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Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste, était l’invitée du Face-à-Face sur BFMTV ce jeudi 24 septembre.
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00:00Bonjour Ségolène Royal, merci de répondre à mes questions ce matin.
00:02Vous êtes candidate à la primaire socialiste, candidate à l'élection présidentielle,
00:06ancienne ministre, finaliste de la présidentielle de 2007 face à Nicolas Sarkozy.
00:10De très nombreuses questions à vous poser parce que ça y est, clairement, on le sent,
00:13le débat, la primaire socialiste s'est lancée.
00:17Vous avez d'ailleurs eu une première confrontation hier les uns et les autres
00:20et il n'y a plus que deux semaines désormais avant le premier tour de cette primaire socialiste.
00:25Ségolène Royal, d'abord, question sur le pouvoir d'achat et le carburant.
00:29Vous avez annoncé hier vouloir bloquer les prix du carburant autour de 1,50€ ou 1,70€.
00:34Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
00:361,70€.
00:371,70€. Pour l'essence ?
00:39Pour l'essence, c'est le gasoil.
00:41Les deux ?
00:41Les deux.
00:41Les deux à 1,70€.
00:43Aujourd'hui, le gasoil n'est plus taxé à cause d'une taxe européenne.
00:46Moi, je crois que la politique, vous savez, ça doit être efficace et réactif.
00:50Et aujourd'hui, il y a une crise économique profonde due au prix de l'énergie.
00:54Plus une crise des travailleurs indépendants, une crise des PME, une crise des familles aussi,
00:59qui ne peuvent plus se déplacer.
01:01Et par conséquent, je ne comprends pas pourquoi Emmanuel Macron ne baisse pas les taxes sur l'essence.
01:07Pourquoi je ne comprends pas ?
01:08C'est parce que nos voisins, les Espagnols, ont fait cela.
01:11Ils l'ont fait d'ailleurs déjà lors de la précédente flambée des prix du brut.
01:16Donc, par conséquent, les choses sont assez simples, si vous voulez.
01:19Aujourd'hui, en Espagne, le prix de l'essence est entre 1,50 et 1,90.
01:23Parce qu'il y a moins de taxes et parce qu'il a baissé les taxes.
01:26Comment a-t-on baissé les taxes ?
01:27D'abord, on a demandé à la Commission européenne de supprimer la taxe de 33 centimes sur le gasoil.
01:34C'est une taxe décidée par l'Europe qui est fixe.
01:37Les Espagnols ont obtenu cette autorisation.
01:39Quand Emmanuel Macron a, il y a deux jours, annoncé qu'il allait demander une autorisation à la Commission européenne,
01:46j'ai pensé que c'était de cela dont il s'agissait.
01:49Donc, il faut demander cette dérogation.
01:51Si les Espagnols l'ont eu, on l'aura.
01:52Donc, ça fait déjà 33 centimes de moins sur le gasoil.
01:56Ensuite, il a baissé la TVA de 20% à 10%.
02:00C'était même 21% en Espagne.
02:02De 21% à 10%.
02:03Donc, ça fait une nouvelle baisse.
02:05Donc, nous, on pourrait baisser la TVA ?
02:06Ça veut dire quoi ?
02:06Ça veut dire que vous faites passer l'essence en produit de première nécessité ?
02:10On baisse la TVA.
02:11Bien sûr que c'est un produit de première nécessité.
02:13C'est vraiment une urgence.
02:15Enfin, on déporte, on reporte les certificats d'économie d'énergie.
02:20Il n'y a aucune raison que le financement de la transition énergétique pèse sur les salariés,
02:27les familles qui payent de l'essence.
02:29Ça, c'est 15 centimes.
02:30Donc, ça veut dire que, mi-bout à bout, vous arrivez à peu près à ces 50 centimes de moins
02:35par litre.
02:37Ce que je propose, c'est de le bloquer jusqu'au 31 décembre.
02:41C'est-à-dire, vous voyez, ça crée une accalmie, ça crée une respiration, ça crée un soulagement.
02:46C'est-à-dire que les Français sauront que jusqu'au 31 décembre, l'essence sera à 1,70 €.
02:52Et ensuite, j'espère que d'ici là, il faut faire aussi tous les efforts diplomatiques pour que la guerre
02:57en Iran s'arrête.
