00:05En mai dernier, au moment de cette séance photo pour l'affiche de la pièce, plus aucun doute n'est
00:09possible.
00:10Johnny Hallyday sera bel et bien sur les planches du théâtre Edward VII pour jouer Chicken dans la pièce de
00:15Tennessee Williams, Le Paradis sur Terre.
00:23Bernard Mourin y pense depuis plus de 20 ans.
00:28Honnêtement, est-ce que vous pensez qu'après tout ce que Johnny Hallyday a réalisé dans sa vie de cohésion
00:37avec le peuple de France,
00:38avec ce qu'il représente dans l'histoire de France, parce que c'est un personnage qui est rentré dans
00:42l'histoire de notre pays, dans la conscience collective,
00:45c'est pour ça qu'on ne le traite pas comme les autres.
00:48Est-ce que vraiment on pouvait le mettre dans un texte qui ne soit pas « ouf » comme vous
00:53dites ?
00:53Il est évident que chaque fois que Johnny fait quelque chose d'inattendu, tout le monde l'attend.
00:58Donc je suis convaincu qu'il le savait, mais ça fait partie du défi, ça fait partie du challenge, c
01:04'est un homme de défi.
01:05Elle est bien celle-là.
01:06J'aime bien celle-là.
01:07J'aime bien son visage.
01:09Oui, c'est vachement bien.
01:10C'était dramatique.
01:11Lui a l'air vraiment méchant.
01:12On voit que vous êtes dans les rôles, les enfants.
01:14Je savais qu'en coulisses, ce serait formidable.
01:17Et j'avais besoin, pour quelqu'un qui arrivait comme ça, avec l'expérience, oui, du cinéma, l'expérience, bien
01:25sûr, de la scène par le musical.
01:28Et je me disais, mais qu'est-ce que ça va me donner, bon, au théâtre ?
01:32Et très vite, j'ai compris.
01:34Très vite, j'ai compris.
01:34Et la précaution que j'avais de dire, bon, il y aura Audrey qui sera là et elle sera comme
01:42un tuteur, elle l'a été, c'est vrai, elle l'a merveilleusement aidée.
01:46Mais très vite, elle comme moi, on a été formidablement surpris parce que jour après jour, il n'avait plus
01:53besoin d'aide.
01:54Je n'avais pas de pression à l'idée de jouer avec Johnny.
01:57Johnny, au contraire, j'étais tellement heureuse de participer à ce moment d'histoire parce que Johnny qui fait ses
02:06premiers pas au théâtre, c'est historique.
02:10Et j'avais tellement envie d'être là pour lui et qu'il sache qu'il pouvait compter sur moi
02:15et que j'étais une partenaire fiable et qu'il ne pourrait rien lui arriver sur scène avec moi tant
02:22qu'on se faisait confiance.
02:23Donc, au contraire, ça m'a donné de la force, beaucoup de force.
02:28Il ne faut jamais compter sans personne.
02:29Après plusieurs semaines de lecture en mars, les comédiens et le metteur en scène se retrouvent au théâtre en août
02:35pour les premières répétitions, les premières sensations aussi.
02:39Johnny a chicken dans la peau.
02:41Je ne suis pas du tout chicken, moi, dans la vie, heureusement d'ailleurs.
02:45Ce sont des personnages qui sont comme ça, en équilibre, un petit peu sur un fil.
02:51Mais ça, c'est quand on connaît un petit peu le travail de Tennessee William, c'est un petit peu
02:56tous les personnages de tous ces romans qui sont comme ça.
02:59C'est toujours des personnages un petit peu comme ça, en équilibre, prêts à tomber.
03:04Et moi, c'est ce qui m'a plu dans cette histoire.
03:09Oui, c'est vrai qu'il y a des côtés un peu introvertis.
03:13Le côté un peu introverti.
03:14En revanche, Johnny, il n'a pas cette violence.
03:17C'est-à-dire qu'il a... c'est un vrai gentil.
03:20C'est quelqu'un de généreux.
03:21Évidemment, la silhouette est assez celle de Johnny.
03:25Mais ne nous trompons pas.
03:27Ce n'est pas ça, Johnny.
03:29Johnny, ce n'est pas l'abruti.
03:31Donc, il est acteur.
03:33Et sauf, encore une fois, un acteur, c'est quelqu'un qui donne un contenu à une forme.
03:39Mais le contenu ne correspond pas forcément à la réalité.
03:42Et la forme ne correspond pas à la...
03:44Alors là, en l'occurrence, la forme correspond à la réalité du personnage.
