacher.
06:34Eh bien, ne le disons pas.
06:35Voilà, il n'y a rien.
06:36Mais par contre, effectivement, dans le film,
06:37c'est bien les Américains qui gagnent à la fin.
06:40Qui sont les vrais Henri et Paulette Marre ?
06:44Alors, ce sont mes arrière-grands-parents.
06:46Voilà.
06:49Moi, je ne les ai pas connus.
06:53Et, voilà, je pense que si j'ai fait ce film aussi,
06:55et si je parle depuis l'embroit d'où vient le personnage,
07:00même s'il devient aussi un personnage plus large,
07:03il devient un monsieur Henri,
07:04parce que des monsieur Henri, il y en a eu des dizaines de milliers.
07:06Il y en a eu tellement.
07:06Mais je me suis rendu compte tout au long de la fabrication du film
07:10qu'il y a des tiroirs partout en France.
07:14Le film naît d'une correspondance que j'ai découverte.
07:18Il y a des correspondances, il y a des tiroirs, il y a des mémoires.
07:20Il y a une mémoire fantôme de la collaboration.
07:22Et d'une certaine manière, on a voulu un peu, avec ce film,
07:26ouvrir les tiroirs aux pieds de biche.
07:29Et aussi autoriser, vraiment dans toutes les familles,
07:34à regarder ça, non pas dans une flagellation,
07:37non pas dans juste ça.
07:39C'est juste qu'il y a quelque chose qui s'est passé
07:42au sortir de la guerre, je crois,
07:44qui était, il a fallu, d'une certaine manière,
07:50avoir quelque chose qui permette à la France de survivre,
07:53qui était de mettre ça sous le tapis.
07:55Mais en fait, d'une certaine manière,
07:58entre les résistants et les collabos,
08:00il y a toute la gamme des attitudes humaines.
08:02Y compris les plus ambiguës, y compris les plus...
08:05Mais qui avait conservé la correspondance
08:06entre vos arrière-grands-parents ?
08:08C'est ma tante.
08:09Et c'était, voilà, parce que le...
08:12Je pense que c'est mon arrière-grand-mère
08:13qui avait conservé cette correspondance.
08:15Paulette ?
08:15Paulette.
08:16Et voilà, il y a un jour, je tombe sur ces lettres.
08:19Et dans ces lettres, il y a quelque chose
08:21que moi, je n'avais jamais ressenti,
08:22qui est que je ne...
08:24Je n'ai jamais pensé cette histoire en imaginant
08:26qu'est-ce que c'était de la vivre au présent,
08:28quand on ne connaît pas la fin,
08:30quand les événements vont trop vite.
08:32Quand l'histoire est en train de se faire.
08:34Et c'est la tentative,
08:36en tout cas dans le langage filmique du film
08:38et dans le récit,
08:39et de placer le spectateur dans ce présent.
08:42Est-ce que vous avez des portraits
08:44de Henri et Paulette Marre ?
08:46Vous avez des visages ?
08:47J'ai des visages.
08:48Des photos dans la famille ?
08:49Oui, j'en ai.
08:50Est-ce que lui portait des costumes impeccables ?
08:52Parce que c'est une des caractéristiques
08:54de ce personnage au cinéma.
08:57C'est que ce raté se présente toujours
08:59sous des allures absolument impeccables.
09:02Alors, je n'ai jamais regardé les photos
09:04sous cet angle-là.
09:05Et c'est vrai que j'ai même justement essayé
09:07de ne pas regarder les photos pendant le film.
09:11Mais en tout cas, dans la correspondance,
09:13comme beaucoup à l'époque,
09:15il y a parfois des...
09:17La moitié des lettres, c'est parfois
09:18de j'ai besoin de chaussettes.
09:20Est-ce que tu peux demander à mes fils
09:23de me rapporter le veston,
09:26tel veston qui me va si bien ?
09:29C'est une autre chose.
09:30Et dans la correspondance, comme dans le film,
09:32Henri Marre arrive à Vichy.
09:34Paulette, votre arrière-grand-mère,
09:35est encore à Paris.
09:36Elle ne le rejoint que plus tard.
09:38Elle est à Montpellier.
09:38Elle est à Montpellier.
09:39Et elle est à Montpellier.
09:40D'accord.
09:41Et vos grands-parents,
09:43enfin, c'est votre grand-père ?
09:45C'est les parents de votre grand-père ?
09:46C'est les parents de mon grand-père paternel.
09:48Paternel.
09:49Lui, il était né pendant la guerre ?
09:51Oui, oui, ils sont nés pendant la guerre.