02:58Ça va de pair, si vous voulez, parce que tant que la guerre va durer, en effet, il y a
03:02une flambée.
03:03Donc, vous espérez que d'ici là, le détroit d'Hormuz rouvre ?
03:06Voilà, il faut une espérance aussi sur la fin de la guerre et sur les efforts de paix et sur
03:11les efforts diplomatiques.
03:12En tout cas, il faut de la visibilité.
03:14Et c'est pour ça que je propose trois mois.
03:16Et au 31 décembre, on fait le point pour savoir ce qui se passe.
03:19Ségolène Royal, vous dites qu'on suspend ou on supprime d'ailleurs le fameux certificat d'économie d'énergie ?
03:27Pour l'instant, on les suspend.
03:29Pour l'instant, on les suspend, c'est entre 15 et 20 centimes par litre.
03:34Ça, c'était une mesure censée être écologiste pour pouvoir accompagner la transition.
03:40Vous n'êtes plus écolo ?
03:41Je n'ai jamais été pour les taxes.
03:43Je n'ai jamais été pour l'écologie punitive.
03:45Je n'ai jamais été pour les taxes.
03:47Ça finance, c'est ce qui finance, par exemple, la transition, la mise en place de bornes électriques.
03:57Donc non.
03:58Oui, avec des circuits un peu complexes.
03:59Il faut bien le dire.
04:00La Cour des Comptes dit que c'est une usine à gaz.
04:01J'ai supprimé l'éco-taxe.
04:04J'ai été contre la taxe carbone qui a déclenché la violence de la répression contre les gilets jaunes qui
04:10protestaient contre cette réduction du pouvoir d'achat.
04:13Je ne suis pas favorable à ce que ce soit l'essence qui finance les certificats d'économie d'énergie.
04:18Mais alors, on les finance comment ?
04:18Pourquoi ? Parce que c'est quoi une bonne écologie ?
04:20C'est une écologie qui, quand elle met des taxes, par exemple, taxe pollueur-payeur.
04:23Là, je suis pour la taxe pollueur-payeur.
04:25C'est-à-dire que c'est une taxe qui réoriente les comportements.
04:29Et là, c'est injuste.
04:30Parce que vous mettez une taxe sur des gens qui utilisent leur voiture, qui n'ont pas les moyens d
04:35'acheter une voiture électrique.
04:37Et ça, d'autant plus fortement que ce gouvernement-là, depuis 10 ans, n'a rien fait pour développer la
04:42voiture électrique.
04:43Le leasing social ?
04:45Non, mais sur la construction, elle existait.
04:47Cette voiture électrique, il y avait la Mia électrique, avec le Liège.
04:50Vous savez que j'avais fait fabriquer un poids de chambre.
04:51Il y a deux jours qui fabriquaient une voiture électrique il y a 20 ans.
04:55Et là, il n'y a même pas eu d'effort de déploiement des bornes électriques.
04:58Donc, on est en retard sur la voiture électrique.
04:59Est-ce qu'il faut également mettre la pression sur Total ?
05:03Je voudrais vous faire écouter les propos du ministre des PME et du pouvoir d'achat.
05:06Serge Papin, qui était à ce même micro hier.
05:09Et lorsque je l'interrogeais sur le fait d'engager éventuellement un bras de fer avec Total, voilà sa réponse.
05:14Moi, je vais vous dire une chose.
05:16Je n'ai pas envie d'embêter Total.
05:17Je vous le dis, parce qu'aujourd'hui, on fait front commun.
05:21Moi, ce que je souhaite, c'est que Total continue, pendant cette période de crise,
05:25à plafonner son prêt à 2,25 pour le gasoil et 1,99 pour le sans-plomb.
05:30Le bénéfice fait Total, il le fait sur le monde entier.
05:33Il ne répercute ces 2,25 qu'en France.
05:36Donc moi, je suis ministre du pouvoir d'achat.
05:39Ça me convient qu'on puisse trouver dans notre pays du carburant gasoil à 2,25 euros.
05:45Donc je n'ai pas envie d'embêter Total.
05:46Je n'ai pas envie d'embêter Total.
05:48Est-ce que vous diriez la même chose si vous étiez aux manettes ?
