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  • il y a 5 minutes
Le gouvernement qui souhaite réaliser 2 milliards d'euros d'économies sur les arrêts maladie en 2027 envisage de supprimer l'exonération d'impôt sur le revenu de certains d'entre eux. Le patronat, lui, réclame la fin des remboursements des "petits" arrêts pour éviter les abus.

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00:006h48, l'enquête de la matinale sur les petits arrêts maladie.
00:04Le syndicat des patrons propose que les entreprises ne les remboursent plus, n'en remboursent plus aucun.
00:11Frapper les Français au porte-monnaie pour éviter les abus, c'est donc la proposition de Patrick Martin.
00:15On va en parler avec Frédéric Bizarre, économiste spécialiste de la santé, qui est avec nous en direct.
00:21Et Fanny Wekshader, bien sûr. D'abord, pour comprendre la proposition du MEDEF.
00:25Fanny, parlez-nous de la situation aujourd'hui et quelle est cette mesure qui changerait pour un salarié du privé
00:31?
00:31On va prendre un cas pratique très concret, vous allez voir, vous allez comprendre.
00:35Par exemple, une commerciale, on l'appelle Léa, elle gagne 2200 euros net par mois.
00:40C'est le salaire médian pour ce secteur. Malheureusement, elle attrape la grippe.
00:46Elle est arrêtée pendant trois jours.
00:47Avec la règle actuelle, pendant les trois premiers jours, elle ne touche aucun revenu,
00:53aucune indemnisation de la sécurité sociale. C'est le délai de carence.
00:56En revanche, dans quasiment une entreprise sur deux, c'est son entreprise qui va l'indemniser.
01:02Donc, sur cette base de 2200 euros net par jour, ça revient à peu près à 100 euros par jour
01:07d'indemnités
01:09qui sont remboursées par certaines entreprises.
01:11Donc, 300 euros. Voilà ce qu'elle gagnera, ce qu'elle aura comme indemnité.
01:17Il faudra quand même qu'elle soit rapide parce qu'il faut répondre dans les deux jours,
01:20envoyer sa fiche à l'employeur. Ce qui changerait avec la proposition du MEDEF,
01:25qui refuserait donc d'assurer cette carence de trois jours, c'est que ces 300 euros,
01:30eh bien, elle les perdrait tout bonnement.
01:31Donc, sur ces 2200 euros nets par mois, eh bien, elle perdrait 300 euros nets de salaire
01:36à la fin du mois. Alors, pourquoi cette proposition du MEDEF ?
01:40Le patron des patrons, Patrick Martin, hier, évoquait des abus d'arrêt maladie trop courts.
01:47Alors, que pensent les Français de cette proposition du MEDEF ?
01:50Nos journalistes Paul Gazu et Tangry-Tricouard sont allés leur poser la question.
01:54Moi, je pense que c'est tout à fait souhaitable.
01:57J'étais même étonnée que ce soit jamais, disons, réformé,
02:01parce que le moindre petite migraine, ou quand on est sorti trop tard,
02:06« Ah ben, j'ai pas envie de bosser, je reste chez moi », moi, ça me choquait.
02:09Il y a sûrement des abus, comme partout,
02:14mais il faudrait peut-être faire au cas par cas, je pense.
02:17Moi, je suis tout à fait contre,
02:19mais vu l'état des finances actuellement de la France,
02:22je pense que ça va être qu'un début.
02:24Ils ne savent plus où chercher des finances pour combler les trous.
02:28– Nous sommes avec Frédéric Bizarre, économiste, spécialiste de la santé,
02:32professeur à l'ESCP.
02:34Bonjour Frédéric, d'abord, est-ce que c'est vrai
02:36qu'il y a de plus en plus de petits arrêts maladie ?
02:39C'est quelque chose que l'on entend beaucoup,
02:41que ce soit Patrick Martin ou les politiques,
02:43mais est-ce la réalité ?
02:45– C'est vrai qu'il y a une hausse de l'ordre de 2 à 3%,
02:49mais par rapport à une hausse qui est de 6% de la dépense
02:52dans les indemnités journalières.