09:54Voilà.
09:55Après, justement, le film est aussi
09:57sur cette question familiale.
09:59Elle est très importante parce que moi,
10:02ce qui m'intéresse le plus,
10:03ce n'est pas qu'ils viennent de ma famille.
10:04C'est le récit qui en est fait.
10:05C'est-à-dire que c'est pas...
10:06C'est que, par exemple, moi, on m'a dit
10:08« C'est un idéaliste qui a raté sa carrière. »
10:12Ah, c'est ça, l'histoire qui est restée dans la famille ?
10:14Oui, et je savais qu'il avait écrit un...
10:15C'est un idéaliste.
10:17Voilà, c'était un type un peu rêveur.
10:19Et ça m'a fasciné quand j'ai lu son livre
10:21de théorie de management.
10:22C'est quelqu'un qui est à la fois...
10:24Qui l'a véritablement écrit.
10:25Qui l'a véritablement écrit.
10:25Qui s'appelle « Notre salut ».
10:27Qui existe, oui.
10:29Et lui, c'est un idéaliste du pragmatisme.
10:32Il est persuadé que lui, contrairement aux communistes, aux démocrates, aux libéraux,
10:38lui, il est dans le concret.
10:40Et donc, en fait, moi, ça m'a passionné.
10:42Parce que cette idéologie du pragmatisme, c'est un idéalisme aussi.
10:45C'est une façon de maquiller une pensée sous prétexte de dire
10:50« Oui, mais en fait, nous, on est pragmatique.
10:52Le reste, c'est de la folie. »
10:54Et c'est ça qui...
10:55Mais qu'est-ce qu'il est resté de l'histoire vichyste de cet homme ?
10:58Qu'est-ce qu'on a raconté à ses enfants ?
11:01Qu'est-ce qu'on a raconté à ses petits-enfants ?
11:02C'est-à-dire à votre père et à votre tante ?
11:05Eh bien, on ne leur a rien raconté.
11:06On ne leur a rien raconté.
11:07Ou alors, est-ce que c'est...
11:08Du contenu.
11:09Du contenu.
11:10La question, c'est vraiment...
11:11Moi, il va travailler pour une administration qui s'appelle
11:14« Le commissariat à la lutte contre le chômage ».
11:16Donc, qui est aussi...
11:18Pareil, chez les historiens, c'est un peu un angle mort,
11:21alors que c'est quand même 80 000 fonctionnaires.
11:24Ce commissariat à la lutte contre le chômage.
11:26Et il...
11:28Moi, ce qui m'a intéressé, c'est qu'est-ce qui s'est passé
11:31dans cette administration ?
11:32Et c'est là où il arrive.
11:34Là, je me prends, quand je lis, quand je suis dans l'archive,
11:38une espèce de bouffée de vertige
11:44parce que je lis des mots, je lis des concepts
11:49que j'entends tous les jours.
11:50Aujourd'hui ?
11:51Aujourd'hui.
11:52Et ça, c'est très important, c'est-à-dire...
11:54C'est très important, c'est-à-dire qu'on sait que dans les années 30,
11:57et du côté de l'Allemagne nazie, et aux Etats-Unis,
12:00c'est là où il y a un bond colossal qui est fait dans les théories
12:03de la logistique, du travail, de l'efficacité au travail,
12:06de l'organisation du travail.
12:08Tout est mis sous le prisme, en effet, de l'efficacité.
12:11Et malheureusement, l'organisation du Troisième Reich
12:14le démontrera dans l'efficacité de la manière de mener la guerre,
12:19de construire les lignes de défense
12:21et même d'organiser les déportations de masse.
12:24Et évidemment, tout ce vocabulaire se retrouve porté
12:28par ce personnage d'Henri Marre.
12:29Alors, oui.
12:31En tout cas, toute cette pensée.
12:32Et ce qui est très intéressant, c'est que derrière ça,
12:36en fait, dans notre salut,
12:38on parlera aussi de cinéma,
12:40mais il y a cette pensée que le nationalisme
12:43et l'organisation scientifique du travail se rejoignent
12:47parce que, en fait, la théorie de ces gens,
12:50c'est de dire que l'égalité entre les êtres humains
12:52est une erreur scientifique.
12:54Les êtres humains ne sont pas égaux en essence,
12:56en valeur, en dignité.
12:58Donc, la démocratie...
12:59Il y a les forts, il y a les faibles, il y a les dominants et les dominés.
13:02Et surtout avec cette idée...
13:03Il y a les brillants, il y a les médocs.