05:51Ce n'est pas une question d'embêter.
05:53C'est une question de faire de l'ordre juste.
05:55Total, moi, j'ai eu le patron de Total qui voulait encore faire des fourrages au large de la Guyane
06:05quand j'étais ministre de l'énergie.
06:06Je lui ai dit non.
06:07La COP21 a décidé qu'il fallait préparer la pré-pétrole.
06:10Donc si Total aussi, si les opérateurs pétroliers s'étaient engagés plus fortement,
06:15ils le font dans les énergies renouvelables,
06:18puisque la COP21 avait décidé que non seulement pour rester en dessous des 2 degrés du réchauffement climatique,
06:23il fallait renoncer à certains puits de pétrole que l'on connaissait,
06:27mais il fallait cesser de prospecter le pétrole.
06:29Mais aujourd'hui, c'est Colène Royal, dans la situation actuelle.
06:32En fait, Total a deux casquettes.
06:33Total est distributeur et Total est raffineur.
06:35C'est pour ça qu'il gagne beaucoup d'argent.
06:37Il est raffineur, il gagne beaucoup d'argent et il font beaucoup de marge aujourd'hui.
06:41Il est producteur, raffineur, transporteur et distributeur.
06:44Est-ce qu'il faut lui demander de faire davantage d'efforts ?
06:47Mais bien sûr, il fait ses marges.
06:49Est-ce qu'il est juste de faire des marges en pourcentage, en augmentation,
06:53parce que le prix du brut augmente ?
06:55C'est une forme de spéculation sur la hausse du prix du pétrole.
07:00Vous lui demanderiez quoi, là, à Total, vous, si vous étiez au manette ?
07:02Je lui demanderais quels étaient...
07:03Je le reçois, je fais une réunion de travail avec lui,
07:05je lui demanderais quelles étaient ses marges
07:07avant la flambée du prix du pétrole, par exemple, sur le raffinage.
07:10Et je lui dis, vous devez bloquer vos marges à ce niveau-là.
07:13Vous ne perdez pas d'argent.
07:14Ça ne coûte pas plus cher.
07:15Vous savez ce que c'est le raffinage ?
07:16Sauf qu'il faut l'acheter sur le marché mondial.
07:18C'est très simple.
07:19C'est faire chauffer le pétrole brut, le raffinage, c'est tout.
07:22Donc, quand le prix du pétrole augmente,
07:25le coût du raffinage, du travail, des salaires, etc., n'augmente pas.
07:29Donc, pourquoi la marge augmenterait en pourcentage ?
07:31Quand vous avez 10% de marge sur 1 euro, ça vous fait 10 euros.
07:3510 centimes d'euro.
07:36Quand vous avez 20% de marge sur 1 euro,
07:39ça vous fait 20 centimes d'euro sans travailler plus.
07:42Il faut garder cet argent, j'allais dire, pour baisser les prix à la pompe
07:46ou est-ce qu'il faut taxer ces super profits ?
07:50Ça passe par quoi ?
07:51Non, je ne suis pas favorable aux taxes.
07:54Parce que dès que vous dites le mot « taxe »,
07:55c'est la panique, où va l'argent, etc.
07:57Moi, je serais favorable à discuter avec Total
08:00sur le fait que la différence de marge supplémentaire
08:03qui est injustifiée, je le répète,
08:05qui est une marge spéculative,
08:07soit réinjectée dans la transition énergétique, par exemple,
08:10soit réinjectée dans l'installation de bornes électriques, par exemple,
08:13soit réinjectée dans les aides à l'achat de voitures électriques, par exemple.
08:18Donc, si vous supprimez le fameux certificat d'énergie,
08:23vous compensez éventuellement pour ça ?
08:24Voilà, par exemple.
08:25Ou, finance aussi, ce que je disais tout à l'heure,
08:27la baisse des taxes sur le coût de l'essence.
08:31Puisque la baisse des taxes sur le coût de l'essence pendant trois mois,
08:33c'est à peu près 50 milliards d'euros.
08:35Donc, Total a distribué combien de dividendes ?
08:38Quels sont les profits totales ?
08:40Donc, vous voyez que, et en plus, ces 50 milliards d'euros
08:44coûteraient beaucoup plus cher s'ils étaient maintenus,
08:46parce que maintenir le prix de l'essence à un niveau aussi élevé
08:50coûte énormément cher en économie, en déclin économique.