03:47Mais le contenu, c'est Johnny qui l'a mis avec sa sensibilité particulière.
03:50Et c'est réussi.
03:55Et amassez-moi sur la bouche.
03:58Allons-moi les lèvres.
04:02L'étape d'après, ça a été la première répétition plateau.
04:04Alors ça, ça a été juste incroyable.
04:06Parce que, d'un seul coup, ce n'était pas juste Johnny un peu timide en train de lire un
04:09texte.
04:10C'est Johnny debout qui projette sa voix.
04:13Et quand il a projeté sa voix pour la première fois, j'ai eu des frissons partout sur le corps.
04:17Parce que je me suis dit, mon Dieu, quelle voix !
04:20Et tout de suite, la bête de scène a pris le pas, quoi.
04:25Sur l'homme un peu timide, voilà.
04:29Et alors là, je me suis dit, oulala, si les gens prennent ce que moi je prends,
04:32là, on répète, ça va être très, très, très, très fort.
04:36Il sait quoi dire au bon moment, comment le dire.
04:41Et il a ça avant même d'apprendre le texte.
04:44Quand on faisait les lectures, il y avait déjà ça, il y avait cette chose-là.
04:47Et il sait où s'inscrire aussi.
04:49Il sait qu'il ne se la raconte pas en étant acteur de théâtre ou quoi que ce soit.
04:53Il sait Johnny Hallyday qui va être dans la peau de Chicken pour raconter cette histoire-là.
05:00Et il connaît toute l'atmosphère, la nébuleuse qu'il y a autour de son nom.
05:05Ça, c'est pro, ça.
05:07C'était surtout une question de vie et d'enchaînement des répliques.
05:11Moi, je me suis trouvé super, ce jour.
05:13Entre Audrey Dana et Johnny, un climat d'ultra-confiance s'est installé.
05:17Je ne prends pas assez le temps de...
05:20Je ne vais jamais lui dire ça.
05:22De réagir, tu vois, de réagir...
05:24Elle m'a sauvé deux, trois fois.
05:27Surtout au début, au début.
05:30Quand je cherchais le premier mot d'une tirade que j'avais à faire, ça ne venait pas.
05:35Je me disais, qu'est-ce que je dis maintenant ?
05:37Elle me dit, oui, mais alors cette petite blonde.
05:40Elle était là, oui, mais cette petite blonde, alors elle s'appelait Miss Lottie.
05:43C'est vrai qu'elle m'a sauvé deux, trois fois.
05:45Moi, il m'a sauvé la mise plusieurs fois, je lui ai sauvé la mise plusieurs fois.
05:48Il y a eu un...
05:48Donc très vite, au bout de deux, trois semaines de représentation,
05:52Johnny, il était complètement à l'aise à l'idée de monter sur scène.
05:56Complètement à l'aise et il a...
05:57D'ailleurs, il a explosé, quoi.
06:00Il s'est métamorphosé.
06:01Moi, j'ai assisté à la métamorphose de Johnny sur scène.
06:04J'adore être sur un fil, sur un spectacle,
06:07pas savoir à quoi m'attendre.
06:09Et j'ai vraiment le partenaire qu'il faut en face
06:11parce que dès lors qu'il a compris qu'il avait toute la liberté du monde pour s'exprimer,
06:15avec un grand E,
06:17il a commencé à improviser, à faire des choses nouvelles, surprenantes,
06:20à casser la mise en scène, même improviser dans le texte,
06:23à se mettre à répéter mes mots alors que ce n'était pas écrit dans le texte.
06:25Et alors là, on est rentré dans une autre sphère,
06:28c'est-à-dire vraiment, ok, ça joue, quoi.
06:31Ça joue, ça swingue et on danse ensemble.
06:35Quand on chante, il y a la musique.
06:37Alors quand on joue, il n'y a que la parole.
06:40Moi, ce n'est pas les trous de mémoire qui me fait le plus peur,
06:43ou qui m'a fait le plus peur.
06:45C'est de bafouiller sur le début d'un mot, par exemple.
06:51Je crois que c'est ça qu'il faut la trouille un petit peu, d'ailleurs.
06:55Oui, mais ça va venir, mes enfants, à force de...
06:56Ça s'appelle répété, c'est pour ça.
06:59Le 6 septembre date de la première approche à grands pas.
07:03Pourquoi on a le track toujours quand on fait quelque chose ?
07:05C'est parce qu'on a peur de se planter.
07:07On peut se planter.
07:08Vous savez, moi, j'ai fait des disques qui n'ont pas marché,
07:12j'ai fait des spectacles qui ont moins bien marché que d'autres.
