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  • il y a 40 minutes
Avec Jean-Charles Bouchoux

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##NOEPISODE##2026-09-23##
Transcription
00:00Et on va conclure avec vous Nathalie, merci de prendre la parole sur Sud Radio, bonjour.
00:05Bonjour, bonjour Brigitte, bonjour Jean-Charles.
00:08Bonjour Nathalie.
00:09Et bien en fait, je vais vous en donner de la répétition, parce qu'en fait, ce qui s'est
00:15passé à l'origine, c'est que je n'ai pas été, alors je n'ai pas vécu de traumatisme
00:21brutal, d'accord ?
00:22Moi, ça a vraiment été insidieux tout au long de ma vie, d'enfant en tout cas, parce que je
00:29ne convenais pas à ce que mes parents souhaitaient.
00:32Premièrement, ils voulaient un garçon, et deuxièmement, ils voulaient un scientifique rigoureux, alors que moi, je suis bohème, artiste, et
00:42rien de ce que je ne faisais ne convenait.
00:46Ça n'était jamais assez bien.
00:48Je revenais avec un 18, c'était pourquoi tu n'as pas eu 20.
00:52Je n'avais pas le droit d'avoir des amis, et quand j'avais des amis, ils étaient toujours mieux
00:58que moi.
00:59Ah, parce qu'elle est bien, Sophie, merveilleuse.
01:02Et en fait, je pense que tout ça, ça a déclenché chez moi le fait que j'irradie une sorte
01:10d'énergie qui dit, tu ne m'aimeras pas.
01:14Et tous mes maris, copains, conjoints, enfin tout ça, tous jusqu'au dernier en ce moment, m'ont quitté.
01:24Je n'ai pas d'amis, parce que je ne me sens pas aimable.
01:28Je ne me sens pas digne de recevoir une amitié.
01:33Et ça, c'est un petit peu douloureux.
01:35C'est le syndrome de l'imposteur.
01:39C'est vrai, si quelqu'un m'aime, c'est que j'ai dû réussir à le tromper à un
01:43moment donné.
01:43Il y a quelque chose qui ne colle pas, donc il va s'apercevoir que je suis nul, et de
01:47toute façon, il va me laisser.
01:49C'est beaucoup en lien avec la blessure de rejet.
01:53Blessure de rejet, blessure d'injustice.
01:56Oui, c'est très dur à vivre, d'autant plus que j'ai découvert que j'étais neuroatypique.
02:01Donc, j'ai vécu toute jeune aussi le rejet des enfants à l'école, parce que je raisonnais différemment.
02:09Et moi, mes amis, c'était les adultes, ça n'a jamais été les enfants quand j'étais à l
02:13'école.
02:13Mais même les adultes, ils ne sont pas des neurotypiques.
02:18Mais c'est terrible, je les comprends.
02:20Un nouveau arrive dans la classe, ou au travail, ou enfin, je veux dire, dans le groupe d'amis,
02:25et vous, tout de suite, vous sentez qu'il y a quelque chose qui ne va pas coller.
02:28Alors, vous dites aux autres, je ne sais pas, il faudrait peut-être qu'on se méfie.
02:30Et puis, les gens vous répondent, mais vraiment, tu as un mauvais esprit, quoi.
02:33Et ce que moi, j'ai senti tout de suite, eux, s'en rendront compte dans six mois, un an.
02:39Vous voyez ?
02:39C'est ça, un petit peu, l'hypersensibilité à la neuroatypique.
02:42C'est que vous captez plein d'informations que les gens, eux, ne voient pas.
02:47Oui, oui, j'ai l'impression de voir les gens, c'est vrai.
02:51Ce qui serait intéressant, Nathalie, c'est d'arriver à mieux cerner
02:56quelle a été votre stratégie de défense par rapport à des parents qui, donc, vous humilient.
03:02Le mot est même faible.
03:05Et à mon avis, vous avez essayé de jouer plein de rôles différents
03:11pour, à un moment donné, d'abord attirer leur attention,
03:14et puis, peut-être, rentrer dans un moule qui pourrait leur plaire.
03:18Est-ce que ça vous parle, ça ?
03:21Oui, ça me parle parce qu'en fait, j'ai longtemps cru, quelque part au fond de moi,
03:26que j'étais un garçon, du coup, puisque je me suis fondue dans une attitude de garçon.
03:33Et puis, j'ai été vraiment...
03:37Enfin, j'ai fait une école d'ingénieur.
03:38Donc, c'est pour vous dire que je me suis vraiment rentrée dans le moule de la rationalité.
03:43Oui, mais qui n'était pas votre vraie personnalité.
03:47Et ce que j'entends, vous voyez, c'est que,
03:49comme vous ne savez pas exactement aujourd'hui encore qui vous êtes vraiment,
03:53puisque vous avez joué tous ces rôles-là,
03:54et bien, vous ne savez jamais très bien.