08:55En baisse de la consommation.
08:57En baisse de la consommation.
08:58Globalement.
08:58En baisse du travail.
08:59Globalement, Ségolène Roya, vous le voyez,
09:01une colère de Français qui monte.
09:04Il y a eu, évidemment, la colère des pêcheurs la semaine dernière.
09:06On entend aussi celle des transporteurs.
09:08Il y a, le 29 septembre, la semaine prochaine,
09:10cette grande journée de manifestation à l'appel des syndicats.
09:15Est-ce que vous y serez ?
09:16Est-ce que vous estimez qu'il faut descendre dans la rue ?
09:18Moi, je suis pour une France tranquille.
09:21C'est-à-dire que je suis pour la paix sociale et la paix civile.
09:23Et si ce gouvernement n'est pas capable de prendre les mesures
09:27et conduire, encore une fois, à obliger les gens de...
09:31Ce n'est pas facile, vous savez, de faire des manifestations,
09:33de descendre dans la rue, de perdre des moyens du pouvoir d'achat,
09:39de poser des jours de projet.
09:41Mais une France tranquille, c'est une France sans manifestation ?
09:43Oui, c'est une France sans manifestation.
09:45Je vais vous dire, si un jour je suis à la tête de l'État,
09:48il n'y aura pas de mouvement social.
09:50Parce que les problèmes seront réglés en amont.
09:52Avec moi, il n'y aurait pas eu les gilets jaunes.
09:54Parce que la taxe carbone aura été immédiatement retirée.
09:57Il n'y aurait pas eu les manifestations des pompiers.
09:59Parce que les pompiers auraient été entendus, écoutés, équipés et recrutés.
10:03Il n'y aurait pas eu les manifestations des infirmières frappées au sol.
10:06On ne fait pas rien qui déplaît, c'est comme une réelle.
10:07Mais la politique, ce n'est pas pour déplaître.
10:09Et puis les luttes, ça passe parfois.
10:10Enfin, je veux dire, si vous aviez face à vous,
10:12Marie-Lise Léon ou Sophie Binet,
10:14elle vous dirait, les luttes, ça passe parfois par la rue
10:16et par les manifestations.
10:18Mais les luttes, heureusement qu'elles existent.
10:20quand la politique est injuste ?
10:22Donc là, ma question, elle concerne la journée du 29 septembre.
10:25Est-ce que vous estimez que le 29 septembre,
10:27il ne faut pas descendre dans la rue ?
10:27J'estime qu'avant le 29 septembre,
10:30le gouvernement doit prendre les décisions
10:31telles que celles que je viens de vous annoncer
10:33pour débrancher en quelque sorte
10:35que cette manifestation n'est même plus lieu d'être.
10:37Regardez que c'est possible.
10:38La preuve sur les pêcheurs.
10:39Ils étaient en mouvement de grève.
10:43Le gouvernement a lâché ce que les pêcheurs voulaient
10:45à juste titre, c'est-à-dire le gouvernement a pris en charge
10:4970% de la hausse des carburants pour les pêcheurs
10:51et en plus a fait des prêts à taux zéro à hauteur de 50 000 euros.
10:55Les pêcheurs ont pu respirer et là, ils partaient à perte.
10:58Ils montaient sur leur bateau de pêche.
11:00Ils avaient déjà perdu de l'argent avant de commencer à travailler.
11:03C'est intolérable.
11:05Donc ce gouvernement doit baisser, comme je l'ai dit,
11:08le prix de l'essence.
11:09Et à ce moment-là, il n'y aura pas les mouvements sociaux.
11:11Deuxièmement, il doit arrêter de menacer les gens sur les retraites.
11:15Ça suffit.
11:16Vous ne pouvez pas, d'un côté, ne pas remettre la peau de solidarité
11:19sur la fortune et vous en prendre aux retraites
11:22à un moment où il y a un effondrement du pouvoir d'achat.
11:25Pas seulement chez les bas salaires et les petites retraites.
11:29Lorsque le ministre de l'économie dit
11:30que ce sera ceux qui ont une retraite supérieure à 2 000 euros
11:34et il dit qu'avec 2 000 euros en France, on s'en sort.