02:54– Donc, pourquoi pas mettre une journée de carence
02:58ou deux journées de carence d'ordre public ?
03:00Mais votre collègue a très bien expliqué, d'abord,
03:04qu'il n'y a pas de compensation du non-remboursement de la Sécu
03:09par l'entreprise dans un cas sur deux, dans une entreprise sur deux.
03:12Donc, elle existe déjà, cette journée d'ordre public,
03:16pour quasiment 50% des salariés.
03:19Donc, pourquoi pas ?
03:20Mais une fois qu'on aura mis cette mesure en place,
03:22est-ce que l'on va mieux maîtriser la dépense d'indemnités journalières
03:26dans l'assurance maladie ?
03:27Non, ça ne change strictement rien pour l'assurance maladie
03:30qui ne rembourse pas les trois premiers jours.
03:32Ça changera un petit peu pour les entreprises.
03:35Mais ça ne change rien dans la dynamique des indemnités journalières
03:38qui sont liées essentiellement à la dégradation de l'état de santé
03:41de la population.
03:42Je rappelle que la santé mentale des jeunes s'est fortement dégradée
03:46selon Santé publique France, la prévalence des dépressions a doublé
03:52sur les cinq dernières années.
03:54La population vieillit en mauvaise santé,
03:56donc les affections de longue durée,
03:57augmente de 400 000 personnes par an.
04:00On est à peu près à 20% de la population,
04:03dont un quart sont toujours actifs.
04:05C'est tant qu'on ne mettra pas en place une politique de santé publique
04:10efficace pour augmenter l'espérance de vie en bonne santé,
04:15qu'on ne mettra pas une santé au travail véritablement effective.
04:19On ne changera pas cette dynamique-là.
04:22On entend abus beaucoup dans les mots du patronat.
04:26En revanche, si je vous suis Frédéric Bizarre,
04:28vous nous dites que si les petits arrêts maladie augmentent,
04:31ce n'est pas seulement de la fraude,
04:33c'est-à-dire qu'il y a un vrai problème de santé publique.
04:37Parlons des abus.
04:38Bien sûr, il y a toujours eu des abus
04:40et il faut absolument lutter contre ces abus.
04:42C'est vrai que la journée d'ordre public,
04:44c'est pour ça que j'ai démarré par dire pourquoi pas,
04:46elle peut être un peu dissuasive pour ces petits abus.
04:49Mais l'erreur, c'est de croire que le problème de la forte dynamique
04:53qui aussi, je ne l'ai pas dit,
04:54mais il faut voir que 60% de la hausse,
04:56c'est lié à des facteurs économiques et démographiques,
04:58c'est-à-dire qu'il y a une hausse de salaire de l'ordre de 3%,
05:02de 2,5% à 3% chaque année.
05:04Donc forcément, les indemnités journalières augmentent
05:06puisqu'elles sont basées sur les salaires.
05:07Et que vous avez une hausse sur les cinq dernières années
05:10du nombre de travailleurs, donc il y a mécaniquement plus.
05:12Mais cette hausse-là, qu'est-ce qu'il faut faire par rapport aux abus ?
05:15Eh bien, il faut retenir confiance aux employeurs,
05:18comme d'ailleurs aux salariés,
05:20parce qu'ils pensent aussi que le collègue qui est malade,
05:22peut-être qu'il abuse,
05:23en réformant le service médical de l'assurance maladie,
05:26dont la mission principale est de lutter contre ce que ça,
05:30et de vérifier la pertinence de ces arrêts maladie.
05:32Il n'y a plus de confiance dans le système.
05:34On a quand même 7500 agents, dont 1500 médecins,
05:38qui sont dédiés au contrôle de ces arrêts médicaux.
05:42Donc on peut quand même très facilement,
05:44et avec un petit peu d'intelligence artificielle,
05:46renforcer les contrôles pour qu'au moins,
05:48M. Martin et l'ensemble des employeurs retrouvent confiance.
