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  • il y a 2 heures
La journaliste américaine E. Jean Carroll a réussi à faire condamner Donald Trump pour agression sexuelle et diffamation. Elle raconte son agression et son combat judiciaire dans "Not my type. La femme qui a fait plier Trump" (Le Cherche midi).

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Transcription
00:00France Inter
00:03La grande matinale
00:04À 7h50, Benjamin Duhamel, vous recevez une Américaine, elle est journaliste.
00:09Elle est la femme qui a mis au tapis l'homme le plus puissant du monde.
00:13En 2019, elle accuse Donald Trump de l'avoir agressé sexuellement dans une cabine d'essayage d'un grand magasin
00:18de New York à la fin des années 90.
00:20Elle engage deux procès, mène un combat homérique et obtient au final une victoire historique
00:25puisque le président des Etats-Unis est condamné deux fois à lui verser au total près de 90 millions de
00:31dollars.
00:32Bonjour Edgine Carole.
00:33Bonjour.
00:35Comment ça va ? Je suis ravie d'être ici.
00:40Merci tout le monde, c'est une formidable émission.
00:42Absolument, on est très très heureux de vous recevoir et merci d'être venu sur France Inter en exclusivité
00:48pour nous parler de cette bataille que vous racontez dans votre livre
00:51« Not my type », la femme qui a fait plier Trump aux éditions du Cherchemilly.
00:55Pour commencer, je voudrais revenir sur ce titre « Not my type » qu'on peut traduire par « Elle
00:59n'est pas mon genre ».
01:00Cette phrase, elle est prononcée par Donald Trump en 2019 au moment où vous l'accusez d'agression sexuelle.
01:05Pourquoi est-ce que vous avez choisi d'en faire votre titre et l'emblème de votre combat, Edgine Carole
01:10?
01:10Pourquoi ce « Not my type » ?
01:12Oui.
01:17Depuis la Maison Blanche, ce qu'il a annoncé, c'est que je n'étais pas son genre.
01:21Mais on était en 2019.
01:23En 2023, il devait faire une déclaration à ma formidable avocate qui prenait sa déposition,
01:31la grande avocate de la génération, Robbie Kaplan, de notre génération,
01:34et elle lui a montré une grande photo en noir et blanc.
01:38Elle l'avait prévenue trois fois, qu'elle allait lui montrer mon visage, mon portrait.
01:46Elle lui a demandé « Est-ce que, M. Trump, vous pouvez identifier les personnes présentes sur cette photographie ?
01:50»
01:51Il a répondu « Cette femme-là, je ne sais pas qui c'est, c'était Ivana, sa femme. »
01:54Il a dit « Ah, ça, c'est John Johnson, le présentateur. Ça, je ne sais pas. Ah, c'est
02:01Marla. C'est ma femme. »
02:04Et mon avocate a dit « Vous dites que là, c'est Marla ? »
02:08Et l'avocate de Trump, Alina Haba, elle a glapi « Mais non, c'est Carole. C'est Eugene Carole.
02:16»
02:16Et il a dit « Oh, mais la photo est un peu floue. »
02:18Alors, ce que vous voulez dire, et vous confirmez, Eugene Carole,
02:20qu'effectivement, Donald Trump a eu du mal à vous identifier.
02:23Vous confirmez aussi sa misogynie.
02:26On se souvient de cette phrase que je ne vais pas citer in extinso,
02:28mais « Les femmes, vous pouvez les attraper par là. »
02:31Qu'est-ce que ce comportement dit du rapport qu'a Donald Trump aux femmes ?
02:36Et cette phrase, elle n'est pas mon genre.
02:39Comment est-ce que vous qualifieriez le rapport du président des États-Unis aux femmes ?
02:44Il est très attiré par les femmes.
02:48Et il n'arrive pas à s'empêcher de les toucher, de leur sauter dessus.
02:55Il peut avoir toutes les femmes qu'il veut.
02:59Et je déteste l'idée, mais les électeurs ont été attirés par ce trait de caractère.
03:05Parce que justement, ils pouvaient avoir qui ils voulaient, toutes ces femmes.
03:08Et ça a été prouvé en 2016, juste avant les élections.
03:14Six, huit ou peut-être même neuf femmes se sont manifestées.
03:18Et en fait, les chiffres, les sondages se sont envolés.
03:22Plus il y avait de femmes qui le dénonçaient, plus les chiffres s'envolaient.
03:27C'est un problème séculaire.
03:31Quand un homme est attiré par une femme, il veut s'emparer d'elle.
03:35Et en fait, il se comporte pour ça.
03:36Et c'est ce qu'il a fait avec vous, Eugene Carroll.
03:38Il faut revenir sur les faits de cette agression.
03:40On est en 1996 à New York, dans le grand magasin Bergdorf Goodman.
03:44Et ce qui est au début, vous le racontez, une sorte de flirt avec Donald Trump.