11:36C'est très choquant.
11:37Ça vous a choqué ?
11:38Ça m'a choqué.
11:39En plus, ce ministre-là a déclaré 4 millions d'euros de patrimoine.
11:42C'est facile quand on a un patrimoine
11:44et qu'on sait que ses enfants et ses petits-enfants seront à l'abri.
11:47C'est facile de dire qu'on peut vivre à 2 000 euros.
11:50C'est vraiment scandaleux.
11:53Ces gens qui nous gouvernent sont hors sol.
11:55Est-ce que c'est Golanne Royal ?
11:56En plus, ils ne payent pas leur essence.
11:58Ces ministres-là, ces dirigeants, ils ne payent pas leur essence.
12:01Ils ne savent pas ce que c'est que de sortir le paiement.
12:05Est-ce qu'on peut être de gauche et très riches ?
12:06Je vous pose la question parce que Mathieu Pigasse, qui est à la fois banquier et engagé aujourd'hui à
12:11gauche,
12:12il dit qu'être de gauche, ce n'est pas faire vœu de pauvreté,
12:15alors qu'il a été dit qu'il avait eu des vacances cet été,
12:19trois semaines d'un séjour passé sur l'île Moustique, dans les Caraïbes,
12:22pour un montant de 434 000 euros pour son séjour.
12:25Il dit qu'il n'y a pas à répondre à la police des mœurs.
12:28Être de gauche, ce n'est pas faire vœu de pauvreté.
12:30Comment vous vivez cet engagement à gauche et en même temps des vacances à 434 000 euros ?
12:35Si vous voulez, je préfère quelqu'un qui est riche et qui dit qu'il faut taxer les riches,
12:39que quelqu'un qui est riche et qui dit qu'il ne faut pas taxer les riches.
12:42Au moins, il est riche et il dit qu'il faut taxer les riches.
12:45Donc il dit, je suis riche, je l'assume, mais on me taxe.
12:47Donc vous trouvez ça plutôt cohérent ?
12:48Il faut taxer les riches, oui.
12:49La question sur les manifestations, je vous la repose sous un autre angle.
12:53Vous, vous avez dit, moi je suis pour une France tranquille.
12:56Il y a deux hommes de gauche, Fabien Roussel d'un côté, François Hollande de l'autre.
13:00Fabien Roussel, lui, il dit, je serai toujours du côté des barricades.
13:03Et à l'inverse, François Hollande dit, les politiques ne doivent pas aller dans les manifestations,
13:07ça n'est pas notre rôle, chacun son rôle.
13:09Moi, je ne suis pas là pour commenter les commentaires des autres.
13:12Je vous dis quelle est ma position.
13:13Ma position, c'est de dire, premièrement, lorsque c'est possible, il faut déminer les colères sociales.
13:21Parce que ça veut dire qu'il y a de mauvaises politiques qui sont mises en place.
13:24Et que chaque fois qu'il y a un mouvement social, et on en a connu beaucoup au cours de
13:28ces dix années,
13:30il y a un coût économique considérable.
13:32Est-ce que vous savez que le coût économique des mouvements sociaux, de la répression,
13:36de la dépression, des difficultés économiques, de la dégradation de l'image de la France à l'international,
13:41du détournement des investisseurs internationaux qui sont partis en Espagne ?
13:45En Espagne, plus de 2% de croissance.
13:47En France, zéro croissance.
13:49Donc ça fait réfléchir aussi sur le coût.
13:50Après, ils ont fait des gros, gros, gros efforts ces dernières années que nous n'avons pas fait.
13:54Oui, mais ils n'ont pas fait de mouvement social.
13:55Ils ont gouverné intelligemment.
13:59Là, ils ont regardé, on le disait à l'instant, ils ont baissé les...
14:02Là, récemment, oui.
14:03C'est un gouvernement de gauche qui est aux manettes et qui a plus de 2% de croissance.
14:08Et donc, les investisseurs internationaux se sont aussi détombés de la France quand ils voient le chaos,
14:13la pagaille, le déclin, le grand n'importe quoi, l'État qui ne tient plus rien.
14:17Et par conséquent, ça, c'est la priorité.