07:15Et puis, bon, après, il faut réfléchir à ce...
07:20Pourquoi ?
07:21Et pourquoi ça, ça a moins bien marché ?
07:23Et c'est parce qu'on n'a pas toujours le même goût que le public.
07:29Et quand on se trompe, il faut travailler.
07:32C'est un métier où il faut énormément travailler.
07:34Il faut travailler, il faut faire plaisir aux gens.
07:36Le plaisir d'un acteur ou d'un chanteur, c'est de faire plaisir aux gens
07:40et c'est que les gens passent une bonne soirée.
07:41On a fait à peu près 10 jours avec deux filages par jour, cette pièce-là.
07:46C'est comme si on avait fait deux samedis,
07:47parce qu'on est samedi, on joue deux fois,
07:49deux samedis pendant 10 jours.
07:52Donc, on s'était vu super fatigué.
07:56On s'était vu sortir des choses qui nous surprenaient nous-mêmes,
07:59justement par la fatigue, par le lâcher.
08:02Donc, on savait que même s'il y avait énormément de pression,
08:05le trac, la fatigue de la première allait servir aussi le propos.
08:09Ça m'a bluffé parce que, je vous jure,
08:11soit il faut être complètement con pour faire ce métier,
08:15parce que, voilà, c'est tellement dur, quoi.
08:21Soit il faut avoir un courage absolu.
08:24Je crois qu'il avait ce courage-là.
08:26C'est vraiment pas de la connerie,
08:28parce qu'il connaît, il sait ce que c'est d'aller sur une scène.
08:31Seulement, aller sur une scène et jouer avec des comédiens,
08:35un texte dont il n'a pas l'habitude,
08:37parce qu'au cinéma, quand on peut reprendre, etc.,
08:40là, c'est une heure et demie, non-stop, aller, il faut y aller.
08:42Vous n'allez pas me faire ce que vous ferez dans quatre jours aujourd'hui ?
08:44Bien sûr.
08:45Et le soir de la première, c'est le moment d'affronter le public,
08:49un public d'amis, de fans, mais de journalistes aussi.
08:52Il est grand pur sang.
08:53Je l'ai trouvé bon.
08:55Je trouvais que, bizarrement,
08:58et ça a été très intelligent de sa part,
09:00puis de la part de Bernard Murat,
09:01toutes ses faiblesses,
09:04tout ce qu'on pourrait appeler,
09:07sa maladresse, sa lourdeur, son âge aussi,
09:09parce qu'il est quand même beaucoup plus vieux que le héros de la pièce.
09:12Tout ça, il en a fait une force.
09:13J'ai trouvé ça très, très bien.
09:15Même son...
09:15Vous savez, cette immobilité,
09:18cette espèce de brutalité,
09:19enfin, c'est vrai,
09:20c'est pas un acteur de séduction.
09:23Eh bien, ça, il l'a très, très bien utilisé,
09:26et je trouve qu'il est vraiment très étroitement
09:29dans l'esprit de Tennessee Williams
09:30et de cette pièce-là.
09:32Vous savez, moi, Johnny,
09:33je le connais depuis 40 ans,
09:34il me bluffe toujours,
09:36donc je ne veux pas vous dire qu'il ne m'a pas bluffé.
09:39Ce qui m'a plu,
09:40et ce qui m'a séduit,
09:41et même ému,
09:42c'est que tout ça vient après une épreuve
09:45douloureuse,
09:45une épreuve de santé
09:46il y a maintenant un ou deux ans,
09:48avec toutes sortes d'interrogations
09:49qu'on se posait,
09:50même ses amis les plus intimes,
09:52sur sa capacité de rebondir.
09:55Et c'est assez étonnant, oui,
09:56c'est assez stupéfiant.
09:58C'est un survivant, cet homme.
09:59À la fin de la représentation,
10:02je pleurais de joie,
10:04parce que je me suis dit,
10:05putain, on l'a fait,
10:05mais je pleurais de joie pour Johnny, en fait.
10:08Je me suis dit,
10:08tous ces gens qu'on dit
10:09« il ne tiendra pas, il ne le fera pas,
10:11il n'ira pas, il l'annulera, etc. »
10:13Et ben voilà, il l'a fait.
10:15Et puis j'ai pris conscience
10:16du moment historique que je venais de vivre.
10:18Et là, je pleurais, je pleurais,
10:19mais je pleurais de joie, quoi.
10:21Je me suis dit, putain, on l'a fait,
10:21ça y est, il y a eu, voilà,
10:23ça y est, ça y est, on l'a fait,
10:24on a joué cette pièce.