03:48Ça se termine en agression sexuelle.
03:51Est-ce que 30 ans après les faits, c'est encore précis dans votre mémoire, Eugene Carroll ?
04:00Je n'oublierai jamais.
04:05Je n'oublierai jamais.
04:07En quelques mots, pour nos auditeurs, vous pouvez raconter la façon dont ça s'est passé ?
04:17On s'est rencontrés devant ce magasin Bergdorf, qui est le grand magasin de luxe aux Etats-Unis.
04:25Il m'a dit « Ah, c'est toi qui tiens cette rubrique de conseils. »
04:29Je dis « Ah, c'est toi le magasin de l'immobilier. »
04:32Il m'a dit « Viens avec moi, je cherche un cadeau pour une fille. »
04:36J'étais surexcitée.
04:37Je me suis dit « C'est trop drôle. »
04:40J'emmène Donald Trump dans les rayons de ce grand magasin pour choisir un cadeau.
04:46C'était léger, c'était amusant, c'était frivole, c'était du badinage.
04:55Il était drôle, il n'était pas si un but de lui-même à l'époque.
05:00J'ai suggéré un sac à main, il ne voulait pas de sac à main.
05:03J'ai suggéré un chapeau, il ne voulait pas de chapeau.
05:06Il a dit « Je sais de la lingerie. »
05:09On est montés.
05:11J'écrivais pour le Saturday Night Live à l'époque.
05:15Et pour moi, c'était l'une des scènes les plus amusantes que j'aurais pu inventer.
05:20Accompagné Donald Trump sur une virée shopping.
05:23Et donc il choisit un article de lingerie sur un comptoir.
05:29Et il brandit.
05:31C'est un body transparent.
05:34Et il me dit « Va mettre ça. »
05:37J'ai dit « Mais vas-y, toi. »
05:39Il m'a dit « Non, non, ça va t'aller, vas-y, mets-le. »
05:41J'ai dit « Mais non, non, ça va bien avec tes yeux.
05:44» Il m'a dit « Viens, on va l'essayer. »
05:46Il m'a montré la cabine d'essayage.
05:48La porte était ouverte.
05:50Et moi, comme une idiote,
05:52je me suis imaginée
05:54Donald Trump en train d'enfiler
05:56ce body par-dessus son pantalon.
05:59Ce qui était très drôle comme image.
06:02Une image digne de Saturday Night Live.
06:04Je suis rentrée
06:04dans cette cabine d'essayage.
06:06Il a claqué la porte.
06:07Et très vite,
06:11les choses sont devenues très sombres.
06:13Et c'est à ce moment-là
06:14que se commet l'agression.
06:15Vous expliquez pour vous,
06:17Eugene Carroll,
06:17que depuis ce jour,
06:18je vous cite,
06:19« Le désir de désirer, c'est fini. »
06:21Qu'est-ce que Donald Trump a volé,
06:23vous a volé,
06:24ce jour de 1996
06:26dans une cabine d'essayage
06:27d'un grand magasin à New York ?
06:33Ce sont les répercussions
06:36de ce jour.
06:38Je n'ai jamais plus été capable,
06:40ne serait-ce que de flirter
06:41avec un homme.
06:42Si un homme séduisant
06:43rentre dans la pièce
06:44qui est à mon âge,
06:45je baisse les yeux,
06:46je regarde le sol.
06:52Parce que j'ai peur
06:57de répéter
06:57un geste de flirte
06:59qui pourrait déclencher
07:00une agression.
07:01Je sais que c'est ridicule,
07:01je sais que c'est stupide,
07:02je sais que c'est impossible
07:03de continuer comme ça,
07:04mais je ne peux pas m'empêcher.
07:05Vous n'avez plus aucun rapport
07:06avec les hommes
07:07depuis 1996 ?
07:09Non.
07:10Non.
07:11Votre livre,
07:11Eugene Carroll,
07:12est un récit formidable aussi
07:13des coulisses
07:14de la procédure judiciaire.
07:15Et vous racontez,
07:16moi ça m'a frappée,
07:17à quel point,
07:17pendant tout le procès,
07:18vous portez attention
07:18à votre image,
07:19à vos tenues,
07:20à votre coupe de cheveux
07:22pour aller au tribunal.
07:23Vous écrivez,
07:23et cette phrase,
07:24elle est terrible
07:25sur la façon
07:26dont la justice
07:26traite les violences sexuelles.
07:27Vous écrivez,
07:28personne ne va croire
07:29qu'une octogénaire
07:29a été assez belle un jour
07:31pour être agressée sexuellement.
07:34Oui.
07:37Toutes les femmes
07:38qui nous écoutent
07:40savent
07:41qu'on utilise
07:42nos tenues
07:43pour dire
07:44qui nous sommes,
07:45pour montrer
07:45qui nous sommes.