14:19Et ensuite, quand il y a du mouvement social, bien sûr qu'il faut être à leur côté,
14:22pas dans la rue, pour récupérer les manifestations.
14:25Moi, je ne suis jamais allée dans la rue si je n'étais pas invitée.
14:28J'ai fait des manifestations avec des ouvriers dans les usines
14:31parce qu'ils m'ont appelée sur place pour essayer de les défendre.
14:33Donc, chaque fois que les salariés, les révoltes voudront que je sois à leur côté,
14:42j'irai à leur côté.
14:43Mais je n'irai pas spontanément récupérer des manifestations.
14:46En revanche, je mettrai des propositions responsables et autoritaires sur la table
14:52pour que ces manifestations n'aient plus de raison d'être.
14:54– Ségolène Royal, on vous a entendu hier débattre avec vos camarades
15:00dans cette primaire et néanmoins concurrents, dans cette primaire de la gauche.
15:04Est-ce que vous estimez que Raphaël Luxemann est de gauche ?
15:07– Il le dit. Donc, il n'y a pas de raison de penser le contraire.
15:12– Vous avez un doute ?
15:13– Son itinéraire n'est pas de gauche, mais tout le monde a le droit de changer.
15:16Il a soutenu Sarkozy en 2017.
15:18– Vous venez de dire que Mathieu Pigasse, avec des vacances à 434 000 euros, pouvait…
15:22– Ça n'a rien à voir.
15:23– Il y a des questions pour vous, c'est quoi ?
15:26Ça veut dire quoi, l'itinéraire ?
15:28Vous estimez que son engagement n'est pas un engagement de gauche ?
15:31– Je ne sais pas.
15:33– Non, parce qu'il y a un peu un de poids de mesure.
15:34C'est-à-dire que vous avez dit, par exemple, dans la même phrase,
15:36vous avez dit que les 4 millions de patrimoines de Roland Lescure,
15:40en gros, sont quand même quelque chose qui le délégitimise
15:43pour parler d'un certain nombre de choses.
15:44– Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Il faut faire attention à la reformulation.
15:47– Alors, dites-moi, dites-moi. On est en direct, vous pouvez dire tout ce que vous voulez.
15:49– Il ne faut pas reformuler des choses. J'ai dit que quand un ministre dit
15:52qu'on vit bien avec 2 000 euros, c'est facile à dire quand on a 4 millions de patrimoines.
15:56– Tout à fait.
15:57– Si tous les retraités qui avaient 2 000 euros avaient 4 millions de patrimoines,
16:00en effet, ils vivraient bien, parce que ce patrimoine rapporte aussi des revenus financiers.
16:05D'accord ? Et lui ne vivra jamais avec 2 000 euros. D'accord ?
16:08Donc, même les ministres qui disent ça, on devrait les mettre, vous savez,
16:11pendant 6 mois, à vivre avec 2 000 euros, pour qu'ils rectifient un peu leur point de vie.
16:15– Vous pouvez dire, ce matin, Ségolène Royal, que le parcours de Raphaël Glucksmann
16:19n'est pas le parcours d'un autre de gauche ?
16:20– Je ne veux pas parler des autres candidats ni donner des notes.
16:22Je veux bien répondre à vos questions.
16:23– Pour vous les entendre, quand même.
16:24– Non, mais je veux dire, par là, c'est un itinéraire.
16:27C'est un itinéraire qui n'est pas un itinéraire socialiste, mais c'est son droit.
16:31Il a le droit de dire qu'il est de gauche, mais c'est un itinéraire qui n'est pas
16:34de gauche.
16:36Il s'est plaint du mutérandisme, il a soutenu Nicolas Sarkozy.
16:40Alors, c'est vrai qu'il y a longtemps.
16:41– Vous étiez prête à être ministre d'Emmanuel Macron ?
16:44– Ça n'a rien à voir.
16:45– Ah bon ?
16:46– Vous trouvez que Emmanuel Macron est très de gauche ?
16:48– Quand la gauche gagne les élections législatives, ça aurait été normal
16:51qu'il y ait un gouvernement de gauche, excusez-moi.
16:53– Donc, pour vous ?
16:54– Et quand Emmanuel Macron a été élu en 2017, tout le monde…
17:00Enfin, je veux dire, on ne savait pas ce que deviendrait Emmanuel Macron,
17:02ni ce qu'il le ferait comme politique.