13:05Mais ce n'est pas que la terre...
13:06Il y a même un côté paternaliste en disant
13:07« Mais soyez contents, en fait. Si vous êtes des bras,
13:10c'est digne d'être des bras. »
13:12Voilà, il y a les cerveaux, il y a les bras.
13:14Il y a les bras, il y a une grande dignité des bras.
13:16On les flatte.
13:17Mais à partir de là, en fait,
13:19à partir du moment où les gens ne sont pas égaux,
13:21eh bien, en fait, on peut organiser.
13:24Il faut réorganiser différemment.
13:26Et ça, c'est...
13:27Aujourd'hui, on le voit dans la tech,
13:28on le voit d'une certaine manière inconsciemment à l'extrême droite.
13:32Il y a cette idée-là que les êtres humains ne...
13:35Il n'y a pas une communauté humaine.
13:39Oui, mais lui, il a dit que c'était urgent.
13:42C'est plus urgent que d'accueillir le maréchal ?
13:45Non, je le rappellerai.
13:47J'ai étudié le parcours.
13:48Le cortège passe rue des Vénitiens.
13:50Il tourne à droite sur le boulevard Carnot.
13:52Donc il est obligé de ralentir.
13:54Ce qu'il faudrait, c'est passer voir tous les commerçants
13:56qui sont sur la rue.
13:58Ça, c'est déjà fait.
14:00C'est déjà fait.
14:01Rue des Vénitiens et boulevard Carnot.
14:03Il y a juste le coiffeur du 18
14:04qu'on soupçonne d'être communiste.
14:06Il y a aussi le couple de la droguerie carrée, vous savez.
14:08Il se la joue toujours.
14:09Je ne fais pas de politique, etc.
14:11Donc on a mis deux équipes devant.
14:13S'il y a un problème, on les intimide.
14:14Qu'est-ce qu'il est devenu, le vrai Henri Marre ?
14:17Après la guerre ?
14:19J'en sais rien.
14:20Vous n'en savez rien ?
14:21Je n'ai pas cherché à savoir.
14:22D'accord.
14:23Votre père, votre grand-père, Paulette Marre,
14:26savent ce qu'il est devenu.
14:27Non, dans la famille, on ne sait pas ce qu'il est devenu.
14:29Il a disparu.
14:31Il a disparu.
14:31Je crois qu'à mon avis, il y a des choses qui étaient sues.
14:34Paulette a dû savoir des choses.
14:36Mais même symboliquement, l'idée,
14:38c'est de...
14:39Voilà, à un moment,
14:41ce que je trouve fascinant,
14:42c'est le fait qu'il s'évapore,
14:44c'est une métaphore
14:46de ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre,
14:51c'est aussi évaporé.
14:53Est-ce que vous avez, justement,
14:54à propos d'évaporation,
14:55grandi dans une famille d'extrême droite ?
14:57Alors, pas du tout.
14:59Moi, j'ai grandi...
15:01Voilà, ma tante,
15:03qui m'a montré les lettres,
15:05a été la chef de cabinet de François Mitterrand,
15:08portée de gauche.
15:09Mon père a été au PSG.
15:10François Mitterrand.
15:11Donc, ce qu'on appelait un vichisto-résistant,
15:13qui est exactement le même trajet
15:15qu'Henri Mmeau,
15:16votre personnage.
15:17C'est-à-dire,
15:18ces gens qui rejoignent Vichy
15:20pour limiter la casse,
15:21comme ils disent,
15:22mais qui sont donc des membres actifs de Vichy
15:23et puis qui basculent dans la résistance.
15:25Et qui aussi ont, effectivement,
15:27là, pour le coup,
15:27ça m'amène à penser un peu contre moi-même,
15:31ont, effectivement,
15:33freiné, en fait,
15:34à l'intérieur.
15:35À l'intérieur, de l'intérieur.
15:36Henri Mmeau, par exemple,
15:37on ne le sait pas,
15:38mais il a placé au commissariat
15:39à la lutte contre le chômage,
15:41Bertie Albrecht à Lyon.
15:43Donc, c'est aussi cette complexité
15:45là qui arrive.
15:46Et moi, ma famille,
15:47elle porte,
15:47voilà,
15:48je n'ai pas envie de parler
15:49autant de ma famille,
15:50mais elle porte toute la complexité
15:53de la France.
15:53C'est-à-dire qu'elle vient
15:55de l'extrême droite
15:57ou la droite catholique.
15:59Il y a une partie
16:00qui s'est engagée pleinement
16:01dans la gauche,
16:03d'autres qui sont encore
16:05des gens qui sont à droite.