10:26Je n'oublierai jamais ce moment.
10:28Jamais.
10:28Il m'a impressionné
10:29parce que j'ai réussi à l'oublier.
10:31C'est-à-dire que j'ai réussi à dire
10:32« tiens, c'était vraiment Chicken,
10:34ce n'est pas Johnny. »
10:36Ce qui n'est pas évident, sincèrement,
10:39parce que c'est une telle vedette populaire,
10:42il a un tel charisme.
10:44Mais surtout, j'ai trouvé impressionnant,
10:46il fait peur des moments.
10:48C'est-à-dire qu'il fait peur,
10:48puis il a quand même une telle tendresse.
10:53Il a des déchirures
10:54qui pourraient être celles de Johnny, voilà.
10:56J'ai oublié le chanteur complètement.
10:58Moi, j'ai regardé l'acteur.
11:00Mais moi, j'avais la chance
11:01de tourner avec lui,
11:02donc je n'avais pas...
11:04Mais par contre,
11:05comme c'était ses premiers pas au théâtre,
11:07je voulais voir comment il amenait les choses, etc.
11:11Encore une fois, en 15 jours,
11:14ça a bougé de façon absolument incroyable.
11:16Il était tendu,
11:17le jour de la première était très, très tendu.
11:18Après, 15 jours après, c'était...
11:19Voilà.
11:21Il barre, barre, barre, barre !
11:22Il barre comme un marteau,
11:23il barre, barre, barre !
11:25Il barre, barre comme un marteau,
11:27il barre, barre, barre, barre, barre, barre, barre, barre !
11:30Il barre, barre, barre, barre, barre, barre !
11:33Moi, je ne suis jamais content
11:35de ce que j'ai pu faire,
11:36même au meilleur de ce que j'ai pu faire.
11:38Je crois qu'on peut toujours faire mieux.
11:40On fait un métier
11:41où on peut toujours faire tellement mieux, d'ailleurs.
11:44Oh là là, mon Dieu !
11:48Louis, je vous le disais,
11:49une première réussie,
11:50Ça n'est jamais qu'une suite de catastrophes évitées de justesse.
11:54Je me dis ça tout le temps.
11:57C'est vraiment ça.
11:58Ça ne se définit pas l'amitié.
12:00Donc, lorsque arrive un événement pareil,
12:03il est évident que moi j'y vais avec le préjugé de l'amour.
12:06Parce que l'amour et l'amitié, c'est pareil.
12:08Mais j'ai essayé, face à cette pièce, face à cet événement,
12:12d'avoir aussi le recul du journaliste, du observateur, du Parisien.
12:16Je me suis dit, mais si tu n'aimais pas Johnny comme tu l'aimes,
12:19que penserais-tu ?
12:20Eh bien, je penserais que c'est quand même assez formidable ce qu'il a fait.
12:24Il aurait perdu son pari s'il avait été mauvais.
12:27Mais encore une fois, il est bon.
12:28Alors s'il a pris un risque, il a eu raison.
12:29Il fallait quelque chose comme ça qui soit normalement réaliste.
12:33C'est le mot de Picasso qui dit, l'art, ce n'est pas fait pour copier.
12:37C'est fait pour faire penser à.
12:39Johnny, ça fait partie de ces gens qui ne ratent rien et à qui on pardonne tout.
12:43Parce qu'il ne serait pas là s'il n'avait pas ce talent,
12:47mais aussi cette générosité.
12:49Et puis ce respect du public, parce que c'est un tout.
12:52En fait, Johnny, c'est TTC, travail, talent, chance.
12:56Est-ce que tu peux reprendre ?
12:58Non, non, on continue, c'est bien.
12:59Non, non, c'est bien.
13:01Ça, ça va mûrir, ça va se faire.
13:02Ça va, on est...
13:03Ça, vous pouvez la jouer de m'asseoir.
13:05Celle-là, elle est bonne.
13:10Comment tu y vas, toi ?
13:11Ah, ouais, ouais.
13:13On va mettre du tout ce don, quoi, quand même.
13:14Je crois que celle-là, si vous voulez.
13:16Pour l'instant.
13:17Qu'est-ce que vous allez retenir de cette aventure ?
13:19J'ai envie de recommencer.
13:22C'est une de mes questions.
13:23C'est ça, mon paradis, sortez à moi.
13:28Applaudissements
13:36Maintenant, vous allez être transporté dans les années 60,
13:40dans l'état du Mississippi.
13:43Un cyclone menace.
13:45Accrochez-vous.
13:46Bonne soirée, sort Paris 1ère.
13:48Merci.