17:04– Emmanuel Macron a un parcours d'homme de gauche, il était quand même aux côtés,
17:07il a été aux côtés de François Hollande et il a été l'un de ses proches collaborateurs.
17:11– C'est pour ça qu'on a le droit de changer, mais il a fait une politique quand même
17:14plus qu'à droite, c'est-à-dire une politique d'une violence et d'une brutalité.
17:18Et d'ailleurs, j'ai été mise à la porte comme ambassadrice des pôles,
17:21qui était d'ailleurs un travail bénévole, lorsque j'ai soutenu les Gilets jaunes.
17:25Donc là-dessus, il n'y a aucune contribution.
17:26– Mais si Raphaël Luxemann sort vainqueur de cette primaire, vous ferez sa campagne.
17:30– Mais arrêtons de parler des autres candidats.
17:32– Non mais vous ferez sa campagne, vous vous êtes engagé à ça, s'il n'y a pas de
17:35doute ?
17:35– Sauf s'il fait une alliance à droite, parce qu'il dit que la recomposition de la gauche,
17:39c'est vers la droite qu'il faut aller, vers le sang, on verra.
17:42Moi, je pense qu'en gagnant la primaire, je ferai ce qui est prévu, tranquillement.
17:50C'est-à-dire l'union de la gauche d'abord, ensuite la campagne présidentielle,
17:56ensuite l'espérance que dans cette campagne présidentielle, en effet,
17:58il y a un mouvement qui se lève, ensuite que les abstentionnistes viennent voter
18:04et qu'on soit capable de démontrer…
18:06– Et c'est aussi pour ça que vous vouliez justement…
18:07– Qu'est-ce qu'ils attendent les Français ?
18:09Ils attendent de savoir si oui ou non, il y a des solutions pour que la France
18:12arrête d'être en déclin.
18:14Et ce qui me préoccupe aujourd'hui, c'est que les classes moyennes sont en déclin.
18:18Et quand dans un pays, les classes moyennes et moyennes supérieures sont en déclin,
18:22c'est quelque chose qui est très difficile, en effet, ensuite à remonter.
18:26Et par conséquent, je crois qu'il y a des possibilités de remonter la pente
18:29et notamment en relançant les filières de développement industriel
18:33liées à la transition énergétique.
18:35– Ségolène Royal, est-ce que l'antisémitisme, c'est la faute des Juifs ?
18:39– Je ne vais pas revenir en deux phrases sur ce sujet-là.
18:42– Ah non, vous avez plus de deux phrases ?
18:43– Non, je ne vais pas revenir ce matin sur ce sujet-là.
18:45Je vais vous dire pourquoi.
18:46Parce que chaque fois qu'on parle de ce sujet, la parole est déformée.
18:49– Donc j'ai dit hier ce que j'avais à dire.
18:51– Vous avez dit hier cette phrase, c'est le gouvernement israélien
18:54qui est responsable de la montée de l'antisémitisme,
18:56et vous avez ajouté, il faut que davantage de Juifs de France
18:59se lèvent pour le dénoncer.
19:01– Mais là, vous sortez aussi, j'ai expliqué cette façon de faire les choses.
19:05– Vos concurrents n'ont pas compris ce moment.
19:08– Ils ont estimé qu'il y avait un lien,
19:12que vous estimiez une forme de responsabilité des Juifs de France
19:16aussi dans cet antisémitisme, en ne dénonçant pas.
19:18– Ça veut dire quoi ?
19:19– Non, je ne reviendrai pas là-dessus, donc ce n'est pas la peine d'insister.
19:23– Mais je comprends pas pourquoi vous ne voulez pas revenir dessus.
19:24– Parce que chaque fois que j'ai dit les choses,
19:26j'ai répondu d'ailleurs à cette déformation
19:29qui m'a été faite sur le plateau par rapport à ce sujet,
19:31j'ai répondu, donc je ne vais pas répondre.
19:33– Mais moi je pose les questions que je veux, c'est le lien royal.
19:35– Oui, et moi je fais les réponses que je veux.