05:53Il faut mettre les partenaires sociaux et l'assurance maladie
05:56autour d'une table,
05:56et il faut réformer ce système
05:58pour qu'enfin on ait confiance dans le contrôle.
06:01– Alors, merci beaucoup Frédéric.
06:03Fanny Wegscheider,
06:05Bercy et le patronat pointent ces petits arrêts maladie de complaisance,
06:09ce qu'on appelle de complaisance parfois.
06:10Mais il y a une autre source d'abus, de fraude,
06:12ce sont carrément les faux arrêts maladie que l'on achète en ligne.
06:16– C'est ça, ça se passe sur Internet, sur les réseaux sociaux.
06:1810 euros sans remboursement, 15 euros avec,
06:21vous allez voir sur ces images,
06:22remise en main propre ou en voie par mail.
06:24Il suffit tout simplement de passer commande sur une messagerie,
06:28c'est tout bête, sans voir de médecin,
06:30et on obtient son sésame.
06:31Alors le coût de cette fraude, il a doublé en deux ans.
06:3417 millions d'euros en 2023, 34 en 2025.
06:38Sauf que désormais, la répression des fraudes,
06:40et sur le coup, un formulaire serfa sans consultation,
06:43c'est un faux, avec les conséquences pénales
06:45que ça entraîne pour les vendeurs et pour les malades.
06:48L'assurance maladie, elle aussi, est de plus en plus vigilante.
06:51Depuis 2025, les scans, les photocopies ne sont plus acceptés.
06:55Seuls les formulaires anti-fraude, serfa, sécurisés sont admis,
06:59ou alors les formulaires télétransmis par les médecins.
07:02Et même depuis juin, un arrêt prescrit
07:04ou un renouvellement en téléconsultation
07:06par quelqu'un d'autre que son médecin traitant,
07:08eh bien ça ne passe que trois jours.
07:09Au-delà, ça n'est pas remboursé.
07:11Frédéric Bizarre, en deux mots,
07:13vous êtes pour ou contre cette proposition du MEDEF
07:16de ne plus rembourser aucun petit arrêt maladie ?
07:20Non, je suis pour,
07:21parce que je pense que c'est en effet un moyen dissuasif.
07:24Mais une fois qu'on aura fait ça,
07:25nous n'aurons rien réglé de la dynamique,
07:28de la forte hausse des arrêts maladie.
07:31La dynamique a doublé sur les cinq dernières années
07:33par rapport aux cinq années précédentes,
07:34qui est essentiellement due, encore une fois,
07:37à des raisons qui sont d'ordre de santé publique,
07:40parce qu'on le voit, tous les indicateurs montrent
07:42qu'il y a une dégradation de l'état de santé,
07:45parce que la population vieillit globalement en mauvaise santé.
07:49L'espérance de vie en bonne santé stagne à 64 ans,
07:53alors que l'espérance de vie augmente.
07:56Et il y a une très forte inégalité sociale en matière de santé.
08:00Les 10% les plus riches vivent 13 années de plus
08:04que les 10% les plus pauvres.
08:05Donc vous voyez bien que c'est avant tout la classe populaire
08:09et la classe moyenne qui est victime de cette dégradation de l'état de santé,
08:13et qui se retrouve généralement plutôt dans des métiers
08:16un peu plus pénibles ou un peu plus malheurs.
08:18Et donc on n'est pas dans l'abus.
08:21Régulons le problème de l'abus,
08:22mais là on a parlé les deux tiers de notre temps des abus,
08:25donc c'est une diversion involontaire de chacun d'entre nous,
08:29de se concentrer sur ce qui ne changera pas la dynamique,
08:32alors qu'on peut très bien avec une réforme du système de santé
08:36en disant aux entreprises que le lieu entreprise
08:38doit être un lieu où on fait du maintien en bonne santé.
08:40Ce n'est pas un lieu de soin,
08:41mais dans le nouveau système de santé
08:42qui est un système qui appuie autant sur la prévention que sur le soin,
08:46nous devrons avoir besoin de la santé au travail
08:50pour améliorer l'état de santé de la population
08:52qui est quand même l'objectif ultime de notre système de santé.
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