03:57Et en face, vous rencontrez donc des gens qui se disent,
04:01mais qui est Nathalie ?
04:02Et qui, peut-être, ont été séduits par une part de vous,
04:08mais tout d'un coup, vous êtes quelqu'un d'autre,
04:10et donc, ils vous quittent.
04:11Vous voyez, moi, je pense que c'est vous, vis-à-vis de vous-même, qu'il faut trouver.
04:18Oui, se rencontrer soi-même, se désidéaliser soi-même,
04:21parce que, même dans le phénomène de l'imposture,
04:24en fin de compte, j'ai quelque part idéalisé un personnage.
04:28Et je me dis que je ne suis pas ce personnage.
04:30Non, j'ai des qualités.
04:32Forcément, vous avez des qualités, Nathalie.
04:34Vous avez certainement des défauts.
04:35Vous n'en êtes pas moins aimable, tel que vous êtes.
04:39Donc, le travail à faire, c'est très juste ce que vous dites, Brigitte Lahaye,
04:42se rencontrer soi-même, et j'ajoute, se désidéaliser soi-même,
04:45et comprendre que, de la même façon qu'on peut aimer quelqu'un qui a des défauts,
04:48vous n'en êtes pas moins aimable.
04:52Oui, c'est compliqué.
04:56Oui, mais c'est un travail.
04:57C'est un travail à faire.
05:02Nathalie, commencez déjà par indiquer tout ce que vous avez su réussir,
05:06et tout ce que vous avez su faire de bien.
05:08Parce qu'il vaut mieux commencer à s'appuyer sur ses qualités,
05:10et puis après, on peut plus facilement s'ouvrir à ses défauts.
05:15Oui, mais ses qualités, et quand même...
05:18Oui, mais il se passe un phénomène étonnant,
05:19c'est que si mes parents n'ont pas été suffisamment bons,
05:21comme j'ai besoin... Un enfant, il a besoin de quoi ?
05:23Il a besoin de lait maternel, il a besoin de l'amour maternel,
05:27et il aura besoin, à un moment donné, de l'amour paternel.
05:30S'il ne reçoit pas, si le parent n'est pas suffisamment bon,
05:33l'enfant, il se coupe en deux, c'est ce qu'on appelle le clivage,
05:35et il va d'un côté ne garder que le bon, s'il y en a, qu'on veut bien
05:40lui donner,
05:41et quand il y arrive du mauvais, en plus, il va se sentir coupable.
05:43Si mon parent me parle mal, ou s'il me bat, c'est de ma faute,
05:47ce n'est pas ce que je l'ai cherché.
05:48Pourquoi est-ce que l'enfant culpabilise ?
05:50Pour protéger son parent, parce qu'il a besoin de l'image d'un parent suffisamment bon.
05:55Donc, on se l'est préfabriqué.
05:58Et aujourd'hui, à l'intérieur de vous, Nathalie,
06:00il y a ça qui continue de fonctionner, c'est
06:02oui, je ne suis pas suffisamment bon pour l'autre.
06:04Ça suffit.
06:05C'est vos parents qui n'étaient pas à la hauteur.
06:07C'est vos parents qui avaient des attitudes perverses.
06:09C'est vos parents qui ne savaient pas.
06:11Alors après, on peut dire, c'est parce que, c'est parce que.
06:13C'est parce que, sûrement, il y a des parce que.
06:14Je suis sûr qu'il y a plein de parce que.
06:16Il n'empêche que ça n'a pas été de bons parents.
06:18Il y a leur propre histoire.
06:19Ça n'a pas été de bons parents suffisamment bons parents.
06:20Mais encore une fois, leur propre histoire explique, mais n'excuse rien.
06:24Et je vais reprendre un terme que vous avez dit au début de votre témoignage, Nathalie.
06:28Vous n'étiez pas digne.
06:30Non, c'est eux qui n'étaient pas dignes de vous.
06:32Bien sûr.
06:33Oui, non, c'est fort, ça.
06:35Oui, non, mais c'est très juste.
06:37Non, non, ce n'est pas très fort.
06:38C'est la réalité.
06:40Et si vous arrivez à accepter ça,
06:42mais ça va être douloureux d'accepter que vos parents n'étaient pas dignes.
06:46Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ?
06:48Ça veut dire qu'on vient au monde avec des parents qui ne sont pas dignes.
06:52C'est très violent.
06:54Ce n'est pas suffisamment bon.
06:55Vous savez, c'est très violent,
06:56parce que ça veut dire que toute votre vie jusqu'à présent,
07:01vous vous êtes un peu trompé en pensant que vos parents étaient aimables,
07:06alors qu'ils ne l'étaient pas puisqu'ils n'étaient pas dignes.