16:08Mais c'est aussi ça
16:09l'important pour moi
16:10dans le film,
16:11c'est de dire
16:12qu'est-ce qui se passe
16:14pendant 2h40,
16:15vous allez vivre
16:15quand liberté, égalité, fraternité
16:19a été enlevée.
16:20Et c'est ça, cette question.
16:22Et d'ailleurs,
16:22il y a une chose, moi,
16:23qui me touche beaucoup
16:24par rapport au film,
16:25c'est que le film est,
16:27voilà,
16:28France Inter est des partenaires,
16:29mais le partenariat
16:30va du Figaro
16:31jusqu'à Libération.
16:33Et je me dis quand même
16:34qu'il y a quand même
16:35un socle commun
16:36de, vraiment,
16:38qu'on soit de droite
16:38ou de gauche,
16:39d'attachement profond
16:41à ces valeurs-là
16:42de liberté,
16:43égalité, fraternité.
16:44Est-ce que vous avez grandi
16:45dans une famille de cinéma ?
16:48Pas du tout.
16:49Pas du tout.
16:49Alors,
16:50comment s'est venue
16:51l'envie d'écrire
16:53les histoires
16:54une caméra à la main ?
16:56Parce que vous écrivez
16:57en tournant,
16:58d'une certaine manière.
16:59Il y a plusieurs étapes.
17:00La première étape,
17:01elle est assez simple,
17:02c'est que moi,
17:03j'ai grandi,
17:03j'étais adolescent
17:04dans les années 90
17:06à Paris,
17:07dans un milieu bourgeois
17:08et que je pense
17:09que dans les années 80,
17:11la mode,
17:11c'était de vouloir
17:12avoir un groupe de rock
17:13et dans le milieu
17:14où j'étais,
17:15la mode,
17:15c'était de vouloir
17:15être réalisateur.
17:17Donc,
17:17il n'y a pas de...
17:17Hélas,
17:18c'est avant tout
17:19un effet de mode
17:21mais voilà,
17:22j'ai suivi les choses
17:23au final
17:24et mais juste...
17:25Tous ceux qui ont suivi
17:26les effets de mode
17:27n'ont pas monté
17:27les marches à Cannes,
17:28mon cher Emmanuel Marre.
17:31Mais non,
17:32la question,
17:33c'est...
17:34vous venez de foudroyer
17:35toutes les théories
17:36de l'égalité
17:36et hop là !
17:38Non,
17:38non,
17:38non,
17:39il faut aussi
17:40en être conscient.
17:41C'est-à-dire que
17:41je pense que
17:43l'endroit d'où je parle...
17:44Après,
17:45la question,
17:45c'est...
17:46Et vous avez filmé
17:47d'ailleurs à Cannes.
17:49Vous aviez une caméra
17:49là-bas.
17:50Pourquoi vous filmiez à Cannes ?
17:51Moi,
17:52je filme pour archiver,
17:54pour garder des traces.
17:55Tous les films
17:56que j'ai faits,
17:57c'était pour garder
17:58des traces
17:59et des souvenirs
18:00de questions que je me pose,
18:02de gens que j'aime.
18:03Voilà,
18:03vous avez mon frère
18:04dans le film,
18:04par exemple.
18:05Mon frère joue en rimeau.
18:07Votre frère joue en rimeau ?
18:08Oui.
18:08Mais en plus,
18:09il est génial.
18:11Mais pour moi,
18:12le cinéma,
18:13c'est avant tout...
18:16Si je fais du cinéma,
18:17c'est parce que
18:17je suis d'un naturel
18:18extrêmement mélancolique
18:19et j'ai besoin
18:20de lutter contre le temps.
18:22Et je garde des archives
18:24et je...
18:26Voilà,
18:27j'ai l'impression
18:27que chaque film,
18:29qu'il soit bon ou mauvais,
18:31il y a un moment
18:32où il est une trace
18:34de quelque chose
18:36et c'est ça
18:37qui est important,
18:38c'est de conserver
18:41les choses
18:42qui me font peur,
18:43les gens qui me touchent,
18:44les gens que j'aime
18:44et aussi
18:47de pouvoir
18:50à un moment
18:50le partager.
18:53Voilà.
18:54Notre salut
18:56est donc au cinéma
18:57le 30 septembre.
18:58Merci Emmanuel Mar
18:59d'être venu
19:00sur France Inter.
19:01Merci beaucoup.
19:03A très bientôt.
19:03Sous-titrage Société Radio-Canada
19:04Merci à tous.
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