19:37– Donc vous, vous considérez, vous laissez donc cette phrase,
19:40vous ne la reprenez pas, vous considérez donc
19:43qu'il faudrait que les Juifs de France,
19:46pour faire baisser l'antisémitisme, disent
19:49parce qu'ils sont liés, pour vous, au gouvernement de Benjamin Netanyahou.
19:53– Non, c'est pas ce que j'ai dit, donc tous ceux qui veulent savoir
19:54ce que j'ai dit, reportez-vous.
19:56– Donc, et Raphaël Luxman, et Jérôme Guelch
19:58n'ont pas compris ce que vous disiez, c'est eux qui n'ont pas compris.
20:00– Si, parce que j'ai rectifié les choses,
20:02et je ne l'accepte pas que l'on puisse déformer
20:06les propos que je tiens.
20:08De même quand on parle de la paix pour l'Ukraine,
20:10– En fait, vous avez l'opportunité, Ségolène Royal,
20:13justement de clarifier vos propos, qui visiblement…
20:16– Oui, mais je comprends, eh bien non, parce que chaque fois…
20:18– Au minimum, étaient flous ?
20:19– Non, pas du tout.
20:20– Ah, pas du tout.
20:21– Chaque fois que l'on parle de ce sujet-là,
20:22c'est des sujets très délicats,
20:24et en même temps, il faut avoir le courage de dire un certain nombre de choses,
20:26c'est ce que je dis.
20:27Et c'est de la même façon, quand je suis traitée de poutine au latre,
20:31parce que je demande qu'il y ait la paix en Ukraine,
20:33et que cette guerre s'arrête.
20:34– Personne n'est pour la guerre en Ukraine.
20:36Tout le monde est pour la paix, non ?
20:38Non, tout le monde ne prononce pas ce mot,
20:40tout le monde ne prononce pas ce mot,
20:41il faut la paix, il faut que cette guerre s'arrête.
20:44Dès que vous dites ça, vous dites,
20:45ah ben non, vous avantagez Poutine,
20:47si vous voulez la paix, c'est que c'est un signe de faiblesse.
20:50Mais pas du tout.
20:51Il faut tenir fermement les deux bouts,
20:53à la fois la défense de l'Ukraine.
20:53– Est-ce que vous distinguez, je vais vous poser la question différemment,
20:56Ségolène Royal, est-ce que vous distinguez les Juifs de France d'Israël ?
21:00– Je ne reviendrai pas sur cette question.
21:02– Vous ne distinguez pas les Juifs de France d'Israël ?
21:03– Je ne reviendrai pas sur cette question.
21:05J'ai dit ce que j'avais à dire hier.
21:06– Est-ce que ce n'est pas ce qui nourrit l'antisémitisme,
21:08justement, de faire le lien comme vous l'avez fait hier soir ?
21:11– Vous avez le droit d'estimer qu'il n'y a pas à être clair là-dessus.
21:14– Non, vous ne me ferez pas dire quelque chose de schématique
21:16en deux secondes pour faire du buzz.
21:17– Dans ce cas-là, on reste sur la phrase que vous avez prononcée hier
21:20puisque vous ne voulez pas la remettre en cause.
21:21– Non, je n'ai pas dit cela, c'était plus long d'ailleurs l'intervention.
21:25Donc il ne faut pas sortir une phrase d'une intervention,
21:27il faut dire la totalité des choses.
21:30– Et il faut dire aussi qu'à Gaza, il faut revenir sur les phrases
21:35que vous avez prononcées hier et sur ce que vous en dites.
21:38– Non, tout le monde ne dit pas cela.
21:40Et je redis aussi qu'à Gaza, il y a un génocide
21:44puisque les mots ont leur sens.
21:46– Et c'est comme ça d'ailleurs que vous avez répondu à Raphaël Luxman.
21:50– Qu'il faut rompre l'accord Israël-Union Européenne,
21:51qu'il faut arrêter d'autoriser Netanyahou à survoler le territoire français.
21:56– Mais ce n'est pas là-dessus que vous interrogez.
21:57– Non, mais tout le monde doit être sur cette ligne.
21:59Tout le monde doit être sur cette ligne.
22:01– Merci Ségolène Royal d'avoir répondu à certaines de mes questions,
22:04mais pas à toutes.
22:05Candidate à la primaire socialiste.
22:06– Sous-titrage Société Radio-Canada
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