00:00Rocky III, sombrement sous-titré L'œil du tigre, sera le premier véritable succès de la saga en France, avec
00:05plus de 3 millions d'entrées.
00:07Pour Stallone, il s'agit à l'époque de la fin des aventures de Rocky, qui lui colle bien trop
00:11à la peau.
00:11Et l'évolution du personnage va dans ce sens. Son développement sonne comme une fin dans ce troisième opus.
00:17L'ensemble de ses dilemmes moraux dans les deux premiers films sont représentés ici.
00:21Rocky est au sommet, il est champion du monde incontesté depuis plusieurs années.
00:24L'ancien prolo des quartiers malfamés de Philly est désormais une marque, un symbole commercial.
00:30Et c'est ce qui causera du tort au film. Le public ne reconnaît plus le personnage. Ils ne peuvent
00:34plus s'y projeter.
00:35Rocky aborde une plastique parfaite. Il est beau, il est riche. Bref, il est trop parfait et le virage est
00:41trop soudain.
00:41Mais un personnage qui n'évolue pas est un mauvais personnage. Et son évolution ici est plus que cohérente.
00:47Stallone se devait de mettre Rocky face à cette nouvelle vie. Il devait le hisser au sommet pour mieux le
00:51faire redescendre.
00:52Et c'est là que Clubber Lang entre en jeu. Si on en sait aussi peu sur ce personnage, c
00:57'est parce qu'il est tout simplement la représentation de la peur.
00:59Et l'origine de nos peurs sont souvent très vagues. Clubber représente la peur de Rocky. Cette peur qui le
01:04fait douter de lui-même.
01:08Cette peur commence par le consumer. Mais grâce au soutien de sa femme et de ses amis, il réussit à
01:13aller au-delà de ses craintes.
01:14Il se dépasse et finit par vaincre sa peur.
01:17La preuve que Rocky 3 a bien plus à offrir qu'il n'y paraît est ce grâce au superbe
01:21travail d'écriture de Stallone.
01:22Il maîtrise ses personnages comme personne. Et en plus, il se paye également le luxe d'être à la réalisation.
01:27On commence à reconnaître sa patte, son rythme, sa manière d'amener les éléments dramatiques, et surtout son travail de
01:33découpage.
01:33Notamment à travers l'introduction rythmée par la légendaire chanson Hey of the Tiger.
01:37Magnifique accent, je sais.
01:38Une chanson signée Survivor et qui habille parfaitement cette introduction qui a cette force de déjà tout dire sur l
01:45'ensemble des personnages.
01:46On peut y voir la fierté de Mickey et son inquiétude face à cette nouvelle menace.
01:50La jalousie de Polly, l'évolution d'Adriane dans son comportement qui se veut bien plus en confiance et qui
01:55s'avérera être un véritable pilier pour Rocky dans cet opus.
01:58On assiste également à son embourgeoisement et à sa starification.
02:01Villa, moto, bijoux, publicité pour des banques, merchandising.
02:06Il baisse sa garde.
02:07Mais parallèlement, on assiste à l'ascension de l'antagoniste qui ne peut que s'élever car il est au
02:11plus bas.
02:12On met en opposition à travers des inserts d'images, des fondus enchaînés et des split screens,
02:16le relâchement d'un combattant et la détermination d'un autre.
02:19Dès les 5 premières minutes, on sait que Rocky est voué à échouer car l'ascension précède incontestablement la chute.
02:25Et c'est en chutant, en revenant au plus bas, qu'il pourra s'élever de nouveau.
02:29C'est brillant tout simplement et c'est dommage que les gens n'assument pas d'aimer ce film.
02:33On est loin du nanar, c'est intelligemment bien raconté et tout ce côté bling bling sert le récit.
02:37Fini le physique approximatif, c'est les années 80, c'est l'âge d'or du culturisme.
02:42Et Stallone se doit d'adopter ce physique parfait pour être en adéquation avec la complaisance de son personnage.
02:47Sa réalisation fait aussi sens, c'est plus nerveux, plus clipesque.
02:51On est loin de la délicatesse et la pudeur des deux premiers films.
02:54Mais ce troisième volet reste cohérent et parvient à développer son sous-texte habilement.