07:46C'est une arme pour nous.
07:47Le vêtement,
07:48c'est une façon
07:49de nous protéger aussi.
07:50Et moi,
07:51je portais
07:52une armure,
07:53une veste très ajustée,
07:55des talons très hauts.
07:56Et on avait un problème
07:57qui était
07:58que je suis une femme âgée.
08:00J'avais 80 ans
08:02devant ce jury.
08:05Et il fallait
08:06qu'ils soient capables
08:07de m'imaginer
08:08plus jeune.
08:10Alors,
08:11je me suis coupé
08:11les cheveux,
08:12on m'a fait
08:13la même coiffure
08:14qu'en 96,
08:15le même maquillage
08:16qu'en 96,
08:17j'ai porté
08:17la même tenue.
08:22pour qu'on puisse
08:23présenter
08:23au jury
08:24l'image
08:24de quelqu'un
08:25qui n'a pas l'air
08:26d'avoir 80 ans
08:28et qui peut-être
08:28pourrait ressembler
08:29à ce qu'elle était
08:30à l'époque.
08:30Et ça a marché,
08:31Jean Carroll,
08:31puisque vous avez fait
08:32condamner Donald Trump
08:33deux fois,
08:33vous avez subi des attaques,
08:35on vous a accusé
08:35de mentir,
08:36on vous a accusé
08:37de faire ça
08:38pour de l'argent
08:38et là,
08:39vous faites,
08:39je le dis pour nos auditeurs,
08:40le geste,
08:41voilà,
08:42avec le bras
08:42de dire
08:42j'ai gagné.
08:43Vous écrivez cette phrase
08:45méfiez-vous
08:45des vieilles
08:46qui n'ont plus rien
08:47à perdre.
08:48Qu'est-ce que vous voulez
08:49dire par là,
08:50Jean Carroll ?
08:53Oui,
08:54méfiez-vous des vieilles
08:55et méfiez-vous
08:56de toutes les femmes.
08:57Personne n'est plus fort
08:59et qui n'a rien
09:00à perdre
09:01qu'une vieille femme.
09:04C'était vraiment
09:05un cri de ralliement
09:06pour toutes les femmes
09:07dans le monde.
09:08Exactement comme Gisèle,
09:10en France,
09:11qui a motivé
09:12toutes les femmes
09:13du monde
09:14quand elle s'est dressée
09:15et défendue
09:16et qu'elle a envoyé
09:1750 hommes en prison
09:19et son mari aussi.
09:21Moi,
09:21je n'ai même pas réussi
09:22à faire en sorte
09:23que Donald Trump
09:23se tienne bien
09:24au tribunal.
09:26Mais toutes les femmes
09:27et les femmes âgées,
09:30écoutez-nous,
09:31nous cherchons
09:32un nouveau leader
09:33pour se dresser
09:35et aider la France,
09:36aider les Etats-Unis
09:37contre les tyrans
09:38et ce sera
09:39une vieille dame.
09:41Allons-y les filles.
09:42Et vous faites référence
09:43effectivement
09:43à Gisèle Pellicot.
09:44ce combat
09:47dans le monde entier,
09:48elle est devenue
09:48une des figures
09:48des luttes
09:49contre les violences sexuelles.
09:50Ça vous a frappé ?
09:51Ça vous a marqué ?
09:52E.G. Carole ?
09:55Oui, comme pour tout le monde.
09:58Ce qu'elle a fait
10:00était vraiment incroyable.
10:02Personne ne pouvait faire ça.
10:03Gisèle a réussi.
10:11Et ça nous a vraiment,
10:13vraiment encouragés.
10:16Ce qu'elle a fait,
10:16c'était incroyable.
10:17Un tout dernier mot,
10:17il nous reste quelques secondes,
10:18E.G. Carole.
10:19Vous attendez encore,
10:20puisque Donald Trump
10:21fait traîner la décision,
10:22les 80 millions de dollars
10:23qu'il vous doit.
10:24Je crois savoir
10:25que vous savez déjà
10:26ce que vous ferez de cet argent.
10:27Qu'est-ce que vous en ferez ?
10:28En quelques mots.
10:29Je vais l'offrir
10:33à toutes les causes
10:34que Trump déteste.
10:35Et en particulier,
10:37aider les femmes
10:39à récupérer leurs droits.
10:39Merci beaucoup,
10:40E.G. Carole,
10:41d'être venue sur France Intel.
10:42Je rappelle le titre
10:42de votre livre.
10:43Ça s'appelle
10:43Not My Type,
10:44la femme qui a fait plier Trump
10:45aux éditions du Cherche Midi.
10:47Merci également
10:47à Marguerite Capelle
10:48pour la traduction.
10:49Et merci,
10:50Benjamin Duhamel.
10:50On se retrouve tout à l'heure
10:51pour le grand entretien.
10:52Il est 8h sur Inter.
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