07:09Vous voyez ce que je veux dire ?
07:10Et s'ils vous parlaient mal, c'est que vous en étiez responsable.
07:13Et c'est là qu'on trouve le schéma de l'imposture.
07:15Mais ce n'est pas vrai.
07:15Ils vous ont parlé mal parce qu'ils n'étaient pas dignes.
07:18Vous voyez où on veut en venir, Nathalie ?
07:22Alors, intellectuellement, je comprends,
07:25mais je n'incarne pas, ça ne rentre pas dans ma chaise ce que vous dites.
07:30Oui, alors je vais vous le dire autrement.
07:33Puisqu'ils n'étaient pas dignes, ils n'étaient pas aimables.
07:37Et c'est ce que vous êtes sans cesse en train de vous dire.
07:39Je ne suis pas digne, donc je ne suis pas aimable.
07:43Vous voyez bien comment vous répétez votre propre histoire.
07:47Oui, oui, oui.
07:47Pour avoir un parent suffisamment bon, l'enfant prend sur lui la charge de la faute.
07:51Mais c'est fini, ça.
07:52Vous en êtes sorti de l'enfance.
07:53Maintenant, vous pouvez vous rendre compte que vos parents n'étaient pas à la hauteur
07:55et qu'effectivement, comme le dit très, très justement Brigitte Lahaye,
07:59c'est eux qui ont été indignes
08:00et c'est eux qui auraient dû être tellement fiers de vous accueillir.
08:03Parce que franchement, avec des parents comme ça,
08:06là où vous êtes arrivée, bravo.
08:10Oui, j'ai survécu.
08:13C'est pas mal.
08:14Je suis sympa.
08:14Je suis quand même quelqu'un de sympa globalement.
08:16Moi, je vous trouve assez digne de passer à l'antenne de ce radio.
08:21Franchement.
08:22Et j'espère que vous repasserez de temps en temps.
08:24On vous aime, Nathalie.
08:28Je vous remercie.
08:32Nathalie, je vais vous donner un petit secret.
08:33On a plein de défenses de caractère.
08:37On a plein de mécanismes de défense.
08:40Les trois quarts sont négatifs.
08:43Mais alors, le rire, c'est un des rares mécanismes de défense qui est positif.
08:47Donc, continuez à rire.
08:49Oui, ça, ça m'a accompagnée toute ma vie.
08:51C'est quand même résisté.
08:53Eh bien, voilà.
08:54Le rire et le chant.
08:57Et pourquoi l'humour, c'est tellement extraordinaire ?
09:00Combien d'humoristes sont des enfants blessés ?
09:03Et ils s'en sortent grâce au rire.
09:06Le rire est quelque chose d'extraordinaire.
09:08Tiens, il faudra qu'on fasse une émission un jour sur le rire.
09:11Vous êtes d'accord, Jean-Charles Luchoux ?
09:12C'est un mécanisme de défense positif.
09:15Il n'y en a pas beaucoup.
09:16Il y a beaucoup de rires sur le rire.
09:18Et comme vous êtes une femme qui est tout le temps en train de rire,
09:21là, depuis le début de votre témoignage, vous riez.
09:24Bon, eh ben...
09:25J'avais rencontré un professeur de sociologie burkinabé, du Burkina Faso,
09:30qui expliquait que dans certains villages, les villages, vous savez,
09:32ne se supportent pas entre eux.
09:34Comme en France, d'ailleurs.
09:35Le village d'à côté critique beaucoup le village de l'autre.
09:37Et ils ont inventé une loi.
09:39C'est obligatoire de se moquer des gens du village d'à côté, mais devant eux.
09:44Et quand vous vous moquez de l'autre,
09:46l'autre a obligation de rire.
09:48Et il a obligation de vous renvoyer une critique au moins si forte que la vôtre.
09:54Évidemment, au début, ça doit tendre.
09:56Puis au bout d'un moment, ça doit finir par des crises de larmes, je pense, non ?
09:59Des crises de larmes de rire, hein ?
10:00Ben oui.
10:01Et puis, franchement, Jean-Charles Bouchoux,
10:02quand quelqu'un n'a pas d'humour,
10:04ou qu'il ne supporte pas qu'on se moque un peu de lui gentiment,
10:08franchement, ça cache quelque chose.
10:09Ah oui, oui, oui.
10:10Mais là, ils en ont fait une loi.
10:12Oui, oui, j'entends bien.
10:13Ils appellent ça l'humour apparentel.
10:16Très bien.
10:17Bon, Nathalie, merci d'avoir...
10:19Merci à vous.
10:20Je suis ravie d'avoir conclu avec vous,
10:21parce que ça fait...
10:22Oui, c'est un rayon de soleil.
10:24Exactement.
10:25Merci beaucoup, Nathalie.
10:26Merci.
10:26Merci.
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